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gomak

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Pourquoi vous regardez ca ?
   [PLC 2010] Le dossier H a été posté le : 20/03/11 22:13

-«Un, deux...Un deux, un deux trois...»
J'ajustai de nouveau le potentiomètre de gain.
-«Un deux trois, un deux trois...»
Les témoins lumineux indiquèrent enfin un niveau sonore correct. Je fus satisfaite. J'installai l'ensemble écouteur-micro sur mon oreille droite, déclenchai l'enregistrement, puis me dirigeai vers le milieu de la pièce. Passant devant une petite servante sur roulette, j'attrapai un dossier et l'ouvris. Je lus à voix haute et claire, afin que mon rapport audio soit de bonne qualité :
-«Dossier de l'inconnu H, autopsie numéro...hum...H156-09. Il est 21h37, à la demande de Monsieur Forestier, enquêteur nommé pour cette affaire, je vais procéder à l'examen post-mortem de la victime, un homme de type européen encore non identifié.»

Je m'appelle Alexandra Valentine, je suis médecin légiste.

Je ne m'imaginais pas pratiquer cette autopsie ce soir. Je n'aimais pas m'occuper des corps inconnus ou non identifiés car je redoutais de découvrir une personne de mon entourage en soulevant le drap. Pourtant, le commissaire en charge de l'enquête avait su me convaincre, à grand renforts d'arguments sur l'importance de l'identification de ce cadavre, et du dénouement de l'enquête. De plus, depuis quelques temps, je ressentais le besoin de travailler, pour m'occuper l'esprit en cette période difficile pour moi. Mais surtout, je demeurais la seule personne légiste disponible pour cette affaire qui semblait trop urgente pour être banale. Décidée à me consacrer à fond à mon travail, je multipliais donc les heures supplémentaires afin d'arrondir mes fins de mois. J'espérais ainsi d'autres parts mettre de coté un peu d'argent et me payer bientôt de belles vacances, profiter et peut-être ainsi laisser mes problèmes derrière moi. Malheureusement, au fil des semaines, je fatiguais, peinant de plus en plus à trouver l'énergie et la motivation nécessaire. Mon emploi du temps, devenu assez rempli, commençait à peser lourd sur ma santé physique et mentale.
Je restai donc plantée là, l'esprit ailleurs, le regard vide, pendant de longues minutes, devant la paillasse d'autopsie où reposait le corps recouvert d'un drap blanc. Je me souvins soudain que l'enregistrement tournait, je me mis donc au travail, tentant une nouvelle fois d'échapper à mes soucis qui monopolisaient mes pensées.

Je me penchai sur le corps et soulevai le drap. A la vue du visage, je serrai les dents, et tristement, pris un air de fatalisme.
-«Oh non...Quel gâchis, un si beau garçon...»
C'était un homme, la trentaine. Je ne connaissais rien de lui, peut-être s'agissait-il d'un salopard, mais son visage d'ange ne pouvait que déclencher des sentiments amicaux, voire charnels. Je secouai la tête pour chasser ces pensées qui m'écartaient de mon devoir : établir des faits indiscutables afin de permettre à la justice de se révéler efficace. Je tirai donc le drap jusqu'à la taille, le repliai doucement, laissant cachée l'intimité du corps. Je pris une respiration puis commençai. Je marchai doucement, tournant autour du corps découvert, l'observant, cherchant dans un premier temps le moindre indice qui serait important au dénouement de l'enquête.

-«Un premier examen général visuel cutané ne montre aucune blessure ou contusion importante...»
Je refis un tour, revins quelques pas en arrière, m'approchai, me penchai légèrement en avant : un détail attira mon intention.
«...seule une ancienne cicatrice sur le coté droit à hauteur de la hanche...trahie une intervention chirurgicale...»
Je m'approchai encore et me baissai, pour placer mon regard à hauteur de cette cicatrice.
«...datant...d'une bonne... dizaine d'année, sans rapport donc avec la mort. Probablement une intervention sur l'articulation de la hanche...»
Fausse alerte, une simple cicatrice...Je remarquai d'autres petites traces.
-"...On peut également observer un certain nombre de traces de piqûre, plus récentes, de type intraveineuse, et intramusculaire...Vu leurs emplacements il s'agit d'injections pratiquées en milieu médical."
Je poursuivis avec les examens basiques d'usages, la bouche, les yeux, la dentition, les ongles. Je ne relevai rien d'anormal. Effectivement, la raison du décès de cet homme semblait à première vue vouloir rester secrète. Même une maladie «fantôme» ou un arrêt cardiaque se détectent facilement grâce à certains détails visibles, et ce, sans besoin d'ouvrir le corps. Mais celui-ci demeurait dans un parfait état. Trop parfait, me dis-je...Je clignai des yeux, pensant soudain à quelque chose. Je repris et rouvris le dossier. Je le feuilletai en baillant, vu l'heure tardive, pour trouver ce qui m'interpellait. Tombant enfin sur la page, je lus, et fronçai les sourcils. J'hésitai quelque secondes, regardai machinalement autour de moi. Je reposai le dossier, pris le bras gauche du défunt, et le pliai. J'eus la confirmation de mon doute.
-«Je note tout de même un...une...incohérence dans le dossier...»
Je fus gênée, car les observations lors de la découverte du corps avaient été établies par un de mes collègues. Cela m'ennuyait de le contredire, mais je me devais de le corriger. Toutefois, je pris soin de ne pas le citer ou le nommer.
«...Il est écrit page 4 que, d'après les premières constatations sur place, l'heure de la mort remontait à déjà environs 3 jours. C'était il y a une semaine. Mais comme observé précédemment, les tissus de la victime sont dans un état tel que...je confirme que la mort ne date pas...de plus de quelques heures.»

Je toussai. En réalité, je ne me sentais plus vraiment tranquille, plutôt agacée. J'avais imaginé que j'allais boucler ce dossier rapidement. Mais cette incohérence venait le compliquer. Elle était telle que j'avais peur de me tromper. Je vérifiai plus attentivement, pris de nouveau le bras, l'autre, une jambe, l'autre, les manipulai, tâtai les muscles et la peau à plusieurs endroits. Il n'y avait aucun doute possible sur ma précédente affirmation. Cet homme semblait simplement endormi, même s'il ne respirait plus. Mon inquiétude monta d'un cran.
-«...la rigidité cadavérique est encore d'ailleurs inexistante au jour d'aujourd'hui, l'épiderme est encore hydraté, les muscles sont souples et toujours gorgés de sang...».
J'espérais ne pas créer de soucis avec mon collègue. C'est en effet un excellent légiste, bien plus expérimenté que moi. Avec mes trente-deux ans et mes quelques pauvres années d'expérience dans ce domaine, je ne suis qu'une gamine à coté de lui et de ses compétences. Je ne comprenais donc pas pourquoi il aurait pu se tromper à ce point. Je m'efforçai de continuer pour ne plus y penser.

-«Les examens visuels ne permettant pas d'éclaircir l'explication du décès, je vais maintenant pratiquer l'autopsie.»

Je baillai, et toussai de nouveau. Les heures accumulées ces dernières semaines commençaient à se ressentir dans mon dos, mes jambes, et tout ce qui me permet de rester debout et éveillée. J'étais crevée. Approchant la servante de labo contenant le nécessaire de dissection, je regardai l'heure. Il était déjà trop tard. J'attachai mes cheveux en queue de cheval avant de les regrouper en chignon sous un bonnet en tissus stérile, enfilai un masque ainsi que des gants de chirurgie. J'ouvris l'opercule de la boite d'ustensiles, tranchants et inquiétants, brillants sous la lumière froide et glauque du néon. Je sélectionnai mon outil, les yeux à moitié fermés, puis me dirigeai vers la table d'autopsie. Je ravalai ma salive, secouai la tête pour me tenir éveillée, me demandant s'il n'était pas préférable que je remette ceci à demain. Je baillai de nouveau. Je me souvins alors de mon engagement vis à vis de l'enquêteur, de lui fournir mon rapport au plus tôt. Décidée à établir les causes de décès avec certitudes et preuves, je me repris avec détermination. Je tapotai nerveusement des doigts le ventre du corps, écartai finalement le drap jusqu'à la base de la verge, pinçai la peau pour la tendre, et, malgré la fatigue, piquai la pointe du scalpel. Une ligne de sang apparue alors peu à peu, dessinée doucement par la lame tranchante, manipulée par mes doigts engourdis. Mais je m'arrêtai brusquement, sorti la lame de l'épiderme. Mes mains puis mon corps entier se mirent à trembler. J'ouvris de grands yeux, lâchai imprudemment le scalpel qui tomba sur le sol, l'éclaboussant de sang, plaquai ma main devant ma bouche et reculai à grand pas. Une fulgurante nausée me retourna soudain les tripes. Tentant de maintenir ma mâchoire fermée je me précipitai au-dessus de l'évier. J'arrachai mon masque et vomis bruyamment, mes mains crispées sur le rebord de l'évier, mon corps se raidissant et se tortillant sous les contractions violentes de chaque muscle de mon corps.

C'était à prévoir, je n'avais aucun doute là-dessus. Quelle idiote...Cela faisait pourtant plusieurs jours que je plaignais de divers symptômes, mais n'avais guère trouvé le temps de prendre un rendez-vous avec mon médecin. Je savais qu'en m'imposant ce rythme de travail, tôt ou tard, mon corps ne suivrait plus. Il venait de me rappeler à l'ordre.
-«...********...» gémis-je, en reniflant, ne parvenant pas à retrouver une respiration normale.

En sueur, je tentai d'inspirer et expirer calmement, par la bouche. Avec une main, je rassemblai sommairement mes cheveux défaits, le bonnet s'étant déchiré au moment où j'ai enlevé brutalement mon masque. Je m'efforçai de les maintenir derrière ma tête, toujours immobilisée au-dessus de l'évier. Mes jambes peinaient à me porter. Heureusement mon autre bras, la main solidement et obstinément agrippée sur le rebord du meuble, me maintenait debout. Je me raclai la gorge et crachai. La nausée disparu aussi soudainement qu'elle m'avait frappée.
-«...ça fait chier...» lâchai-je en pensant à l'entaille commencée que je devais maintenant refermer. En effet, il devenait absolument hors de question que je poursuive l'autopsie dans cet état. Dégoutée de devoir abandonner, je mis l'enregistreur audio hors tension, j'enlevai mes gants stériles et les jetai, furieuse et déçue. J'avais pourtant promis à l'enquêteur de lui fournir mes conclusions dès le lendemain. Je m'en voulais beaucoup.

J'ouvris le robinet de l'évier, me rinçai la bouche, me passai de l'eau sur le visage. Sa fraîcheur me fit du bien. Je me mouchai pour faire dégager ces horribles vapeurs de flux gastriques qui encombraient mes sinus. D'une démarche mal assurée, je retournai vers le corps qui saignait. Je recousu grossièrement l'entaille, nettoyai le sang, recouvris le corps avec le drap et le replaçai en chambre froide. Sur le trajet de retour dans le couloir, je lâchai un juron lorsque je me rendis compte que j'avais recousu sans remettre gants stériles, sans même prendre la moindre précaution. Enfin, je remis un peu d'ordre dans le labo, lavai l'évier et le sol pour effacer les traces de mon malaise. J'eus conscience qu'une envie pressante me tiraillait le ventre depuis déjà un certain temps. Je coupai la lumière, puis, après avoir verrouiller la porte, pris le couloir en direction des toilettes.

Je déambulais presque, trébuchant à chaque pas. Je préférai donc longer le mur, pour m'appuyer et éviter de chuter. J'étais à bout. Entrant dans les sanitaires et passant devant les miroirs qui surplombaient les lavabos, je vis mon reflet. J'étais pitoyable. J'entrai dans la petite alcôve, déboutonnai mon pantalon et le laissai glisser négligemment le long de mes jambes. Je m'assis et me soulageai enfin. Le bruit de l'urine résonna dans toute la pièce, mais je m'en fichai, me sachant seule dans la morgue à une heure pareille. Je me pris la tête entre les mains, et reniflai. Je toussai, le goût des rejets gastriques me piquait toujours le fond de la gorge.
Je me relevai doucement, m'essuyai et tirai la chasse. Je sortis de l'espace intime et m'approchai des lavabos. A nouveau, je me rinçai la bouche pour tenter de faire passer cet horrible goût, sans trop y parvenir. Je me sentis sale, je me lavai donc les mains, me passai à nouveau de l'eau fraîche dans le cou. Je déboutonnai mon chemisier pour faire de même sur le haut de la poitrine. Appuyée sur mes deux bras, je regardais mon visage dans la glace.
«Tsss, quelle tête...On dirait que tu es bourrée et dépressive...» me chuchotai-je.

Je détestais ces soirées, lorsqu'il fait nuit et qu'on se retrouve seule avec soi-même dans un silence total. On ne peut plus fuir la réalité, et les questions, les problèmes ou les doutes qu'on a eu tant de mal à oublier ou à laisser de coté reviennent à l'esprit tels des coups de fusils. Ce soir, une nouvelle fois et à mon grand désespoir, je me retrouvai impuissante face à ces pensées qui me torturaient. Je me rendis compte que mon ex-compagnon me manquait. Je me regardai de nouveau dans la glace. Je me souvins que dans trois jour, je devais subir un examen médical affreux. Je serrai les dents et devinai que j'allais fondre en larme dans quelques minutes. J'avais besoin d'être soutenue face à ces épreuves, mais j'étais seule. Une goutte d'eau tomba du robinet, et glissa dans le siphon. Je reniflai.
Je repensai à mon infertilité, découverte récemment et par hasard, cause pour laquelle je devais aller passer cet examen gynécologique. J'éclatai en sanglots.

Me regardant pleurer dans le miroir, je tentai de me consoler en me disant que le pauvre type que je venais de charcuter n'a pas la chance d'être en vie et de pouvoir comme moi fondre comme une madeleine devant la glace des chiottes de son boulot à 22h30 du soir après avoir dégueuler ses tripes. Je pensai soudain que la seule chose intelligente à faire maintenant était de me saouler pour faire passer cette soirée affreuse. Une fois la crise de larme passée, j'entrepris de rejoindre mon bureau, pour finir quelques formalités, avant de rentrer chez moi.

Repassant devant le labo, je m'aperçus que sa porte était ouverte. Un brancard se trouvait là, en travers, comme si on l'avait poussé et laisser roulé. J'ouvris une bouche béante, lorsque je me souvins parfaitement avoir verrouillé la porte et utiliser ce brancard pour replacer le corps en chambre froide.
-"Oh putain, la soirée de loose...", me dis-je à voix haute, comme pour casser le silence pesant, et me rassurer. Mais un bruit derrière moi me fis sursauter. Je me retournai vivement .
-"Qui est là ?" demandai-je dans le vide, regardant vers l'obscurité.
Des pas. Des pas légers et sourds raisonnèrent dans ce silence pourtant devenu familier pour moi qui travaillais seule et tard depuis des semaines.
-"Yvan, c'est toi ?" lançai-je, espérant presque en priant qu'il s'agisse simplement du vigile chargé de la surveillance. Je n'obtins aucune réponse. Ce bruit de pieds nus sur le carrelage me cloua sur place.
-"Yvan ?! C'est toi bordel ? réponds ! " m'obstinai-je, désespérée.
Je me collai au mur, n'osant plus bouger. Les pas se rapprochèrent, de plus en plus distinctement. Je scrutai par mouvements rapides de tête les deux cotés du couloir. La peur me prit.
-"Hey ! Ce...c'est quoi ce bordel...******** ! ?" balbutiai-je.
Une silhouette apparut, sortant progressivement de l'obscurité du fond du couloir menant à la chambre froide. Ce n'était, évidemment, pas Yvan.
Je fus presque paralysée, n'osai plus respirer. Le regard braqué vers cet homme nu qui approchait, je tâtai toutefois discrètement le mur, dans l'espoir d'attraper de quoi me défendre si besoin. Malheureusement, mes mains ne trouvèrent rien.
Je soufflai quelques mots incompréhensibles, les yeux écartillés, lorsque je reconnu le corps qui était allongé sous mes yeux il n'y a pas dix minutes. Il se tenait maintenant à quelques mètres de moi, tête baissé, ses mains cachant la cicatrice que je lui avait imposé et fraichement recousue, mais qui saignait. Il releva doucement la tête et me dévisagea, me plongeant dans une détresse et une terreur indescriptible.

-"....Aidez...moi", souffla-t-il, le regard suppliant.
-"Oh meeeerde....Je....que...Comment...." marmonnai-je, prête à m'évanouir.
-"...S'il...vous plaît...aidez...moi..." insista-t-il, avant de tomber sur les genoux, presque à mes pieds.

J'étais peut-être crevée, à bout, apeurée, malade, mais pas folle, du moins pas encore. Je repris ma respiration, secouant la tête, me frottai le visage avec les mains. Je me baissai sur lui, et, prudemment, l'effleurai à l'épaule. Il se recroquevilla doucement sur lui même, pleurant à moitié.
-"Aidez moi...je vous...en prie", supplia-t-il une nouvelle fois.
Je ne savais pas trop comment réagir. Je fis ce que ma conscience me dicta. Mais je commençai à comprendre pourquoi personne n'avait voulu s'occuper de ce corps : mes autres collègues, forts de leurs longues expériences, avaient dû sentir en l'examinant que cet homme n'était pas tout à fait mort à son arrivé à la morgue, mais ne pouvaient, en l'absence de respiration et d'activité cardiaque, le prouver.
-"Ne...ne bougez pas, je vais...Je vais chercher de quoi soigner votre blessure.", lui accordai-je, avec une voix encore hésitante.
-"Ne me laissez pas..."
J'ôtai ma blouse blanche de travail, et l'utilisai pour le couvrir.
-"Non, je reviens tout de suite, rassurez vous..."
D'un pas rapide j'entrai dans le labo, ouvris des tiroirs, fouillai dedans, pris de quoi désinfecter et recoudre proprement une plaie, puis retournai à ses cotés.
"Voilà, je vais arranger votre plaie...étendez-vous...".
Il s'exécuta.
Je soignai la plaie que je lui avais ouverte et trop vite recousu auparavant. Je la refermai, cette fois-ci avec application, nettoyai autour à la bétadine et mis un pansement.
-"Voilà..." lui dis-je.
-"Merci...mais vous devez partir maintenant...", rétorqua-t-il, les yeux pleins de larmes.
-"Mais...Pourquoi ? Expliquez moi ? Et qui êtes vous surtout ? Tout le monde vous croit mort...Il n'y a que moi qui sait que vous êtes en vie maintenant …"
-"Justement, vous devez partir et me laisser, c'est sûrement mieux, dépêchez vous..."
-"Je vous en prie, expliquez moi !" insistai-je.
-"Je...je suis...Non, si je vous le dis vous serez tuée..."
-"hein ?!"
-"Ecoutez..."
Il pris une forte inspiration, comme pour avouer un acte terrible. Je décidai de ne pas l'interrompre.
-"Il ne me reste que peu de temps ", reprit-il. "Alors voilà, je suis le...le dossier H..et...ils m'ont jeté, ils pensaient que j'étais mort...Normalement, ils devaient m'injecter des produits nouveaux, des traitements expérimentaux...Mais j'ai fait une mauvaise réaction aux intraveineuses...et...voilà, je suis tombé dans une sorte de coma extrêmement profonds...Pourtant je me souviens de tout...Je les entendais, ils pensaient que leurs expériences avaient échoué...et ils m'ont jeté...comme un animal de laboratoire...Voilà..."
Nous entendîmes soudain un hélicoptère dehors. Je n'y portai guère d'attention, ils passent souvent à ces heures, l'espace aérien étant moins fréquenté pendant la nuit.
"...Dossier H ?" m'enquis-je. "C'est un programme médical non ?"
J'avais vaguement entendu parler de ce projet, il y a plusieurs années, mais n'avais pas fait le rapprochement avec cette histoire qui me tombait dessus. Le dossier H était, enfin d'après les renseignements que j'avais eus, un ensemble d'études pharmaceutiques et médicales destiné à permettre des soins particuliers dans les pays non développés ne disposant pas d'infrastructures modernes.
L'homme, d'une voix faible, poursuivit.
"La cause médicale n'est qu'une couverture...bien sûr...Mais le Dossier H ce n'est pas que cela, il y en a plein comme moi, vous ne pouvez pas imaginer..."
-"Comme vous ? C'est à dire ?"
Mais l'homme se fixa sur le bruit de l'hélicoptère, qui devait maintenant être en stationnaire au-dessus du bâtiment. Il me regarda, terrifié.
"...Ne m'en demandez pas plus il n'y a plus le temps...".
Il me dévisagea et sa main agrippa mon chemisier.
"...Aller vous mettre à l'abri s'il vous plaît !!" hurla-t-il soudain.
-"Mais..."
Il me saisit brusquement par les épaules, je criai. Il se releva d'un coup, comme s'il eut retrouvé ses forces dans un ultime effort. Il me jeta à plusieurs mètres de lui lorsqu'un bruit assourdissant éclata soudain, suivi d'un éboulement de gravas. Je glissai sur le sol et roulai avant de percuter la porte d'entrée du labo qui se dégonda et me tomba dessus. Je me dégageai, secouai la tête et m'appuyai sur les coudes, encore sonnée. Le plafond s'était écroulé sur l'homme, des objets jonchaient le sol. Je me relevai avec difficulté.
-"Mais c'est quoi ce bordel bon sang....Monsieur ??"
Il ne répondit pas. Je me remis sur pieds, vascillante.
"Hey ! Monsieur !"
Je fis quelques pas en boitant en sa direction.
"N'approchez pas ! Fuyez espèce de folle restez pas là !!!" me lança-t-il en désignant quelques chose avec son doigt.
Je suivi son bras, et remarquai ce qu'il montrait. Les petits objets cylindriques éparpillés étaient des grenades.
"...********..." lâchai-je, les dents serrées.
Je commençai à reculer lorsqu'une explosion me propulsa plus profondément dans le couloir. Abasourdie, je rassemblai mes forces pour de nouveau me relever, je saignais. Le feu et les fumées commencèrent à envahir le couloir. J'entendis l'hélicoptère s'éloigner, pensant probablement son opération de nettoyage réussie. L'homme ne répondant plus à mes appels, je me résolus à sauver ma peaux, et me dirigeai tant bien que mal vers la sortie la plus proche tandis qu'une autre explosion se produisit. Son souffle puissant m'atteignit et me brûla superficiellement, mais je pus tout de même continuer de cavaler de mon mieux à travers le couloir et m'extirper enfin du bâtiment. Je finis ma course sur le parking, et me recroquevillai derrière une voiture, tandis que trois autres explosions finirent de réduire la morgue en un gigantesque tas de gravas en fusion.

Je fondis en larmes, les mains crispée dans les cheveux.

Assez vite, les secours arrivèrent. L'incendie fut maitrisé. J'ignore pourquoi, mais malgré mon état je préférai observer la scène, et rester cachée. Quand un corps carbonisé fut extrait des décombres, je me remis à sangloter en silence, pour ne pas risquer d'être repérée. Alors que les véhicules d'interventions repartaient les uns après les autres, je m'éclipsai discrètement, rejoignis ma voiture, et fuis. J'avais eu ma dose de loose pour aujourd'hui et ne me sentais pas prête à répondre à des questions, ou à me retrouver devant des gens plus ou moins concernés par ce dossier H, qui, bien qu'au départ tout à fait officiel et prometteur d'après ce que j'en savais, avait visiblement très mal tourné.

Je roulai plusieurs dizaines de kilomètres, sans trop savoir où aller, suivant les routes au hasard, le regard vide, les paroles de cet homme toujours dans la tête :
"Je...je suis...Non, si je vous le dis vous serez tuée..."

Il avait raison, les grenades ne nous sont pas tombé dessus sans raisons...Dans quelle ******** m'étais-je fourré... Je me garai enfin, dans un chemin de terre qui longeait un petit bois. Je stoppai le moteur et coupai l'éclairage de la voiture, sauf la lampe intérieure. Je soignai au mieux mes quelques blessures superficielles avec la trousse de premiers secours. Je fus vraiment soulagée de ne pas avoir été plus blessée, et contrainte à être embarquée par les secours. A coup sûr, je me serais retrouvée à la merci des enquêteurs du dossier H.
-"Etudes médicales pour les pays dans le besoin bla blabla...mais oui, mon cul, tiens..." marmonnai-je entre mes dents.

Et qu'allais-je bien pouvoir faire maintenant ?



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   Réponse au Sujet '[PLC 2010] Le dossier H' a été posté le : 22/03/11 20:25
On dirait du Ray Bradbury.


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