Gogo gadget au cotcot

-= Chaos Servants =-
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Oedipe revient a été posté le : 16/02/03 23:45
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Bonsoir
Voilà en quelque sorte un essai sur le thème de Mordred, personnage clé de la geste Arthurienne et accessoirement (avec deux m?) sujet de tribulations littéraires apocalyptiques.
Le jour
se lève.
Sur la terre, la lumière fouette et gicle, emporte la nuit et les recoins secrets de nos pensées avec l'application simple et violente de particules lumineuses, de photons rapides balayant le globe de leurs horribles rayons.
Le jour
se lève.
Et voilà que meurent les subtils esprits de la Ténèbre, les ombres brumeuses de nos fantasmes, le flottement intime de ce foetus interstellaire, le noir.
Le jour se lève, et voilà que dans les cieux flamboyants de la superbe solaire, des cendres lointaines volètent, se dispersent aux quatre vents, se parcheminent sur les chemins, poudroient en une pluie noirâtre et nauséabonde sur les frondaisons forestières.
Se confondre à la cendre, disait le poète; mais la métamorphose des corps ne se fait pas sans le déchirement indélicat, la cassure sanglante des os, des hommes que l'on éclate, dans leur chairs saturées de peur.
Voilà que la dernière poutre, remplie de braises crépitantes, s'effrite, et tombe dans un fumeux fracas, un craquement de poussières, sur la terre gorgée de sang.
Voilà que le chien baveux, le pauvre animal aux yeux fous, s'effondre dans un dernier hurlement inutile et constellé de l'horreur suprême de la mort, de la douleur annihilée par la vérité d'un néant tout proche.
Il meurt, l'animal, se couche, se dilate sur le sol, l'humus imbibé de liquides pourpres; il épanche son corps, ses organes, sur l'herbe ployée, flagellée par l'indicible guerre.
Sous le soleil, l'astre Révélateur, un fait nouveau : voilà que ce petit village, ce hameau perdu entre bois touffus et collines mordorées, vient de brûler comme un fagot de brindilles brillantes et craquantes, dans les heures trop sanglantes surplombant l'aube nouvelle. Des hommes, des femmes, des enfants, de la paille, une vieille charrue, un chien ; qu'importe ; tout brûle, et maintenant tout se tait, tout s'étiole dans le crépitement indistinct du village massacré, dans le bourdonnement confus de cet acte innommable.
Quels visages collés à l'horreur, au feu, à l'élément igné qui rôtit, dissèque, morcèle, arrache avec hargne la douce harmonie des traits, transforme, transmute, bouillonne jusqu'à la cendre ?
Et qu'en est-il de l'odeur, qui des narines au cerveau s'imprime en noeuds d'asphyxie dans toutes les cellules de la mémoire humaine, toute malade qu'elle soit?
Mordred contemplait la nonchalante pluie cendrée s'abattre à l'orée des bois, tandis que dans le village s'éteignait le dernier foyer humain.
Son regard irradiait d'un feu constant et mordant de ténèbres ; sa silhouette fine et noueuse se dressait dans les hautes herbes comme un épouvantail dépareillé, un squelette de carnaval, l'ombre de l'Ankou.
L'absence d'un instant se perdit dans les dilatations du soleil levant, de l'aube terrifiante et pleine de chaleur, qui ôta d'un coup le voile du crime monstrueux, comme on soulève le couvercle d'une marmite bouillonnante. L'oeil diurne passa au travers de Mordred, miroitant mirage gorgé d'ombres, qui se statufiait à la vue du glorieux spectacle.
Ses hommes se tenaient accroupis, invisibles et scrutateurs dans les fougères environnantes.
Mordred les rejoignit dans le silence de son horrible exaltation, à la limite des bois enténèbrés, où les échos lointains, les rumeurs humaines faites de cavalcades, de cris et de sueurs se perdaient au milieu des arbres, du domaine sacré de la Forêt.
Drafla sentit son haleine lourde du poison de la cendre courir le long de sa nuque, et tourna un oeil strié de veinules rougeoyantes vers son honoré Rex Bellorum.
Mordred le fixa sans le voir, absorbé par de plus profonds problèmes.
- Drafla, mon ami, susurra-t-il d'une voix reptilienne ; nous devons rejoindre la lande avant midi, le gros de mes troupes nous y attend, et nous sommes déjà en retard.
Son second ne souffla mot, et la sanglante compagnie se mit en route dans le rideau mouvant de fougères, de bruyères et d'ajoncs, tel un cercle de prédateurs affamés. Nul ne su qu'ils étaient venus là, et nul dans tout le royaume ne pleura le village enflammé.
Car partout, en Cornouailles, de Tintagel à Carleon, des panaches de fumée se déversaient dans le ciel, s'étoilaient en rets d'humains massacrés, dispersés aux dieux courroucés. La guerre arrivait à son terme, et Mordred marchait, rampait à la rencontre de son royal père, pour enfin verser le sang tant attendu, l'écoulement, la fin des Temps Aventureux et du trop horrible Roi Arthur.
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Dernière mise à jour par : Kelroth le 17/02/03 16:56
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-------------------- "Si l'on pouvait résumer et énoncer ses sentiments, on dirait, si bizarre que cela paraisse, qu'il n'y a rien de plus vrai, de plus garrotté par des actions grandes et petites, de plus bordé à clins de temps et d'espace, et rempli jusqu'au bord de ceci et de cela, que le monde réel dans lequel s'inscrivaient ses cinq sens et ses souvenirs ; cette constatation était profondément satisfaisante."
"Vous vous croyez au-dessus des lois ? peut-être, mais pas au-dessus des miennes." Nico Toscani, aka The Ultimate Steven Seagal
mais Tidli tarti quand même si ça peut vous faire plaisir
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Réponse au Sujet 'Oedipe revient' a été posté le : 17/02/03 18:54
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Au fait, les avis et critiques indignées sont les bienvenus
Dans sa forteresse de Benoic, au-dela de la mer, non loin de Brocéliande, un homme pense.
Des boucles blondes fuient entre ses doigts burinés, se troublent dans la paume de sa main marquée par les incessantes batailles.
Des boucles légères, fines, presques invisibles. Elles se dandinent, sous le regard de Lancelot, dans l'obscurité pleine de chaleur de son donjon, aux fenêtres voilées de draps noirs. Seul un feu lointain crépite et réchauffe les dalles de la pièce enténébrée ; nul bruit, nul voix humaine ne vient troubler la douleur du chevalier.
Les boucles blondes tombent doucement, une à une, du bout de ses doigts.
Elles appartenaient à Agravain.
Une nuit, à Camelot.
Deux corps transpirent, respirent lourdement, se transfugent avec la fougue incroyable des amours interdits.
Les mains de Lancelot carressent les seins de la reine ; ses longs cheveux bruns se mèlent à la toison ambrée de Guenièvre ; le monde s'arrête dans la fusion, le délicat néant de l'extase amoureuse.
Mais on frappe à la porte.
Lancelot sue de peur et d'amour, se relève, sort du lit, épie les ombres évanescentes. On crie, au-dehors ; une nébuleuse de torches illumine la minuit dans le château réveillé.
Lancelot bouillonne ; il est nu, mais se jette sur son épée ; l'acier léger et froid danse dans ses mains, il se rapproche de la porte au chambranle que l'on enfonce.
Un éclat, une barbarie ; une trahison pour le Roi !
Lancelot coupe, découpe, enfonce, balafre les visages, transperce, éventre ses compagnons. Les sangs chantent, Agravain et Gahériet, tous deux frères de Gauvain, périssent sous ses coups furieux. Au dehors, toute la Table Ronde accourrt ; trop tard, un cheval hennit, des naseaux fument, et voilà le preux chevalier chevauchant dans la nuit, comme un voleur, un bandit de grand chemin ; on part à sa poursuite mais il est déjà loin, perdu dans quelque forêt obscure.
Dans un angle ombré de Camelot, Mordred, le fils incestueux, sourit en silence. Il a les yeux rivés sur Guenièvre, à genoux devant le Roi. Elle ne dit rien, elle sait, devine que toute parole ne peut rien contre cela.
Et Arthur de songer sur son trône, en face d'un chaos galopant.
La fin débute.
Lancelot laissa tomber la dernière boucle blonde sur le sol. Son esprit torturé se tordait en tout sens, se dilatait en une spirale d'horreur et d'amour infinis. Partout, Guenièvre, la Reine, était présente, tel un ange, une figure tutélaire, l'Amour céleste, brisant son âme de ses yeux doux. Impossible de lutter , d'arracher à la conscience le visage aimé ; toute valeur fuie et se disperse sous le poids indicible de Guenièvre, la reine aux blanches mains.
Elle brûlera bientôt.
Lancelot pleura doucement dans les ombres ; son aquilin profil était celui d'un aigle foudroyé ; ses muscles souples jouaient commes les cordes d'un arc sous sa peau désespérément fine. Il avait lacéré, fracassé, tué Agravain et Gahériet, frères de Gauvain, son ami, son frère de coeur.
Dans trois jours, la Reine brûlerait.
La Reine brûlée
brûlée
brûlée
Il renversa les verres de vin posés à table; un cri rauque, et son armure lui fut mise, son épée harnachée, heaumes et jambières rutilantes de furie incontrôlée. On sella son cheval, lui apporta lance et écu ; le temps d'abaisser le large pont-levis, il galopait déjà vers la mer, traversant Brocéliande sans même décrocher un regard au Lac, ; le voilà qui flamboie, se consume, se tend de l'intérieur comme une bête acculée.
La Reine brûlée.
Dans les courants intimes de la forêt, entre frènes moussus et chênes centenaires, une voix frissonna.
Un vieillard, tétanisé dans sa prison d'air léger, observait la fin d'Arthur, déjà prédite depuis longtemps. Depuis le jour de la Beltane, où le jeune Roi s'était uni à sa soeur Morgane sans le savoir.
Depuis que Mordred, le Maudit, fruit de leur union, était né.
Un miroitement lointain, se déplaçant sur les côtes de Cornouailles, attira l'oeil spectral de Merlin. Dans les formes changeantes des nuages orageux qui fondaient sur Camelot, il aperçu un ours fatigué, un vieil ours qui partait à la dérive dans les frais courants célestes.
Un dragon gigantesque, rougeoyant d'éclairs furieux, le dominait sous les étoiles.
Brocéliande soupira tout d'un coup, les bruyères, les buissons d'aubépines se ployèrent, l'eau du Lac se troubla un instant, le Petit Peuple se figea ; Merlin écrasa une larme dans son domaine invisible.
Et Lancelot de courir, de galoper, de prendre voile vers Camelot, précipiant le destin funeste, la fin de la justice et des Temps Bénis sur toute la Bretagne. Le voilà sur le pont d'un navire, voguant avec force sur les eaux déchainées par la tempête ; il sait, devine incidemment l'avenir plein de sang et de fureur ; mais Guenièvre est là, son Graal, sa séphéide lointaine, et les cartes, une à une, se mettent en place avec une application maléfique, sous le regard amusé des Enfers.
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Dernière mise à jour par : Kelroth le 17/02/03 22:20
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