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Sujet : Once more, with tétine

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Grouïn des Tétynes

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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 19/02/03 20:42
10 ) Partir un jour, sans retour (part 1/2)

- Ah ah, comme vous lui avez rivé son clou à ce grand benêt prétentieux de Trognefer !
Fourbhi semblait se dérider à mesure qu'on le connaissait mieux, et depuis qu'ils étaient sortis du Grand Bazar, il paraissait des plus guillerets. Ils y avaient finalement acheté diverses bricoles utiles et de peu de prix, en évitant soigneusement tout ce qui était magique ou douteux, au grand désespoir de Trognefer.
- Je croyais que c'était votre parent, s'enquit Sarlander.
- Le fait que nous soyons très vaguement apparentés ne l'empêche pas d'être un grand benêt prétentieux.
- Mais alors, si vous le portez si peu dans votre coeur, pourquoi nous avoir amenés chez lui ?
- Oui, et puis pourquoi nous mener dans une boutique d'objets maudits, renchérit Monastorio ? Vous vouliez notre perte ou quoi ?
- Mais non voyons, mais non. Il se trouve simplement que nous partirons bientôt ensemble pour un long et périlleux voyage, et je voulais savoir si vous étiez de vrais aventuriers capables de vous débrouiller, ou bien des béjaunes naïfs prompts à vous faire rouler par le premier beau parleur venu. Parce qu'il faut être honnête, nous autres nains, nous sommes doués pour les secrets, mais pas pour les mensonges, et si vous vous étiez fait avoir par ce vieil escroc de Trognefer et ses manoeuvres pitoyables, vous auriez été indignes de me suivre.
- Je vois, acquiesça Vertu, une sorte d'épreuve quoi. C'est effectivement une précaution bien légitime que vous avez prise, on ne sait jamais à quel genre de zozo on a affaire dans ce métier. Tenez, j'ai moi-même connu bien des aventuriers qui croyaient dur comme fer les fables ineptes qu'on raconte sur les nains comme quoi, incapables de se reproduire par leurs propres moyens, ils enlèvent des enfants humains dans les villages alentours, qu'ils mutilent, droguent et modifient par divers procédés magiques pour leur donner l'apparence que l'on connaît. Faut-il être benêt, tout de même.
- Ah bon ? S'étonna Mark. Mais jusqu'où va donc la bêtise humaine des fois... Tout le monde sait pourtant que les nains naissent par génération spontanée dans n'importe quel trou suffisamment profond creusé dans le rocher.
- Ah ah ah ! S'exclama Fourbhi. Oui, je connais ça, la pétrogénèse des nains, ah ah ! Une de ces bêtises qu'on raconte qu'on raconte volontiers aux étrangers pour voir jusqu'où ils sont prêts à gober les salades qu'on leur sert.
- J'avais bien compris que c'était quelque chose comme ça, s'amusa Vertu.
- En fait, la vérité sur la reproduction des nains est bien plus simple : chez nous autres, les organes que vous appelez "génitaux", ne le sont pas, génitaux, ils ne servent qu'à orner fièrement le bas de notre bedaine, à s'amuser entre amis et à soulager notre vessie, voilà tout. Mais en vérité, notre appareil reproducteur n'est autre que notre barbe ! C'est pour cette raison que nous y attachons une telle importance dans notre culture, que nous l'entretenons avec soin et que nous en sommes si fiers.
- Ah, ça alors, quelle chose étonnante, l'encouragea la voleuse, avide d'en entendre plus. Et comment faites-vous, au juste ?
- Oh c'est facile, lorsque l'organe barbesque a atteint un âge et un volume adulte, il suffit au nain de l'arroser régulièrement et copieusement d'hydromel, de bière et de divers autres alcools dans des proportions variables d'une tribu à l'autre, selon la tradition de chacun. Ainsi ensemencée et nourrie, la barbe du nain se met à produire un petit bourgeon qui grossit, grandit, se développe au chaud et à l'abri de la pilosité, et au bout d'un certain temps, il se détache tout seul pour donner un enfant nain. Voilà toute l'affaire éclaircie.
- Fabuleux !
- N'est-ce pas.
- Bon, assez parlé gaudriole, tâchons de trouver un endroit où nous reposer.


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c|o c|o (°°) c|o c|o
Je tendrement dans le huître, avec deux en
plus, et dedans je le. Ordure et mou, l'chaussette
vermine jaune petit sachet de arbre.

(Excusez-moi, je suis dyssyntaxique)


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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 19/02/03 20:44
(part 2/2)

Il est à peu près aussi difficile de trouver une auberge dans une cité naine que de trouver un zombi à Zombitoutplein, le quartier zombi de Malombreuse-sur-Zombi la cité des zombis, capitale du Zombiland, aussi purent-ils sans problème aucun faire relâche dans un bon lit bien chaud, ou plus précisément dans deux lits chacun, car le couchage nain est adapté à la physionomie du bestiau. Après quelques heures de sommeil, qui sans effacer totalement les épreuves des jours précédents n'en fut pas moins réparateur, un des hommes de Fourbhi vint les mander, car l'heure du grand départ approchait. Ils rassemblèrent donc leurs affaires, achetèrent des provisions et mirent le cap vers le lieu du rendez-vous.
C'était dans une vaste caverne en croissant de lune, au sol penché et très humide, bien à l'écart de la cité. Nos compagnons ne s'étaient pas réellement attendus à un tel déploiement de force de la part des nains, Fourbhi avait en effet mis sur pied une véritable petite armée d'une soixantaine de nains, tous des guerriers robustes ayant à leur actif pas mal d'heures de vol, de cicatrices et d'hectolitres de breuvages moussus. Tout ce petit monde avait pour tâche d'accompagner onze mules de très petit gabarit, un genre d'équidé qu'ils dont ils avaient déjà vu quelques spécimens dans la cité, et qui servait manifestement d'animal de bât bien commode pour arpenter les voies tortueuses du Dédale. Chaque mule était harnachée de deux fontes de cuir soigneusement fermées et arrimées, déjà remplies du fameux chargement. Mais vous frétillez de connaître les noms de tous ces nains courageux, n'est-ce pas ? Alors le détachement nain se composait de Bâtonferré "trois doigts" Tueurdegéants, Foudremarteau "calcaneum" Mineprofonde, Piochediamant "la tremblotte" Pierrenoire, Beaupoitrail "le grossier" Mâchefer, Seaupépite "fignoleur" Forgenoir, Trouvegemme "le beau" Fortecuisse, Fumetorche "grincheux" Cassetroll, Forgeacier "le furet" Filonterreux, Ferdeglace "bosseur" Dentdelion, Enclumairain "lou papet" Barbedetroisjours, Grandpépite "carapace" Crânedefer, Filondor "ma tante" Sansargent, Barbebouc "paume-de-glu" Piècedargent, Cousudor "barbe fleurie" Vingtenconstit, Soufflefeu "le scaphandrier" Quatrebras, Grandmarteau "Puppy Dog Dog Doggy Dog Ouah Ouah" Rochebrise, Largedoigts "atchoum" Cognebrique, Gagnegemme "fRe3w4r3h4kErZ" Pêchecharbon, Brisemurs "cogneur" Brilledor, Lourdepioche "sang-mêlé" Sacdecharbon, Veinedor "gros engin" Creuseprofond, Cartorange "pousse-wagons" Creusencoreplusprofond, Hachedeglace "le boutonneux" Fenduroc, Puissantmarteau "gros nounours" Barbegrise, Hachedemort "cours-y-vite" Grandmarteau, Massedeguerre "l'estranger" Cognefer, Lourdarmure "chef" Ecorcechêne, Cottemaille "l'artiste" Brasdebronze, Tonnerre "bitorange" Sangdebourbe, Forgebronze "Benny B" Fendgranit, Gourdinclouté "le blaireau" Chantdeguerre, Foudreneige "croche-patte" Lingotdor, Cranedepioche "pilastre" Fureurdestructrice, Filondargent "l'allumé" Grisduroc, Forgefeu "slip de maille" Grondemarteau, Mâchegranit "vide-gousset" Fenduroc, Fierabras "pif de clebs" Pechblende, Rougebarbe "palpe-chaton" Sacdegemmes, Massedarme "le prince" Piedtendre, Seaudetourbe "lou ravi" Pierredelune, Fléaudeguerre "la cassette" Barbenoire, Minedargent "grand-nain" Fortdubras, Picdeguerre "philodendron" Minedor, Marteaudeguerre "le nain anciennement connu sous le nom de" Cassemontagne, Grandgosier "le sobre" Cauchemardesgobelins, Verluisant "poulpemitaine" Mangeroc, Grossefourche "fanchonette" Nuitdebataille, Tonnerredacier "le bigleux" Brisemurs, Deuxenclumes "gourdin volant" Largepoitrine, Largebotte "peine-à-pioche" Lancecaillou, Chantdeguerre "le vieux" Barbedor, Doublebroigne "petit bras" Grossemassue, Hachette "el barto" Nuitdebataille, Hachesanglante "trois n'enfants z'a manjé" Malachite, Hachedefeu "serpolette" Hachedelune, Hachetonnerre "gueule d'amour" Blanchemine, Hachemarteau "rimpotche" Grisou, Hacheroc "le borgne" Cassegobelinets, Deuxhaches "shabba" Troispas et Hachehache "la hache" Hachepleinplein.
Ah, ben c'est malin, le temps que je vous les cite tous, ils sont déjà partis !

Mais ils n'allèrent pas bien loin. Après deux heures de progression, ils avaient atteint les limites des faubourgs de B'rszon Herk, et voilà qu'ils étaient arrêtés devant une porte fortifiée, barrée et grillagée, gardée par un détachement de gardes particulièrement antipathiques dans de lourdes armures, maniant de coûteuses arbalètes à répétition. Il s'agissait d'une des entrées du domaine nain, et il ne faisait nul doute que malgré sa petitesse, la fortification était de taille à résister aux assauts d'une armée entière.
Fourbhi conversa un instant avec le chef des gardes, puis revint, dépité.
- Ça commence bien, expliqua-t-il pour les non-nanophones, la route a été coupée par le débordement d'une rivière souterraine, il va falloir faire un détour. Par les champs.
Puis il se retourna et fit à ses hommes le signe, qui se voulait discret, de se taire.


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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 19/02/03 20:47
11 ) Le Château Blanc

C'est avec une obstination mécanique que les deux voyageurs avaient traversé les cols, les moraines et les lits des torrents gelés, montant toujours plus haut, par des chemins toujours plus raides. L'instinct précieux de Piété leur avait permis d'éviter plusieurs avalanches, bien des coups de vent et nombre de crevasses mortelles, et l'expérience avait autorisé à Morgoth le droit de tirer d'utiles et définitives leçons sur la stupidité qu'il y a à fréquenter la montagne en hiver, tant il est évident pour quiconque ayant deux sous de jugement qu'il s'agit d'un environnement hostile à l'homme, et qu'il ne trouvera aucun profit à fréquenter.
Puis, au sortir d'un défilé si venteux qu'ils avaient dû se pencher en avant pour avancer à petits pas, ils avaient soudain découvert le Château Blanc.
C'était le nom qui leur était venu à l'esprit à tous deux, le nom le plus naturel pour qualifier l'étrange formation qui s'étalait devant leurs yeux ébahis. S'agissait-il d'une formation géologique naturelle, ou de l'oeuvre des dieux créateurs ? Seul Ghibli aurait pu répondre à cette question. Il s'agissait d'une colossale montagne, un large cône tronqué noyant dans sa masse les flancs de plusieurs montagnes de belle taille. Elle était hérissée d'aiguilles acérées dont les plus hautes dépassaient les deux cent pas de haut auxquelles s'accrochaient les lambeaux de nuages imprudents, et si la pente de la montagne n'était pas particulièrement escarpé, à regarder de plus près, les deux aventuriers constatèrent avec dépit qu'elle était constituée d'un chaos d'arêtes de glace formant un obstacle décourageant. Les hommes de jadis, ou plus probablement quelque race disposant de moyens surhumains, avaient édifié au flanc de la cyclopéenne structure une monumentale effigie de pierre, figurant la tête d'un dragon épouvantable à la gueule entrouverte, sa langue déployée en volutes minérales sur une esplanade vaste comme une petite ville, et dont le niveau atteignait approximativement le tiers de l'altitude totale de la montagne.
- Voici le cimetière des dragons, fit Piété une fois qu'il fut un peu desahuri.
- Oh ?
- Approchons nous avec prudence, poursuivit le robuste coureur des bois, qui était imperméable au sarcasme.
C'est ce qu'ils firent dans les heures qui suivirent. Ils dévalèrent les escarpements rocheux jusqu'à la vallée qui longeait le Château Blanc par l'est, et s'approchant jusqu'à son pied, prirent une plus juste mesure de l'épreuve qui les attendait. Le chaos de roc et de givre qui constituait les parois était si inextricable qu'il leur parut impossible de le franchir jusqu'au sommet sans qu'ils aient chacun cent occasions de se rompre le cou au fond d'un abîme. Pis encore, le vent forcissait à mesure que l'on se rapprochait, comme en attestait la course rapide des nuages surplombant le sommet, et brisé entre les multiples piliers rocheux aux tranchants aiguisés, il chantait une chanson de mort, un éternel requiem pour les dragons morts dont il était le gardien.
Ils avancèrent toujours vers l'est, sans trouver dans la muraille menaçante le moindre chemin qui leur parut un peu moins mauvais que les autres. Aucune voie ne s'ouvrait à eux, aussi parvinrent-ils, sans avoir tenté le moindre début d'escalade, jusqu'à l'endroit d'où s'élevaient les contreforts de la plate-forme. L'édifice leur avait paru grand vu de loin, mais maintenant qu'ils étaient dessous, ils pouvaient constater avec ébahissement qu'il était d'une taille réellement prodigieuse. A eux seuls, ces soutènements devaient représenter un volume de pierre supérieur à tout ce que les hommes des civilisations passées avaient jamais bâti de leurs mains, cependant, la taille des blocs employés ici excluait que ceci fut l'oeuvre d'une industrie humaine : ils étaient vastes comme des maisons, et devaient peser des milliers de tonnes. Combien de temps avait-il fallu pour que les premiers de ces titans de roc se descellent, se fissurent et tombent dans l'abîme ? Sans doute des millénaires, mais le temps avait fini par triompher, et du sommet, beaucoup avaient déjà chu, comme en attestait l'éboulis impressionnant de débris rocheux en quinconce, étalés au pied du mur cyclopéen.
A mi-longueur du mur, ils trouvèrent une zone où les débris avaient été déblayés. La tranchée laissait le libre accès à une tunnel monumental à voûte semi-circulaire, large de dix pas et haute de quinze obscur qui s'enfonçait droit dans la masse de lourde pierre. Un courant d'air violent semblait vouloir les aspirer à l'intérieur, ou au moins les inviter, et comme après plusieurs minutes d'observation ils ne décelèrent aucun signe suspect, ils s'avancèrent dans le souterrain. Ils progressèrent lentement, adossés à l'une des parois, Piété ayant une flèche encochée dans la corde de son arc. Après quelques dizaines de mètres, ils durent allumer une torche, et virent alors que plus loin, une marche haute comme la moitié d'un homme barrait tout le passage, amorce d'un escalier fait à la mesure d'une race de titans. Les murs et le plafond étaient recouverts de panneaux gravés, couverts de colonnes d'écriture dont chaque lettre était grosse comme une tête humaine, une langue dont même Morgoth n'avait jamais entendu parler. Elles légendaient sans doute les bas-reliefs tracés dans un style curieux, tout d'élégantes volutes aux inflexions répétitives, parmi lesquelles on reconnaissait facilement des dragons, des elfes, des hommes et diverses autres races, dont certaines avaient dû disparaître depuis, se livrant à toutes sortes d'activités dans toutes sortes de lieux spectaculaires, évoquant parfois à nos compagnons perplexes les vagues souvenirs de mythes lointains et déformés. Ils gravirent la première des marches avec maladresse, et virent que l'escalier montait en une ample spirale. Ils gravirent une autre marche puis une autre...
La progression était pénible, et leurs corps épuisés leurs faisaient fréquemment ressentir combien ils étaient maltraités. Toutes les trente ou quarante marches, il leur fallait faire halte, et à l'occasion de ces arrêts, ils avaient loisir d'admirer les fabuleuses créatures du passé qui s'ébattaient sur les bas-reliefs, et de tenter de deviner la signification secrète de toutes ces scènes. Mais plusieurs vies d'étude auraient été nécessaires à cette tâche, quand bien même auraient-ils lu la langue de ces bâtisseurs.
L'ascension leur fut interminable, et lorsqu'ils parvinrent au sommet, leur victoire ne leur apporta aucun réconfort : il faisait nuit noire, et un vent violent balayait la terrasse, assez puissant pour chasser la neige de l'immense table de pierre glacée. Le souffle court, ils cherchèrent un abri de longues minutes, puis trouvèrent une faille trapézoïdale entre deux grands rocs, assez large pour qu'ils s'y glissent, assez étroite pour faire un abri honorable. Ils s'y coulèrent, s'y calfeutrèrent du mieux qu'ils purent, et tombèrent de sommeil.


Dernière mise à jour par : Grouïn des Tétynes le 19/02/03 20:51

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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 19/02/03 22:39
12 ) Au fond du trou (part 1/2)

- Oh, mais dites moi, quelles impressionnantes plantations de champignons nous venons de voir !
- Oui, répondit Gourdinclouté Chantdeguerre, dit le blaireau en raison de la mèche argentée qui zébrait l'avant de sa chevelure noire. Il n'avait pas l'air de quelqu'un qui veut parler, mais comme c'était un des rares nains de la compagnie à pratiquer le langage de la surface, Sarlander poursuivit son interrogatoire.
- Et vous mangez tout ça ?
- Oui. Consommation personnelle de B'rszon Herk. Pas d'exportation.
- Je comprends qu'il faille de grandes surfaces de cultures pour nourrir toute la population de votre noble cité, mais j'étais loin de me douter qu'on pratiquait, sous les montagnes du Portolan, une industrie d'une telle ampleur. C'est remarquable. Humez cet envoûtant fumet fongoïde, il me semble l'avoir déjà senti ailleurs...
- Oui, précisa Vertu d'un air pincé. Il s'en exhale un comparable des paquets transportés par les mules. Dites moi Gourdinclouté, quel est donc la nature exacte de ce que nous transportons ?
- Pas tes affaires, répondit le nain, peu amène.
- Ah, pardon. Aurais-je mis le doigt sur un secret sans le faire exprès ?
Gourdinclouté regarda autour de lui d'un air très ennuyé, mais les autres nains de la caravane ne semblaient avoir rien compris de la conversation.
- Pas secret. On transporte...
Il prit plusieurs secondes pour répondre, puis lâcha enfin.
- ...les os sacrés de Saint Naindeguerre, le protecteur de B'rszon Herk. Reliques. Pèlerinage. C'est religieux. Vous pouvez pas comprendre.
- Ah, alors si c'est religieux, ça ne se discute pas. Mais dites moi, onze mules pour les transporter, il devait avoir beaucoup d'os, Saint Naindeguerre.
- Euh... Il est grand, le mystère de la foi.
- Bien sûr. Et sinon, par curiosité, j'aimerais savoir votre explication sur un autre grand mystère qui me turlupine depuis un petit moment, c'est celui dit de la reproduction des nains. Alors, comment fait-on ?
- Ah ah ! Fit le guerrier, soulagé du changement de sujet. C'est facile, on fait pas. Dans les tréfonds de la Grande Mine, tout au fond, là où c'est secret et où les étrangers ne vont pas, il y a une grande caverne, et au milieu, la Grande Reine des Nains de B'rszon Herk. La grande reine, elle pond les œufs de la colonie, depuis toujours. C'est pour ça que tous les nains de B'rszon Herk, ils sont frères.
- Aaaaaah ! D'accord, elle est pas mal celle là.
- Merci.
C'était l'heure de faire la pause, selon la curieuse horloge biologique des nains. D'après les érudits, si la plupart de ces humanoïdes étaient incapables de vivre à la surface, c'était en raison du décalage de leur rythme circadien, qui les rendait inaptes à suivre la course du soleil. Après avoir traversé les immenses caves champignonnières dans lesquelles s'activaient des centaines de nains soupçonneux, ils avaient franchi un hardi pont fortifié enjambant à sa partie la plus étroite le gouffre impressionnant qui marquait ici la frontière de la cité naine. Puis, après avoir serpenté en descendant selon une pente assez raide dans un tunnel assez fréquenté, ils avaient trouvé un évasement propice à un bivouac, où d'autres voyageurs avaient déjà établi leurs feux.
De bon coeur, nos compères partagèrent le repas des nains, composé d'herbes, racines et viandes dont il valait mieux ignorer l'origine si on tenait à en apprécier pleinement le goût. Comme tous les soldats du monde dans ce genre de situation, ils jouèrent de l'argent, se vantèrent de leurs exploits, chantèrent des chansons. L'un des nains, qui s'appelait Grandmarteau Rochebrise, était justement connu de ses compagnons pour ses talents musicaux et donna un petit récital qui enchanta ses coreligionnaires, tout en plongeant les aventuriers dans des abîmes de perplexité. Il faut dire que le rythme saccadé de la mélodie et de la chorégraphie attenante étaient déroutantes pour des oreilles humaines ou elfiques, de même que les signes complexes de la main qu'il adressait à ses compagnons, qui lui répondaient de bon coeur en tordant leurs doigts de la même façon.


Dernière mise à jour par : Grouïn des Tétynes le 19/02/03 22:41

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(part 2/2)

- C'est plutôt spécial ce qu'il chante, ton collègue, s'enquit Sarlander auprès de Ghibli.
- Ouais, c'est à la mode parmi les nains du sud, ce genre de musique. Mais c'est pas trop ma tasse de... ma chope d'hydromel.
- Et ça raconte quoi ?
- Oh c'est... l'histoire d'un monde perdu de la nostalgie... jeunesse de la Terre... les grands aigles... toutes ces conneries.
- Tu pourrais traduire ?
- Ben, ça y perd beaucoup à la traduction...
- Allez, ne nous fais donc pas languir !
- Bon,bon...

Au fond du trou

"Paroles" et "musique" de Puppy Dog Dog Doggy Dog Ouah Ouah

Moi j'ai grandi au fond du trou, tu sais,
Oui au fond du trou,
Ma mine, c'est pas les beaux filons tu sais,
Au fond du trou,
Ici on flingue, on deale,
Et pas qu'du Mithril, ouais...
Alors prends pas ma tête, baiseur de mère !
Baisant bâtard !
Si tu m'fais chier trou du cul,
Au fond du trou,
J'te mets ma hache dans la gueule d'elfe,
Au fond du trou,
La vie est courte et c'est une chienne,
C'est la loi dans ma veine,
Alors prends pas ma tête, baiseur de mère !
Baisant bâtard !
J'vais t'baiser ton p'tit cul connard,
Ouais, au fond du trou,
J'vais t'défoncer ton cul,
Tout au fond du trou,
J'te nique et toi tu pleures,
Y'a les baisés et les baiseurs,
Devine où t'es, baiseur de mère !
Baisant bâtard !
Un soir un carreau d'arbalète,
Chtôn, au fond du trou,
Va m'faire sauter la tête,
Chtôn chtôn, au fond du trou,
Mais avant ça, à coups de hache,
J't'aurais explosé, pauv' tache,
Au fond du trou, sanglant baiseur de mère !
Yo !


- Ah oui, c'est spécial quand même.
- Je vous avais prévenu. Pour moi, ce ne sont pas de vraies chansons de nain.
- Quels sont tes critères pour déterminer la nanitude lyrique ?
- D'une part parce ça doit parler de bière. Ensuite ça doit durer au moins deux heures. Et puis, ça doit exalter les vertus traditionnelles de la civilisation naine.
- Le courage, l'honneur et l'amour du travail ?
- Mais non benêt, l'or, la bière et les barbes fournies. Attends, je vais te chanter une VRAIE chanson de nain, tu vas voir la différence :

La geste interminable de Theoberic Bombetorse et de ses descendants sur dix-sept générations
(folklore des nains du Septentrion)

Chant premier : prélude

Dans le pays de Phrange
Le bon roi Eophyle
Avait sept fils vaillants
Qui répondaient aux noms
D'Eocéphale, Eolâtre,
Eophone, Eosolithe,
Eophthaghn, Eomètre,
Et enfin Eotétine...


Au bout de vingt minutes, lorsque Ghibli eut fini d'évoquer les destins des descendants d'Eophyle et des multiples personnages illustres qu'ils avaient croisé sur leur route, il fit une petite pause dramatique, puis prononça ces mots terrifiants : "Fin du préambule". Vertu parvint à l'arrêter avant qu'il n'entame le coeur du récit, prétextant qu'ils avaient sommeil, et voyant que leurs compagnons à la courte cuisse avaient organisé un efficace tour de garde auquel ils n'étaient pas convié, ils s'endormirent de bonne grâce.


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13 ) Petit déjeuner sur la terrasse (part 1/2)

A une journée froide et pénible allait succéder à une journée pénible et froide, c'était la seule certitude de Morgoth et Piété, bien que ce dernier fit son possible pour dissimuler sa morne humeur sous des dehors volontaires. Seule la fenêtre de grisaille au-dessus d'eux indiquait que le jour s'était levé, mais ils ignoraient depuis combien de temps. Péniblement et sans un mot, ils se remirent relevèrent, secouèrent la couverture qui leur avait servi de tente pour en ôter la couche de neige givrée, déjeunèrent sans entrain, puis rassemblèrent leurs affaires et remontèrent à la surface.
L'esplanade présentait un spectacle saisissant, un gigantesque tapis plat comme le dos de la main, recouvert d'aiguilles de givre qui craquaient sous les semelles. On eut dit le plateau d'un immense jeu de société dont les joueurs auraient été des dieux, et les pions des mortels. Au loin s'ouvrait la gueule du dragon de pierre, immense et pourtant dérisoire comparé à l'immense montagne contre lequel il s'adossait, et dont les sommets se perdaient dans le mol plafond d'un gris nuage. Derrière eux s'étendait la grande vallée en demi-lune qu'ils avaient empruntée, et ils virent qu'ils avaient été bien inspirés de s'arrêter dans leur trou, car celui-ci était situé à quelques pas seulement de l'abîme vertigineux dans lequel, pris par la tempête, ils auraient fort bien pu faire une chute fatale. Le vent était complètement tombé, le silence était impressionnant. Pas un oiseau, pas un insecte, pas un brin d'herbe, aucun signe de vie n'était visible, à part...
- Tiens, un type vient vers nous.
- Avec un peu de chance, il ne sera pas hostile.
- Il n'a pas l'air pressé.
Effectivement, il semblait marcher au ralenti, mais droit dans la direction de nos camarades, qui ne cherchaient pas à se cacher. S'il fallait se battre, le moment n'était pas plus mauvais qu'un autre. Il était encore loin, et si la configuration du terrain avait été différente, nul doute qu'ils ne l'auraient pas encore vu. C'était un guerrier, et sans doute pas un béjaune, à en croire son casque cornu, sa cuirasse et son marteau. Mais à mesure qu'il s'approchait, Piété lui trouvait un air de plus en plus bizarre, sans parvenir à définir précisément ce qui n'allait pas chez lui. Ce n'est que quand le bruit lourd de ses pas fut audible qu'il comprit.
- C'est pas un type.
- Ah ? C'est quoi alors ?
- Un géant.
Et en effet, Morgoth se rendit à l'évidence, le panorama dantesque avait faussé leur sens des proportions et, sans point de repère, ils n'avaient pu correctement estimer le gabarit du personnage. Pourtant, la méprise était difficile, il était grand comme cinq hommes ! Sa peau était grise comme la cendre, sa barbe blanche comme la neige, et ses yeux noirs comme le charbon, et fort courroucés.
- Tu crois qu'il veut quoi ?
Le titan pressa le pas, brandit à deux mais l'énorme marteau qu'il portait jusque là sur son épaule, puis dans s'arrêter, déclara d'une voix qui sonnait comme un orage de montagne :
- Depuis la trahison du félon Kashpo, ces lieux sont interdits aux mortels. Les sacrilèges doivent périr.
- On peut négo...
Mais le géant n'était pas d'humeur à discuter, et faisant montre d'une prestance étonnante pour sa taille, il porta de son marteau un coup circulaire au ras du sol, que nos héros ne purent esquiver que grâce à leur légèreté et à un heureux hasard. L'ennemi leur coupait la route, et le précipice n'était qu'à quelques mètres derrière eux, aussi décidèrent-ils de s'engouffrer dans le seul abri disponible : le trou qui leur avait servi de refuge pour la nuit. Il s'avéra que le géant était bien trop corpulent pour les y suivre, aussi risqua-t-il un bras pour attraper ses proies. Mais l'abri était trop profond, et en outre, Piété était bien placé pour piquer le gardien du bout de son trident magique, ce qui ne le blessa guère, mais lui causa une vive souffrance. Le monstre changea donc de tactique, il s'abaissa, s'arc-bouta contre le sommet du bloc de pierre, et commença à déployer son effort pour le repousser, afin de débusquer ses prooies. Morgoth, qui s'était par trop précipité dans sa descente, était mal tombé. Bien qu'il fut encore conscient, il était trop sonné pour lancer un sort, et de toutes les façons, il n'était pas sûr que la magie put être d'un quelconque secours dans ce cas.
Piété était donc seul pour affronter le géant. Ah, si seulement madame Vertu avait été là, elle aurait su que faire. Quelle ruse sournoise aurait-elle donc bien pu employer ?
Alors, il vint au jeune brigand une idée qui lui parut sotte, mais surtout, qui était la seule à lui traverser la tête...


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(part 2/2)

- Ohé, messire géant ! Ohé, vous m'écoutez ?
- Que veux-tu, sacrilège ?
- Vous êtes le gardien du Cimetière des Dragons, n'est-ce pas ?
- Certes, je suis Gundaar.
- Nous pouvons peut-être nous entendre, messire Gundaar. Vous nous avez débusqués, il serait sot pour nous de vouloir poursuivre notre quête. Aussi, nous vous proposons de nous laisser repartir sains et saufs, et nous serons quittes.
- Non, vous périrez, telle est la loi. Si vous quittiez le Château Blanc, d'autres viendraient, et encore d'autres tels que vous, guidés ici par la soif de richesses. Cela ne se peut.
- Soit, répondit Piété, très excité de voir le géant mordre à son piège. Nous ne pouvons partir, mais peut-être pourrions nous rester captifs ici ? Nous préférons de loin la servitude à la mort.
- Gundaar n'a que faire d'esclaves.
- Et pourtant, nous pourrions vous rendre la vie plus agréable. Nous savons cuisiner, coudre, ravauder les armures, et prendre soin d'un géant de bien des... hum... façons...
- Euh...
- Et surtout, nous sommes de merveilleux maîtres-danseurs et de joyeux animateurs de ballet ! Car nous sommes connus, on nous appelle en tous lieux "les Fols Trouvères de Galleda".
- Des quoi ?
- Vous ignorez l'art merveilleux de la danse ? Quel dommage, vous devez avoir une bien triste vie. Il faut de toute urgence que nous vous apprenions ces merveilles.
Piété, voyant le géant intrigué, sortit de sa tanière et se planta devant lui.
- La danse est la plus merveilleuse invention de l'humanité, c'est un art subtil, et pourtant chacun peut en obtenir les bienfaits. La danse réchauffe le corps et ragaillardit l'âme, elle permet d'apprécier la vie et d'en savourer chaque minute, et parfois même, de s'approcher spirituellement des dieux !
- Non ?
- Mais si ! Attendez, on va faire un essai. Et si vous n'êtes pas immédiatement transporté d'allégresse par la magie de la danse, je veux bien mourir dans l'instant. Allez, observez-moi et faites exactement les mêmes mouvements. Et hun, et deuuu, et hun... Allez, plus haut la jambe, hun... voilà, bien, gardez le rythme, une petite volte maintenant...
Et avec l'entrain que donne la nécessité vitale, voici que Piété Legris se fit maître à danser, compensant par l'enthousiasme sa totale ignorance de la matière qu'il enseignait.
- Alors, ne sentez-vous pas l'extase monter progressivement ?
- Je sens surtout la fatigue, et l'envie de t'écraser.
- C'est que vous ne mettez pas assez d'énergie dans le mouvement. Allons ! Du cœur à l'ouvrage, je vous prie, allez, pas chassé, et sautez, sautez, sautez plus haut. Bien, plus haut, plus haut !
Et c'est alors que, fragilisé par des millénaires d'intempéries, de gel et de séismes, un bloc à l'équilibre précaire finit par céder dans un craquement bref autant que violent sous les ébats approximatifs d'un géant de douze tonnes, le faisant basculer avec une lenteur surréaliste dans l'abîme. Aussitôt, Piété se précipita pour s'assurer de la chute de son ennemi, et il vit avec horreur les deux grosses mains du géant agrippées de tous leurs doigts au rebord de la pierre fracturée, qui offrait de multiples prises. Et voilà maintenant qu'il se hissait avec peine, et que sa face furieuse commençait à émerger.
Alors surgit Morgoth, sinistre, le regard décidé. Il marmonna une brève invocation, leva les bras au ciel, et projeta une sphère incandescente à l'éclat violent contre le visage du titan, et qui y explosa. La tête environnée de flammes, il poussa un rugissement, et sous le coup de la douleur, il lâcha prise, et tomba longtemps, très longtemps, avant que son hurlement puissant ne cesse brutalement, n'en laissant subsister que les échos qui se répercutaient dans toute la vallée.
Lorsque les deux jeunes aventuriers victorieux osèrent regarder par-dessus le rebord de la plate-forme, ils ne purent retenir une moue dégoûtée.
- Bêh... en plein sur les quinconces.
- On dit souvent que plus on est grand, plus on se fait mal en tombant, mais c'est faux. Regarde, lui, il n'a plus mal du tout.
- Ouais. En voilà un qui est plus grand mort que vivant. Vois jusqu'où les bouts ont giclé !
Puis, après avoir moqué leur adversaire défunt, ce qui est le droit imprescriptible du vainqueur, nos amis se retournèrent et contemplèrent, au loin, la gueule béante du dragon de pierre.


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14 ) Le fin mot de l'histoire

La caravane sillonnait encore officiellement le domaine du roi Hachefeu Cognetroll, bien qu'ils fussent depuis longtemps sortis de sa capitale, lorsqu'ils firent les premières rencontres hostiles. Ils ne s'en alarmèrent pas, tant la menace paraissait dérisoire, une douzaine d'araignées géantes égarées, de la variété la plus sotte et guère plus grandes qu'un avant-bras. Les nains s'en étaient chargé avant même que les aventuriers ne se soient rendus compte de l'attaque, et n'avaient pas eu à sortir l'épée.
Après la période de repos, ils avaient poursuivi leur route quelques temps avant de tomber dans un nouveau traquenard, tendu par un parti de gobelins blancs armés de frondes. Ils avaient gravement blessé l'un des nains de l'avant-garde. Ses camarades, sous la protection de boucliers, avaient alors couru sus aux humanoïdes pour découvrir qu'ils n'étaient qu'une poignée. Ils avaient alors eu un comportement tout à fait curieux pour leur race, en se battant jusqu'à la mort, au lieu de fuir à toutes jambes.
Un peu plus loin, dans un vaste espace dégagé chaotique et plein de recoins ayant jadis servi de décharge, ils avaient été fort surpris de se retrouver assaillis par de grands vers annelés et gris, semblables à des lombrics, mais long chacun comme deux hommes allongés et large comme une cuisse de belle épaisseur. Surgissant les uns après les autres du fumier meuble qui leur servait d'habitat et de nourriture, ces invertébrés les avaient attaqués par vagues, compensant par leur nombre la faiblesse de leurs corps. Dans la confusion de la bataille, l'un des nains périt de bien sotte manière, foudroyé dans le dos par le carreau maladroit d'un de ses frères. Une mule de réserve, qui avait profité de l'agitation pour s'éloigner, fut rattrapée par les vers géants, et vidée de son sang en moins de temps qu'il n'en faut à une un plein drakkar de Vikings pour vider un tonneau d'hydromel. Après la bataille, on expliqua aux natifs de la surface qu'il s'était agi de vers gris, une variété généralement pacifique, appréciée pour sa faculté à digérer les déchets qu'on leur jette, et pour cette raison, invités à prospérer dans les décharges. On leur expliqua en outre que pour activer leur prolifération, les éboueurs nains avaient coutume, lorsque les vers avaient atteint une taille respectable, de les couper en deux par le milieu, et que par ce procédé, on parvenait à obtenir deux vers qui, après cicatrisation, s'avéraient parfaitement formés et tout à fait apte à leur humble tâche. On leur expliqua enfin que c'était exactement de la même manière que les nains se reproduisaient, et que c'était pour cette raison qu'ils avaient des haches.
Puis, il y avait eu une vingtaine d'elfes des profondeurs, qui étaient venus à leur rencontre le long d'une rivière souterraine. Ils n'avaient rien fait pour se dissimuler, aussi les nains avaient-ils cru tout d'abord à un groupe de voyageurs paisibles venant en sens contraire, mais ce n'est que quand les cimeterres elfiques furent sortis des fourreaux que l'agression devint manifeste. Un instant avait suffi pour raviver la vieille haine entre les deux peuples, et nos compagnons virent les nains habités d'une fureur qu'ils ne leurs connaissaient pas. Vertu n'eut le temps que de tirer deux flèches avant d'être gênée par la masse des guerriers de Fourbhi, mais elle put voir que ses deux projectiles avaient eu peu d'effet sur leur cible, bien qu'ils se soient tous deux fichés dans la peau sombre d'un de assaillants. Au final, ils furent taillés en pièce, et leur sang s'épancha dans le torrent, mêlé à celui de la dizaine de nains qu'ils avaient entraînés avec eux dans la mort. La troupe s'arrêta plusieurs heures afin de célébrer un rite funèbre, puis prit un repos bien mérité.
Le lendemain, ils jouirent en paix de leur voyage. Il y eut une nuitée, puis une nouvelle journée de marche sans incidents notables, mais dans une ambiance tendue, car chacun se demandait d'où viendrait le prochain coup.
Le bivouac suivant eut lieu dans les ruines d'un petit temple dédié à une divinité mystérieuse qui, sans doute, ne tolérait aucune image dans ses lieux de prière, de telle sorte que les architectes avaient été réduits à décorer le moindre pouce de pierre d'une écriture déliée et précise, que plus personne ne comprenait depuis bien longtemps, mais qui semblait revivre sous la lumière dansante des torches. L'endroit était désacralisé de fait depuis longtemps, comme en attestaient les reliefs de multiples campements qui encombraient le sol jadis foulé par les fidèles en prière.
- C'est tout de même curieux ces attaques, vous ne trouvez pas ? Demanda Vertu à Fourbhi, quand elle eut trouvé un quelconque prétexte pour l'éloigner loin de sa troupe.
- Oumph... je m'y attendais un peu.
Ayant beaucoup pratiqué l'escroquerie dans son jeune temps, Vertu avait développé une faculté peu commune pour lire dans les expressions du visage, les postures des mains et les inflexions de la voix, les intentions qu'elles cachaient. Le nain, en effet, semblait dissimuler quelque chose, et plus important, il paraissait hésiter à confier ce secret.
- Quel dommage que tous ces nains courageux soient morts. Ah, si seulement nous avions pu savoir que ces elfes nous attendraient, nous aurions pu nous préparer à les affronter. Sauriez-vous par hasard d'où ils venaient et ce qu'ils voulaient ? J'ai eu l'impression très nette qu'ils ne se conduisaient pas de façon normale, en tout cas pour des elfes des profondeurs, qui sont réputés fourbes sournois.
- Oui, je pense comme vous, c'est un peu comme si... si on les poussait.
- Seraient-ils sous l'influence d'une volonté supérieure ?
- C'est l'explication la plus logique.
- Il faudrait alors une volonté supérieure. Que l'on puisse par magie dominer l'esprit de gobelins ou de vers, je le conçois, mais des elfes ! Ce n'est sans doute pas à la portée du premier sorcier venu.
- Non, sans doute. Et c'est ça qui m'inquiète. Voyez-vous... Et bien, je ne vous ai pas tout dit sur les périls que nous devions affronter en ces lieux. Voici presque soixante ans maintenant, un nain de haut lignage du nom de Brasdebois Largebarbe, cousin de mon roi, a été banni de B'rszon Herk pour diverses raisons. En dehors du royaume, il n'y a guère de salut pour un nain, mais c'était une brute doublé d'un esprit retors, et ces "qualités" lui permirent de survivre, puis le firent apprécier des créatures qui vivent dans ces régions sauvages. Ainsi, d'années en années, il devint un chef de bande redouté, accumula les allégeances et les amitiés, jusqu'à ce que ses domaines et ses féaux en fassent presque un roi, bien que je rougisse de comparer ce misérable traître et parvenu à mon noble sire. Accédant ainsi à la puissance, il s'ingénia à attaquer les caravanes passant à proximité de ce qu'il considère comme son domaine, et perturba le commerce... du mithrouille.
- Dont vit B'rszon Herk.
- Précisément. Du mithrouille.
- Et pourquoi craignez-vous les troupes de ce personnage ?
- Oh, mais je ne les crains pas. Certes, il a à son service bien des monstres mystérieux et a noué des alliances avec nombre de coteries maléfiques, mais tout ceci ne constitue pas une armée. Il n'y a aucun commandement, aucune organisation, pas une once d'esprit de sacrifice. C'est le goût du lucre qui les motive, et elfes comme gobelins, ils auraient dû se débander à la première blessure, pas de quoi inquiéter une troupe bien organisée comme la notre. Or vous l'avez noté, ils ont lutté jusqu'au dernier, sans céder un pouce de terrain, ce qui n'est pas dans leurs habitudes. Et ce n'est sûrement pas Brasdebois Largebarbe qui a pu susciter cet esprit martial. Depuis quelques mois, la route est complètement coupée, et certains de nos clients s'inquiètent...
- Le genre de clients qu'il vaut mieux ne pas inquiéter.
- Ben oui. Mais de toute façon, nous serons bientôt au bout de nos peines, encore une journée de marche si tout va bien et nous quitterons le ventre de notre mère la terre. Holà, mais qu'est-ce que c'est que cette agitation ?
C'était Puppy Dog Dog Doggy Dog Ouah Ouah, accompagné au luth par Clibanios, qui interprétait son grand succès "Un mètre quarante-deux, cent dix-huit kilos". Ils les rejoignirent et profitèrent de leur dernière veillée dans les souterrains des nains.


Dernière mise à jour par : Grouïn des Tétynes le 20/02/03 22:05

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15 ) Parmi les os

La gueule du dragon était vaste comme une cathédrale, et construite du reste selon les mêmes lois. Une cathédrale bien délabrée, dont le toit percé en maint endroits laissait transparaître la lumière de ce pauvre jour. Les anguleuses statues de héros de jadis, alignées en une futile armée, rendirent les honneurs silencieux aux deux jeunes gens qui passèrent parmi eux. Dans les tréfonds de la basilique venteuse, un immense porche hémi-circulaire menait à un tunnel montant en côte légère, bien assez haut pour que deux géants du gabarit de Gundaar montés l'un sur les épaules de l'autre ne puissent en toucher le plafond de la main, et s'enfonçant perpendiculairement dans le ventre de la montagne. Le vent était trop fort pour que la flamme de la torche tienne, mais au loin, un demi-lune grise indiquait le bout du chemin. Suivant la pente, ils s'enfoncèrent dans les entrailles noires de la terre. Morgoth avait pressé le pas, soucieux de ne pas prolonger inutilement l'angoisse qui l'étreignait, aussi se hâtèrent-ils de traverser ce chemin à la symbolique par trop évidente.
Le jour n'était pas assez puissant pour qu'ils fussent éblouis en sortant du tunnel, aussi purent-ils immédiatement contempler, sans fard aucun, le spectacle désolant présenté par le cimetière des dragons. Car ils y étaient bien, hélas, ils ne pouvaient se tromper sur ce point. C'était un vaste cirque dont les contreforts montaient en pente progressive jusqu'aux sommets qui leur étaient maintenant familiers, avec une régularité qu'ils hésitaient à attribuer à l'œuvre de la seule nature. La cuvette s'inclinait, descendant jusqu'à un lac de glace ovale, bordé par une plage en croissant de lune, éclatante de blancheur. De loin, il leur sembla voir des arbres et des arbustes pétrifiés par le gel, mais ils comprirent vite qu'ils voyaient là les os blanchis des grands dragons venus en ces lieux y mourir, et qui s'amoncelaient en quantités prodigieuses. Plus on s'approchait de la rive morte, et plus il devenait rare d'entrevoir le sol originel, tant s'accumulaient les vieux os, les griffes émoussées et les écailles ternies par les âges. C'était une fortune prodigieuse, sans doute le plus grand trésor de la terre, qui jonchait nonchalamment ce lieu, car les nécromants humains recherchaient avec passion ces reliques sauriennes, dont chacune aurait pu être vendue à bon prix. Mais cette mercantile pensée ne traversa pas même l'esprit de nos deux aventuriers, tout à leur triste devoir, et c'était fort bien pour eux. Autour de l'endroit sacré, en effet, vivaient de terribles gardiens, les draconiens. Ainsi appelait-on les rejetons imparfaits, fruits des erreurs de la nature, d'œufs mal fécondés ou empoisonnés, d'unions bâtardes. Ni Piété, ni Morgoth ne virent leurs faces tordues ou leurs silhouettes contrefaites, ils nichaient en grand nombre sur tout le pourtour du cimetière, le gardant fidèlement, liés par quelque pacte terrible et ancien à leur tâche séculaire. Tous depuis leurs tanières virent nos héros, ils suivirent leurs déplacements avec attention, mais ils ne bougèrent pas.

Ils la trouvèrent. Elle s'était abrité du froid dans le crâne d'un de ses congénères. Piété frémit d'horreur en la voyant dans une si pitoyable condition : des veines charriant un sang noir saillaient sous sa peau grise, en certains endroits, des flétrissures suppuraient d'une vilaine humeur jaunâtre. De sa beauté légendaire, il ne subsistait rien. Un de ses yeux était mort déjà, elle commençait à perdre dents et cheveux. Lorsqu'elle vit la figure blanche de Morgoth, elle fit de son mieux pour prendre une mine désolée.
- J'aurais préféré que tu ne me suives pas.
- Je... Que puis-je faire ?
- Rien. J'arrive au bout de mon temps. Ce spectacle qui te répugne, c'est la triste fin des dragons mordorés, qui pourtant prisent tant la beauté. Cela fait une éternité que je repousse ce moment, j'ai prolongé ma vie par tous les moyens existants, j'en ai même inventés certains. Mais maintenant, je suis trop vieille. Usée. Regarde, je suis même incapable de reprendre ma forme naturelle pour périr dignement.
- Quelqu'un peut sûrement te soigner, je suis sûr qu'il est possible d'intercéder auprès des dieux...
- Non. C'est la malédiction de ma race, et de la tienne aussi. Nous n'y pouvons rien. Pars, Morgoth, rejoins les autres. Vis ta vie, trouve toi une femme de ton espèce, en m'attachant, je me suis conduite de façon sotte et injuste envers toi, comme avec beaucoup de gens. Laisse moi mourir.
- Mais...
- Va.
A mesure qu'elle avait parlé, sa voix s'était éraillée, jusqu'à n'être qu'un pénible grondement à peine audible. Elle se roula en boule sous une couverture et retint un vomissement. Morgoth se releva, muet, frappé d'effroi.
Ils quittèrent le cimetière des dragons sans que ses gardiens ne troublent leur peine.


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16 ) Nurang-Nadûr

Incroyablement vaste était Nurang-Nadûr, et bouche bée sont restés bien longtemps Monastorio, Vertu, Mark et Sarlander. Ghibli leur expliqua alors :
- On dit que c'est la magie ancienne des nains aînés qui maintient une voûte aussi haute avec des piliers aussi espacés. Ils savaient, dit-on, parler avec les esprits telluriques, et c'est un pacte avec les forces mystiques de la montagne qui assure la stabilité de cette salle gigantesque.
- Oh, ben ça alors ! S'exclama Sarlander, épaté.
- Selon d'autres sources plus dignes de foi, ils ont utilisé des matériaux composites précontraints.
Les yeux de nos héros s'étaient habitués à se contenter de très maigres sources de lumière, aussi pouvaient-ils apprécier l'immensité de la gigantesque excavation, que l'on ne pouvait en toute conscience qualifier de caverne car elle était manifestement l'œuvre d'une volonté, et non de la nature. En aucun point en effet, les légions d'artisans et d'ouvriers n'avaient laissé affleurer la roche non brute, en aucun point la rectitude géométrique du sol et des piliers n'était altérée. D'après Fourbhi, et Ghibli avait acquiescé, Nurang-Nadûr avait été jadis la puissante capitale d'un empire nain qui s'étendait sous toutes les contrées du Klisto. Abominablement ruinée par les serviteurs de Skelos au cours du Cycle de Sang, hantée par les âmes tourmentées qu'ils avaient laissées, elle n'avait jamais été rebâtie.
- Voyez, ces lumières au loin, sont-ce ces feux follets que vous nous avez décrits ? Les spectres de Nurang-Nadûr, condamnés à hurler à tout jamais leur peine ?
Sarlander, soucieux, s'était ouvert de son inquiétude à Fourbhi.
- Sans doute. N'y prêtez pas trop d'attention, ils ne tourmentent que les voyageurs isolés.
- Ils s'approchent, dirait-on.
- Mais non voyons, ce ne sont de timides reflets nostalgiques d'une époque à jamais révolue...
- Ils font beaucoup de bruit, les timides reflets nostalgiques, s'étonna Vertu. Une série de brinquebalements métalliques accompagnait en effet le déplacement de la masse de lumières qui s'approchait. On pouvait maintenant entendre des cris de rage, des cors de guerre, des tambours de bataille, des armes s'entrechoquant, des bottes ferrées martelant le sol, et toutes sortes de hurlements inhumains auxquels se mêlaient d'étranges objurgations psalmodiées par...
- Des sorciers !
Une boule de feu avait jailli, éclairant la charge d'une horde impressionnante, composée de centaines de nains en armure lourde, accompagnés d'une multitude de créatures hétéroclites, orques, trolls, clans entiers de gobelins chevauchant des mille-pattes de bataille harnachés à la guerre, elfes, humains de diverses provenances, araignées géantes, chauves-souris malignes, goules, vampires, spectres et autres morts-vivants. Ils s'étalaient en une épouvantable marée de monstres, sans faire mystère de leurs intentions. Mais plus épouvantable encore était la forme se tenant derrière eux, montée sur un char de guerre noir comme la nuit, aux formes indéfinies mais terribles. Sombre lui-même comme son véhicule, tenant d'une main les rênes de ses deux destriers maléfiques, de l'autre un cimeterre enflammé, venait l'un des cavaliers noirs. Derrière lui se tenait un nain, peut-être était-ce Brasdebois lui-même, le nain renégat, qui tenait l'immense bannière pourrissante du puissant seigneur Khazbûrn, dont le motif hideux n'était par bonheur pas visible. La boule de feu qu'il avait lancée, Vertu et les siens l'avaient déjà vue à l'oeuvre à la Tombe-Helyce, ils savaient quels épouvantables ravages allait faire ce mortel sortilège.
- Fuyons !
Les courageux nains de Fourbhi ne comprirent pas tout de suite quel parti prendre, et négligèrent d'imiter leurs mules qui avaient sagement décidé de prendre la tangente, en compagnie de nos six héros, qui s'étaient enfui à toutes jambes. La mortelle sphère incandescente explosa parmi, écrasant une douzaine de nains sous un tourbillon de flammes dans une épouvantable odeur de barbe brûlée. Les survivants les moins hébétés décidèrent alors de suivre les Compagnons du Gonfanon dans une direction qu'ils espéraient être la sortie, et qui avait en outre le bon goût de les éloigner de la meute hurlante.
Ils comprenaient maintenant - ou tout au moins, ils auraient compris s'ils n'avaient eu la tête occupée à d'autres problèmes plus urgents - quelle terrible volonté avait uni les créatures souterraines contre le roi de B'rszon Herk, et même s'ils ignoraient les dessins du Khazbûrn et les plans de son mystérieux maître, il était douteux qu'ils visent la béatification ou le nobel de la paix.
C'est fou ce que ça court vite, une mule, quand ça sent les ennuis arriver. Elles avaient foncé tête baissée vers un mur, puis juste avant de se fracasser dessus, avaient plongé dans un gigantesque trou du sol. Il s'agissait de quelque antique galerie de mine, comme en attestaient la pourriture des étais de bois disposés à la mode naine. A la suite des modestes équidés, nos amis, avantagés par leurs longues jambes, furent les premiers à quitter la salle monumentale. Ghibli, que l'expérience de l'aventure avait rendu plus prudent que ses congénères, avait suivi de peu, accompagné de quelques nains rescapés, sans doute ceux dont l'instinct de survie surpassait la vocation héroïque.
Ils ne s'attardèrent pas à voir ce qu'il advenait des quelques inconscients qui avaient choisi de se battre, au nombre desquels se trouvait le glorieux Fourbhi Hache-Cruelle. Sans se retourner, ils coururent ventre à terre, se heurtant souvent aux parois de la mine, bien heureux d'être au moins débarrassés du char de guerre terrible qu'ils n'avaient fait qu'apercevoir. Mais la horde asservie ne comptait pas laisser filer ses proies, et sans faiblir, les plus véloces parmi les monstres entraient dans le tunnel.
Alors, Ghibli mit à profit son sens de l'a-propos, ainsi que sa grande connaissance de la pierre. Voyant qu'en un endroit précis du boyau la structure rocheuse était très altérée par l'humidité, il s'arrêta, sortit sa hache magique et entreprit d'abattre un des étais de bois. Deux de ses congénères, comprenant son manège, l'imitèrent en y mettant toutes leurs forces, et sans prêter attention aux piaillements fous des gobelins ivres de sang dont la marée déjà s'annonçait.
Et la montagne, vieille alliée du peuple nain, craqua sur toute la longueur du tunnel, le sol fut secoué de spasmes brefs mais de très mauvais augure, et les pierres commencèrent à dégringoler sur les casques des guerriers nains, qui de nouveau tournèrent casaque. Le brame du vieux roc emporta au diable les hurlements stridents de la gent gobeline, et couvrit jusqu'au rire tonitruant de Ghibli.


Dernière mise à jour par : Grouïn des Tétynes le 21/02/03 23:08

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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 21/02/03 23:07
17 ) La destinée du dragon

Elle en était venue à un tel point qu'elle accueillait maintenant avec gratitude la paralysie qui gagnait ses jambes. La mort ne serait plus bien longue à la prendre, ses souffrances tiraient à leur fin. Elle savait n'avoir pas grand chose à attendre de l'au-delà, hormis l'anéantissement, avec de la chance. Elle avait déjà vécu bien plus que son écot, c'était certain, et pourtant, elle éprouvait un profond sentiment d'injustice. Elle avait tant aimé la vie. Plus que nul autre avant elle, peut-être. Pourquoi avait-il donc fallu qu'elle s'attache à ce gamin juste avant de périr ?
Morgoth. Elle n'arrivait pas à croire qu'il fut parvenu à la suivre jusque là.
D'un coup, il lui revint qu'elle avait des affaires à mettre en ordre. Elle activa son parloin, et composa un numéro. Puis elle concentra ses forces déclinantes pour répondre à la voix juvénile et faussement enthousiaste qui allait s'adresser à elle.
- Société Elfique de Banque, à votre service.
- Xyixiant'h. J'ai un compte chez vous.
- Parfaitement madame (elle entendit le factotum se perdre dans les feuilles qui devaient encombrer son bureau). Que puis-je pour vous ?
- Ouvrir un compte au nom de monsieur Morgoth l'Empaleur.
- Monsieur...
- L'Empaleur, Morgoth. Comme ça se prononce. Oui. Courant. Et faire un virement dessus. La totalité. Et la même chose sur le compte titres. Exactement. Combien ça fait en frais ?
- Trois ducats soixante-quinze.
- Ah, c'est pas cher. Vous n'oublierez pas de lui expédier un avis. C'est ça, bonne journée.
Puis elle éteignit son parloin, ferma les yeux, et se relaxa, bien décidée à mourir.
Puis elle rouvrit les yeux, ralluma son parloin, et appuya sur la touche rappel.
- Société elfique de banque, à votre service.
- Xyixiant'h. Je vous ai eue tout à l'heure. C'est à propos des trois ducats soixante-quinze de frais... c'est vraiment pas beaucoup. Comme vous n'êtes pas un organisme à vocation philanthropique, je me demandais à combien se montent mes avoirs, actuellement ?
- Vous détenez quarante-six ducats sur votre dépôt ordinaire, treize ducats soixante-seize sur votre dépôt à vue, et sur votre compte titres, une action de la compagnie Baentcher Invest, qui cotait hier deux ducats treize seizièmes.
- Mais... j'avais beaucoup plus !
- Euh... attendez... ah, j'ai votre historique ici. Non non, pas d'erreur. Vous êtes passée il y a une semaine pour liquider vos avoirs. Je m'en souviens très bien d'ailleurs, mon chef courait partout en se demandant où il allait trouver cent soixante-huit mille ducats d'or. Pourquoi, il y a un problème ?
- Non... répondit-elle d'une voix blanche, avant de raccrocher.
On l'avait volée. Et pire que tout, il avait fallu qu'elle le sache avant de mourir, quel cruel destin. Mais qui ?
Un doute affreux la prit. Parloin, touche rappel.
- Société Elfique de Banque, à votre service.
- Ouais, c'est encore moi. Dites donc, comme ça, de tête, vous pouvez me dire quels sont les principaux associés de Baentcher Invest ? Deux minutes, oui, j'attends...

Deux minutes plus tard, le hurlement de rage du dragon mordoré explosa dans le Château Blanc, réveillant en sursaut les demi-dragons stupéfaits, déclenchant maint avalanches et roulant dans les vallées environnantes à des lieues à la ronde.


Dernière mise à jour par : Grouïn des Tétynes le 22/02/03 10:45

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vermine jaune petit sachet de arbre.

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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 22/02/03 10:35
18 ) Le mort défunt

Ils coururent encore un bon moment dans le couloir avant de s'arrêter. Les plaintes de la pierre s'étaient tues, et les gémissement des gobelins ensevelis n'étaient plus perceptibles. Un courant d'air glacial annonçait que la sortie était proche, mais pas un rai de lumière solaire ne filtrait, il faisait nuit noire. Tout le monde fit une petite pause pour souffler un peu, hormis Clibanios qui n'en avait pas besoin, aussi fut-il le premier, après les mules, à franchir les antiques grilles de fer qui avaient jadis fidèlement gardé l'entrée du royaume des nains. La bouche de la mine s'ouvrait dans une pente rocailleuse, au flanc d'une grande et belle montagne, au fond d'une vallée où s'écoulait un joli torrent. Le barde squelette folâtra un moment parmi les cailloux, s'inspirant du saisissant panorama nocturne pour composer quelques vers, puis retrouva les mules, au détour d'un sentier. Il retrouva aussi, face à lui, la face héberluée d'un énorme prêtre de Hazam, une sorte de colosse bien éloigné de l'image généralement associée au dieu de la magie.
Ils étaient à deux pas de distance. Ils s'étaient surpris mutuellement.
Clibanios leva la main, amical, prêt à lancer une saillie drolatique de son cru.
Le prêtre fut plus rapide. Il leva devant lui le symbole doré de son dieu, trois cercles entrelacés.
Un éclair blanc, et Clibanios disparut en poussière dans un chuintement sinistre, son luth chut parmi les pierres.
Ses compagnons, horrifiés, avaient suivi la scène à quelque distance. Le prêtre, une fois fait son office, les remarqua et les désigna à la troupe qui le suivait. Un il avait en effet une cinquantaine d'hommes, affairés à fouiller les fontes des mules et à en tirer de mystérieux petits paquets. Ces hommes étaient pour la plupart des archers, comme nos amis purent s'en rendre compte, mais comme il faisait nuit, la première volée de flèches les manqua. Un projectile fusa soudain vers les cieux, et éclata, brillant comme un soleil, les éclairant crûment.
Faisant alors preuve d'un sens tactique assez contestable, ils repartirent dans l'autre sens et se réfugièrent tous dans la grotte qu'ils venaient de quitter, Vertu couvrant la retraite de quelques flèches hâtives, à la vertu surtout dissuasive. Ils fermèrent la grille derrière eux, comptant que la peur de se faire transpercer tiendrait les archers à l'écart. Mais la situation était mauvaise, et tous le savaient.
- Bon, résuma Mark, on a le choix, soit on... ben...
- Ouais, bien parlé général, approuva Ghibli.
- Peste, grommela Monastorio, nous voici faits comme des rats. Une sortie en force...
- Ah, se lamenta Sarlander, si nous avions Morgoth, nous pourrions tenter une ruse quelconque...
- Oui, mais il n'est pas là, coupa sèchement Vertu. Cessez donc de piailler comme de vieilles femmes et laissez-moi réfléchir.
- Holà, les marauds !
Une voix puissante, que l'on pouvait difficilement qualifier de féminine bien qu'elle fut celle d'une femme, venait de les héler.
- Qui vive ? Prends garde, nous sommes nombreux et puissamment armés.
- Et vous fuyez devant nous pour vous réfugier dans ce pauvre abri ?
- Ah... je vois.
- Je ne suis pas ici pour épancher le sang, même celui de vils gredins tels que vous. Je suis le lieutenant commandeur Denysha Monitaya, de la douane de Gunt. Techniquement, ce souterrain ne fait pas partie de mon pays, vous êtes donc libres d'y rester tant qu'il vous plaira, toutefois, vous vous êtes rendus coupables de trafic de stupéfiant, et je dois m'assurer que vous ne recommencerez pas.
- Je ne vois pas de quoi vous voulez parler, s'insurgea Sarlander.
- Je parle des cinq cent livres de résine de champiboule de première qualité que je viens de saisir sur vos mules, et ne me dites pas que ce n'est pas à vous et que c'est tombé de la poche d'un gars devant vous, ça ne marche plus depuis des siècles.
- Hein ?
- Laisse tomber, lui conseilla Vertu.
- Et comme je connais un peu la situation à B'rszon Herk, poursuivit l'officier, je pense que vous avez peu envie de retourner dans les boyaux.
- La saalope... commenta la voleuse, avant de demander : Et vous proposez quoi, officier ?
- Rendez vous, et vous serez traités conformément au droit de Gunt. Vous aurez droit à un procès équitable devant la cour de Jhor, et bénéficierez de la circonstance atténuante de vous être livrés à la justice.
- Jamouf mouf, s'écria Mark, avant d'être étouffé par Vertu.
- Votre proposition mérite étude, répondit la voleuse. J'aimerais en discuter cinq minutes avec mes camarades.
- On n'est pas pressés, concéda Denysha.
- Tu crois que je vais me rendre à cette radasse ? Fit le paladin, écarlate.
- Cette radasse qui veut nous conduire à Jhor.
- A Jhor ou ailleurs...
- Jhor, tu sais, le but de notre voyage...
- Aaaah... Mais, le problème, c'est qu'une fois à Jhor, nous serons en prison, vois-tu, ce qui fait que pour la mission, c'est moins facile.
- Morgoth et Piété sont dehors, ils nous délivreront.
- Mais Gunt est un pays de sorcier, intervint Sarlander à juste titre. Et ses geôles sont sans doute à l'épreuve des sortilèges. S'il était si facile à un sorcier de faire évader des amis de la prison de Jhor, ça se saurait. Et puis, ils sont bien jeunes et inexpérimentés.
- Hum... tu as raison. Il faudrait qu'ils s'attachent les services de quelqu'un de plus... retors. Et déjà, il faut les contacter. Où ai-je mis cette broche qu'il m'avait confié... Ah, voici. Bon, comment ça marchait déjà cet engin du démon ? Je l'épingle sur ma poitrine, je bombe le torse et je prononce la formule magique... Ah, c'était quoi cette formule qu'il m'avait dit de ne surtout pas oublier ?
- Il avait pris les noms de nos charmants hôtes de Bramentombes, si je me souviens bien.
- Exact. Allez, souhaitez-moi bonne chance.
Elle se campa bien droit sur ses jambes, les pieds solidement arrimés à la terre, porta une main vigoureuse à la broche métallique posée au-dessus de son sein gauche, l'objet émit alors une série de trilles métalliques. Puis elle prononça d'une voix aussi assurée qu'elle le put :
- Cisco-Halobs !


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19 ) Cap au sud

Bip bip bip !
A son tour, Morgoth porta la main à sa poitrine. Cela faisait deux jours qu'il avait quitté le cimetière des dragons, et qu'il avançait sans dire un mot à son compagnon, un pas après l'autre, tout juste préoccupé par la contrainte impérieuse et bénie de sa propre survie. Mais mécaniquement, il répondit :
- Morgoth.
- Bien, ici Vertu. Tu m'entends ?
- Parfaitement.
- Splendide. Bon, je vais avoir besoin de vous. Nous allons être arrêtés par la police de Gunt et conduits à Jhor, aussi il faudra que vous nous délivriez.
- Bien.
- Mais il vous faudra de l'aide, sinon, c'est du suicide.
- Perspective qui ne m'effraie guère.
La voix sépulcrale confirma à Vertu ce qu'elle supposait depuis un moment.
- Xy... vous l'avez trouvée ?
- Tu avais raison, il n'y avait rien à faire.
- Je suis navrée. Ici aussi... on vient de perdre Clibanios.
- Oh. La mort a fini par rattraper la Compagnie, je vois.
- Oui. On ne peut pas avoir de la chance à chaque fois. Piété va bien ?
- Mieux que moi.
- Tant mieux. Bon, alors vous allez filer vers les sud, vers la cité Balnaise de Dhébrox, tu en as sans doute entendu parler. Là, vous retrouverez la magicienne dont je t'ai parlé une ou deux fois, celle avec qui Mark et moi sommes allés à l'aventure dans notre jeune temps.
- Celle qui a perdu ses pouvoirs en se faisant sucer par un vampire ?
- Exact. Elle a perdu ses pouvoirs, mais son expérience de ces choses vous sera précieuse, et elle a des appuis à Gunt. Promets-lui une part du butin, n'importe quoi, mais ne reviens pas sans elle.
- Bien. Nous ferons notre possible.
- Tu as un papier-crayon ? Je te donne ses coordonnées...

Lorsque ce fut fait, le sorcier se tourna vers son compère. Ils avaient fait un feu à la lisière d'une forêt pétrifiée par le givre, et comptaient dormir dans un trou fait entre les racines d'un grand arbre.
- Tu as entendu ?
- Oui.
- Et tu en penses quoi ?
- Ben... On est aventuriers non ?
- Ouais. Donjon, monstre, trésor. On n'est pas là pour en penser quelque chose.


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20 ) Et pis, Log (part 1/2)

Il s'était écoulé près d'une semaine. Morgoth avait survécu à l'épreuve, de même que le robuste Piété, mais c'était moins étonnant. Par le froid, la fatigue, la privation et la menace des loups, la montagne avait mortifié leurs corps et leurs âmes. Maintenant, les arêtes se faisaient courbes plus douces, le climat insensiblement se faisait plus humide, tiédissait presque. Ils avaient croisé quelques hameaux en route, mais ne s'y étaient guère arrêtés, préférant la rude hospitalité de la nature à la trompeuse chaleur humaine. Puis un beau jour, juchés sur une crête, ils avaient vu en contrebas le petit village de Log, et l'avaient observé avec répugnance et consternation. Il ne payait pourtant pas de mine, il n'avait rien d'extraordinaire, juste quelques familles de paysans vivant des vaches et des patates.
Il y avait aussi des broos.
Ces monstres à tête de chèvre saccageaient tout. Ils avaient tué les hommes du village ou les avaient mis en fuite. Les femmes, ils les avaient emmenées dans le petit temple de Hegan et enfermées là, attendant qu'elles soient bien affamées et mortes de frayeur pour assouvir en elles leurs désirs immondes, afin que se propage sur une autre génération la race des broos, la malédiction des broos. Nulle créature n'est plus méprisée dans l'univers que le broo, nulle n'est plus vile, si l'on excepte quelques rares démons.
- Ah, fit Morgoth, c'est révoltant.
- Comment les dieux ont-ils osé nous infliger le voisinage de telles créature ? S'indigna Piété.
- Bêh, c'est des broos, commenta Xyixiant'h.
- J'ai vu, lui répondit Morgoth
- Ben j'aime pas les broos.
- Personne n'aime les broos.
- C'est sale les broos.
- Ben oui.
- Et puis c'est pas beau.
- Ben non.
- Et puis c'est pas bon.
- Ben n... Comment ça c'est pas bon ?
- Tu as l'impression de manger de pleins seaux de punaises vivantes.
- Mais... c'est répugnant, ça ne se mange pas les broos !
- Ben tu m'étonnes, vu ce que c'est dégueulasse.
Morgoth resta un instant à considérer les activités des broos. Puis il vécut un de ces moments où l'on prend la mesure de ce qu'est l'inconscient. Car c'était l'inconscient de Morgoth qui avait arrêté son cœur, qui le faisait maintenant trembler comme une feuille, sans que sa conscience ne puisse l'expliquer. Sa conscience qui ne voulait pas admettre l'impossible. Il resta pétrifié un bon moment, n'osant tourner la tête, de peur de découvrir qu'il avait rêvé. Mais la poigne énergique et secouante de Piété, qui était bouche bée, le convainquit que s'il perdait la raison, il ne serait pas seul sur les routes de la folie.
Elle était là à leurs côtés, dans son armure dégoulinante de lumière, allongée comme eux par terre, faussement absorbée dans la contemplation du village. Le plus beau joyau que la Terre ai jamais porté.
- Xy ?
- Oui ?
- Tu es... vivante ?
Elle se retint à grand peine de répondre ce qui lui venait à l'esprit, comme " c'est d'avoir fait tant d'études qui t'a donné ce sens de l'observation ? ", car les sarcasmes n'étaient pas de mise.
- Oui.
- Je te croyais morte. Les dragons mordorés... meurent.
- J'ai failli. En fait, pour être exact, lorsque vient l'âge, les mordorés, comme tous les dragons, muent, et grandissent. Il se trouve que dans notre espèce particulière, l'une de ces mues est si... pénible... que bien peu en réchappent. Un sur cent, peut-être... J'étais certaine que ma médiocre constitution ne me laissait aucune chance dans cette épreuve, aussi étais-je convaincue de mourir à mon tour.
- Pourtant, te voici.
- Eh oui. J'étais résignée à quitter ce monde, mais au dernier moment, j'ai compris que je ne pouvais y laisser ce que j'avais de plus précieux...
- Oh, ma Xy...
- ... A savoir mon cher argent, que cette ignoble raclure de... hum... bref, j'ai découvert que notre amie Condeezza avait siphonné mon compte en banque profitant que j'avais le dos tourné.
- Ah...
- Elle m'a piqué mon fric cette saalope ! J'allais quand même pas lui laisser non ?
- Euh...
- Aussi, ai-je enduré, la rage au coeur, les tourments abominables de ma métamorphose, et là, même si c'est la dernière chose que je fais de ma vie, je vous jure que j'arracherai les yeux de cette morue...
- Euh... fit Piété... les broos, ils nous ont entendus on dirait. Ils arrivent.
- Merveilleux, qu'ils viennent, j'ai besoin de me calmer. Je vais leur montrer à quel point c'est une mauvaise idée de contrarier un dragon mordoré vénérable !


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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 22/02/03 10:48
Lorsque la nouvelle du désastre vint aux oreilles du roi des nains, il fut frappé d'un abattement profond, et décréta trois jours de deuil dans tout son royaume. Puis, une fois que Fourbhi et ses intrépides guerriers eurent été pleurés avec les honneurs dus à leur courage, une fois qu'un nouveau chapitre de la Chanson de B'rszon Herk eut été écrit pour célébrer leur sacrifice selon la tradition, Hachefeu Cognetroll, dit "Le Bossu", dépêcha une estafette jusqu'au grand nord, un nain robuste, rapide et débrouillard, porteur d'une mission sacrée. Il traversa le Septentrion sur les routes des hommes, sans repos ni distraction, traversa le grand fleuve Argatha, la lointaine Héboria, la sombre forêt des Pictetés, jusqu'à un lieu que nul humain ne peuplait. Là était le lieu le plus saint de tous pour les nains, le Temple du Renouveau. L'estafette s'engagea dans un boyau dérobé que seul un nain pouvait voir, il trouva les Grands Prêtres, et leur transmit le message de son seigneur. Puis, sa mission accomplie, il repartit aussitôt vers le sud.
Et mes prêtres, gardiens des traditions ancestrales du peuple nain, approuvèrent la requête du roi et accédèrent à sa demande. Au cours d'une cérémonie semblable à des milliers et des milliers qui s'étaient déroulées en ces lieux au cours des millénaires, ils descendirent là où l'Eternel Glacier s'enfonce dans les profondeurs de la terre, ils s'approchèrent d'une des formes sombres emprisonnées dans la glace, et armés des Pioches Célestes, seules capables de briser la glace divine, ils dégagèrent avec soin et recueillement le premier des soixante nains qui leur avaient été commandés, soixante braves, soixante preux, soixante guerriers pour remplacer les héros tombés devant l'ennemi. Car il est dit qu'au commencement des siècles, les dieux créateurs avaient engendré tous les nains en une seule fois, et les avaient enfermés dans le blanc manteau de ce glacier sacré. Ainsi, et de cette unique façon, sont engendrés les nains.

En tout cas, c'est ce que m'a raconté un nain de mes amis...

Ainsi s'achève la septième aventure de Morgoth l'Empaleur. Mais quelles fourberies attendent nos amis à Dhébrox ? Vous le saurez en lisant le huitième épisode des aventures de Morgoth : Fourberies à Dhébrox


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Nyxl

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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 02/03/03 13:03
Fourberies ? Diantre, y verra-t-on quelque prince albinos armé d'une grosse bâtarde de métal noir hurlante remplacer ce pauvre Barde non-mort ("tu es poussières...", etc.)...

Bon, comme personne ne dit rien (c'est beau, la langue française, vous ne trouvez pas ?), je me lance...

Inventaire de tout ce qui m'a fait marrer :

- De Nani Originae;
- Le passage dans le hameau des crétins montagnards;
- De Nani Originae;
- La baston expéditive contre les crétins susnommés;
- De Nani Originae;
- Le marchandage chez l'usurier nain;
- De Nani Originae;
- L'énoncé des noms des nains de la troupe (je les ai tous lu, ai beaucoup ri, n'en ai retenu aucun);
- De Nani Originae;
- Le Retour de Xi (et surtout, ses raisons de revenir);
- De Nani Originae...

Muarf :D !


--------------------

Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
---
"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."

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CONANOUNET

Barbare anar



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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 02/03/03 13:29
Tiens donc, je croyais que l'épisode huit serait Morgoth contre Ben Laden ?
Qui sait, un engin volant s'écrasera peut-être sur Dhébrox.
Cet épisode 7 est encore un sommet, décidément Grouïn, tu es sans conteste mon auteur préféré, mieux que Pratchett. J'ai toujours un plaisir jouissif à te lire, ce qui me pose un problème, lorsque je raconte à des amis de bons passages, et qu'ils sourient poliment pour toute réponse.
Merci encore, que ton oeuvre soit toujours prospère, youpla-boom.


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La révolution sera la floraison de l'humanité comme l'amour est la floraison du coeur.
Louise Michel (1830-1905)


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Grouïn des Tétynes

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   Réponse au Sujet 'Once more, with tétine' a été posté le : 03/03/03 21:42
Merci, mes bons amis, de vos tétineux encouragements. Pour ce qui est du titre du 8, il sera donc "Fourberies à Dhébrox", et parlera fort peu de l'ami Oussama. Mais comme aurait dit feu Clibanios,

Avec du pain et des croissants
Il entre en airbus A300
Par la porte de la cuisine
L'ami Moudjahidin


En revanche, je vais mettre en ligne le teaser du 8.


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