Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Horreur sur le web > Littérature fantastique - BDs, Mangas, Comics ... > Nouvelles, essais, écrits divers d'entre nous > [PLC 2008] La chasse aux nuages
Sujet : 

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Boten Eo

Jag känner en bot



-= Chaos Legions =-
Inscription le 22-08-02
Messages : 2278



Femme  Age : 38 ans
Lieu de résidence : Rennes forever

Pourquoi vous regardez ca ?
   [PLC 2008] La chasse aux nuages a été posté le : 21/01/09 17:45
Et hop, mon humide participation, finalement pas modifiée de ce que j'ai rendu au jury, à part quelques mots par ci par là.

...............................................................................

Introduction

- Je pleux, Maman...
Surprise, la mère effilochée se retourna.
- Pardon, mon chéri ? Oh mon dieu ! Non, ne fais pas ça sur les arbres, va dans le pré, vite !
- Mais Maman, ça fait mal ! pleurnicha la petite chose, tout en tentant de conserver sa belle forme au pâle rosé.
- Danse la pluie, mon enfant de l'aube, comme tu as appris. Ne te retiens pas, danse !
Le petit nuage dansa alors, avec les brins d'herbe et les petits insectes, avec le soleil arrivant et le réveil des oiseaux. Il dansa, apeuré, curieux, observant et s'observant, inquiet mais intrigué.
- Mais Maman, que vais-je devenir maintenant ?
Ses contours se dissipaient, parsemés délicatement sur les feuilles tendres du matin. Déjà la vie du petit nuage se divisait, lentement, et rejoignait la terre. Elle l'imbibait, elle était là, partout, et nourrissait de sa fraîcheur l'air nouveau.
- Je ne sais pas ce que tu deviendras, mon trésor. Peut-être brouillard comme moi, peut-être brume comme ta soeur. Peut-être rejoindras-tu les cieux ensuite, peut-être...
Elle ne reçut pas de réponse de son petit être de rosée, et soupira. Ses longs manteaux froids et opaques s'effilochaient toujours dans les branches de ce bois, et elle aussi sentit cette étrange sensation de se diviser, de redevenir goutte d'eau, de refaire partie de cette nature élémentaire, juste et impitoyable. Elle ferma ses yeux gris sur le spectacle de ces arbres à qui elle avait donné tout son être, et se laissa entièrement glisser dans les milliers de gouttes la composant, redevenue rien et tout pour quelques minutes, quelques jours, quelques heures, jusqu'à ce qu'elle aussi ait rejoint la Mer, celle d'où elle venait et éternelle étape de sa vie.


Mais, postée au pied d'un arbre, bien loin des considérations des nuages éthérés, rageait une jeune humaine. Elle avait observé, impuissante, la mort et la naissance de la rosée, et n'avait rien pu faire pour intervenir auprès du jeune nuage. Tant mieux, remarque, vu la brume légère qui habillait maintenant les jeunes pins avoisinants, sûrement composée d'une mère nuage attentive à son enfant.
Cette jeune femme, qui, depuis aussi loin que sa mémoire voyait, observait le ciel et ses protégés, ne décolérait pourtant pas d'avoir manqué sa chasse matinale. Depuis quelques jours, elle traquait en effet ce jeune nuageon débutant, et espérait pouvoir le prendre dans ses filets. Agacée au plus haut point, elle piétina l'herbe nouvelle humide et fraîche, faisant voler en éclat la première oeuvre de l'enfant-nuage. Nul témoin pour arrêter le crime, nul passant pour voir danser sauvagement cette fille brune au milieu des prés, éparpillant autour d'elle brins d'herbe et gouttes d'eau.



--------------


- Papa, papa roi !
Le souverain se retourna et réceptionna sa fille qui lui sautait dans les bras joyeusement.
- Ma chérie, je t'ai déjà dit de ne pas...
- Oui, oui ! Arrête, écoute-moi !
- Oui mon trésor ?
- Papa, je veux un nuage !
- Pardon ?
- J'veux un nuage ! Un petit nuage, un gentil nuage, un nuage de rosée tout beau.
- Et où veux-tu que je trouve ça, mon coeur ?
- Eh bien papa, réfléchis. Dans le ciel, bien sur !
- ...Certes.
L'homme resta perplexe quelques instants, face à la logique implacable de sa fille.
- Tu sais (continuait la fillette), les nuages de rosée sont petits, très doux, et affectueux. Ils aiment les enfants et le matin, ils sont polis, joyeux, et très gentils.
- Ah ? Et d'où tiens-tu ce nouveau savoir ?
- C'est Nilia qui me l'a raconté, elle en connait plein ! Elle en élevait avant, elle en avait des dizaines...
- Des dizaines de... ?
- De nuages, papa roi, de nuages !
L'homme se sentait passer doucement de l'autre coté de l'incompréhension, celui où on commence à accepter tout ce que l'on entend sans lutter pour le rattacher au monde réel.
- Certes, mon ange. Et comment puis-je te trouver un petit nuage ?
- Nilia sait, y faut lui demander. Elle a dit qu'elle m'en trouvera un, mais ça fait trois jours qu'elle est partie et je m'ennuie et elle revient pas et j'ai pas mon petit nuage.
- Oh, partie... Heu, où ?
- Dans les montagnes elle a dit. Elle a dit que c'est là qu'on trouve les plus beaux. Tu peux pas faire quelque chose ?
Quelque chose ? Retrouver cette semi-sauvageonne que la Reine avait jugé bon de mettre aux côtés de sa fille avant de s'enfuir, et qui se trouvait... quelque part dans les montagnes ?
- Mon chaton, tu sais bien que les montagnes sont très vastes, je ne peux pas aller la chercher pendant des jours et des jours, j'ai un royaume dont je dois m'occuper, je n'ai pas le temps, tu comprends ?
L'enfant avait l'air si déçue et malheureuse que le coeur paternel ne résista pas longtemps.
- Je vais voir ce que je peux faire, mignonne. Où est ton frère ?
- Daniel ? Je sais pas.
De nouveau gaie, la princesse fit virevolter sa robe autour d'elle et repartit en sautillant vers les parcs.

Son père la suivit des yeux quelques instants, soucieux.
- Un nuage... (marmonnait-il), quelle idée ennuyeuse... Si jamais je remets la main sur cette servante, elle va comprendre ce que je pense de ses contes idiots...
- Les nuages ? Ils existent.
Le roi se retourna vivement et toisa son fils ainé qui se tenait devant lui, bras croisés, avec cette arrogance qu'il tenait de sa mère. Il lui ressemblait tellement, songea-t-il. Presque trop.
- Evidemment qu'ils existent, Daniel. Simplement, la servante de ta soeur lui a mis en tête qu'on pouvait en adopter, et elle m'en a demandé un, et je ne sais même pas comment lui dire que...
- Que ?
- Que ce n'est pas possible, voilà !
Le souverain sentait l'irritation monter en lui, comme chaque fois qu'il contemplait ce visage aux traits aigus, ces yeux clairs très fins, et ce regard froid à la limite du mépris. Il lui ressemblait tellement !

- Mais, père, c'est possible. Les nuages possèdent chacun un esprit, qui persiste malgré les troubles du climat. C'est cette essence qu'il est possible de charmer et d'utiliser. Ou d'offrir à sa fille.
Encore une fois, le père ne sut que répondre ni que faire. D'un geste lassé, il fit signe à son fils de poursuivre ses explications.
- Et donc, c'est cette essence que la charmeuse est partie chercher dans les montagnes, car c'est près de la clairière grise que se crée tous les enfants-nuages et...
- Mais enfin, d'où donc te viens tout ce savoir, Daniel ? Je n'avais jamais entendu parler de ça avant, et notre famille est de cette contrée depuis des siècles, pourtant !
- C'est un savoir qui vient de mon peuple, père. Là-bas les esprits-nuages sont des cadeaux royaux et servent pour la magie et les protections des châteaux et lieux sacrés. Il faut être charmeur ou magicien pour pouvoir espérer les dompter, ce qui n'est pas donné à tout le monde.
Le roi frissonna de dégout. De la magie, jusque dans son royaume ! Cette femme avait donc amené toutes ses perversions lorsqu'il l'avait épousée ? Le souvenir de cette cour composée d'êtres non-humains, d'animaux parlants et ailés, de créatures mystérieuses et d'hommes cachés sous de grandes capes. Des mages, des servants de Dieux inconnus, de choses anormales qui le révulsaient jusqu'au plus profond de lui-même. De la magie... Des esprits ! Des essences sacrées !
- Fils, tu iras chercher pour ta soeur ce nuage qu'elle espère tant, et tu retrouveras cette Nilia.
- ...Bien, père. Je le ferais pour Luce.
- Si tu veux.
Après le départ du jeune prince, le roi se laissa tomber sur son fauteuil, soudainement las. Qu'avait-il fait pour attirer de tels ennuis ?



--------------


Déboussolé, l'enfant-nuage se concentra sur son environnement, qui fluctuait paisiblement autour de lui. Malgré les longues explications que sa mère lui avait données, il ne s'attendait pas à se sentir aussi... mousseux. Il avait secrètement espéré la rejoindre dans la forêt, mais ce n'est pas une chose qui arrive aussi vite, lui avait-elle dit tristement. Tant pis ! Il y mettrait toute l'énergie nécessaire.
Fine écume en bordure de plage, il voguait sur ses compagnes gouttes, consciences mal réveillées de l'incessant voyage qu'elles avaient effectué plus tôt, quelques minutes, heures, journées auparavant.
Certaines gouttes étaient tellement vieilles qu'elles dépassaient l'entendement du jeune nuage dissipé. Il les effleurait, mal à l'aise, tandis qu'il tentait de rassembler toutes ses forces, toute sa volonté, pour s'élever au-dessus de ça.

Rester goutte dans la mer ? Jamais ! Il irait au-delà des cieux, au-delà du ciel et au-delà des Hauts Nuages, qui de leur distance infinie contemplent la terre, les flots et les forêts, insaisissables créatures bien trop âgées au goût du nuageon. Pourquoi ne pouvait-il pas se pavaner, lui aussi, là haut ? Rejoindre les bordures de l'univers, les cirrus et les cumulus et les... les... Enfin, les Hauts, quoi ! Il se voyait bien voyager ainsi, dominer le monde, être hors de portée de cette gravité terrible qui l'enchaînait dans la mer.
Ah, être un nuage ambitieux n'était pas une chose facile.



--------------


La jeune fille l'avait repéré, faible lueur aqueuse au milieu du ruisseau clair. Il remontait lentement, un peu dispersé par le courant et l'inexpérience, mais bien là. Sans trop y réfléchir, elle détacha sa cape, ôta sa tunique, ses sandales, son pantalon. Elle attacha ses cheveux sur le haut de son crâne, et s'approcha de l'eau, frissonnant dans la fraicheur matinale. Ses pieds nus foulaient la berge humide de rosée, mais elle ne s'en préoccupa pas. Le nuage qui l'avait créée était bien trop vieux et rusé pour se laisser prendre dans ses filets. Elle effleura de ses orteils la surface aqueuse, avant d'entrer lentement dans l'eau en grelottant légèrement. Son attention était fixée sur le nuageon, ses particules multiples et son aura douce. Il ne l'avait pas repérée.
Nilia sortit de la bourse qu'elle gardait habituellement sous sa chemise des gants étranges, d'une couleur indéterminée, qui suintaient légèrement d'un liquide trouble. Elle ne savait pas bien s'ils étaient la source de son pouvoir, ou simplement son instrument, mais toujours est-il qu'elle ne s'en séparait jamais, et qu'elle avait achevé chaque traque ainsi gantée.
Sans bruit, elle remonta le cours d'eau, se concentrant sur la tache floue qu'elle voyait du bout de sa conscience, et répétant mécaniquement des mots et des gestes ancrés dans sa mémoire, porteuse sans le savoir d'un don millénaire, situé aux frontières de l'oubli.
Elle ne vit pas arriver la vague.



--------------


Le temps avait passé. Le nuage n'avait plus que quelques souvenirs brumeux de sa mère aux longs manteaux (qui elle, dans toute sa désolation, pleure toujours ses enfants partis trop tôt, à l'orée d'un bosquet clairsemé), et longeait tranquillement le cours d'une rivière.
Il ne vit pas arriver l'humaine, sa perception étant trop limitée par sa nature si vague. En revanche, elle l'avait repéré depuis des heures, et longeait à petits pas la berge, s'arrêtant de temps en temps pour percevoir l'étendue du nuageon, étrange silhouette prostrée, hésitante, fouillant la surface du cours d'eau de ses yeux vides de conscience.
Pourtant, son instinct fût alarmé par l'agitation soudaine des gouttes environnantes. Un corps étranger, n'appartenant pas à son monde, venait de bousculer ses compagnons. Cela arrivait parfois, qu'une de ses créatures vienne dans la rivière où y jette des objets, mais elles n'avaient jusqu'alors jamais été aussi... agressives. Le nuageon, apeuré, ressentait au plus profond de ses gouttelettes un engourdissement trompeur, sirupeux, qui distillait ses sens et l'affaiblissait. Que se passait-il ? La Mère Brume ne l'avait pas averti de tels dangers ! Pourtant, il gardait au fond de son cœur ce conseil qu'elle lui répétait sans cesse: "méfie-toi du sommeil."


La lutte s'engagea alors, entre l'humaine aux doigts gantés de poison, et l'enfant-nuage dissolu. Elle devait capturer chacune de ses gouttes pour l'avoir tout à elle, il devait absolument y échapper.
Il commença par plonger, et se fraya un chemin vers les profondeurs toutes relatives du ruisseau, là où stagnent ceux qui ont renoncé à l'espoir de sortir de ce monde, ou ceux qui, après des années et des siècles de voyage, goûtent au plaisir mérité du repos, dans ce milieu immobile et silencieux que rien ne perturbe.
À part, donc, cet enfant-nuage acharné à survivre, qui sans s'en rendre compte et dans sa nage folle, cherche à atteindre le plus bas et le plus obscur, à faire de ces êtres si vieux un rempart contre l'intrusion empoisonnée. Il se savait blessé et se sentait brouillon, bouillonnant, presque évaporé. Des parties de lui-même étaient enfermées dans un carcan lumineux, là haut, de l'autre coté du miroir, et il savait que c'en était fini pour elles.


Mais autour de lui se réveillent des êtres endormis depuis trop longtemps. Ils ont été tempêtes, pluies torrentielles, fleuves et cascades. Ils ont noyé de leurs flots infinis des milliers de vie, balloté centaines de branches, feuilles, bateaux et troncs d'arbres. Et par la faute d'un nuageon insolent, ils sortent de la torpeur punitive dans laquelle ils se complaisent depuis tant de temps. Furieux, ce fut un vieil ouragan qui lança la première charge. Forcément, il n'avait plus la férocité ni l'envergure d'antan. Nombre de ses gouttes étaient perdues à jamais, et c'est par grappes entières qu'elles restèrent coulées sur le fond du ruisseau. Mais il lui restait de la puissance, et surtout les souvenirs de ses rages immenses qui avaient secoué le monde dans sa jeunesse. Que pouvait un nuageon de quelques jours face à cela ?


Il ne vit pas arriver la vague. L'enfant-nuage fût projeté en l'air et étincela dans les rayons du soleil quelques instants, avant de retomber en masse sur l'humaine. La frappe brute du vieil ouragan avait bien sûr emporté avec elle de nombreuses autres gouttes, dont certaines appartenant à de vieux ennemis dormant cote à cote depuis longtemps. Les consciences se réveillèrent à leur tour, et commença une lente bataille, d'extérieur anodine, mais dévastatrice par l'énergie déployée à tuer.



--------------


Nilia fut rejetée sur la berge, déboussolée et tremblante. Jamais l'eau ne s'était rebellée ainsi auparavant, et elle ne savait comment gérer la crise. Son regard chercha le nuageon, qui avait aussi été pris dans la tourmente. Elle le vit, coagulé dans un coin de terre, petite flaque blessée recroquevillée contre un rocher.
Elle s'en approcha en rampant, épuisée. Il semblait clair que l'enfant-nuage avait été bien plus atteint qu'elle, et qu'il vivait ses derniers instants.
Miiih...
Elle le sentait, plus qu'elle ne l'entendait, souffler doucement tandis que ses gouttes séchaient une à une. Elle en profita pour enfermer les dernières parcelles du nuageon dans une petite fiole qu'elle tenait rangée dans la doublure de ses gants. Ainsi, il vivra plus longtemps, et peut-être même pourra-t-elle le guérir, une fois revenue au château.
Le château... Dans une violente contraction, elle régurgita une partie de l'eau du ruisseau qu'elle avait avalée (ou qui l'avait envahie, c'est selon). S'étouffant à moitié, elle laissa glisser la fiole dans l'herbe et roula jusqu'au ruisseau. Se rafraichir, absolument...
Ce fût la dernière erreur que fit Nilia. Les êtres de l'eau, toujours furieux et bagarreurs, laissèrent leurs querelles de côté pour assaillir de nouveau l'étrangère. Sans lui laisser la moindre chance, ils envahirent sa bouche, son nez, détruisant tout sur leur passage. Elle se convulsa plusieurs fois, tout en toussant et en tentant de cracher ce venin qui paralysait peu à peu son cerveau. Bientôt, elle ne put plus résister et, privée de l'air précieux qui la faisait vivre, elle s'évanouit et suffoqua définitivement.



--------------

Epilogue

C'est ainsi que la trouva Daniel, quand il arriva le lendemain sur les lieux du la lutte. Le ruisseau était redevenu un innocent cours d'eau, qui suivait paisiblement son chemin ancestral vers la vallée, indifférent au monde extérieur.
Le corps nu et sans vie de la jeune femme gisait là, sans grâce et déjà fourmillant de chaleur et d'insectes. Il détourna les yeux et vit les vêtements, le rocher, et dans un écrin d'herbe, la fiole. Elle brillait doucement de son contenu éthéré, et il la ramassa sans crainte.
Au moins, Luce aura son nuage.
Sans se retourner, Daniel repartit vers le bas des montagnes, où l'attendaient le palais, sa jeune soeur et ses espoirs de recevoir enfin ce cadeau bien particulier.



- Papa roi ! Daniel est revenu !
La princesse repartit aussi vite qu'elle était rentrée dans la salle du trône, où le monarque s'entretenait avec un conseiller. Il se leva et sortit à la suite de sa fille, et se retrouva dans la cour du château. Son fils venait d'entrer et se tenait à coté de sa soeur, montrant quelque chose au creux de ses mains, qu'il ne pouvait apercevoir.
Le roi s'approcha, curieux malgré tout de ces enchantements étranges. Sur la paume de Daniel reposait une fiole, très simple et étroite. Dedans brillait quelque chose de sirupeux, et le flacon semblait très froid au toucher.
- Alors alors ? Il est où le nuage ?
- Bah, là dedans, Luce. Tu le vois qui palpite doucement ?
- Quoi ? Fais le sortir, Daniel !
Le jeune homme ne répondit pas et mit dans la main de la petite fille la fiole.
- Iih c'est froid ! Je fais quoi ? Faut l'ouvrir ?
- Non... !
Trop tard. La fillette avait, enthousiaste, arraché le bouchon. La bouteille gela immédiatement, tandis que s'échappait une volute argentée, faible aura du nuageon mourant. Luce lâcha l'objet, surprise, et la fiole éclata au contact du pavé.
Miiih...
Un faible chuintement ponctua la fin du nuage, qui se dissipa et s'éteignit devant les yeux agrandis par l'étonnement et la peur de la fillette.
- Mais mais mais ? Il est passé où ?
Désorientée, elle regarda son grand frère qui, sombrement, contemplait le gâchis de cristal brisé et de perles de sang aqueux étalé sur le sol. En voici un qui n'aura pas vécu plus de dix jours.
- Il n'est plus là, Luce.
- Il s'est échappé ?
- ...
Daniel donna un coup de pied pour éparpiller les restes, qui n'étaient plus que verre terne et eau plate, et haussa les épaules.
- Oui. Il s'est échappé. Il ne fallait pas ouvrir la fiole, Luce.
- Oh...
Attristée, la fillette regarda les morceaux épars de verre. Puis elle haussa les épaules à son tour et repris, joyeuse:
- Bah ! Tu iras m'en chercher un autre !


Et quelque part dans les montagnes, une mère aux longs manteaux effilochés pleure chaque jour le départ de ses enfants d'eau, tout en donnant naissance chaque année à un rejeton supplémentaire, qui deviendra, au gré du vent et des courants, rosée matinale, cyclone éclatant, brouillard sur une cité... Ou jouet de magicien, de charmeuse ou d'enfant maladroit.

Qui, de toute façon, peut dire de quoi est faite la pluie ?


Dernière mise à jour par : Boten Eo le 21/01/09 20:31

--------------------
~ Grabataire de #PenOfChaos ~ Mon Blog de cuisine avec du panda rôti au menu, et des guests stars forumeuses ~
-
How can vegetarians possibly love the environment.. They keep eating all the plants
-
:D Exilée sur l'île des margouillats :D
-


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: [ 1 ]

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater