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katans

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   Styx [ShadowRun] a été posté le : 16/08/02 09:46
Après moultes hésitations, je me suis lancé dans la rédaction d'une nouvelle/d'un roman (je sais pas encore, on verra bien au final la taille que ça fait...) dans l'univers de Shadowrun. Que c'est original, me direz-vous, mais bon c'est comme ça que l'inspiration divine m'est venue.

Le roman s'intitule Styx (rien à voir avec notre bien-aimé collègue) et se déroule en 2061 (3e édition pour les puristes)

Si jamais vous avez des commentaires, PM ou petit message, mais de préférence sur un autre thread (j'ai créé le thread Commentaires exprès pour ça), pour ne pas briser le rythme ici.

C'est parti...


Dernière mise à jour par : nyxl le 27/11/02 20:16

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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 16/08/02 09:49
I.

Sifflement. La main gantée guidait la lame d’acier avec une finesse révélant plus qu’une grande maîtrise. Une paire d’yeux à demi-clos, qui semblait ne même pas regarder le sabre. Deux lèvres fines, bordées d’une moustache noir, qui murmuraient des termes d’escrime japonaise. Shomen-uchi. Tsuki, gaeshi-tsuki. Irimi-enka-tenkan, hachi-o-shomen. Malgré la vitesse stupéfiante de ses passes, l’homme n’était même pas essoufflé. Ses pieds couraient avec légèreté sur les nattes usées du dojo. En certains endroits, la natte était percée, révélant le plancher antédiluvien. A la connaissance de l’homme de haute taille qui exécutait son magnifique kata, c’était le seul bâtiment de la région à avoir plus de soixante ans. Tout avait été fort malmené, bien sûr, et beaucoup d’amour et de réparations de fortune s’étaient avérés indispensables pour maintenir le bâtiment en état. Les bardeaux du toit n’étaient pas d’origine, bien sûr ; cependant, ils étaient faits d’une matière plastique de qualité très convenable qui rappelait plutôt bien le teck de par son aspect et sa couleur. Ils avaient coûté une fortune, beaucoup de temps et même un pot-de-vin d’une valeur respectable, judicieusement adressé. Mais ce n’était pas important. Maître Goshi avait de l’argent, beaucoup ; quant au temps, il s’en moquait. Il était immortel – un privilège extrêmement rare, même chez les elfes. L’argent, il en aurait toujours plus qu’il n’en faut, et si par un hasard incroyable il se retrouvait sans argent, il pourrait toujours en emprunter à une de ses nombreuses connaissances. Tout n’est qu’éphémère, disait-il. Comme tous les immortels de Tir Tairngire, il avait une approche de la vie un peu spéciale, faite de philosophie, de fatalisme, d’humour et de mystère.

Pour l’heure, le vieil elfe, assis dans un angle du dojo, fumait une longue pipe en porcelaine. De la porcelaine véritable. Elle avait survécu à tout, sans doute parce que ses propriétaires successifs y accordaient énormément de valeur, aussi bien financière que sentimentale. Les dorures et la peinture commençaient plus ou moins à se ternir, mais qu’importe. C’était une bonne pipe. Et le tabac était bon, lui aussi ; il le faisait pousser lui-même, derrière la rangée de pins. Pas trop près, bien sûr, car le sol était un peu trop acide au pied des conifères ; le petit carré de larges feuilles vertes poussait à environ cent mètres des grands épineux. A travers la fumée, Maître Goshi observait son élève, son seul et unique élève. Le dernier parmi ceux qu’il avait jugés dignes d’apprendre ses secrets. M’bui était mort l’an dernier, en août, victime d’un chaman de la tribu adverse. Il avait succombé aux attaques combinées des six grands esprits envoyés par le magicien. Tout son art ne l’avait pas sauvé, même si quatre des six esprits se promenaient à présent de nouveau sur leur plan d’origine, avec le souvenir désagréable d’un violent coup de griffe, gorgé de magie, qui traversait leur corps physique. Philippe avait eu un accident d’avion, cinq ans auparavant. On avait retrouvé Jehosaphat dans son appartement de Berlin, allongé sur son lit. L’autopsie avait révélé un taux d’alcoolémie de 2,97 grammes et une ingestion massive de barbituriques. Et d’autres…Douze morts au total. Tous avaient été enterrés ici, sur cette petite péninsule aux abords d’Okinawa. La tombe de Philippe était vide ; le corps n’avait pas été retrouvé. Probablement réduit en cendres. A la place, un fragment du gros Lockheed qui le transportait, lui et 260 personnes, était posé contre la stèle de granite. Goshi l’avait récupéré lui-même sur le lieu de l’accident, en Birmanie.


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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 16/08/02 09:53
Il réprima un frisson. Le souvenir des morts n’est jamais agréable, surtout si ces morts étaient presque des fils. Mais l’immortalité lui avait fait prendre conscience de l’importance relative de la vie humaine. Il avait toujours su qu’il leur survivrait. Il survivrait aussi au dernier, le plus fort d’entre eux, le plus rapide, le plus doué. Malgré ses cinquante années d’expérience du katana, maître Goshi aurait répugné à affronter Lincoln avec une arme bien affûtée. Certes, Lincoln possédait des capacités dont lui-même ne pourrait jamais rêver. La magie qu’il utilisait était à des lieues de la magie traditionnelle, que Goshi maîtrisait pourtant assez bien. Malgré son attrait pour les arts physiques, Goshi était respecté parmi les wujen pour son talent inné. Il avait découvert la magie en même temps que tous ceux qui étaient assez vieux pour se souvenir de l’Eveil. Sans rien demander à personne, la magie était venu à lui, Goshi Suizo, jeune disciple d’Okinawa. Outre le fait qu’elle lui avait fait gagner dix bons centimètres et une paire d’oreilles pointues (un des rares cas de gobelinisation elfique post-naissance, encore aujourd'hui un casse-tête pour les généticiens), elle avait éveillé en lui une part de pouvoir jusqu’alors inconnue. Après la guerre, il avait suivi la voie du Wuxing pour maîtriser le flux de puissance qui le parcourait. Lincoln n’avait pas la moindre idée de ce qu’était un sortilège, pas plus qu’il ne connaissait les sensations d’une projection dans l’espace astral, le monde de la magie. Ce qui ne l’empêchait pas d’utiliser sa propre magie. Fermant à demi les yeux, l’elfe se concentra et sa vision pénétra l’espace astral. La pièce était la même, à l’exception des couleurs lumineuses qui ornaient désormais chaque objet. La barrière astrale qui protégeait chaque mur étincelait. Sans elle, il pourrait, en projetant totalement son esprit sur le plan magique, voir à travers les cloisons et les traverser par la pensée. Il avait placé ces barrières il y a des années, pour être tranquille pendant ses cours.

Au milieu de cet espace de couleurs claires, Lincoln apparaissait tel un soleil. Ici, se sachant en sécurité, il ne camouflait pas son aura. Sa forme astrale était véritablement impressionnante, d’une puissance que seul un initié peut atteindre. D’après ce que savait Goshi, Lincoln en était au neuvième degré d’initiation. Cela le rendait visible à des dizaines de kilomètres dans l’espace astral s’il ne prenait pas la peine de dissimuler son aura. Le katana brillait aussi de façon anormale pour un objet ordinaire. Goshi l’avait offert à Lincoln de nombreuses années auparavant. Comme tout ce qui se trouvait dans le dojo, l’arme était antérieure à la période sombre. Quel âge avait-elle réellement ? Même lui n’en savait rien. Probablement plusieurs centaines d’années. Exacerbée par le flot de magie du début du XXI e siècle, la puissance des ans s’était réveillée dans l’épée, la rendant beaucoup plus dangereuse qu’elle n’en avait l’air. Lincoln ne s’en séparait jamais. Même au plus profond des rues de Seattle, même dans les locaux de la Lone Star, la terrible police privée, il garderait son épée avec lui. Le lien qui l’unissait à son arme était plus fort que la magie. Il s’agissait d’amour. Goshi pouvait lire l’amour sur chaque pouce de l’aura de son élève. L’amour, et la concentration. Lincoln était toujours concentré. Le regarder dans les yeux était insupportable ; il donnait l’impression de sonder l’âme de son interlocuteur. Goshi observa encore un instant le mouvement de la lame dans l’espace astral. La trace des coups persistait une demi-seconde environ après que la lame soit passée, puis s’effaçait. L’elfe battit des paupières et retrouva sa vision normale.
-Arrête, dit-il sans élever la voix.
Lincoln interrompit son mouvement et se tourna vers le coin de la pièce d’où provenait la voix.
-Oui, maître ?
-Recommence lentement à partir du quarante et unième mouvement.
Lincoln hocha la tête, inspira et se mit en position. Puis, avec une lenteur contrôlée, enchaîna une douzaine de passes d’arme. Goshi tiqua, et dit en pointant un éventail :
-Ton pied est mal placé. Plus vers l’arrière. Tu te laisses trop emporter par ton poids dans ce mouvement.


Dernière mise à jour par : katans le 16/08/02 14:21

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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 16/08/02 09:59
Lincoln continua à s’entraîner une bonne heure, appliquant les corrections que lui donnait son maître. Puis il rangea le sabre dans un fourreau noir laqué – véritable lui aussi, tout comme l’arme – et salua. Goshi l’observa se diriger vers le banc où reposaient ses affaires. Pour un humain, il était vraiment beau. Certes, le petit focus qu’il portait au doigt y était pour quelque chose, mais tout de même il était séduisant. Il était grand, presque aussi grand qu’un elfe, près de deux mètres, et bâti tout en finesse. Rien à voir avec ces brutes de trolls ou d’orks qui étaient aussi larges que hauts. Sa musculature était discrète, comparable à celle d’un nageur amateur ou d’un pratiquant d’arts martiaux classiques. Goshi le savait cependant, sa véritable force lui venait de la magie. Il n’était que magie. Arrivé à un tel niveau d’initiation, de toute façon, tout être vivant était plus magique que physique, et Lincoln ne dérogeait pas à la règle. Goshi se leva. Il secoua un instant ses jambes ankylosées par la position assise et se dirigea calmement vers son élève. Celui-ci avait une serviette-éponge à la main et buvait lentement à une gourde en plastique, tout en essuyant son visage et ses cheveux noirs avec la serviette
-Je sors, dit simplement le vieil elfe.
-Bien, maître. Je vous rejoins dans un instant.
Il reboucha la gourde, s’assit un instant sur le banc et contempla la pièce. Elle faisait environ dix mètres sur douze, et le plafond se trouvait à plus de cinq mètres de hauteur. Un troll pourrait y pratiquer la lance longue sans être gêné. Sur le vieux parquet se trouvait une natte de raphia élimée qui couvrait presque toute la surface au sol. Des piliers de bois l’encadraient, soutenant les cloisons de papier de riz jaunies. La cloison sud était ouverte, comme toujours. Par l’ouverture, Lincoln pouvait voir la péninsule, les roches, les pins tordus par le vent, les campanules poussant entre les pierres, et la mer au-delà de la falaise. Elle était grise comme le ciel. Lincoln ferma les yeux, inspira profondément, essayant de dissocier les odeurs. Pin, iode, poussière du dojo. Sa propre transpiration sur les vêtements, le bâtonnet d’encens qui brûlait sur le petit autel à trois mètres sur sa gauche. L’herbe, et l’air qui se chargeait d’humidité. Il huma la pluie qui commençait à tomber. Puis il ouvrit les yeux, se leva et sortit à son tour.


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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 16/08/02 10:04
Maître Goshi arrangeait les compositions florales des tombes quand il le rejoignit. Comme toujours, Lincoln ressentit un pincement au cœur en s’approchant du petit cimetière. Il avait connu personnellement les douze personnes qui y étaient enterrées. M’bui avait été son ami. Tendant le bras, il effleura la pierre tombale et le disque de plexiglas où se trouvait la photo de son condisciple. On y voyait un jeune Africain, au visage doux, les oreilles un peu décollées, qui souriait faiblement sous ses cheveux crépus. Deux lignes gravées sous la photographie indiquaient « M’bui Lounganh, 2028-2060 ». Le pictogramme japonais signifiant « tigre » ornait le bas de la stèle. Il réprima une larme.
-J’aurais souhaité le venger, fit-il à l’adresse de son maître.
-Je sais, Lincoln. Mais la vengeance ne l’aurait pas ramené à la vie.
-Bien sûr, maître, répondit Lincoln. Et puis son assassin est mort, lui aussi. La faute est donc à moitié rachetée.
-En effet. Victime lui aussi de la guerre des tribus, n’est-ce pas ?
-Oui, pour autant que je sache.
-Tu repars bientôt ? demanda l’elfe.
-Demain. M’bui m’avait légué ses possessions, si vous vous rappelez, maître. Maintenant que j’ai un peu de temps, je vais aller les chercher en Afrique et les remettrai à son père. Il vit à Montréal.
Goshi ne dit rien. Ils restèrent debout en silence sous la pluie froide, contemplant les tombes, perdus chacun dans leurs pensées.
-J’ai froid, dit Goshi. Rentrons.
Ils tournèrent les talons et se dirigèrent sans hâte vers une grande maison de style traditionnel, bâtie trois cents mètres plus loin. A travers le rideau de pluie, elle ressemblait à un château fantôme écossais. Arrivés sur le porche, ils secouèrent leurs cheveux et entrèrent.

Le vent se leva, emportant un des précieux bardeaux du toit du dojo. La radio avait annoncé une tempête.


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Elric

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Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 20/08/02 11:51
et bien katans félicitation c'est sympa à lire! :D
donc je ne te demanderais que 2 choses :
pourquoi ne pas avoir postulé au prix littéraire du chaos?
et la suite...


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pour suivre ma moitié, je me vois bien actionaire de la pétroléum bazooka, ou/et des pétroles yoblémites :D :D :D

Du rab pour tout le monde sauf les gars qui jouent avec moi une campagne shadowrun (ils se reconnaitront) :
http://annamohn.spaces.live.com
j'aime bien laisser quelques mots :D


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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 21/08/02 08:45
C'est parti pour le 2e chapitre...

II.

L’inspecteur Piagetti entra dans la salle de réunion et ferma la porte. Douze paires d’yeux tournèrent les yeux vers lui, dans un ensemble parfait. Huit hommes, quatre femmes, tous humains, vêtus de complets ou de tailleurs stricts. Deux des hommes et une des femmes étaient habillés d’amples robes sombres brodées de symboles cabalistiques. Les mages et chamans étaient devenus depuis une quinzaine d’années une unité indispensable de la Lone Star.
-Bonjour, lança-t-il à l’intention de la petite assemblée.
Une poignée de « Bonjour, Inspecteur » et « Salut Piagetti » se firent entendre. Ralph Piagetti posa sur la table, près d’un siège vide, une pochette pour CD-ROMs, sur laquelle étaient imprimés en rouge les mots CONFIDENTIEL DEFENSE. Il l’ouvrit et prit un des disques argentés pour le poser dans le lecteur du mini-terminal qui se trouvait en face du siège. Puis il tira un câble de l’accoudoir du fauteuil et le brancha dans l’orifice métallique situé en haut de sa nuque. La machine bourdonna un instant. Les yeux fixés sur le mur d’en face, il murmura des ordres à l’ordinateur. Ses collaborateurs voyaient juste ses lèvres bouger. La lumière baissa dans la pièce, puis s’éteignit totalement, à l’exception du panneau blafard qui annonçait en grésillant « Sortie de secours ». Le rétroprojecteur encastré dans le mur nord s’alluma, dessinant un carré de lumière blanche sur le mur opposé. La voix de Piagetti se fit entendre dans les haut-parleurs de la salle.
-Bon, commença-t-il, je peux pas faire autrement pour vous parler que de passer par ce fichu haut-parleur. J’ai pas de temps à perdre, vous m’excuserez.
Cliquètement électronique. Une image se forma sur l’écran. La photographie tridéo d’un homme d’une trentaine d’années, cheveux noirs, yeux noirs, fine barbe, fine moustache, nez busqué, mâchoire carrée. Une impression de virilité et d’intelligence émanait de l’image. Piagetti s’exprima à travers le haut-parleur.
-Mesdames et messieurs, vous connaissez cet homme. Il s’agit de Lincoln Herms, que l’on connaît dans les rues sous le pseudonyme de Styx.
Les douze personnes présentes observaient attentivement l’écran, sur lequel apparaissaient des données diverses : date de naissance, mensurations, poids, signes distinctifs, dernière adresse connue, dernière SIM connue, dernière signature astrale connue…Plusieurs prirent des notes sur leur mini-terminal.
-Nous avons retrouvé la trace de Herms le mois dernier, continua Piagetti. Après qu’il nous ait filé entre les doigts en octobre 2059, Monsieur Herms a fait modifier sa signature astrale et son SIM et nous l’avons perdu de vue. Mais nos indics l’ont retrouvé. Aux dernières nouvelles, il serait chez son mentor, un certain Goshi Suizo, près d’Okinawa.



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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 21/08/02 08:47
Une carte du Japon s’afficha. La localisation d’Okinawa clignota en rouge.
-Je fais un rappel historique pour les nouveaux. Herms a été porté à notre attention en mai 2045 pour la première fois. Le soir du 22 mai 2045, à Downtown Seattle, Herms se trouve embarqué dans une bagarre de rue contre des membres d’un gang de petites frappes. Armé d’une épée qu’il s’est procurée Dieu sait où, il fait un joyeux massacre. La Lone Star ne se déplacerait pas pour un gang, mais la police locale nous a signalé qu’il a tué huit hommes à lui seul, à un vitesse surprenante. Pour vous donner un ordre d’idées, les voyous étaient armés de pistolets mitrailleurs. Il ne s’est pas arrêté là, bien sûr. Il est devenu mercenaire, vendant ses dons au plus offrant, ou parfois agissant pour une cause, bénévolement. On lui incrimine 1179 victimes au cours des quinze dernières années, dont 315 membres d’organisations policières diverses. Sur toutes ses victimes, 82% environ ont été tuées avec un katana, un sabre japonais.
Plusieurs personnes de l’assistance sursautèrent. Le silence se fit pendant quelques minutes. Finalement, la femme vêtue de la lourde robe pourpre demanda :
-Un adepte physique ?
-Oui, répondit Piagetti. On avait pensé au début à du cyberware illégal, car il semblait improbable qu’un gamin pareil soit un adepte avec une telle puissance. Mais les investigations astrales sont formelles : ce monsieur n’a pas un poil de cyberware ou de bioware dans le corps. Tout est 100% pur porc, si vous me passez l’expression.
Un compte rendu d’investigations astrales s’afficha. Les neuf non-mages affichèrent un air plat et incompréhensif. Les mages étudièrent avec attention les formules complexes qui défilaient. De temps en temps, l’un d’eux sursautait.
-Ouais, conclut l’homme en robe noire. On a pas affaire à un quelconque charlatan de rues.
-Et encore, renchérit Piagetti, ce rapport date d’il y a quinze ans. Voici le rapport le plus récent qu’on ait ; il date d’octobre dernier. Entre-temps, Herms s’est offert un niveau d’initiation supplémentaire pour modifier sa signature astrale, ce qui explique les difficultés qu’on a eues pour le retrouver.
Une nouvelle série de formules défila. Le troisième mage, un jeune homme blond en robe vert sombre, murmura un juron.
-Comme vous dites, William, reprit Piagetti. C’est d’ailleurs à vous, à Hugh et à Vanessa de vous charger de ceci.
Les trois mages levèrent le regard vers Piagetti. Celui-ci murmura des commandes. L’image disparut. La lumière revint. Puis, calmement, Piagetti débrancha le jack et le rangea dans l’accoudoir du fauteuil. Il battit deux ou trois fois des paupières, secoua la tête, et s’assit.
-Comprenez, continua-t-il, nous avons déjà essayé de lui envoyer des troupes d’élite. La dernière fois, on avait envoyé douze soldats surentraînés, gorgés de cyberware delta au point que leur essence se réduisait à un fil. Il a utilisé des attaques astrales pour les anéantir. Ils n’ont même pas eu le temps de sortir leurs armes. Douze morts…il était planqué quelque part et les a abattus comme au casse-pipes. Il a même pris la peine de voler les corps. On suppose qu’il a revendu le cyberware et les armes dans la Rue.
-Vous n’avez jamais pensé à un sniper ? s’enquit Hugh. Les nouvelles munitions APDS des fusils militaires peuvent traverser le blindage d’un tank à quatre cents mètres.
Piagetti lâcha un ricanement.
-Et on le poste où, le sniper ? fit-il avec dédain. Osaka ? Seattle ? Berlin ? Tombouctou ? Tir N’a Nog ? Vous ne comprenez pas bien, Hugh. Ce type est une vraie couleuvre. Il agit seul, la plupart du temps, pour ne pas éveiller l’attention et pour ne pas laisser de gens susceptibles de parler.
-Et vous voulez qu’on fasse quoi, au juste ? finit par demander Vanessa, légèrement énervée.
-Tendez-lui un piège, répondit Piagetti. Vous êtes suffisamment doués pour ça, je pense ? On a un expert en sorcellerie, un expert en combat astral et une experte de la tradition chamaniste, cette fois ça devrait être faisable, non ?
Les trois Eveillés jetèrent un regard dubitatif à leur supérieur. Puis ils se regardèrent. Willam parla enfin :
-J’ai une idée.


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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 21/08/02 08:50
* * *

La pluie tombait à torrents quand Piagetti et Hugh quittèrent le bâtiment. Ils avaient pris congé de leurs collègues au pied de l’escalier descendant au parking du bâtiment. L’air absorbé, Piagetti s’arrêta sur le pas de la porte, regardant à travers le rideau de pluie. Il détailla la cour de l’immeuble hideux qui abritait les locaux de la section Lone Star de Seattle. Quelques véhicules blindés, des arbres en plastique qui, même non vivants, avaient l’air rabougris et malades, un paquet de chips coincé sous la roue de la vielle Ford Americar qu’il conduisait depuis des années. Hugh n’avait même pas de voiture. Il utilisait le métro, ou il volait. La paye d’un inspecteur ou d’un expert sorcier à la Lone Star était juste suffisante pour qu’ils maintiennent tous deux un train de vie décent, sans plus. Aucune vie de famille envisageable. Hugh avait été marié, une fois. Sa femme l’avait quitté il y a deux ans, lasse de ses absences continuelles, de ses horaires de travail anarchiques et de sa mauvaise humeur au réveil à cause des cauchemars qui l’assaillaient sans cesse, souvenir d’une rencontre malheureuse avec un grand esprit particulièrement terrifiant.
-Tu as confiance en Spenders ? demanda Piagetti.
-Vanessa, tu veux dire ? Sans plus…Je doute de ses capacités. D’un autre côté, elle est trop naïve pour présenter un risque. J’ai une confiance très limitée en elle. Autant qu’un mage peut avoir confiance en un chaman.
-T’as raison, grogna Piagetti, c’est bien la peine de se bagarrer pour des raisons de tradition magique dans la situation où on est. Tu peux pas faire un croix là-dessus une fois pour toute et agir en professionnel, non ?
Hugh haussa les épaules.
-Ralph, le jour où tu sauras me conseiller en matière de magie, tu me diras comment je dois bosser, hein. En attendant je fais ce que tu me demandes, alors me demande pas en plus d’y prendre du plaisir. Qu’est-ce qui vous a pris de recruter cette môme ?
Piagetti sortit de sa poche un paquet de cigarettes défoncé et un briquet. Il porta une cigarette à ses lèvres, alluma le briquet, l’éteignit. Il cracha la cigarette sur le sol de béton sale et la regarda rouler au sol.
-Le toubib a dit que si je continuais à fumer, j’étais bon pour passer sur le billard et me faire greffer un respirateur. J’ai déjà trop d’implants pour me permettre ça, et le bioware est trop cher.
Il jeta un regard mi-nerveux, mi-pitoyable au grand mage aux cheveux noirs. Celui-ci fixait la pluie, le regard à l’horizontale, l’air absent.
-*********rie, hein ? Faudrait jamais commencer.
-Je n’ai jamais commencé, répondit Hugh d’un ton presque froid.
Vingt ans, songea l’inspecteur. Vingt ans que je trimballe ce fils de pute, ce robot, partout où je vais. Le meilleur mage corpo de sa génération, qu’ils disent. Tu parles ! Un putain de tueur légalisé, rien de plus. Piagetti ferma les yeux. Nom de Dieu, jamais j’aurais dû quitter la Rue. J’aurais dû rester Snake Eyes et mourir les neurones en feu, grillé par un decker plus adroit et plus vicieux que moi.

Il soupira bruyamment. Si jamais il avait su que la Lone Star payait si peu et exigeait tant en retour, il serait allé implanter des tridéo pornographiques dans la boîte mail du grand patron plutôt que de signer. Mais la sécurité d’une vie normale, d’une SIM, d’une patrouille de flics qui vérifient régulièrement qu’un gang ne rôde pas sous ses fenêtres, l’avait à l’époque plus tenté qu’une vie de star de la Matrice. Les étoiles brûlent fort et s’éteignent vite…Plus question de revenir en arrière désormais. On ne quitte la Lone Star que pour prendre sa retraite, ou aller bosser pour une autre corpo, ce qui revenait au même, tout bien considéré.
Le vent se leva, emportant le paquet de chips qui alla se coller à la fenêtre de l’immeuble voisin, minuscule tache d’un rouge agressif et lumineux dans l’océan gris et humide de la Rue. Et puis ********, songea-t-il. Je vais me faire ce type, et adepte ou pas il aura intérêt à serrer les fesses quand il me tombera dans les pattes.
Il releva le col de sa veste, sortit la clé de la Ford de sa poche et se tourna vers le mage.
-Demain dix-huit heures, Hugh. Je veux votre rapport et vos idées à tous les trois sur cette affaire.
Il courut à la voiture, monta et mit le contact. Le moteur toussa. Au second essai, le véhicule démarra et partit dans les rues lavées de pluie.

Hugh observa la voiture disparaître, un air inexpressif sur le visage. Puis il tourna ses yeux gris acier vers la station de métro et s’y dirigea sans se presser. Les gouttes de pluie s’évaporaient à deux centimètres au-dessus de sa tête.

* * *


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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 21/08/02 08:53
Assis à la table du café « Manolo », William sirotait son cappuccino. Il était fort, chaud et sucré, comme il l’aimait. Manolo, le patron, un gros ork bourru mais jovial, était un vieux copain, et il faisait le café comme personne à Seattle. En face de lui, Vanessa soufflait sur son thé au citron et réchauffait ses doigts fins autour de la tasse en fausse faïence.
-Qu’est-ce qui arrive à Ralph ? demanda la jeune femme.
-Coup de blues, probablement, répondit William. C’est un vieux renard, et il court depuis des années après ce type. Le voir refaire surface n’a sans doute pas arrangé son humeur.
-J’avais jamais entendu parler de ce Herms auparavant. Ca n’a pas l’air d’un rigolo.
-En effet, convint le mage. J’ai lu un rapport psychologique datant de 2052. Aucun symptôme de névrose ou de psychose, juste une détermination à faire pâlir un dragon et une grande confiance en soi. Très stable sur le plan strictement psychologique et émotionnel, mais totalement imprévisible. Je crois que « calculateur » est l’adjectif le plus approprié. Pas de famille, énormément de contacts mas peu d’amis véritables, donc capable de se trouver à n’importe quel endroit de la planète en moins de deux jours sans que personne ne l’ait vu. Ou n’admette l’avoir vu. De plus, c’est tout sauf un imbécile. Il ne révèle jamais rien que le minimum indispensable à ses contacts, pour éviter que l’on puisse utiliser une sonde mentale sur eux.
Vanessa eut un frisson. Elle se demanda, l’espace d’un instant, comment on pouvait à ce point pervertir la magie, jusqu’à devenir un tueur méthodique et impitoyable qui utilisait sa puissance pour le mal absolu.
-Ca ne sera pas une partie de plaisir. Tu as des idées, toi ? demanda-t-elle
William haussa les épaules.
-Je pensais le distraire avec des élémentaires – ou des esprits, comme tu veux, c’est bonnet blanc et blanc bonnet -, l’affaiblir magiquement et laisser Hugh l’achever en combat astral. Il est redoutable pour ça.
-On envoie un psychopathe pour en combattre un autre, hein, fit-elle avec un sourire en coin.
-Tu ne l’aimes pas beaucoup, on dirait.
-Ce grand dadais de mage avec ses grands airs ? Non, pas vraiment. Attention, quand je dis « dadais de mage » je parle pas pour toi, se reprit-elle en voyant la grimace de William. Mais ce type est prétentieux à un point à peine envisageable, et il ne se rend pas compte que les pouvoirs chamaniques égalent largement la puissance de la magie hermétique. Sa fixation là-dessus le rend ridicule.
-Tu ne peux pas nier qu’il est compétent. Jamais vu un type aussi efficace en combat astral.
-Je ne mets pas en cause ses capacités, précisa Vanessa sur un ton un peu énervé. Je dis que c’est un trou du cul, point final.
-Fais gaffe que s’il entend ça, ça va chier…
Ils se regardèrent et pouffèrent simultanément.
-Tu tombes bien bas, William Zolek, dit Vanessa sur un ton indulgent.
William se dirigea vers le comptoir et régla les consommations au gros ork qui essuyait des verres douteux derrière le comptoir. Rien que le torchon qu’il employait rangeait l’épidémie de 2011 au rang de rhume bénin. Puis il revint vers la table et enfila son imperméable.
-On se voit demain, OK ? demanda-t-il.
-Bien sûr. Ne sois pas en retard, j’ai pas envie qu’on se fasse taper sur les doigts par le patron.
-T’as qu’à être à l’heure, toi !
Vanessa lui tira la langue et sourit. Elle le regarda quitter le bar et suivit un instant du regard sa silhouette qui se mêlait aux formes indistinctes de la Rue. Des centaines de formes de toutes tailles et corpulences, qui apparaissaient et disparaissaient, fantômes anonymes, dans son champ de vision. La silhouette massive d’un troll se découpait parfois sur la masse grouillante des passants. Elle pouvait voir leurs auras et sentir la contrariété née de la pluie qui émanait de leur être. « Sale temps », songea-t-elle comme plusieurs millions de cerveaux à Seattle.
Un type crasseux, aux vêtements de style militaire et à l’air patibulaire s’approcha d’elle et lui souffla dans le cou :
-Alors, mignonne, on est toute seule par ce temps ? Si tu veux je t’emmène dans un endroit plus chaud…
Vanessa se retourna, l’air vaguement agacé, et dit simplement « Partez ». Dans son cerveau, les mots de pouvoirs se combinèrent en une image compliquée. L’homme la regarda d’un air surpris, et, luttant contre ses propres pieds, retourna s’asseoir à une table déjà occupée par quatre êtres tout aussi délabrés que lui qui l’accueillirent avec des quolibets.

Après un bref coup d’œil à sa montre, Vanessa se leva et quitta le bouge de Manolo. Les cinq types l’avaient oubliée. Frissonnant sous la pluie, elle héla un taxi et rentra chez elle.
-Quel temps, hein Miss, dit le chauffeur, un nain à l’allure joviale. Des câbles sortaient de ses doigts pour aller se perdre dans les profondeurs du tableau de bord.
-Oui. Il paraît que la tempête vient du Japon, répondit-elle d’un air absent.
-Tant qu’il ne pleut pas du riz…fit le chauffeur.
Et il partit d’un grand rire gras tandis que le véhicule zigzaguait rapidement et sûrement dans la jungle autoroutière. Vanessa esquissa un sourire et fixa les gouttes de pluie qui faisaient la course le long de la vitre de plexiglas.

* * *


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   Réponse au Sujet 'A mon tour...' a été posté le : 21/08/02 08:55
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Exp. : flamingburst (flamingburst@alice.mat)
Date : 17 avril 2061, 22h34
Attach. : data.trd
Obj. : (none)

Salut Sparrow. Voilà le rapport que tu dois transmettre. J’ai viré 1000 nuyens sur ton compte public comme petit cadeau. Ne perds pas de temps.

1 Message en attente.
Exp. sparrow (sparrow@alice.mat)
Date : 17 avril 2061, 22h37
Obj. : Re(none)

C’est fait, man. A ton service.

1 Message en attente.
Exp. : sparrow (sparrow@alice.mat)
Date : 17 avril 2061, 22h36
Attach. : data.trd
Obj. : (none)

Un petit cadeau de Flamingburst. Apparemment quelqu’un t’en veut. Fais gaffe et profil bas, man, cette fois tu prends des risques.

* * *

Lincoln éteignit l’écran de l’ordinateur portable et le rangea dans sa sacoche. Il avait rejoué la tridéo quatre fois pour n’en perdre aucun détail. Elle montrait la salle de réunion de la Lone Star de Seattle avec treize personnes. Il en connaissait deux : son copain Flamingburst et Piagetti, le grand brun basané qui autrefois avait effectué quelques opérations de piratage bénignes pour lui. Qu’est-ce qui avait poussé un decker de sa classe à se recycler dans la Lone Star ? Lincoln se posait la question chaque fois qu’il voyait son visage. Peu importe. Il représentait maintenant un danger potentiel. Le tuer n’arrangerait rien, cependant, aussi Lincoln décida d’attendre et d’aviser plus tard.

Il se leva. Une voix douce annonça en japonais dans les haut-parleurs :
-Les passagers du vol 3175 pour Johannesburg sont priés de se présenter hall 8 pour l’embarquement.
Ses affaires à la main, il suivit le flot humain et s’enfonça dans les profondeurs de l’aérodrome.


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   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 26/09/02 15:49
III

Dans la grisaille du matin, un bruit de moteur se détacha du brouhaha perpétuel de la Rue. Une vielle Ford Americar entra dans le parking du bâtiment ultra-sécurisé de la Lone Star et se gara à cheval sur deux emplacements. Le fourgon banalisé qui la suivait et les deux motos d’escorte se rendirent à une porte discrète située au sud du bâtiment.
-Hé ! s’écria un garde, garez-vous mieux que ça, nom de D… !
Piagetti sortit de son véhicule et lança un regard noir au garde, qui donna la soudaine impression de vouloir disparaître derrière sa barrière.
-Otrello ! cria-t-il. Au lieu de faire des commentaires vaseux, appelez le plus vite possible l’équipe Delta ! J’avais demandé une sécurité renforcée ce matin, bordel ! Qui est l’incapable responsable de la com. ?
-Euh…c’était moi, lieutenant, mais…tenta le planton.
-J’vous félicite pas ! Vous avez une minute pour passer ce coup de fil et vous pointer à l’entrée sud en tenue de haute sécurité !
Piagetti se détourna tandis que le garde se ruait sur l’interphone. Ouvrant le coffre de la Ford, il en sortit une veste en kevlar et un casque qu’il enfila. Puis il tapa un code sur un petit clavier situé dans la paroi intérieure du coffre, et le fond s’ouvrit, révélant un fusil d’assaut AK98. Piagetti s’empara de deux chargeurs de balles étourdissantes, des munitions faites d’un gel qui durcissait à l’impact et ne causaient pas de blessures mortelles, en glissa un dans sa ceinture et un dans l’arme. D’un coup d’œil rapide et professionnel, il vérifia le second chargeur fixé sur la mitrailleuse. Celui-ci contenait des grenades EMP, et rien que les cinq projectiles lui avaient coûté une semaine de salaire. Les grenades EMP neutralisaient tout système électronique dans leur rayon d’action ; très pratique pour incapaciter totalement une bande de malfrats dopés au cyberware ou un decker en plein travail. Piagetti avait eu l’occasion de s’en servir une seule fois auparavant, et ne souhaitait pas vraiment réitérer l’expérience sous peu. Etant lui-même largement équipé en implants cybernétiques, il était très sensible aux effets de l’explosion. Même à vingt mètres du point d’impact, l’onde électromagnétique lui donnait des migraines monstrueuses.

Par la grille ouverte débarquèrent, toutes sirènes hurlantes, cinq fourgons blindés. Quarante hommes vêtus de noir et lourdement armés en sortirent au pas d‘exercice. L’un d’eux, anonyme sous son casque intégral, se dirigea vers Piagetti.
-Lieutenant Piagetti ? Major John Dirk, brigade VII du Groupe d’Intervention Delta. Désolé pour ce quiproquo, nous avons été prévenus un peu trop tard. Quels sont les ordres ?
Piagetti détailla l’homme. Haut de deux mètres et solidement bâti, il était vêtu d’une combinaison militaire complète et d’un casque tactique. Sous cette couche protectrice, Dirk dissimulait certainement une masse de métal impressionnante, et à peine assez de vraie chair humaine pour remplir une boîte de pâtée pour chats. L’équipe Delta était l’infanterie lourde de la Lone Star. Ses membres étaient des semi-tueurs psychotiques parfaitement entraînés et équipés des implants cybernétiques les plus modernes. La corpo s’assurait leur loyauté et leur obéissance par l’implant d’une mini-bombe radiocommandée implantée dans leur nuque : en cas d’écart trop grave de la part du soldat, on retrouvait juste le corps, et on pouvait même réutiliser les implants qui n’étaient pas situés dans la tête…Piagetti se demanda soudainement si le major Dirk possédait ainsi quelques morceaux provenant de collègues renégats.
-Vous voyez le fourgon là-bas ? demanda Piagetti. Il contient un prisonnier, code rouge. Surveillez le transfert avec vos hommes et assurez-vous qu’il soie amené au plus vite à sa cellule. Voici votre autorisation pour entrer dans l’enceinte de très haute sécurité, ajouta-t-il en tendant une carte magnétique.
Le major hocha la tête, fit un signe du bras à ses hommes et le détachement partit au pas de gymnastique en direction du fourgon.
-Qu’est-ce qui se passe ? demanda une voix près de l’épaule de Piagetti.
Le lieutenant sursauta et se retourna. Flarden se tenait à un mètre derrière lui, les mains dans le dos, vêtu d’un long manteau argenté.
-Hugh, vous m’avez foutu la frousse, soupira Piagetti.
-Toutes mes excuses. Je pensais que vous m’aviez entendu arriver. Que fait l’équipe Delta ici ?
-Transfert de prisonnier, très haute sécurité, répondit Piagetti. Je vous en parlerai en détail au briefing. Spenders et Zolek sont là ?
Le mage se retourna, fixa le ciel et cligna une ou deux fois des yeux. Dans son champ de vision, la Rue se modifia. Les êtres vivants devinrent des taches lumineuses plus ou moins intenses. Dans le ciel, deux auras éclatantes s’avançaient à vive allure vers eux.
-Oui, je les vois qui arrivent.
Conservant sa perception astrale, Hugh observa les deux formes se poser près de lui. Une modification supplémentaire se produisit, puis les deux magiciens se matérialisèrent près de Piagetti, qui sursauta de nouveau.
-Mais c’est une manie ! protesta-t-il.
Vanessa Spenders eut un sourire.
-On ne peut pas non plus voler comme ça au grand jour en plein milieu de la ville. Il faut un minimum de discrétion, et l’invisibilité fait partie de ces précautions indispensables, expliqua-t-elle.
William observait avec attention le cordon de sécurité de l’équipe delta qui se mettait en place. Il bascula sa vision vers l’espace astral et grimaça à la vue de l’aura terriblement souillée des membres du groupe d’intervention. Les implants cybernétiques laissaient des trous noirs dans l’océan de lumière de l’espace astral. Puis il observa le fourgon.

Ralph, Hugh et Vanessa se retournèrent en entendant le cri de dégoût et d’horreur mêlés de William. Celui-ci avait fait deux pas en arrière et fixait le fourgon, le visage blanc.
-Bon sang, Ralph, demanda-t-il d’une voix à demi terrorisée, c’est quoi ce qu’il y a dans ce fourgon ?
-Ca, c’est ma solution au problème Styx, fit Piagetti avec un sourire. Et j’ai hâte d’entendre la vôtre. Je vais donner un coup de main à ces charmants messieurs, et je vous rejoins en salle de réunion.


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   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 26/09/02 15:50
* * *

Quand Piagetti pénétra dans la salle de réunion, les trois magiciens l’attendaient, assis autour de la table de conférence. Les moniteurs des ordinateurs étaient allumés. Hugh trônait seul à une extrémité de la longue table ovale, tandis que William et Vanessa discutaient à l’autre bout de la table. Un chaton blanc et brun était allongé devant la chamane, ses petits yeux verts fixant intensément Piagetti. Celui-ci lui jeta un regard interrogateur et s’assit près d’Hugh. Il tira un clavier à lui et tapa quelques instructions. Puis il se redressa, embrassa la salle du regard et se cala confortablement dans son fauteuil, les bras croisés derrière la nuque.
-Bon, fit-il, je vous écoute.
-Bien, je commence, dit Vanessa.
Elle prit le chaton dans ses bras.
-Messieurs, continua-t-elle, je vous présente Dana, mon allié. J’ai passé quasiment un an en rituels pour l’invoquer, et je suis très fière du résultat. Il pourrait venir à bout de Styx si celui-ci est distrait ou affaibli, j’en suis sûre.
William et Hugh engagèrent leur vision astrale et observèrent le chat. Son aura était impressionnante. William hocha la tête, l’air approbateur.
-Beau boulot, fit-il.
-Si vous le dites, coupa Piagetti. Vous avez aussi réfléchi à des moyens de le distraire ou de l’affaiblir ?
-Je pense que le noyer de sortilèges offensifs sera un bon début, répondit la jeune femme.
-Admettons, fit Piagetti.
Il tapota sur son clavier. Des lignes de prise de notes s’affichèrent à l’écran. Puis il tourna la tête vers Hugh Flarden.
-Hugh, à vous.
-Bien. Mon idée était de prendre en otage son maître, ou du moins de lui faire croire à sa captivité, et de lui tendre un piège. Aussi puissant qu’il est, il ne pourra pas survivre à, disons, dix kilos d’explosifs et cinq tireurs embusqués, équipés de fusils militaires chargés de munitions APDS. Ca a l’avantage qu’on peut décider de l’endroit où on le piège.
-Vous êtes sûr que ça le bernera ? demanda Piagetti, dubitatif.
-Ca se tente, dit William, se dressant à demi. Son maître est bien l’une des seules personnes au monde qui ait de l’importance pour lui.
Piagetti réfléchit un instant. La solution était tout à fait dans l’esprit de Hugh: vicieuse, assez simple et sans doute efficace. Certes, cela posait un problème de conscience, voire de politique – qui sait comment le gouvernement japonais réagirait - de s’en prendre à un vieil elfe innocent, mais Hugh ne s’embarrassait que rarement de tels problèmes. Ralph nota finalement l’idée sur l’ordinateur. Il leva un sourcil à l’intention de William Zolek.
-Euh…oui, à moi. Mon idée était de le distraire à l’aide de sorts ou d’esprits, et de l’abattre en combat astral. A nous trois, on devrait pas avoir trop de difficultés, surtout si vous êtes avec nous, Hugh.
Le grand mage haussa les épaules.
-Faut voir. Je ne m’engage pas dans une expédition suicide, et vous non plus. Vous semblez sous-estimer notre homme, Zolek. C’est un défaut de débutant, vous savez…
Hugh se leva, contourna la table jusqu’à William et tira de sa ceinture un long poignard qu’il posa devant lui. L’arme avait l’air ancienne, avec sa poignée en os noircie par l’usage, ses ligatures en vieux cuir et sa lame ondulée. Elle dégageait cependant une aura de menace quasi-palpable.
-Vous connaissez ceci, n’est-ce pas, Zolek ? demanda Flarden. C’est mon kriss. Accessoirement c’est un focus d’arme d’une puissance rarissime. Vous avez déjà été en mission astrale avec moi, vous savez donc de quoi cette arme est capable. Bon. Maintenant, pour votre gouverne, sachez que monsieur Herms, connu sous le pseudonyme de Styx, possède un focus d’arme de puissance légèrement supérieure, et qu’il est plus doué que quiconque en ce qui concerne le maniement pur des armes blanches. Si nous ne pouvons le prendre par surprise, il aura tôt fait de nous tuer tous les trois en un coup de sabre.
-On pourrait lui voler son épée, suggéra Vanessa.
Le regard glacial et méprisant de Hugh l’enveloppa, la faisant se rétrécir dans son siège.
-Personnellement, Mademoiselle Spenders, je préfèrerais aller pêcher le requin blanc avec les dents plutôt que de faire ça. Il ne se sépare jamais de son arme et ne la prête à personne. Il faudrait la lui prendre par la force, et autant tenter de le tuer tout de suite.
Piagetti tapa dans ses mains. Les magiciens tournèrent leurs regards vers lui.
-Bon, j’ai tout noté. Maintenant suivez-moi, je vais vous présenter ma solution.
Il sauvegarda ses notes, se leva et quitta la salle. Les sorciers lui emboîtèrent le pas, intrigués.


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   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 26/09/02 15:51
* * *

Depuis deux heures, Smog graffitait sur le mur de la cellule. Comme tous les prisonniers, son cyberware avait été partiellement désactivé, lui coupant l’accès à ses griffes implantées ; il utilisait donc une plaque métallique anguleuse qu’il avait démontée de son bras gauche. Le dessin, assez maladroit, représentait une femme nue dans une pose suggestive. La femme avait deux crocs qui émergeaient de sa mâchoire inférieure, suggérant qu’elle était un ork. Après tout, il est rare que les orks fantasment sur les autres races, donc Smog dessinait des orks. Smog n’aimait pas dessiner. Mais il aimait bien les femmes nues, donc il se prêtait volontiers à ce léger sacrifice. Les murs de sa chambre, pour autant qu’il s’en souvienne (il n’était pas rentré chez lui depuis deux ans), étaient couverts de posters grand format d’actrices porno. Smog prit un peu de recul, examinant l’œuvre. Pas mal, songea-t-il. Puis il s’allongea sur la couchette avec un soupir. La cellule ressemblait à toutes les autres cellules haute sécurité qu’il avait déjà habitées : quatre mètres sur quatre, une lampe intégrée dans le plafond, derrière un verre de sécurité que même lui n’aurait pu défoncer sans un équipement adapté, une installation sanitaire minimale : toilettes, lavabo, miroir incassable, et une couchette peu confortable, juste assez grande pour lui. Il était de taille moyenne pour un ork, un mètre quatre-vingt quinze, mais très lourd et puissamment bâti. Là où ses collègues moyens pesaient environ deux cents kilos, il en pesait presque deux cent quarante, uniquement de muscle et de cyberware de haute qualité. La cellule n’avait pas de porte ; juste une ouverture dans le mur, barrée par des lasers. Toucher les lasers déclenchait une onde de choc électromagnétique et la libération de gaz neurotoxique dans la cellule et le couloir ; une protection plus efficace encore que des barreaux. Smog ferma les yeux. Dans son crâne, la tumeur battait sourdement. Les migraines se faisaient plus fortes depuis quelques jours, et il se réveillait parfois la nuit, le nez en sang. Il se demandait pourquoi on l’avait transféré. Le cancer, diagnostiqué l’an dernier par les toubibs de la prison Wilford, était en train de le tuer lentement. Incurable, bien sûr, du moins pas dans une prison, et surtout pas pour un criminel. Dans ces conditions, à quoi rimait un transfert ?

Smog ouvrit un œil. Des bruits de pas se faisaient entendre dans le couloir froid éclairé au néon. Le cerveau habitué de Smog lui révélait la présence de quatre personnes. Bientôt, les arrivants se tenaient devant l’entrée de la cellule. Smog leva la tête et les observa. Trois hommes, une femme. Le premier des hommes était un grand type basané, l’air peu commode, tenant un taser haute puissance, que Smog reconnut comme l’officier ayant supervisé son transfert. Un certain Spaghetti, ou Planeti, quelque chose comme ça. Le second était jeune, pas plus de vingt-cinq ans, les cheveux blond cendré. Il était maigre et pas très grand, ce qui pour Smog correspondait à la description normale de tout humain. Ses yeux bleus le dévisageaient avec un expression mêlée d’effroi et de curiosité. Les troisième déplut à Smog au premier regard. Un type mince, grand, très sec, aux cheveux et aux yeux argentés. Il avait l’air de s’ennuyer, ou d’avoir chié dans son froc. La femme était plutôt jolie, sans rien d’exceptionnel toutefois. Elle l’observait avec l’expression d’un lapin regardant un loup en cage. Smog sourit vaguement, révélant sa dentition approximative. La femme eut un mouvement de recul. L’officier tira un câble du terminal mural, le ficha dans son transmetteur crânien et tapota un code. Les lasers disparurent. L’homme débrancha le câble et pointa le taser sur lui.
-Debout, jeune homme, dit l’officier. Et pas de mouvement inconsidéré, sinon je t’envoie une décharge dont tu me diras des nouvelles.


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   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 26/09/02 15:52
Smog se leva, prudemment, et alla s’appuyer contre le mur opposé. Les quatre humains entrèrent ; les deux plus jeunes s’assirent sur la couchette, les autres restant debout. Le type avec un air de robot le regardait, le visage sans expression, les yeux vides. Smog connaissait ce regard et sur ce que l’homme faisait : il lisait son aura. Le type devait être un putain de sorcier ou un truc dans le genre. Smog avait une aversion naturelle pour les êtres capables d’en tuer d’autres sans même leur envoyer un projectile. L’officier tenait toujours son taser pointé. L’arme envoyait des décharges électriques haut voltage, mais de faible intensité, ce qui permettait de paralyser la cible sans dommages physiques graves. Smog avait appris à s’en méfier. L’officier fit un signe de tête dans sa direction.
-Voici Smog, autrefois connu sous le nom de Ludwig Brunn. Nous l’avons capturé il y a deux ans et il a échappé à la peine de mort uniquement parce qu’il s’est révélé un sujet intéressant pour les spécialistes de la SEC, la section d’études cybernétiques. Monsieur Brunn est coupable de plusieurs meurtres, enlèvements, racket, contrebande, possession et utilisation de matériel militaires et de cyberware de classe C. Mais c’est potentiellement un excellent élément.
Les trois autres regardèrent leur chef, intrigué. Ils avaient tous vu l’aura de Smog, qui ressemblait à un trou noir dans l’espace astral, polluée par l’abus d’implants. Sa signature astrale devait se maintenir des jours durant.
-Monsieur Smog a subi plusieurs implants et opérations cybermantiques, ce qui fait de lui ce que l’on nomme couramment un cyber-zombie. Je pense l’envoyer pour remplir la mission.
Smog commençait à perdre pied. La femme dit :
-En quoi ce monstre peut-il nous être utile ? Il a quoi de plus qu’une équipe delta ?
-C’est un cyber-zombie, mademoiselle Spenders, vous avez entendu, fit le grand type coincé. Ses implants cybernétiques sont trop nombreux pour un organisme normal, et il ne survit que grâce à la magie. Cela le rend partiellement immunisé à elle, donc potentiellement capable de mener à bien notre entreprise avec moins de difficultés qu’un être « normal ». Mais ne vous faites pas d’illusion, ajouta-t-il à l’attention de Smog. Je suis capable de vous faire sortir le cerveau par les oreilles sans même lever un sourcil. Mes deux collaborateurs en sont également capables sans difficultés.
Smog haussa les épaules. Un vague sourire se dessinait sur ses lèvres, comme s’il doutait de la véracité de ces propos.
-Moi, je peux te faire sortir le cerveau des oreilles simplement en pressant tes tempes, si tu veux faire une comparaison de nos compétences, dit-il d’une voix profonde. Et j’y prendrais énormément de plaisir. Et je n’ai pas peur de vous. Vous me voulez quoi, au juste ?
-J’y viens, fit l’officier. Smog remarqua le badge et lut son nom. Piagetti, pas Spaghetti. Nous voulons vous proposer un marché. Vous remplissez une mission pour nous et nous vous relâchons, blanchi et soigné. Nous supprimerons bien sûr quelques-uns de vos implants, mais c’est à prendre ou à laisser.
Smog était sincèrement surpris. La récompense était très haute – la liberté et la vie, que demander de plus – ce qui impliquait que ladite mission serait tout sauf une partie de plaisir. Il risquait sans doute d’y rester. Mais le jeu en valait sans doute la chandelle. Il croisa les bras, fixant Piagetti droit dans les yeux.
-Ca m’ semble envisageable. Ca veut dire quoi, supprimer certains implants ?
-Ca veut dire adieu à tout votre cyberware de type delta, sauf les trucs pas trop dangereux pour l’ordre public. On les remplacera partiellement par du matériel légal. Moins efficace, bien sûr, mais on n’a rien sans rien. Et puis vous serez libre, et comme nous ne sommes pas des monstres, nous vous enverrons en centre de soins intensifs pour ce cancer. Qu’en dites-vous ?
Le visage laid de l’ork se fendit en un sourire.
-Ca marche.
-Fort bien. Votre objectif est simple. Retrouvez une personne, et tuez-la. Cette personne répond au nom de Lincoln Herms, aussi connu sous le pseudonyme de Styx. C’est un adepte physique très puissant. Nous pensons que votre résistance naturelle à la magie vous protégera partiellement de ses pouvoirs. A l’heure actuelle, selon nos sources les plus récentes, il se trouve en Afrique du Sud, dans la région de Johannesburg.
-Super, fit l’ork. J’adore le soleil.

* * *

Lincoln était fatigué. Il avait dormi la majeure partie des huit heures de vol, mais le décalage horaire l’affectait. L’avion avait atterri à Johannesburg à dix-huit heures, et son organisme hurlait qu’il était en réalité deux heures du matin et qu’il serait temps de dormir. Au lieu de cela, il avait loué un véhicule, acheté des cartes et des provisions, et avait pris la route. Le chemin menant au village de M’bui était long et en mauvais état, et Lincoln ne voulait pas perdre de temps. Il lui fallait disparaître de la circulation un bon moment, mais le devoir de mémoire était plus important pour l’instant. Aussi poussait-il le véhicule antédiluvien au maximum de ses performances tant qu’il faisait jour. Il arriverait ainsi le lendemain au soir au village. Sur le siège, à côté de lui, reposaient ses bagages. L’étui abritant son sabre était entr’ouvert, au cas où. La nuit tomba. Lincoln gara le véhicule hors de la piste et consulta la carte à la lueur d’une lampe torche. Il avait bien avancé. Puis il reprit sa route, utilisant l’amplificateur de lumière inclus dans ses lunettes Smartgun.
Au bout de trois heures supplémentaires, il arrêta de nouveau la jeep et dormit. La région semblait sûre, mais il garda son katana à portée de main. Un lion-serpent, une abomination de six mètres de long, féroce et incroyablement silencieuse, l’observa un instant en perception astrale et partit, se décidant pour une proie moins dangereuse, un crocodile géant dans la force de l’âge.

Huit cents kilomètres plus haut, un satellite pointa son mufle inquisiteur sur l’Afrique du Sud. Le cerveau électronique commença à faire le tri parmi les véhicules repérés.


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Elric

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Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 22/11/02 11:37
alors je remonte le sujet car notre ami katans est de nouveau des notres!!

alors katans à quand la suite de cette excellente nouvelle? :D


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pour suivre ma moitié, je me vois bien actionaire de la pétroléum bazooka, ou/et des pétroles yoblémites :D :D :D

Du rab pour tout le monde sauf les gars qui jouent avec moi une campagne shadowrun (ils se reconnaitront) :
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j'aime bien laisser quelques mots :D


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Neitsabes

Advocatus Diaboli ex Machina & Orangina Rouge



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   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 27/11/02 17:34
Je me joins à elric pour réclamer la suite de cette excellente prose, au rythme bien géré, aux descriptions soignés et aux personnages bien campés.

Nyxl : Attention, modération imminente. Par respect pour le souhait de l'auteur, ce post ainsi que celui qui le précède disparaîtront dès que Katans se sera manifesté... Voyez le premier post de ce thread pour trouver le lien vers le topic des C&C, ou bien référez-vous au sommaire de la section...


Dernière mise à jour par : nyxl le 27/11/02 20:15

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Neitsabes, râleur par principe si ce n'est par défaut.

Sans jamais être incohérents, sachons cultiver les contradictions et la dualité. (Les Béruriers Noirs).


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katans

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   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 24/07/03 14:19
IV.

Ca, c'est du luxe, songeait Smog en mordillant son cigarillo. Allongé sur le lit d'hôtel, il regardait rêveusement tourner les pales du ventilateur. La fumée du cigare montait vers elles en volutes paresseux, et disparaissait, happée dans le brassage d'air. L'orque se gratta. Puis, avec un soupir de satisfaction, il s'étira de tout son long, jeta le mégot du cigarillo en direction du cendrier, rata. Le bout incandescent tomba sur la table de nuit, puis au sol où il roula un instant avant de s'immobiliser. Smog 'assit, écrasant machinalement le mégot du pied. Tout ca avait l'air trop beau pour être vrai. Tous ses frais étaient gracieusement payés par la Lone Star, jusqu'au whisky (du vrai whisky !) qui se trouvait dans le mini-bar. Le vol jusqu'à Johannesburg, en jet privé de la corporation policière, également. A bien y réfléchir, songea Smog, tous les passe-droits du monde n'auraient pu de toute façon lui faire obtenir une place à bord d'un vol régulier. Il était donc arrivé comme un prince à l'aéroport, avec pour seul bagage une valise de taille modeste et des vêtements de touriste tellement hideux qu'il avait l'air d'un agent secret déguisé en touriste, comme dans les films de James Bonk, ou Blond, ou bien quelque chose comme ca. Austin Powers. Voilà. C'était ca, le nom. Ce qui, en fin de compte, n'était pas vraiment éloigné de la réalité. Le jean blanc usé, les sandales et la chemise hawaïenne vaguement rose, relevés par un chapeau de paille qui n'avait rien à envier à un paillasson et une paire de lunettes noires voyantes à souhait, lui donnaient un air déplacé. Peu importe, après tout. Le type qui avait pouffé en le croisant dans le hall de l'hôtel dormait encore, et à son réveil il se demanderait où étaient ses incisives, son portefeuille, ses vêtements, son bâton de marche, et pourquoi son postérieur lui faisait si mal.

Smog attendait. Spaghetti, ou peu importe son nom, avait dit qu'une personne lui rendrait visite. Un marchand d'armes, fiché depuis longtemps par la Star et qui gardait sa liberté en retirant peu à peu du trafic certaines armes trop dangereuses. Ou alors en les remettant en trafic pour la bonne cause, et le bon paiement, était-il nécessaire de le préciser. L'orque se demandait quelle sorte de matériel lui serait mis à disposition. De par sa force et sa carrure imposante, la plupart des armes conçues pour les humains étaient comme des jouets dans ses mains de brute. La dernière arme qu'il avait tenue avant sa captivité était un Panther 180, le standard actuel des canons d'assaut lourds. Inutilisable par un humain normal. Le recul lui aurait arraché l'épaule, ou, au mieux, l'aurait écrasé contre le mur le plus proche. Pour Ludwig, c'était un équipement correct. Enfin, on ne peut pas tout avoir.
Ludwig fouilla dans la poche de son pantalon et en tira un flacon de petites pilules bleu ciel. Le médecin de la corpo lui avait dit d'en prendre une à chaque fois que les maux de tête se manifestaient. Il ôta le couvercle, fit tomber quelques pilules dans sa main, en remit une bonne partie dans le récipient et en garda deux. Il les avala d'un trait en les faisant passer avec un grand verre de whisky pur. C'est marrant, songea-t-il, mais j'ai vraiment pas l'impression que ca améliore quelque chose...Tous des incapables, ces toubibs. Rien ne vaut un bon street doc pour les problèmes courants.


Dernière mise à jour par : katans le 24/07/03 14:22

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   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 24/07/03 14:23
On toqua à la porte. Une voix cria « Room service ! », sur le ton de quelqu'un qui n'a jamais travaillé dans un hôtel de sa vie. Avant que Smog eût pu réagir, la porte de la chambre s'ouvrait sur un nain trapu, vêtu d'un uniforme de groom trop étroit, et poussant un chariot recouvert d'une nappe blanche. Deux sandwiches à l'air triste étaient posés sur un plateau, ainsi qu'un verre de jus de fruits d'une couleur indéfinissable. Le nain ferma la porte, enleva sa veste d'uniforme étriquée, poussa un soupir en laissant sortir librement son gros ventre, et marcha vers l'orque en tendant la main.
- Smog, c'est ca ? fit-il avec un sourire enjoué. Victor, arrangeur. Je viens pour votre livraison.
Smog haussa deux sourcils comme de petites forêts vierges et serra prudemment la main du nain, essayant de ne pas lui broyer les phalanges.
- C'est vous, le fournisseur qui bosse pour la Star ? demanda-t-il. Je m'attendais à un humain.
- Oui, c'est ce à quoi tout le monde s'attend quand on prononce le mot « marchand d'armes », répondit Victor avec un sourire. Et entre nous, ca m'arrange que les gens pensent comme ca.
Smog hocha consciencieusement la tête. La discrétion était une chose importante, même lui y croyait. Certes , sa définition personnelle de la discrétion se ramenait plutôt à « personne ne peut plus parler pour me dénoncer », mais qu'importe. C’était une question de principes. Le nain se retourna vers le chariot, prit un sandwich, l'avala en trois bouchées, et jeta le second à Smog par-dessus son épaule. Celui-ci l'attrapa au vol et le renifla avec précaution. Par prudence, il le jeta discrètement par la fenêtre.
Entre temps, le nain avait vidé le verre de liquide innommable et l'avait, d'un geste preste, envoyé rejoindre le sandwich de l'orque, et il enlevait la nappe du chariot. Celui-ci se révéla être un mini-coffre fort à combinaison. Sifflotant un air horrible qui rappelait de très loin « hey ho, hey ho », Victor tapa la combinaison et sortit du coffre deux sacs de sport et deux valises métalliques qu'il posa devant l'orque.
-Voilà, dit-il. Le sac bleu contient des munitions, une boussole GPS, des lunettes Smartgun dernier cri, une armure « form-fitting » pour orque et un mode d'emploi pour les valises.
-Et le sac rouge ? demanda Smog en pointant l'objet susmentionné.
-Mon déguisement pour sortir discrètement, répondit Victor.
Smog observa le nain enfiler une *********tte bleue crasseuse et une casquette, et prendre un balai télescopique et un plumeau. Enfin, Victor se saisit de la corbeille à papier et y fourra la nappe. Puis il salua Smog en tirant vaguement un coin de sa casquette, et sortit en sifflotant toujours, jonglant avec la corbeille.. Pas con, son camouflage, pensa Smog. Après tout, personne ne fait attention à un nettoyeur.

Une heure passa. Conformément aux instructions du manuel, Smog avait assemblé les différentes pièces se trouvant dans les valises et observait avec affection l'arsenal étalé sur le lit devant lui. Les valises contenaient les éléments d'un Browning MaxPower, dont la poignée était à sa taille, de deux pistolets-mitrailleurs Uzi et d'une gigantesque mitrailleuse Gatling, pour laquelle il avait dû recommencer deux fois l'assemblage. Les mallettes possédaient également un double fond, dans lequel Smog avait récupéré un couteau de chasse Ares à monofilament, et une paire de gants provoquant des décharges électriques, compatibles avec les griffes implantées. Les gants étaient trop petits pour lui. Dommage. Dans le sac de sport, dix boîtes de munitions. Ludwig avait eu le vertige en voyant le tampon « APDS » sur chacune d'entre elles, se demandant quel avait été le prix de tout l'équipement. Les munitions APDS étaient conçues pour traverser les blindages des véhicules. Même les sortilèges d'armure étaient inefficaces contre ces horreurs. Un dernier chargeur, enfin, reposait dans un étui en plastique transparent. L'autocollant apposé indiquait un risque biologique élevé. Les balles avaient été enduites de l'extrait d'une plante rarissime d'Amazonie, qui s'attaquait à l'essence même des êtres vivants. Les effets de cette plante sur les êtres magiquement actifs dépassaient l'imagination des plus sadiques tortionnaires. Avec un frisson, Smog se rappela que lui aussi, d'une certaine manière, était magiquement actif. Il laissa la boîte dans le sac.


Dernière mise à jour par : katans le 24/07/03 14:26

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   Réponse au Sujet 'Styx [ShadowRun]' a été posté le : 29/07/03 12:22
* * *

Lincoln ouvrit les yeux et resta immobile en attendant que les derniers lambeaux de somnolence quittent son esprit. Le soleil n'était pas encore levé; l'horloge de la Jeep indiquait six heures vingt. Lincoln se redressa lentement, battit des paupières et effectua un rapide tour d´'horizon de l'espace astral. Rien à signaler. Aucun danger potentiel ne se dissimulait dans la brume matinale, ni dans le buisson épineux sur la droite du véhicule. Seules, les minuscules points lumineux qu'étaient les moustiques dansaient dans les airs. Lincoln ouvrit la portière du véhicule et sortit, attachant son sabre à sa ceinture. Il fit quelques pas pour se dégourdir les jambes, puis sortit de la Jeep une gourde et des gâteaux de voyage et s'assit. Appuyé contre la roue crasseuse de la Jeep, il déjeuna calmement, les yeux dans le vague. La savane au petit matin avait quelque chose de paisible, de méditatif. Pas de mouvement dans les hautes herbes ; les lionnes et les hyènes avaient terminé leurs chasses nocturnes, et se repaissaient de leurs proies auprès de leur progéniture. Les herbivores se réveillaient tout juste. Les oiseaux n'avaient pas commencé à chanter.
Il fut un temps où Lincoln avait savouré de tels instants. M'bui et lui s'asseyaient dans les herbes et contemplaient le silence jusqu'à ce que la brume se fût levée et que la rosée ait quitté les feuilles, laissant la nature asséchée pour une journée caniculaire. Alors ils se levaient, et couraient sur quelques kilomètres avant que la chaleur ne se fît insupportable. Puis ils s'entraînaient un peu, qui au sabre, qui aux griffes. Ils finissaient presque toujours par poser leurs armes et essayer mutuellement de se jeter dans la flaque ou la bouse la plus proche. M'bui gagnait à chaque fois. Sa maîtrise des arts de lutte était - avait été, se corrigea Lincoln - incomparable, et plus personne de leur génération n'atteindrait jamais un tel niveau. Mais on ne peut étrangler un esprit, ni lui tordre l'épaule. Ce jour-là, alors que Lincoln repartait pour Okinawa, les griffes de M'bui avaient sifflé, par quatre fois, avant se taire. Les deux esprits de l'air qu'il n'avait pas réussi à tuer assez rapidement avaient uni leurs forces pour le faire suffoquer, insufflant un poison mortel dans ses poumons. Quand les membres de sa famille l'avaient retrouvé, son corps avait déjà été dévoré à moitié par les charognards. Lincoln avait appris la nouvelle à son arrivée au Japon. Sa douleur n'avait même pas pu être apaisée par la vengeance: le chaman responsable du meurtre avait péri deux jours après sous les coups de lance d'un guerrier ennemi et sa tête mise à pourrir au bout d'une pique. Avec la mort de M'Bui, Lincoln s'était retrouvé le dernier des treize adeptes qui, avec maître Goshi, avaient formé le cercle magique du Phénix, dédié à l'étude du combat rapproché et de la philosophie du guerrier.
Goshi en lui-même était un personnage incompréhensible, même pour Lincoln, qui le connaissait depuis trente ans. Jamais il n'avait compris ce qui avait poussé un sorcier wujen de son niveau à créer un groupe magique composé presque uniquement d'adeptes. Non que les groupes d'adeptes fussent peu courants - l'écrasante majorité des équipes de sport collectif en étaient - mais les groupes liant lanceurs de sorts et adeptes étaient rarissimes. Goshi était une sommité mondiale en matière de sabre, et il avait entraîné des jeunes adeptes à toutes les autres armes. Seul Lincoln avait bénéficié du droit de toucher le katana. Tous les autres avaient reçu une spécialisation différente: tanto, yari, kusari-kama, nekode-tsuki, bo, naginata...la panoplie complète des armes traditionnelles japonaises. Goshi tenait l'art du sabre en bien plus haute estime. Ce qui faisait que Lincoln ne comprenait pas pourquoi il était, lui, privilégié. Quiconque avait vu David manier une lance disait de lui qu'il était le plus grand expert de tous les temps. M'bui n'avait perdu qu'un seul et définitif combat avec ses griffes, et aucun humain ou méta-humain n'avait réussi ne serait-ce qu'à le blesser. Eux auraient mérité une telle faveur. Alors que Lincoln...lui n'avait été qu'un bon pratiquant d'aïkido, sans plus, et ne serait jamais que le second dans son domaine. Certes, le premier serait toujours Maître Goshi et il était fort peu probable qu'il eût un jour à l'affronter, mais tout de même...Lincoln chassa rapidement le sentiment d'amertume qui apparaissait quand il songeait à ses condisciples.


Dernière mise à jour par : katans le 29/07/03 12:26

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