Nowhere Man

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[PLC 2009]Homo Pedestrius a été posté le : 27/01/10 14:54
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Cette nouvelle, j'ai hésité avant de l'écrire et finalement je l'ai écrite. J'ai hésité avant de l'envoyer à Yuki et finalement je l'ai envoyée. Et j'ai même hésité avant de la poster ici, j'avais peur.
Mais finalement, je me suis dit que si un quarteron de jurés n'a pas eu peur de lui accorder le premier prix, alors j'avais aucune raison d'avoir peur de la poster.
Bon, alors, voilà l'objet. Je ne la considère personnellement pas comme un chef-d'oeuvre, mais je réussis à distraire le lecteur, et c'était là mon objectif principal.
HOMO PEDESTRIUS
Zéro virgule un habitant au kilomètre carré. C’était la densité de population officielle de ce coin reculé, perdu au milieu de montagnes inhospitalières, que le gouvernement avait hissé au rang de parc naturel parce que personne n’avait été capable de lui trouver une utilisation valable. A plus de trente bornes du village le plus proche, la petite masure qui abritait deux homo sapiens faisait figure de florissante métropole.
Le premier des représentants de l’espèce dominante qui y logeaient s’appelait Max, et venait de prendre son petit déjeuner. Lequel avait consisté en un rail de coke, une demi-livre de peyotl, et un bon litre de bière brune. Après quoi, il avait ressenti le besoin de prendre un peu l’air. Lorsqu’il traversa le salon d’une démarche plus qu’hésitante, la seconde moitié de la population, qui s’appelait Richard, ne lui accorda qu’un coup d’œil distrait. Pour ce qu’il en savait sur Max – et il en savait plus que quiconque sur ce sujet, celui-ci se trouvait dans son état ordinaire.
Eux deux étaient partenaires. Cela ne se devinait pas au premier coup d’œil, car rarement avait-on vu partenaires plus dissemblables, tant par leur aspect que par leur comportement : Richard ressemblait à Bobby Fischer, du temps où celui-ci s’était mis à porter la barbe mais n’avait pas encore troqué le costard-cravate contre le look clodo. Ne fumait pas, buvait peu, et était toujours bien sapé, même dans ce trou où il n’y avait que les chamois et les grands corbeaux pour admirer la perfection de ses nœuds Windsor. Max, en revanche, ne vivait que pour se défoncer par tous les moyens possibles, et était le portrait craché du motard moustachu des Village People. A ceci près que le motard des Village People n’aurait sans doute jamais accepté de porter ce blouson noir constellé d’étoiles roses.
Sans prêter attention à son camarade, Max alla tout droit à la porte d’entrée, l’ouvrit d’un geste inutilement théâtral, et marcha – ou plutôt, tituba - jusqu’à son destrier d’acier, un chopper qu’il avait baptisé Shadowfax dans un de ses moments d’inspiration. Il l’enfourcha, prit le temps d’enfiler une paire de lunettes de soleil. Après quoi, dédaignant le casque de rigueur, il fit vrombir le moteur de son puissant véhicule. Richard, attiré par ce bruit, apparut dans l’embrasure de la porte.
« Ne rentre pas trop tard, se contenta-t-il de dire. N’oublie pas que ce soir nous avons un rendez-vous important en ville. »
C’était tout. Richard ne faisait jamais le moindre commentaire sur les dangers qu’il y avait à prendre la route dans un état pareil. Max était immortel. C’était du moins ce qu’il avait fini par penser, et jusque-là, il n’avait jamais eu la preuve du contraire. Max lui adressa un signe de la main pour lui montrer qu’il avait intégré l’information, et, toujours sans prononcer un mot, démarra en trombe.
Quelques secondes plus tard, il se trouvait sur l’étroite route de montagne, sans se préoccuper des limitations en vigueur et de la signalisation, mal adaptés à son mode de vie. Alcool, hallucinogène, stimulant, vitesse. Un cocktail de plaisirs dont il était friand. Dans des moments pareils, il avait l’impression d’être un lapin bleu qui volait dans les airs. Le super pied.
Cependant, ce plaisir ne dura guère : Max se vit contraint d’arrêter sa chevauchée fantastique au bout d’un quart d’heure à peine. On n’ingurgite pas un litre de bière sans en subir tôt ou tard les conséquences. Il rangea Shadowfax sur le bas-côté, et, sans couper le moteur, alla tout droit vers les buissons. Après s’être soulagé, il ne retourna pas immédiatement à son puissant véhicule. Une nausée légère venait lui gâcher son plaisir. Tout en réprimant un haut-le-cœur, il essaya d’en déterminer l’origine…
« Mauvaise qualité, ce peyotl… » maugréa-t-il.
C’est à ce moment que quelque chose bougea dans les broussailles un peu en contrebas. Max ne prêta guère d’attention à ce phénomène ; il faut dire qu’à cet instant, tout semblait bouger autour de lui. Il ne commença à s’inquiéter que lorsqu’une forme menaçante surgit desdites broussailles et fut sur lui en quelques enjambées. Une forme sur laquelle il mit immédiatement un nom.
« Mescalito ! Mes propos sur ses plantes sacrées ont dû l’offenser ! Je vais encourir sa colère ! »
« ********, mais de quoi qu’tu causes, mec ? » fut la réponse.
Même avec l’esprit embrumé, Max fut forcé de convenir que cette réplique ne seyait guère à une déité, fût-elle aussi mineure que Mescalito. Il retira ses lunettes de soleil et se mit à examiner plus attentivement la silhouette floue qui s’avançait vers lui.
Après ce second coup d’œil, force lui fut d’admettre que l’intrus ne ressemblait pas vraiment à Mescalito. Carrure massive, peau bleu-claire, nez bulbeux, un chapeau noir bizarre… Oui, c’était sans nul doute Sire Bleunoir, l’infect chef des méchants dans le dessin animé Yellow Submarine. Ou si c’était pas lui, c’était l’un des siens. Heureusement, Max connaissait le moyen de se débarrasser de ces créatures musicophobes. Il entonna donc All You Need Is Love de sa belle voix de baryton. Mais au lieu de s’en aller ou de se boucher les oreilles, Sire Bleunoir se contenta de le regarder avec des yeux ronds.
« T’es complètement barjot, mec. »
Et sur ces mots, il lui décocha un direct digne de James Corbett dans la mâchoire. Et tout fut noir dans la tête de Max.
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Réponse au Sujet '[PLC 2009]Homo Pedestrius' a été posté le : 27/01/10 14:58
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Quand Max reprit connaissance (cinq ou six heures plus tard, à en juger par sa soif et à la diminution des effets du peyotl), il se trouvait au fond d’une vaste caverne. Cinq personnes aux visages maussades l’entouraient.
« Ca y est, il reprend ses esprits. »
Max se tourna vers celui qui venait de proférer cette remarque. Un bellâtre auquel on avait récemment poché un œil. Près de lui – trop près pour ne pas être avec lui, était assise une fille qui ressemblait à une version blonde d’Audrey Hepburn et qui serrait contre elle un hideux caniche. Max ne s’abaissa pas à poser la question cliché « Où suis-je ? » et préféra demander « Que faisons-nous là ? »
Un vieil homme qui ressemblait à James Finlayson se chargea de lui répondre.
« A vrai dire, nous n’en savons guère plus que vous. Ces hommes nous ont capturés, un par un, sur la départementale toute proche. L’un d’eux se traînait sur la route, comme s’il avait eu un accident. On s’arrêtait pour voir ce qui n’allait pas, et alors un autre surgissait des fourrés et vous devinez la suite. »
« La prochaine fois, je roulerai dessus. » déclara le bellâtre.
« Nous avons essayé de tirer les vers du nez aux gardes postés à l’entrée, poursuivit le vieil homme, mais pour toute explication, ils nous ont dit que leur chef viendrait nous dire tout ce qu’on a besoin de savoir. Et depuis, nous attendons, depuis hier pour ces messieurs (il désigna les deux derniers prisonniers : un malabar à lunettes et un grand échalas aux cheveux blonds), depuis ce matin pour nous autres. »
Max jeta un coup d’œil à ces gardes. A l’entrée se tenaient deux hommes, armés de barres de fer d’un mètre cinquante, dont une extrémité était taillée en pointe. Un grand chauve à l’air sévère, un autre plus petit, plus grassouillet. Ce dernier portait les lunettes de soleil de Max ; ce devait certainement être lui que, sous l’emprise du peyotl, il avait pris pour Sire Bleunoir.
« N’est-ce pas celui de gauche qui m’a ramené ? » demanda-t-il pour en avoir la confirmation.
« Exactement ! Peu après mon arrivée, nous avons entendu un bruit de moteur de motocyclette venir tout près. Il est parti voir ce qui se passait et est revenu quelques minutes plus tard avec vous sur ses épaules. »
En entendant ces paroles, Max sourit intérieurement. Cela signifiait que Shadowfax était garé tout près… S’il parvenait à brûler la politesse à ces affreux jojos et à rejoindre son puissant véhicule, ses ennuis étaient terminés.
« Et puis après, il est reparti, vraisemblablement pour faire un mauvais sort à votre motocyclette. »
« Quoi ? »
« Oui, répondit le malabar à lunettes. Ils ont une étrange aversion pour nos véhicules. Quand j’ai été capturé, l’un de mes agresseurs me surveillait tandis que l’autre démolissait ma bagnole à coups de barre de fer. Pour les autres, ça a été pareil. »
Max en resta sans voix. Ces salauds avaient osé détruire son fidèle destrier. Ils allaient payer. Il ne savait pas encore ni quand ni comment, mais il fallait qu’ils paient. Mais il n’eut pas le loisir de réfléchir plus longuement sur ce sujet : c’est à ce moment que les deux gardes postés à l’entrée s’animèrent.
« Silence, vous autres ! Voici le Grand Randonneur ! » annonça le premier.
« Que tous écoutent la parole du Grand Randonneur ! » renchérit l’autre.
Et un grand escogriffe barbu et aux cheveux en bataille entra dans la grotte. Vêtu d’un treillis par-dessus lequel il avait enfilé un poncho, il faisait penser à un GI altermondialiste. Ou au résultat d’un improbable croisement entre Che Guevara et l’Homme Sans Nom. Accompagné de ses deux séides, il s’avança vers les prisonniers et les toisa d’un regard inamical. Au bout de quelques secondes d’observation, il se décida à briser le silence.
« Les piétons constituent la part la plus noble de l’Humanité. »
C’était une entrée en matière assez inhabituelle. Après une brève pause, le Grand Randonneur poursuivit, d’une voix calme et mesurée :
« Ce sont les piétons qui ont construit les pyramides et édifié les premières cités. Ce sont eux qui ont inventé la civilisation et qui l’ont implantée dans les six continents. Eux qui, les premiers, ont maîtrisé l’art de la poésie, de la musique et de la philosophie. Et puis sont arrivées les automobiles… Les piétons, êtres doux et policés, les ont accueillis sans méfiance… Et que leur est-il arrivé, hein, je vous le demande ? »
Silence. Il continua, mais son ton devenait de plus en plus saccadé au fur et à mesure qu’il parlait.
« En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, les automobilistes se sont accaparés les rues, créées par les piétons, et ont rejeté ceux-ci sur les trottoirs, de véritables ghettos de la circulation, où du reste ils ne sont pas totalement à l’abri des monstres mécaniques. Et si encore c’était là leur seul crime ! Les automobiles ont vicié notre atmosphère, le bruit des moteurs nous empêchent de trouver la sérénité, les autoroutes cyclopéennes bâties pour leur seul usage ont défiguré nos paysages, et je ne parle pas des peuplades lointaines que l’on a dû asservir afin d’avoir assez de pétrole pour satisfaire la soif de leurs réservoirs ! Les piétons auraient-ils pu se rendre coupables de tels méfaits ? Certes non, et la Bible ne s’y est pas trompé : quand vient l’Apocalypse, ce ne sont pas des piétons qui l’annoncent. »
La fin de cette diatribe était assez spécieuse. Mais il n’y eut personne d’assez inconséquent pour le lui faire remarquer.
« Je vous le demande, conclut-il sur un ton plus calme, est-ce que vous trouvez cela juste ? Êtes-vous insensibles à la déchéance du piéton ? »
Après un silence pesant, le Finlayson se décida à répondre.
« Maintenant que vous nous le dites, déclara-t-il d’une voix chevrotante, c’est effectivement scandaleux. Je vous promets qu’une fois rentrés chez nous, nous abandonnerons l’automobile, et que nous essayerons de persuader notre entourage d’en faire autant. »
Ce n’était pas vraiment ce qu’on pouvait appeler une réplique convaincante, mais on pouvait difficilement élaborer quelque chose de mieux. Tous les autres prisonniers acquiescèrent d’un signe de tête. Le Grand Randonneur ne daigna pas répondre, et se tourna vers ses sbires.
« Hugo, je crois que ces messieurs-dames se méprennent au sujet de notre démarche. Pourrais-tu leur donner une mise sur la voie ? »
En silence, le grand chauve se dirigea vers la fille qui ressemblait à Audrey Hepburn et, indifférent à ses protestations, lui arracha son caniche. L’empoignant par la peau du cou, il l’éleva bien haut, pour que tout le monde puisse le voir. Puis, sans plus de cérémonie, il l’embrocha sur sa pique. Le canichicide produisit divers effets auprès des spectateurs : cris d’horreur ou de surprise, regards effarés. Le Grand Randonneur sourit à la vue de ce spectacle.
« A vos expressions, je devine que vous n’avez pas toujours réalisé exactement ce qui vous attend. Par les rotules de Mao Tse Toung ! Nous ne vous avons pas enlevés et séquestrés pour nous contenter de vous dire que l’automobile, c’est pas bien et puis vous renvoyer dans vos foyers après vous avoir tapoté la joue en vous traitant de petits polissons. Les piétons que nous sommes en ont marre de se faire marcher – si j’ose dire – dessus, et ont décidé de répliquer. Et c’est par vous que nous allons commencer. »
Il pointa un index rageur sur le chien empalé. Son visage était à présent déformé par la haine.
« Ce caniche est une parodie de chien. Mâchoires faibles, pattes ridicules, ce n’est qu’une larve à poils tout juste bonne à servir de jouet vivant à des snobinards décadents, et à faire des crottes sur les trottoirs, aggravant par là un peu plus le supplice des piétons. Sa mort n’est pas une grande perte pour son espèce. Et bien, je vais vous le dire : ce que ce chien est à l’espèce canine, vous autres automobilistes l’êtes à l’espèce humaine ! Vous vous êtes amollis à force de recourir à la traction automobile, et on ne peut compter sur vous que pour pourrir la vie de vos semblables. Si on vous laisse faire, il suffira d’un million d’années pour que les humains ne soient guère plus que des cerveaux montés sur roulettes. Et nous, les Piétons Véritables, ça ne nous intéresse pas que l’Humanité soit composée de cerveaux montés sur roulettes. »
Le Grand Randonneur se calma un peu. Il continua son discours d’une voix mesurée, mais aussi sèche que le désert du Ténéré.
« La seule raison pour laquelle on ne vous a pas encore fait subir le même sort qu’à ce canidé d’opérette, c’est que dans tout automobiliste, il y a un piéton qui sommeille. Nous sommes dotés du sens de la justice, aussi nous n’allons pas vous exécuter sans avoir au moins essayé de le réveiller. Demain, nous allons faire une petite ballade en montagne… Nous allons voir si vous êtes capables de tenir notre rythme. Si oui, vous serez invité à rejoindre les rangs des Piétons Véritables. Si au contraire, vous êtes trop dégénérés pour accomplir la besogne d’un piéton digne de nom, alors nous vous achèverons sur place. C’est de cette manière, en rééduquant les piétons potentiels et en éliminant les cas désespérés, que nous épurerons petit à petit l’espèce humaine. Vous trouverez peut-être cette méthode radicale, mais nous n’en sommes qu’à nos débuts, et l’enjeu vaut bien de recourir à de pareilles extrémités : nous reconquerrons l’espace vital qui a été accaparé par les automobiles et amènerons ainsi l’avènement d’une ère nouvelle, une ère de justice et de prospérité. L’ère de l’homo pedestrius. Des questions ? »
Max avait bien des questions à lui poser, la plupart concernant son état mental. Mais pour des raisons évidentes, il fit comme les autres : il n’osa pas moufter. Le Grand Randonneur eut un sourire narquois.
« Bien, dans ce cas, il ne me reste qu’à vous souhaiter une bonne nuit. Hugo va faire cuire ce clebs et vous le servir à dîner. Je vous conseille de ne pas dédaigner cette nourriture, car demain, vous aurez besoin d’énergie… »
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A l’aube, Hugo vint réveiller les prisonniers sans ménagement et les mena devant la grotte. Là, attendaient les hommes que Max avaient rencontrés la veille, plus un quatrième qui tenait un grand sac. Quand il vit les prisonniers, il l’ouvrit et en déversa le contenu sur le sol. Il s’agissait d’une dizaine de paires de chaussures de montagne.
« Beaucoup d’entre vous portent des chaussures impropres à la pratique du noble art de la marche. Dans notre infinie générosité, nous vous permettons de puiser dans ce stock. Mais si y’a rien à votre pointure, ce sera la faute à pas de chance. On est déjà trop bons de vous en proposer, alors on veut pas vous entendre nous chialer après. »
Les prisonniers ne se firent pas prier et se précipitèrent sur les chaussures. Seul Max ne participa pas à la ruée. Les Piétons Véritables le regardèrent d’un air interrogateur.
« Non merci, je préfère garder mes santiags » déclara Max.
Le Grand Randonneur jeta un coup d’œil aux bottes de cow-boy, plus adaptées pour frimer à moto que pour gravir l’Everest. Il haussa les épaules.
« Comme tu veux. Mais pas question de changer d’avis plus tard. »
Puis il reporta son attention sur les autres. Constatant qu’ils en avaient fini avec les chaussures, il montra du doigt une montagne assez proche.
« Bien, maintenant que vous ressemblez un peu plus à des piétons, je vais vous donner une idée de notre randonnée. Je vous ai concocté un petit itinéraire à l’écart de la départementale, où personne ne viendra nous déranger à cette époque de l’année. Notre objectif est d’atteindre le sommet altier de l’Ibsenberg, que vous pouvez voir en ce moment illuminé par les rayons du soleil levant. »
Max examina la montagne ainsi désignée. Une bonne trotte en perspective, mais tout à fait faisable.
« Mais auparavant, poursuivit le Grand Randonneur en pointant son doigt dans une autre direction, nous allons commencer par la Cime de Sainte-Ivy-la-Blonde, d’où nous aurons une très belle vue sur la vallée de l’Ecrevisse – c’est si beau, la vallée de l’Ecrevisse à cette époque où la nature se réveille, puis nous emprunterons la route des crêtes pour rallier notre objectif, sans manquer de faire un détour pour admirer le fameux Menhir Percé – un bijou du néolithique incroyablement bien conservé, et par le sentier botanique du…»
Il continua de se la jouer guide touristique pendant encore quelque temps, mais Max avait cessé de l’écouter pour évaluer le nouvel itinéraire. Maintenant, c’était une autre paire de manches. Le chemin qu’ils allaient suivre était au moins quatre ou cinq fois plus long qu’en attaquant directement l’Ibsenberg. Et avec beaucoup de dénivelé en perspective. En tenant compte du fait qu’il n’avait mangé la veille au soir qu’une maigre portion de caniche rôti au feu de bois, ça n’allait pas être du gâteau.
« Comme vous voyez, conclut le Grand Randonneur, pour un marcheur digne de ce nom, ce n’est guère plus qu’une promenade de santé. Mais pour un automobiliste dégénéré, ce sera la marche de la mort de Bataan. Hugo va ouvrir la marche pour vous montrer le chemin et le rythme à suivre. Vous le suivrez à deux mètres de distance – pas moins, et gare à ne pas vous laisser distancer : nous trois suivrons à quelques pas en arrière, et nous ferons office de voiture balai. Et si l’un de vous se met en tête de nous filer entre les doigts… »
Le Grand Randonneur souleva son poncho, pour révéler un revolver dans son holster.
« … et bien je lui conseille de savoir courir plus vite que mes balles. Maintenant, en route, on a assez perdu de temps. Si nous ne sommes pas arrivés au sommet de l’Ibsenberg à quatre heures de l’après-midi, ce sera l’exécution sommaire pour tous jusqu’au dernier. Est-ce que c’est clair ? »
Un hochement de tête général lui répondit.
« Bien. Alors, au nom du pied, de la cheville, et du genou, je décrète le début de cette splendide journée de marche. »
* * *
Ce fut le Finlayson qui lâcha le premier, au beau milieu de l’ascension de la Cime de Sainte-Ivy. Dès que le chemin était devenu un peu raide, il avait perdu du terrain sur Hugo, et au bout d’une dizaine de minutes, s’était fait rattraper par le Grand Randonneur et ses deux autres Piétons Véritables. Sire Bleunoir tenta de le faire accélérer en l’éperonnant avec sa pique, mais il devint rapidement évident qu’il était incapable de marcher à cette allure. Sur un ordre du Grand Randonneur, tout le monde s’arrêta et se retourna vers les quatre hommes de queue.
« Messieurs-dames, j’entends que vous regardiez attentivement ce qui va suivre. »
Le Grand Randonneur claqua des doigts, et ses deux sbires se mirent à passer le vieil homme à tabac avec une violence inouïe. Sourd à ses supplications, le Grand Randonneur continua de s’adresser aux autres prisonniers.
« Vous voyez ce qui arrive ? Vous voyez ce qui arrive aux êtres dégénérés qui ont perdu le sens de la marche ? Et vous, là, ne détournez pas le regard. Le but de la manœuvre est de réveiller votre instinct de survie. Alors, si vous ne regardez pas, vous manquez tout le coté éducatif de la chose. »
Le Finlayson ne résista pas longtemps aux coups de ses deux bourreaux, et s’écroula, à moitié inconscient. Le Grand Randonneur pointa alors son pouce vers le bas, et l’un des piétons le transperça de sa pique.
« Et voilà le travail. Fritz, va cacher le cadavre. »
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Réponse au Sujet '[PLC 2009]Homo Pedestrius' a été posté le : 27/01/10 15:04
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Le malabar à lunettes fut le suivant à donner des signes de faiblesse. Max en fut surpris ; il aurait plutôt parié sur l’Audrey Hepburn ou le bellâtre. Ou encore sur lui-même, car ses santiags commençaient à le faire souffrir. Contrairement à la première victime, le malabar ne se laissa pas distancer, il tenait le rythme. Mais il soufflait comme un phoque, et était rouge comme une tomate. Il était évident qu’il était à bloc et n’en avait plus pour longtemps. Mais son supplice fut interrompu lorsque le groupe arriva à la Cime de Sainte-Ivy.
Le Grand Randonneur leva la main.
« Bravo ! Vous êtes quand même parvenus à la première étape. Et vous êtes encore cinq. Le degré de dégénérescence est peut-être moins élevé que nous ne le pensions… Bien, maintenant que vous vous êtes échauffés, je vais pouvoir demander à Hugo de forcer l’allure. Mais avant, je décrète deux minutes de pause pour que vous puissiez admirer le paysage. Alors, qu’est-ce que je vous avais dit ? La vue n’est-elle pas magnifique ? Ne vous met-elle pas le baume au cœur ? »
Tout le monde fit oui de la tête, Max y compris. Mais à la différence des autres, ce dernier le pensait réellement. D’ordinaire, il était assez indifférent aux merveilles de la nature, mais d’ici, il pouvait voir une portion de route qu’il connaissait bien pour l’avoir souvent parcourue sur feu son fidèle chopper. Il la connaissait au point d’être capable de localiser sa demeure, qui, elle, était cachée par les arbres. Il en était beaucoup plus près qu’il ne l’aurait cru. Mais encore trop loin à son goût. Mais pour en tirer parti, il fallait agir, et vite. Max se rapprocha discrètement du grand échalas, qui lui semblait le plus résistant des prisonniers.
« Je crois que j’ai un plan pour nous en tirer. » lui murmura-t-il, d’une voix quasi inaudible.
« J’écoute. » répondit-il de la même manière, sans le regarder en face.
« Ce que ces détraqués ignorent, c’est que je suis un des rares habitants du coin. »
« Et qu’est-ce que ça change ? »
« Ma maison est tout près d’ici. Un bon coureur pourrait l’atteindre avant que ces louftingues aient le temps de s’en rendre compte. »
« Tu es sûr ? »
« Tu crois que je ne suis pas capable de reconnaître les environs de ma propre maison ? Il suffit de descendre cette pente, et de courir deux ou trois cent mètres dans cette direction, et on y est. »
D’un mouvement du menton, il lui indiqua la direction à suivre. L’échalas jeta un coup d’œil furtif, et ne vit que des arbres et des broussailles. Il regarda ensuite la pente. Elle était diablement raide.
« C’est risqué. »
« Oui, mais si on ne fait rien, on va tous y passer l’un après l’autre. Une fois arrivé à la maison, les ennuis sont terminés. Un ami y habite avec moi, il possède un fusil de chasse et sait s’en servir ; et y a aussi le téléphone pour appeler du secours. Dis-lui que tu viens de la part de Max, et il t’aidera sans poser de questions. »
L’échalas hésita encore quelques secondes.
« Ouais, concéda-t-il. Ca vaut le coup d’essayer. »
Juste à temps. La pause décrétée par le Grand Randonneur touchait à sa fin, et les piétons n’allaient pas tarder à rassembler les prisonniers pour la suite du programme. L’échalas commença par reculer de quelques pas en faisant semblant de s’intéresser au paysage, puis, en une fraction de seconde, il fit volte-face, bondit en avant et se mit à dévaler la pente avant qu’un garde ait pu faire un geste. Vif comme l’éclair, le Grand Randonneur sortit sa pétoire, mais il était trop tard. Le fuyard avait déjà disparu parmi les arbres.
« Ah, le salopiot ! Mais il ira pas loin ! Fritz, viens avec moi, on va lui faire sa fête. »
Et, accompagné par son sbire, il s’élança à la poursuite du fugitif. Il ne restait plus qu’Hugo et Sire Bleunoir pour surveiller les prisonniers.
« Asseyez-vous, ordonna Hugo d’un ton sans réplique, et tenez-vous tranquilles. Le premier qui me fait chier, je l’embroche sans sommation. »
Les prisonniers obtempérèrent. Prêts à frapper au moindre geste suspect, les gardes se postèrent de part et d’autre du groupe. Ce fut le moment que choisit Max pour retirer sa botte droite et entreprendre de se masser la cheville. Le garde le plus proche, Sire Bleunoir s’approcha de lui, un sourire méprisant sur les lèvres.
« Tu commences à regretter d’avoir choisi de garder ces machins, pas vrai ? »
« Pas tout à fait, répondit Max en délaissant sa cheville pour se mettre à examiner l’intérieur de sa botte. Disons que ce qui me gêne, c’est surtout le truc qui s’est coincé dedans. Ah, ça y est, je l’ai. »
A peine avait-il fini de parler que son bras se détendit et frappa Sire Bleunoir à l’estomac. La seconde suivante, le garde s’écroulait en hurlant de douleur, les deux mains serrées sur le ventre. L’effet de surprise avait été total : le geste de Max avait été si rapide qu’on avait à peine eu le temps d’entrevoir un éclair métallique. Les autres ne réalisèrent ce qui s’était réellement passé que lorsqu’il se retourna vers le deuxième garde en brandissant un cran d’arrêt ensanglanté.
Le bellâtre fut le premier à se ressaisir. Il s’empara de l’arme du blessé et la retourna contre Hugo avant que celui-ci ait eu le temps d’esquisser un geste. Le piéton hésita un instant ; son regard se porta successivement sur le bellâtre qui le menaçait avec la pique, sur le malabar qui se relevait en serrant les poings, puis sur le cran d’arrêt dégouttant de sang. Il prit finalement la décision qui s’imposait : prendre la fuite. Max esquissa un sourire triomphant en le voyant partir rejoindre ses compères, puis il alla se rasseoir pour remettre sa botte. Le bellâtre s’approcha de lui.
« D’où sortez-vous ça ? »
« De ma botte. Vous pensiez que je m’obstinais à les garder pour le plaisir ? »
« Vous planquez un cran d’arrêt dans votre botte ? Quel genre d’homme êtes-vous ? »
« En ce moment, je suis le genre d’homme qui vous tire du pétrin. »
Max se releva et alla à Sire Bleunoir, qui se tordait toujours sur le sol. Il se pencha sur lui et, sans prêter attention aux geignements de sa victime, récupéra ses lunettes de soleil. Puis il se retourna d’un bloc vers ses camarades d’infortune.
« Mais nous n’avons pas le temps de bavarder, dit-il tout en chaussant ses lunettes. Ils vont bientôt revenir, et nous ne sommes pas de taille à les affronter. Néanmoins, cette pente est si raide qu’il va leur falloir un petit bout de temps pour remonter et, plus encore pour retrouver notre trace. Il va nous falloir exploiter cette avance pour nous mettre à l’abri. Moi, je vais par là. »
Il montra une direction à peu près opposée à celle qu’il avait montrée au grand échalas.
« Y a cinq ou six kilomètres à faire à travers les sous-bois, et on arrivera à ma modeste demeure. On y sera en sécurité. »
« Vous êtes sûr ? »
« Si mon plan vous inspire pas, vous pouvez aller où ça vous chante, du moment que vous ne me demandiez pas de vous accompagner. Mais ça m’étonnerait que vous ayez une meilleure idée. Voire même une idée tout court. »
D’un coup d’œil circulaire, il sonda l’assistance. Il ne s’était pas trompé.
« Bon alors en route. »
« Et celui-là ? demanda le malabar, on devrait pas l’achever ? »
Max jeta un dernier coup d’œil au cadavre en sursis, et haussa les épaules.
« Il a pas besoin de nous pour crever. Il se débrouille très bien tout seul. »
* * *
Le groupe se vit bientôt réduit à trois membres. Le malabar, déjà bien entamé par le début de la promenade, avait décidé de partir dans une autre direction, en espérant que les Piétons Véritables ne tombent pas sur ses traces. L’itinéraire décidé par Max, à vol d’oiseau à travers les sous-bois, était peut-être le plus court possible, mais aussi très accidenté. Ils avaient eu affaire à des terrains si visqueux qu’on risquait d’y laisser une chaussure, à des troncs d’arbres en décomposition, et pour finir à une barrière de rochers qui bloquait complètement la route. Là, même Max avait dû se faire aider par le bellâtre pour la franchir.
Et tandis que ce dernier se chargeait de faire traverser la demoiselle du groupe, Max massait ses pieds endoloris tout en observant les alentours. Perché sur son rocher, il bénéficiait d’un excellent point de vue. Soudain quelque chose attira son attention au loin. Il mit sa main en visière et plissa les yeux pour mieux voir.
« Vous savez quoi ? D’ici, j’aperçois notre ex-compagnon. »
Le bellâtre émit un grognement qui indiquait fort éloquemment qu’il n’en avait rien à cirer. Max choisit de l’ignorer.
« Vous avez déjà vu Le Dernier Face-à-face, de Sergio Sollima ? » demanda-t-il, sur le ton de la conversation.
Pas de réponse. Max prit ça pour un non.
« Ben dans ce film, il y a une scène où Gian Maria Volontè poursuit une fille. Elle court aussi vite qu’elle peut, Volontè se contente de marcher, mais pourtant il arrive à la rattraper sans accélérer. »
Ses deux compagnons d’échappée lui lancèrent un regard interrogateur. Max observa une pause, puis poursuivit son reportage.
« Et bien, c’est exactement ce qu’il se passe avec lui. Il court comme si il avait le feu aux fesses, mais les autres gagnent sur lui sans avoir l’air de faire le moindre effort. Ca y est, ils l’ont rattrapé. Il y en a un qui le plaque au sol, l’autre lui enfonce sa pique dans la main, et le Grand Randonneur se penche sur lui. On dirait qu’lui parle. On dirait même qu’il le menace. Ah, ça y est, on dirait que l’autre lui répond. Le Grand Randonneur jette un coup d’œil dans notre direction. Il sort son flingue. »
Un coup de feu résonna dans la vallée.
« Et maintenant, ils se dirigent vers nous. Je crains fort qu’il ait cafté. »
Et Max, oubliant ses pieds endoloris, reprit la route à marche forcée. Leur avance ne ferait plus que se réduire, maintenant que les Piétons Véritables, qui les dominaient nettement en matière de randonnée en montagne, connaissaient leur route. Le malabar n’avait même pas eu la présence d’esprit de donner une fausse information. Tss… On ne pouvait décidément faire confiance à personne…
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Nowhere Man

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Réponse au Sujet '[PLC 2009]Homo Pedestrius' a été posté le : 27/01/10 15:07
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« J’adore qu’un plan se déroule sans accroc ! »
C’était loin d’être vrai, mais cette phrase traduisait bien le plaisir qu’avait Max d’apercevoir son humble logis. Simultanément, un cri lointain résonna en arrière. Il se retourna et vit au loin des formes bouger entre les arbres.
« Encore deux ou trois cents mètres d’avance, estima-t-il, et plus que cent, cent cinquante mètres d’avance. On devrait pouvoir y arriver… »
Complètement ragaillardi par cette constatation, Max ne résista pas à la tentation d’adresser un bras d’honneur à ses poursuivants. Ce comportement n’était pas au goût du bellâtre.
« Faites pas l’idiot, il pourrait nous tirer dessus. »
« Voyons, il a qu’un putain de revolver. Vous savez quelle est la précision de ce genre de joujoux ? Et leur portée ? A cette distance, il n’est pas capable d’atteindre un éléphant. »
Comme pour répondre, un coup de feu claqua. Le bellâtre s’écroula en poussant un gémissement lamentable. Max le regarda, observa une seconde de silence, et déclara :
« Ca relève du prodige. C’est de l’ordre d’une Intervention Divine ! »
Son instinct de survie réveillé par cet incident, il s’élança vers son logis, sans attendre l’Audrey Hepburn qui se portait au secours de son compagnon.
* * *
Richard était en train de somnoler devant une télévision éteinte quand la porte s’ouvrit pour laisser entrer les deux rescapés. Il posa sur les nouveaux venus un regard distrait, comme il aurait regardé un nuage sans intérêt. Max essaya de lui parler, mais, essoufflé par sa course, ne réussit pas à articuler le moindre mot. Ce fut donc la survivante, qui, non content d’avoir rattrapé son compagnon d’échappée, avait récupéré plus rapidement que lui, qui entreprit d’expliquer à Richard les tenants et les aboutissants de la situation le plus vite possible.
« Monsieur, vous devez faire quelque chose ! Nous sommes poursuivis par des tarés ! Ils nous ont capturés, torturés, et ils ont tué… »
L’Audrey Hepburn ne parvint pas à continuer. Elle était déroutée par la totale absence d’émotion de son interlocuteur. Celui-ci l’écoutait comme si il ne se fichait complètement de ce qu’elle racontait ; ou qu’il ne parlait pas sa langue. Néanmoins, elle en avait dit assez pour que celui-ci comprenne l’étendue du problème.
« Y en a qui ont pas de chance… » dit-il en se levant du canapé.
« Qu’est-ce que vous attendez pour appeler la police ? »
« Gente dame, la gendarmerie la plus proche est à quarante-cinq kilomètres d’ici. La police, on doit se la faire soi-même. »
Richard ouvrit un tiroir et en sortit un pistolet automatique. L’Audrey Hepburn regarda l’arme avec des yeux ronds. Richard alla se poster à la fenêtre sans lui prêter la moindre attention.
« Je vois qu’ils entrent dans la propriété, déclara-t-il sans se retourner. Dites-moi, ma chère, pourquoi n’iriez-vous pas vous réfugier dans la cave pendant que Max et moi nous occupons d’eux ? »
L’Audrey Hepburn jeta un regard effaré aux deux hommes, puis obtempéra sans demander son reste. Après qu’il eut entendu la porte de la cave se refermer, Richard fit signe à Max de s’approcher.
« Ils sont trois, c’est ça ? »
« Exact. Un seul a une arme à feu. »
Mais Max se remémora soudain le tir incroyable auquel il avait assisté. Il prit soin d’en avertir son ami.
« Mais méfie-toi : il se pourrait que Dieu soit de leur coté. »
Pour la première fois depuis l’arrivée des deux survivants, Richard parut surpris. Mais il ne le resta pas longtemps.
« Bof, ça doit pouvoir se gérer. Tu me donnes un coup de main ? »
« Désolé, mes mains tremblent… »
Richard le darda d’un regard désapprobateur, mais ne dit rien. Son attention se porta sur les intrus qui s’approchaient précautionneusement de la maison. Sans prendre la peine d’ouvrir la fenêtre, il tira sur le plus proche d’entre eux. Mais le seul résultat fut un gros trou dans la vitre ; et il n’eut pas le temps de faire un nouvel essai : en un bond, les trois Piétons Véritables se refugièrent derrière la voiture de Richard, un 4x4 aux proportions éléphantesques.
« Mais qu’est-ce qui se passe ? » lâcha l’un d’eux.
« J’en sais rien ! », leur cria Richard, « Normalement j’aurais dû vous moucher entre les deux yeux, mais la balle a dû être déviée en traversant la vitre, ou alors j’ai perdu la main. »
« Intervention Divine ! » murmura Max.
« Et maintenant ? »
« Et bien, vous nous empêchez de sortir, mais de votre côté, vous ne pouvez pas partir sans vous exposer. »
« Donc, si j’ai bien compris, on s’assiège mutuellement ? »
« Quelque chose comme ça. On n’a plus qu’à attendre pour voir qui craque le premier. »
Silence.
« J’aime pas trop ça… »
« Moi non plus, mais vous avez quelque chose de mieux à proposer ? »
« Oui : mieux vaut régler la question tout de suite et à la loyale. Vous sortez de votre cahute, nous sortons de notre abri, et on se fait un duel, comme dans un western. »
Cette offre sembla surprendre Richard. Il s’accorda quelques secondes de réflexion pour la considérer.
« Ca m’a l’air d’une proposition honnête… » répondit-il finalement.
Il alla ouvrir la porte pour se montrer aux envahisseurs. Mais en prenant soin de ne pas s’exposer complètement, et en se tenant prêt à disparaître au moindre signe d’hostilité de ses adversaires. Ceux-ci ne tardèrent pas à se montrer ; ils sortirent l’un après l’autre de l’abri du 4x4. Le Grand Randonneur alla se poster face à Richard, tandis que ses deux acolytes restaient à l’écart, en spectateurs.
« Bien. Maintenant, mon ami Hugo ici présent va compter jusqu’à trois. A trois, on dégaine. »
Mais il avait à peine fini sa phrase que deux détonations retentirent. La première balle le toucha au poignet de la main qui tenait l’arme, la seconde le frappa en pleine poitrine. Le Grand Randonneur tomba comme une masse. Ses deux sbires n’eurent pas le temps de réagir. De deux autres coups de feu, Richard les faucha impitoyablement. Tués sur le coup.
Seuls les râles d’agonie du Grand Randonneur troublaient désormais le silence. Richard s’en approcha tout en le tenant soigneusement en joue. Puis, d’un coup de pied, il projeta au loin le revolver de son adversaire. Ce n’est qu’après cette précaution qu’il consentit à lui adresser la parole.
« C’était très chic de votre part de proposer un combat loyal. Mais c’est une erreur d’amateur. »
Le visage du mourant se déforma. Malgré le rictus de douleur, on arrivait à lire le sourire contrit du joueur qui accepte sportivement sa défaite. Puis son regard se brouilla. Le dernier des Piétons Véritables avait rendu l’âme. Max et Richard s’en détournèrent et revinrent à leur demeure. Max alla tout droit à sa réserve. Il avait besoin de se remettre de ses émotions.
« C’est toi qui les a amenés, c’est toi qui les enterre. » lui lança son compère.
Max hocha la tête. C’était on ne peut plus correct. Richard s’apprêta à ajouter quelque chose, quand un cri déchirant, venant de la cave, vint les interrompre. Max jeta un regard interrogateur à son partenaire.
« Tu te souviens de notre rendez-vous d’hier soir ? »
« Oui, mais qu’est-ce qu’il a voir là-dedans ? »
« Je crois qu’elle vient de le rencontrer. Quand je suis allé toucher nos cinquante pour cent d’avance, le client m’a offert cent sacs de plus que prévu pour que, je cite, ce petit salaud en bave jusqu’à son dernier souffle. Tu me connais, je ne suis pas du genre à refuser une offre pareille. Alors, je l’ai ramené ici, et j’ai passé une bonne partie la nuit à le travailler au chalumeau. Je ne l’ai pas rangé après usage, je pouvais pas prévoir que tu ramènerais une visiteuse. »
Max manifesta son approbation par un nouveau hochement de tête.
« J’aurais voulu voir ça. »
« J’ai fait une vidéo, si tu veux. Le client l’exigeait pour être sûr que ses directives avaient été suivies. »
« Beau travail. »
« Oui. Je crois que j’ai bien mérité un peu de détente. Je vais m’occuper de notre invitée. »
Richard alla d’un pas résolu vers la porte de la cave. Avant de s’engager dans l’escalier, il s’arrêta et se retourna vers son compère.
« Dis-moi, tu ranges toujours les préservatifs au même endroit ? »
Max hocha la tête derechef. Richard eut un sourire carnassier et disparut. Et tandis qu’il se préparait un rail de coke sans prêter attention aux hurlements qui s’échappaient de la cave, Max repensa à ce que Richard avait dit au Grand Randonneur. Il avait raison : ces zinzins ne se débrouillaient pas trop mal dans l’art de tuer les gens, mais ils restaient des amateurs ; ils ne faisaient pas le poids face à des professionnels.
FIN
c'est pas trop tôt
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Grand Schtroumpf
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Réponse au Sujet '[PLC 2009]Homo Pedestrius' a été posté le : 27/01/10 20:25
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C'est amusant et bien rythmé ma foi ! Un classique jeu de massacre jusque dans ses nécessaires défauts (hormis Max à la rigueur les personnages sont assez unidimensionnels), avec ni trop ni trop peu de loufoquerie pour lubrifier le sphincter mental au passage de l'hécatombe.
Ceci dit les méchants sont très bêtes.
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