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Oph qu ourse

Thorp bonheur



-= Dungeon Keeper =-
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Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Dungeon Keeper   Kabiten Jack an Naoned (fanfic Torchwood) a été posté le : 21/10/10 20:46
Ça pourrait être sous-titré "Gwen Cooper meets Jean-Marc Ayrault", mais c'est surtout très lié aux événements des Enfants de la Terre, la saison 3 de la série. Ce qui n'empêche pas les gens de tenter la lecture même s'ils ne regardent pas Torchwood. Encore heureux.
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Kabiten Jack an Naoned

Je me demande encore comment l’idée a pu nous venir. Comment, à l’heure où le monde entier avait les yeux tournés vers Londres entre deux regards inquiets du côté de nos enfants, nous nous sommes préoccupés de cette nouvelle explosion à Cardiff. Au premier abord, celle-ci était moins impressionnante que celles de l’année précédente, où la ville avait brièvement ressemblé à un spectacle pyrotechnique taille XXL. Bien sûr, nous, nous savions ce qu’il y avait sous la Roald Dahl Plass, et donc quelles étaient les conséquences réelles de l’incident. Malgré tout, de là à lancer : « Nous sommes jumelés, nous devons faire quelque chose ! », il y a un pas. Une faille. Un gouffre.
Il faut croire que ces fameux Four-Five-Six n’avaient pas tourné la tête qu’aux gamins.
Les travaux ont donc commencé, tout d’abord dans le plus grand secret. Puisque nos prédécesseurs avaient cru bon, suite au détournement de l’Erdre dans les années trente, de se creuser des salles de stockage sous le Cours des 50 Otages, nous ne nous sommes pas cassé la tête bien longtemps : il suffisait d’agrandir ces réserves et, dans la mesure du possible, de les rendre plus accueillantes.
Dès le départ, nous avons décidé de travailler à la fois pour eux et pour nous. La perte du Hub de Cardiff nous avait fait prendre conscience de notre propre vulnérabilité : nous non plus, nous n’étions pas à l’abri d’un sinistre, et nous serions bien contents d’avoir des locaux où nous replier en cas de besoin. Bref, nous avons sacrifié à la mode des plans de continuité d’activité. Procédure, procédure.
Tout cela n’a pas été facile. Il avait fallu recourir à mille ruses pour protéger nos locaux lors des chantiers successifs du tramway, et nous y avions malgré tout perdu la plupart de nos accès. Bref, le projet n’a rien eu d’une partie de plaisir.
À un instant T, il y a eu des fuites. Forcément. Si tout le monde avait tenu sa langue, je ne vois pas comment Monsieur le Maire aurait su ce que nous fabriquions. Et c’est là que tout s’est emballé.

Aujourd’hui, on touche à des sommets de surréalisme dignes d’un sketch des Monty Pythons. Notre brave député-maire a tenu à inaugurer les locaux, non pas en grande pompe puisque notre existence n’est pas connue du grand public, mais au moins assez pour marquer le coup. Le gratin des services concernés a donc emprunté une porte dérobée dans le parking de la Tour de Bretagne, montré patte blanche au bout du couloir, pris l’ascenseur, et voilà que nous ne sommes même plus chez nous dans nos propres bureaux de secours.
J’ai à ma gauche un buffet tenu par deux gracieuses hôtesses, sur ma droite un officier de UNIT tellement bardé de décorations que son uniforme doit tenir debout même quand le bonhomme n’est pas dedans, et devant moi, Monsieur le Maire avec sa raie sur le côté de premier de la classe, qui révise ses notes avant d’entamer son discours.
« Mesdames et messieurs, ladies and gentlemen… »
Il ne pousse pas le vice jusqu’à continuer en allemand. C’est pourtant une langue qu’il aime bien.
« Merci d’avoir fait le déplacement pour inaugurer ces bureaux du Cours des 50 Otages, au cœur de notre belle ville de Nantes… »
On ne pourrait pas être plus au cœur, en effet : à l’heure qu’il est, on peut considérer qu’il passe un tramway toutes les deux minutes, pile au-dessus de sa tête.
« Locaux de travail un peu sombres, comme vous pouvez le constater, mais que nous espérons chaleureux et fonctionnels. Nos équipes ont travaillé pendant plus de six mois pour les rendre utilisables dans le cadre d’un plan de continuité d’activité. Suivant les besoins, les postes informatiques pourront se connecter soit au réseau français, soit au serveur gallois. Je tiens d’ailleurs à féliciter les collaborateurs qui, de part et d’autre, ont contribué à rendre possibles ces deux configurations. »
Il y a quelques applaudissements mous dans la salle, dont la plupart émanent des informaticiens eux-mêmes. Je me retourne pour vérifier si les gens se sont endormis.
Les chefs d’équipe de la police spéciale française semblent s’ennuyer ferme. Un des quatre lorgne d’ailleurs le buffet avec envie. Derrière eux, une jeune femme à la frange brune, vêtue de noir, est appuyée contre le mur et regarde dans le vague. Littéralement enceinte jusqu’aux yeux, elle serre la main d’un type costaud qui doit être son mari. Elle, je l’ai déjà vue sur des documents : elle fait partie de l’équipe galloise. Lui, je ne le connais pas. D’ailleurs, il semble assez mal à l’aise dans ce milieu qui n’est manifestement pas le sien.
Le regard de la jeune femme accroche le mien. Insistant, humide, il me rappelle immédiatement celui d’un épagneul. Pendant que le maire continue à débiter des platitudes, je recule pas à pas, lentement. Avec un peu de chance, j’arriverai à hauteur du couple avant la fin du discours.
« Je vois que certains d’entre vous commencent à avoir soif, aussi serai-je bref. À partir d’aujourd’hui, les forces qui nous défendent dans l’ombre disposent de bureaux de repli dignes de ce nom. Je ne ferai pas durer le suspense plus longtemps : bienvenue sur le site Frobisher ! Je déclare maintenant le buffet ouvert. »

Cette fois, les applaudissements sont bien plus énergiques. Une dame d’un certain âge, teint pâle, mise en plis blonde, porte même la main à son visage pendant que les larmes débordent de ses yeux. Une demoiselle d’une vingtaine d’années, métisse ou peut-être nord-africaine, s’empresse de lui tendre un paquet de mouchoirs.
Le couple, au contraire, s’est raidi. Les lèvres pincées de la jeune femme en disent long sur le peu d’enthousiasme que lui inspire ce nom. Il est pourtant de notoriété publique que John Frobisher a beaucoup donné de sa personne pour sauver nos enfants, et qu’il en a été fort mal récompensé. Intrigué, je pose la question :
« What’s wrong with that name? »
Elle relève la tête d’un coup, presque en sursaut. J’ignore si elle s’étonne de me voir si près d’elle ou de m’entendre parler anglais.
« They say he was a good man, but to me, he’ll always be the one who wanted us dead. The one who almost got me… got us killed. »
Elle a ce mouvement que je déteste, cette caresse sur son ventre rond à craquer : un geste qui, pour moi, sert surtout à rappeler la supériorité de celle qui s’apprête à donner la vie sur le reste du monde. Je me force à sourire, par pure politesse.
« Don’t worry, répond son mari avec un accent gallois à couper au couteau. It’s not as if you’ll be using these offices anyway.
— You’re right, honey. They’re just a bit too late. »
Me voilà complètement perdu pour le coup.
« What do you mean, too late?
— He’s gone, me dit l’homme. The real man who saved us all. And so is the team. »
Je nage dans la confusion la plus totale. De ce que j’en sais, les Four-Five-Six ont été repoussés grâce à l’initiative d’une équipe des services secrets britanniques, pas à l’intervention d’un seul homme. Néanmoins, ces deux-là semblent si convaincus de ce qu’ils avancent que je préfère partir du principe qu’ils savent des choses que j’ignore. Ils ne me diront rien de plus : ce n’est pas parce que nous collaborons que nous allons nous mettre à partager nos petits secrets.
« By ‘gone’, do you mean…
— Oh, no. He’s out there, somewhere. »
Pendant que son mari fait un geste vague en l’air, la jeune femme baisse les yeux vers son ventre. Tant mieux. Je commençais à ne plus supporter son regard de chien battu. D’une voix soudain très douce, elle ajoute :
« And he’ll be back someday. I know he will. Won’t he, baby? »
Et là, l’espace d’un instant, je flippe ma race : le fœtus donne un coup de pied très net, comme s’il avait compris. Je sens une goutte de sueur froide qui se fraie un chemin le long de ma colonne vertébrale. J’ai délogé des bouffeurs d’ombres d’une cave de la place Royale, fait deux ou trois chasses aux Weevils du temps où la faille était active, et même gardé mon calme, toutes proportions gardées, lors de l’invasion de Daleks de l’an dernier, mais là, rien à faire.
De tous les aliens, ceux que je déteste le plus, ce sont bien les mômes.


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