Pal pas triste

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Question d'éthique a été posté le : 05/08/10 10:17
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Autour de chacun de nous, il existe des cas professionnels moralement ambigus, auxquels nous sommes confrontés parfois incontournablement, et j'en suis arrivé à m'interroger sur ces hiatus entre le sens premier d'une profession, sa raison d'être et son application actuelle.
Pour prendre un exemple clair et particulièrement symptomatique, je vais vous parler d'un cas symbiotique de professions qui ont oublié leurs propres raisons d'être.
Le médecin conseil, et l'assureur.
Le premier est ici un médecin dans le rôle de juge. Juge de la pérennité d'un engagement (financier) qui peut avoir des conséquences financières, donc sociales, donc psychologiques, donc somatiques, sur celui contre ou pour lequel sera son verdict. S'il ne fait rien ou donne son aval, il n'aura aucune influence sur ce qui peut suivre. S'il invalide la demande, il peut déclencher une suite d'évènements classables d'"anodin" à "dramatiques".
En résumé, il peut nuire.
Primum non nocere.
Premier hiatus de l'exemple, et non des moindres, lorsqu'on confronte cette phrase -que le Serment d'Hippocrate (le pouvoir aux chevaux, ça m'a toujours fait rire) pose comme fondement éthique de la profession médicale- à ce rôle qui, à défaut d'inocuité, ne peut qu'être nocif.
Le second est un investisseur sur le malheur humain dont le rôle principal est de gèrer des fonds en équilibrant autant que faire se peut un ensemble de cotisations avec les versements de dédommagements garantis à la fraction des cotisants qui se trouvent ponctuellement dans le besoin. Les chiffres parlent d'eux mêmes, les compagnies d'assurance marchent TRES bien, le malheur des uns fait largement la fortune des autres.
Certes, c'est un pari, comme tout investissement.
Pari que la proportion de dédommagements (nombre et hauteur) restera inférieure à la proportion de cotisations empochées.
Bien évidemment, l'idéal dans tout investissement est de limiter le risque... comme un joueur professionnel évalue statistiquement ses chances de remporter un tour et la mise raisonnable à poser.
Sauf que cet investisseur là, maintenant, couvre de moins en moins de frais (ceux statistiquement les plus lourds) et ne veut même plus réfléchir statistiques.
Nouveau hiatus, il demande donc au premier individu de l'exemple de rompre une seconde fois son serment, de s'asseoir sur son éthique, en accédant à des données confidentielles, de plus en plus complètes, un peu comme un joueur demanderait à jeter un oeil sur le sabot ou les mains des autres joueurs.
Suis-je le seul à voir là un problème?
Comment un médecin conseil peut-il ne pas être radié de l'ordre des médecins et toujours se prétendre médecin?
Comment peut-on considérer comme métier d'investissement une machine à pomper sans le moindre risque l'argent de la détresse? ...et quelles sommes!!!
Je ne pense pas que ce soient les seuls exemples, mais je les trouve déjà éthiquement parlants.
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"Commencez vous à voir quelle sorte de monde nous créons? [...] Un monde d'écraseurs et d'écrasés, un monde qui, au fur et à mesure qu'il s'affinera, deviendra plus impitoyable."
1984, Georges Orwell
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Nowhere Man

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Réponse au Sujet 'Question d'éthique' a été posté le : 05/08/10 11:11
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Citation :Faeldihn dans une contemplation à Dlul a dit:
Hippocrate (le pouvoir aux chevaux, ça m'a toujours fait rire)
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Force du cheval ou Dompteur de chevaux seraient des traductions plus logiques : en VO, on a Hippokratès et non Hippokratia (peste soit de ce forum qui ne gère pas les caractères grecs).
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Dernière mise à jour par : Ourgh le 05/08/10 11:14
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Ogre du Chaos

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Réponse au Sujet 'Question d'éthique' a été posté le : 07/08/10 10:56
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Citation :Faeldihn dans une contemplation à Dlul a dit:
Comment peut-on considérer comme métier d'investissement une machine à pomper sans le moindre risque l'argent de la détresse? ...et quelles sommes!!!
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As-tu déjà vu le compte de résultat d'un assureur ? As-tu déjà vu les sommes qui sont indemnisées lors d'une tempête comme Xynthia ou Klaus ? A la grande rigueur, supposons que le métier d'assureur n'existe pas, vers qui se seraient retournés les gens ?
(soit dit en passant, "sans le moindre risque" était vrai il y a deux ans. Aujourd'hui, c'est pas exactement le même concept).
Quand une maison brûle, ou une usine, on est quand même bien content alors que l'assureur-voleur vienne indemniser.
Je suis la première, travaillant chez un assureur, à trouver que c'est un métier profondément cynique (genre en cas d'accident de voiture, on préfère que les gens meurent, ça coûte moins cher). Mais dire que c'est "une machine à pomper l'argent de la détresse", là j'avoue que je ne comprends pas ? Pour un assureur, le mieux c'est que ses clients soient heureux et en bonne santé, c'est là qu'il fait le plus de fric ! S'ils sont en détresse, il ne pompe plus leur fric, il leur rend...
Certes, on est loin de parler d'un métier de bisounours. Et les assureurs ne font pas ça par bonté d'âme, mais par appât du gain. Clairement, ils y trouvent leur compte !...
Après, sur le médecin-conseil, par contre, je te rejoins totalement !
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Dernière mise à jour par : Shanilara le 07/08/10 10:58
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Réponse au Sujet 'Question d'éthique' a été posté le : 07/08/10 23:59
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Citation :Shanilara dans une contemplation à Dlul a dit:
[...]genre en cas d'accident de voiture, on préfère que les gens meurent, ça coûte moins cher
[...]Pour un assureur, le mieux c'est que ses clients soient heureux et en bonne santé, c'est là qu'il fait le plus de fric ! S'ils sont en détresse, il ne pompe plus leur fric, il leur rend...
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| Jusqu'à la révision des cotisation qui explosent quand on cumule les malus etc...
Donc non, c'est un malheur temporaire pour l'assureur quand un malheur plus durable frappe l'assuré.
Sinon, pourquoi refuser d'assurer les gens ou seulement en leur appliquant des tarifs prohibitifs?
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Ogre du Chaos

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Réponse au Sujet 'Question d'éthique' a été posté le : 08/08/10 09:58
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Citation :Faeldihn dans une contemplation à Dlul a dit:
Sinon, pourquoi refuser d'assurer les gens ou seulement en leur appliquant des tarifs prohibitifs?
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Parce que les assureurs veulent quand même faire du fric, je n'ai jamais dit que c'était du bénévolat !
Si sur l'assurance santé complémentaire, c'est un peu différent (encore que celle-ci ne soit pas, pour l'instant, complètement indispensable, même si je crains qu'on y vienne doucement), en ce qui concerne les assurances de dommages obligatoires (genre auto et habitation), un assuré malussé, c'est un assuré qui a eu des sinistres responsables.
Comme tu l'as dit auparavant, l'assureur fait un pari en assurant quelqu'un, et il considère que quelqu'un qui a enchaîné les accidents responsables n'est pas quelqu'un sur qui il faut parier, car au final il va coûter cher (voire très cher s'il renverse et blesse gravement quelqu'un par exemple, ça se chiffre en millions d'euros)... Mais si ta maison brûle par accident, on ne te refusera pas l'assurance, et on ne te doublera pas ta cotisation non plus. Statistiquement, il est très improbable que ce genre de sinistre se reproduise de manière régulière.
Après, oui, les assureurs sont là pour se faire du fric et pas pour le bien public.
N'empêche qu'on est bien content parfois qu'ils soient là.
Et, crois-le ou non, mais ces dernières années en dommages, la ligne "prestations de sinistres" tend à être supérieure à la ligne "cotisations"....
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Réponse au Sujet 'Question d'éthique' a été posté le : 13/08/10 10:22
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Avec l'accord de Shanilara (merci), et pour laisser un peu passer le contre-coup d'un deuil qui a sonné une partie du forum (dont moi, même si les mots me manquaient pour l'exprimer intelligiblement), la suite de l'argumentation que nous avons eue par MP.
Citation :Faeldihn:
De simples cas d'empilements dans les accidents de voiture ou l'on est poussé par un véhicule (qui est donc en tort) contre un vehicule qu'on n'allait plus percuter puisqu'étant à l'arret comme lui.
J'ai même un cas intéressant d'accident provoqué par un véhicule non endommagé qui a quand même fait sept morts et m'a valu un double traumatisme du rachis cervical... (j'étais dans l'accordéon d'accidentés)
Et des exemples d'accident de bagnole, j'en ai des dizaines comme ça à te sortir.
Mais quand on voit comment se passent certaines expertises, comment sont choisis les médecins conseils, il vaut mieux ne pas y regarder de trop près.
Quand un expert dommage-ouvrage vient mesurer un enfoncement, sans instrument de mesure, et que quand on lui prète une clef de calibration dite Vernier (idéale pour les mesures fines au dizième de millimètre) et que celui-ci, au lieu d'utiliser la glissière de clef, juge à l'oeil que la règle de la clef fait 1.5cm d'épaisseur et se sert de l'outil comme d'une allumette pour mesurer une distance boule-cochonnet... il y a de quoi se demander ce que signifie encore le mot "expert".
Quand une assurance t'est refusée parce que tu as donné la liste (qui t'était demandée) de maladies infantiles eues et qu'on t'a demandé des détails que tu es incapable de donner sur une d'entre elles dont tu n'as de souvenirs que par ce que tes parents t'en ont raconté, que le carnet de santé ne contient rien et que le toubib en charge alors est déjà en train de manger de la racine de *******enlit depuis des années...
y a pas comme un os?
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Citation :Shanilara:
Pour ce qui est de l'assurance santé, je suis d'accord que c'est abusé. J'ai tendance à raisonner surtout par rapport aux assurances de dommage car c'est mon domaine, je suis moins au courant sur la vie et la santé, mais comme je te le disais, le boulot de médecin conseil n'a rien à voir pour moi non plus avec un médecin vrai de vrai (je pourrais aussi, dans la même veine, aborder les médecins du travail qui racontent les entretiens à la hiérarchie au mépris du secret médical...).
Pour les assurances de voiture et les accidents responsables qui n'en sont pas, je pense sincèrement que sur la masse (et l'assureur, comme tu t'en doutes, raisonne sur la masse statistique) ça s'équilibre... Et qu'on va tous avoir à un moment, un accident responsable où on ne l'est pas et inversement (j'en ai eu un aussi l'an dernier, c'est sûr que l'expert t'as envie de le baffer).
Le truc où je ne te rejoins pas, en fait, c'est davantage le principe de l'assureur comme une espèce de parasite inutile qui se nourrit de l'argent de la détresse. Malgré tout, je maintiens, pour avoir vu les comptes, que c'est plus lucratif d'avoir plein de gens qui payent des cotisations équilibrées et n'ont pas d'accidents, que des gens qui payent des cotisations élevées et à côté plein de sinistres....
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Citation :Faeldihn:
Sans doute parce que nous ne nous comprenons pas. J'avoue être disgracieux dans certaines de mes formulations.
L'assureur est en fait en principe, comme je pense l'expliquer, un gestionnaire d'une balance grosse-depense-problème-ponctuel/petiteS-entréeS-normaleS-majoritaireS. Une version privée de la sécu. Sauf que ce jeu de bon équilibre rentable (puisque visiblement, comme je disais, ça marche très très bien) est biaisé pour être PLUS RENTABLE au détriment de l'équilibre lui même. C'est pour ça que je parle d'ailleurs plus en termes de santé-accidents que simples-dommages.
Quelqu'un de globalement bien portant peut se priver d'assurance même si ça l'arrange bien naturellement d'en avoir une et qu'il y a bien sûr droit (tout le monde peut connaitre un coup dur, car les coups durs ne regardent pas au statut social ou à l'état de santé, eux)... qqun de fragile avec des soucis réguliers sans couverture risque beaucoup sur un accident de santé qui le mettrait sur la paille d'un seul coup.
L'assurance comme un droit, c'est bien seulement voilà, les assurances commencent à penser comme des banques et chaque assuré doit se montrer rentable pour l'action quitte l'horizontale pour faire de la croissance à deux chiffres.
Les inscriptions ressemblent alors à des demandes d'emprunt avec bilan médical et compagnie et le droit n'est donc pas universel. Elles appliquent des principes du luxe (investissement) à ce qui devrait rester un principe de nécessité (droit à vivre décemment en cas de pépin).
L'assurance devient ce faisant un peu LA preuve qu'il vaut mieux être riche et en bonne santé que pauvre et malade, ce qui n'est pas vraiment un exemple d'équilibre.
C'est ce qui me gène dans la tournure que prend la chose.
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Citation :Shanilara:
Par ailleurs, je vois mieux en effet où tu veux en venir au niveau du principe de l'assurance comme un emprunt.
A noter qu'en effet, sur les assurances-vie et santé, la croissance potentielle est à deux chiffres, mais que sur les assurances dommages, et surtout habitation et auto, on peut à peine espérer 2 à 3% sur le marché français (pour être honnête, certains décroissent même plutôt).
D'ailleurs, je pense qu'on peut largement se rejoindre sur le fait que c'est un peu limite d'aller chercher de la santé et de la vie pour se renflouer et en même temps de traiter les assurés de ces secteurs de cette manière...
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Et pour celui à qui viendrait l'idée de me dire que l'"expert donné en exemple est un cas particulier", certes...
- infiltration, un expert ne savait pas se servir de son appareil mesurant la conductance du corps (il ne l'avait pas allumé et jugeait que, la loupiotte restant éteinte, c'était "maintenant sec").
- infiltration, autre expert venu pour une "contradictoire" ne savait même pas au nom de quelle partie il venait ni quel constat il lui fallait faire et, une fois au courant, s'aperçut qu'il n'avait de toute façon par le matériel pour et partit sans même voir les dégats, ce qui ne l'a pas empêché pour autant de remettre lui aussi un rapport.
- isolation, un expert tendait la main en l'air, le long d'un mur pour estimer la perte thermique de celui-ci.
etc, etc...
...un peu comme ma blague de la mesure de toise hauteur-longueur, mais dans la réalité vraie.
Au début, on se marre bien. Vraiment. Au bout de neuf sur dix on commence sérieusement à se poser des questions. Au bout de vingt, on perd tout espoir. Mais c'est une digression dans mon propre sujet. Juste pour couper court à une réponse courue d'avance.
C'est le même genre de mecs qui vient analyser le monde à la télé, après...
Citation :Shanilara dans une contemplation à Dlul a dit:
Parce que les assureurs veulent quand même faire du fric, je n'ai jamais dit que c'était du bénévolat !
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On sait bien que ce n'est pas du bénévolat, les intérets sont privés. Et même sans tout ça, ils en font du fric.
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Dernière mise à jour par : Faeldihn le 13/08/10 10:35
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