Schtroumpf du Chaos

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[PLC 2007] Monochromie : Blanche a été posté le : 27/12/07 18:15
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Voilà donc mon entrée pour le PLC de cette année. J’ai également adapté cette nouvelle sous forme de Visual Novel, que je recommande de visionner pour une meilleure immersion de l’histoire, téléchargeable ici :
Version PC
Version Mac
Version Linux
Pour démarrer le Visual Novel, il suffit de décompresser le fichier et exécuter Monochrome.exe pour la version PC. Une aide pour lancer l'application pour Mac et Linux ici et là.
La version logicielle de la nouvelle ajoute 2 autres fins additionnelles possibles pour cette nouvelle.
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Dernière mise à jour par : Adorya le 27/12/07 18:20
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 18:19
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Monochromie ~Blanche~
Elle se tient là, immobile, silencieuse. Elle est assise sur cette fabrique que l'on pourrait communément appeler un siège si l'on pouvait en distinguer les contours. C'est d'ailleurs le seul objet presque tangible qui l'entoure, car autour d'elle, il n'y a rien. Rien que quatre murs blancs l'encerclant dans un espace blanc. Blanc comme le sol et le ciel. Une couleur tellement transparente et opaque qu'un vertige pourrait saisir quiconque se retrouverait en ces lieux.
N'importe qui, sauf peut être, elle.
Elle est assise sur ce siège près d'un de ces murs à la couleur uniforme, un mur à l’ouverture strictement carrée, ancrée dans sa matière, s'ouvrant vers un extérieur aussi dénué d'existence que son intérieur, superposition d'une vue blanche sur un fond blanc.
Et elle regarde, à travers cette immensité, ce vide.
En face d'elle, ou plutôt devrait-on dire à son mur opposé, les traces d'une autre percée. La forme d'un rectangle debout, s'esquissant faiblement sur ce tableau vierge sans toutefois contenir de cavité.
L'espace qui la sépare de cette ouverture-ci semble s'étirer dans cet environnement neigeux, au loin, vers l'infini, mais son regard toujours tourné vers la fenêtre ne semble pas intéressé par cet autre passage.
Elle n'en a pas besoin, car sa présence ici entre en parfaite adéquation avec ce lieu. Ni le temps, ni l'espace n'ont d'emprise sur lui, comme sur elle. Elle ne possède pas d'envie ni de désir, elle ne respire pas, contrairement à ceux dont elle revêt la forme. Elle ne vit pas, et donc ne peut pas mourir.
Elle est là, tout simplement.
Sa robe, simple et longue, insensible au moindre mouvement, accompagne et renforce cette impression de stabilité.
Ses cheveux arrivant à la taille et son visage, pâles comme la craie, ne reflètent aucun trouble.
Seul sont regard semble animé d’une intensité incertaine. Une illusion sans doute, car c’est le seul éclat dans ce monde incolore : des yeux de saphir ornent ce visage de porcelaine.
Un bleu profond, un océan qui noie cette vision et la fait briller en un azur scintillant d’étoiles. Un bleu qui semble percer les horizons, traverser les frontières, toucher l’insaisissable paysage de mondes inconnus.
Pouvoir discerner à travers un simple sens hérité de sa propriété l’au-delà, le par-delà, fait partie de ses attributs. La distinction, l’évaluation et l’organisation de ses visions en sont d'autres. Chaque élément qu’elle collecte forme alors un tout en elle dont elle peut extraire les caractéristiques, si nécessaire.
C'est sa seule et unique mission. Sa première fonction.
Aucune perturbation n'est admissible.
L'équilibre dicté par la fonction impose l'obéissance absolue à cette règle.
Si un trouble, aussi infime soit-il, transparaît à la surface de sa vision, il doit être détecté, corrigé, reformaté.
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 18:23
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Elle est là, immobile, à percevoir les bouts du monde. Et là, de son siège à la forme chevrotante, quand bien même les disparités de ses découvertes ne la perturbe guère, ne s'intéressant pas à leur nature mais à leur classement, son regard en voyage en croise un autre. Un regard similaire au sien, reflétant les perles nacrées de ses iris au travers des siens...et une nouvelle perspective apparaît alors devant elle.
Une vue d'un monde lointain où règne une reine. Apparue de nulle part et établie en tant que tel. Nul ne sait quels sont ses desseins, comme nul ne sait d’où viennent son pouvoir et tous ses serviteurs. Les autres se sont mis à la vénérer comme une déesse, ceux qui ont fuis ne sont plus là pour témoigner de sa puissance. D'un seul geste de la main, elle peut élever des villes entières comme elle peut les détruire. D'un battement de cil, les éléments se déchaînent sur les hérétiques. D'une pensée, une existence disparaît. Elle règne sans partage sur d'immenses continents, du haut de sa demeure dans les nuages.
Elle se tient là, immobile, silencieuse. Autour d'elle sont disposés monts et merveilles, trésors enfouis avec leurs propriétaires, arts d'un temps figé entre quatre murs, à l’abri de toute manifestation de décrépitude. Elle se trouve là, brillant au dessus de tous, cause de leur réunion ici bas.
Elle se tient avec eux, accompagnant les armées durant les ages héroïques, sa voix ne se faisant entendre que sur les champs de bataille. Un chant de victoires et de conquêtes.
Elle ne sert aucune cause, elle se trouve aux cotés de ceux qui la méritent. De par son unique présence, elle enhardit les troupes et favorise l'issue d'une guerre, tel un porte bonheur.
Et c'est ainsi qu'elle se retrouve, relique des reliques, au milieu de toutes ces richesses accumulées, à leur sommet.
Elle est là, partout et ailleurs, une multitude et une seule. Pensée fugitive qui virevolte dans les airs, sur les terres et dans les mers, elle écoute les balbutiements d'un monde de sa forme éthérée. Elle ne fait juste qu'écouter, bercée par la douce mélodie que bredouille un monde encore naissant.
Elle est là lorsque la première rivière s’écoule sous les ponds de pierre.
Elle est là lorsque les premières neiges se déposent des plus hautes montagnes.
Elle est là depuis leur naissance, tous ces autres destins qui se déroulent sans jamais la voir.
Il arrive que parfois, ils la frôlent, la sentent, mais sans jamais pouvoir clairement l’identifier.
Qu’importe, puisqu’une partie d’elle est en eux, un rêve suffit à les relier, elle n’est jamais très loin.
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 18:28
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"Attention, vous entrez dans une zone protégée, indiquez votre destination:"
"Nom de code : Projet U***é"
"Veuillez indiquer votre point d'accès :"
"Base de donnée centrale du Projet"
"Entrez un nom d'utilisateur:"
"*****e"
"Entrez le mot secret:"
"C*********"
"Accès autorisé : indiquez l'objet de votre recherche:"
"***********..."
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 18:37
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Au bout de la pièce blanche, sur le dessin rectangulaire aux lignes horizontales plus courtes que les verticales, un léger grattement se fait sentir. Discret et régulier, il se propage le long de sa hauteur. Il se répète, tel un air fredonné :
"Déesse, déesse, que fais tu? Déesse, déesse, où vas tu?~"
Elle ne répond pas, ni ne semble avoir même remarqué la présence, toujours immobile, le regard toujours tourné vers l'extérieur.
"Déesse, déesse, que feras tu? Lorsque tu ne seras plus?~"
Toujours pas de réponse. Le chant s'affaiblit, pour ne devenir qu'un simple murmure, avant de laisser place au silence.
Elle reste impassible. La perturbation a été corrigée. L'espace est enfin reformaté en sa forme initiale.
Il n’y a rien de plus optimisé que l’équilibre, la stabilité. Il n’y a pas de fluctuation, pas de meilleur, pas de pire, juste un état stationnaire parfait.
Si seulement cette infime variation pouvait s’arrêter...
Contrairement aux autres, qui ne s’observent que de la fenêtre, elle est là, de l’autre coté, derrière ce tracé formé mais non terminé.
Contrairement aux autres, suppliant une faveur et un regard plus long pour soi, elle disparaît d’elle-même, elle n’insiste pas dans l’instant.
Contrairement aux autres, qui n’ont besoin que d’un regard pour retourner au néant, elle s’efface mais revient sans cesse.
Intriguant et inhabituel. Suffisamment intriguant pour effectuer une investigation approfondie afin de corriger cette perturbation.
Elle attend donc que cet étrange phénomène refasse surface. Elle attend et attend, encore et encore, mais le trouble ne réapparaît plus.
S'était-il résolu de lui même?
Elle s'apprête alors à retourner son regard vers sa veille habituelle, à revenir à son statut initial, lorsque le grattement familier se produit, faisant presque tressaillir ces sphères cristallines qui se tournent maintenant vers leur nouveau centre d'intérêt.
Ce n'est plus cette fois un chant qui s'élève mais une voix claire et lente, pesant chacun de ses mots.
"Quel...est...ton...nom?"
Toujours fidèle dans sa méthodologie d'étude, elle ne répond pas.
"Je...vois..."
Un long silence sépare les deux entités. Bien que la manifestation semble agir différemment des autres fois, elle sait que sa nature est la même.
"Je peux voir un océan de vie s'agiter autour de toi..."
"...mais de quel coté est-il de toi? Est-ce de ton coté de l’espace ou de l’autre ?"
"Regarde, et tu pourras me répondre."
Et la voix se tut.
Cette voix ne lui faisait pas de requête ni de louange, elle ne faisait que lui poser une question sur rien, sur aucun sujet ou thème défini, sans qu'aucune intention ne puisse transparaître de cette interrogation. De ce fait, elle semblait inclassable. Il fallait donc poursuivre le dialogue afin qu'elle en sache plus.
A partir de cet instant, la voix l'interpella régulièrement, et c'est ainsi qu'elle commença à répertorier tous ces dires.
"Pourquoi le vent est-il si fort près de cette mer?"
"Plus la tête s'élève, plus elle se lève vers cet ève."
"Je veux goûter à ce fruit, mais il n'est pas encore assez mûr."
Ils semblaient n'avoir aucun sens, mais finissaient toujours par cette conclusion "Répond moi lorsque tu auras vu.".
Ses yeux étaient maintenant constamment tourné vers le mur d'en face.
Puis, un jour, la voix arrêta de l'interpeller et ne s'éleva plus, comme à son habitude. Elle eut beau l'attendre, la voix s'était complètement tue. Elle stocka alors les données dans une section intitulée "inconnu" et reprit sa posture habituelle.
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 18:42
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Elle se tient là, immobile, silencieuse. Elle est assise au sommet de cet amoncellement d'or et d'ivoire. Autour d'elle, il n'y a rien que quatre murs et deux ouvertures opposées. Elle est assise du coté de la fenêtre.
Une ombre passe, lentement, à travers le passage carré, et s'invite dans la pièce, la traverse. Elle la recouvre furtivement, glisse comme une goutte d'huile jetée dans l'eau.
Une pluie imaginaire déverse ses épines au dehors, les écrase avec fracas sur le rebord de la fenêtre en une cacophonie qui n’existe pas. Les éclaboussures qui scintillent et crépitent sur elle se dissolvent aussi rapidement qu’elles tombent sur ses pans de voile.
L’ombre s'en va, laissant les rayons lumineux d'un soleil invisible percer les surfaces glacées.
Le sol, inondé de cette soudaine clarté, se réchauffe peu à peu. D'improbables traces de fumée apparaissent, puis s'envolent, emportée par un improbable courant d'air se frayant un chemin parmi les fins fils de ses cheveux, qui se mettent à onduler.
Et elle se tient toujours là, immobile, silencieuse.
Le sol brûle d’un feu indolore, reflet de millions de feuilles incandescentes qui volent du ciel à la terre en un fatidique ballet, guidées par le vent. Ce dernier joue sur ses cheveux, projetant une mer ondulée sur le mur d’à coté.
L’incendie flamboyante finit par s’affaiblir et s’efface à son tour, ne laissant que quelques étincelles englouties dans un néant de charbon.
La clarté du jour n'est plus.
L'éclat dans ses pupilles non plus.
Seul les faibles réflexions d'une lune virtuelle dissipent la noirceur des lieux.
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 18:45
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Elle se tient là, immobile, silencieuse, mais l'équilibre est rompu.
Elle ne regarde plus par delà.
Un autre regard la croise, fantomatique, inquisiteur, transperçant jusqu'au plus profond de son existence.
Une nouvelle perspective apparaît alors devant elle.
Un monde où une main se lève, frêle mais soutenue par d'autres, et, malgré le destin, les désastres et la colère divine s'élève jusque là haut et défie la plus haute autorité. Une main similaire à la sienne, mais armée d'une volonté inébranlable et d'un courage inexplicable. Une main humaine qui alors frappe, faisant trembler les fondations d'un palais céleste et balayant les fausses déités qui dictaient leurs lois sur les hommes. Le pouvoir au sommet s'effondre.
La reine n'est plus reine.
Elle est là, silencieuse. Elle erre parmi les trésors d'une ère sanglante, aspirant à la paix mais toujours rappelée. Ceux qui se trouvent à ses cotés se déchirent pour avoir ses faveurs. Les troupes qui l'accompagnent perdent la raison et leur chemin, ne sont plus habités par le courage mais par la folie furieuse. Toujours plus loin, encore et encore, jusqu'à ce que leurs corps se consument, dépouillés de tout héroïsme. Il ne reste alors plus qu'elle, vestige d'un temps autrefois béni et maintenant corrompu, scellée dans une éternité et pour une éternité... jusqu'à ce que le cycle recommence et que le destin la réveille entre les mains d'un autre.
Les braves ne sont plus.
Elle n'est plus la multitude, l'omniscience, le songe à l'émerveillement perpétuel.
"F-, faut-il aller aussi loin?"
"Je n'ai pas le choix, A-. Les machines ne peuvent pas être réparées indéfiniment. Tôt ou tard, il aurait fallu trouver un moyen pour les remplacer. Et j'ai trouvé le substitut idéal."
"Mais, F-, ce n'est pas une machine..."
Il l'a invité, lui, l’un des seuls qui ont pu reconnaître sa véritable existence, l'a emmené dans cette enveloppe de chair glacée et lui a donné cette mission.
"Sa capacité à mémoriser et retranscrire surpasse de loin tout ce que nous utilisions. Et ne parlons pas de sa durée de vie...Je suis fier de moi! Et toi aussi, A-, tu m'as été d'un grand secours..."
"Je suis désolée, j’aurai voulu mieux te connaître dans de meilleures circonstances. J'espère que tu apprécieras ta nouvelle existence, C-..."
"Sois fière de toi, C-, car tu fais partie de ces nouvelles vies qui seront d'une plus haute importance ici bas..."
Elle est devenue unique.
Et, lorsque qu'ils ne furent plus, elle resta seule.
Seule et unique.
Elle n'est plus déesse.
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 18:49
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Elle se tient là, immobile, silencieuse. Comme d'habitude. Comme toujours.
Malgré le temps qui passe, malgré le monde qui change, elle ne bouge pas, elle reste toujours la même, entre ces quatre murs, à regarder d'autres vies.
Jusqu'à ce qu'un jour, un grattement familier s'entend d'en face, qui ne l'avait pas été depuis une éternité, qui n'a toujours pas changé, qui n'a jamais changé.
"Toi. Maintenant. Peux tu me répondre? De quel coté est l'océan?"
Et, pour la première fois, sans détourner son regard, elle ouvrit sensiblement la bouche et un son presque inaudible s'échappa de cette cavité de chair, faisant vibrer l'air et répondant à une requête pour la première fois:
"De l’autre coté."
"Alors, si c’est le cas, peux tu m’indiquer le chemin?"
Une silhouette avait pris forme devant la porte, origine de la voix. C'était une jeune fille aux longs cheveux noirs ramenés en arrière par un cerceau au front, à la chemise blanche et à la jupe bleue. Elle souriait.
"Tu te souviens encore de moi? Non? Tant pis, Ce n'est pas grave. Je fais partie de ceux qui t'ont accompagnée..."
La jeune fille s'avança nonchalamment vers elle, et jeta un coup d'oeil par la fenêtre.
"Tu as raison, on peut voir la mer de ce coté là. Tu ne m'as jamais montré ce rivage auparavant. Je voudrais voir beaucoup plus à partir d'ici. Toi qui connais tous ces horizons, peux tu me les montrer?"
"Le taux de survie de ceux qui m'ont portée est de 0,1% soit quasi nul." Se contenta-t-elle de répondre.
Elle était déçue. Son interlocutrice ne faisait finalement partie que de ceux qui étaient de l’autre coté, à toujours lui supplier vainement une grâce.
"Si peu que cela? Pourtant, je suis bien là, devant toi. Suis-je une morte vivante, un fantôme ou alors un esprit? Peut être que oui, peut être que non, mais je suis bien là, à te parler."
"Mon rôle est de rester ici à observer."
Cette présence étrangère ne partait pas, malgré la pensée assassine ni le regard de mort. Malgré toute les recherches qu’elle pouvait faire dans sa mémoire infaillible, aucune ne pouvait lui donner des explications valides. Elle ne pouvait qu’assister, impuissante. Seule une impression de déjà vu, pourtant infondée, injustifiable et malgré tout présente en elle lui revenait.
"Observer, regarder en retrait sans avoir à s'exposer, c'est bien, mais je trouve que participer c'est tellement mieux. Et puis ce serait de nouvelles données intéressantes à cataloguer, tu ne trouves pas?"
Elle se mit à réfléchir. Elle n'avait jamais envisagé cet aspect de sa mission sous cet angle. Peut être que cela lui pourrait être bénéfique et élargirait son champ de vision...?
Elle se reprit toutefois sur l'instant. Depuis quand se mettait-elle à penser de la sorte? Sur la manière d'opérer et non sur l'exécution même de sa mission? Le fait même d'y penser trahissait déjà une anomalie à son comportement.
Elle n’avait jamais effectué l’inventaire de ses propres actes, ni une étude plus fouillée de son entourage.
Elle n’avait pas d’information sur eux, ni même leur nom.
Seul comptait ce qui était "au-delà". Maintenant, les remparts qui l’entouraient ne semblaient pas si "purs" que cela...
Elle n’eut pas le temps de se pencher davantage sur la question.
"Ton rôle a cessé lorsqu’ils ne furent plus. Tu étais leurs yeux et leur mémoire, mais maintenant tu n’as plus personne à qui reporter."
Cette autre parole manqua de faire trembler sa posture immobile.
"Mon rôle est de rester ici à observer." Continua-t-elle de répéter. Son timbre de voix et ses yeux détournés était imperceptiblement hésitant.
La jeune fille déplaça doucement la main devant son visage qui ne réagit pas.
"Je ne peux pas te rendre ta forme initiale, mais, si tu le veux, je serais tes yeux pour accéder à ce monde qui ici t’es inaccessible."
"Je..." Commença-t-elle à protester faiblement.
"Merci. Merci de l’avoir dit. Tu n’es plus une machine à présent."
Une main, ferme, confiante, et douce prit la sienne. La jeune fille l'aida à se lever pour la première fois, et pour la première fois elle quitta son fauteuil d'ossements qui s’affaissa progressivement, s’éparpillant sans bruit. Elle pouvait sentir une haleine teintée de menthe, sa peau délicate émanait une fraîcheur d'orange et une chaleur typiquement humaine.
C’était donc cela, la vie ? C’est donc cela, vivre ? Douter, penser, ressentir, réagir...
Elle n’avait pas expérimenté cela lors de ce temps là, lorsqu’on l’avait fait rentrer dans ce corps. Elle n’avait reçues que des données théoriques et basiques à ce sujet. Explorer ces nouvelles voies dégagées les sens et le soi ne lui paraissait plus inutile, voire même...agréable ?
Elle ne cilla plus. Elle se tenait maintenant debout, et la jeune fille pouvait maintenant mesurer la grandeur de l’ancienne reine qui la dépassait presque d’une demi taille. Majestueuse et grâce, elle se tourna un instant vers la fenêtre, puis vers celle qui l’avait réveillée. Ses yeux étaient maintenant opaques, il n’y avait plus de flamme mais un vide bleu, vide qui ne demandait qu’à être comblé.
"Tout ceci est nouveau pour moi. Je connais le chemin mais je n’ai pas de guide. Guide moi."
"Je serais ton guide...avec plaisir !" Répondit, pleine de fierté, la jeune fille, qui lui prit alors le bras.
Toutes deux enjambèrent la fenêtre.
Et, alors que leurs ombres ne s’éloignent au loin de cette place carrée, un murmure se fit entendre, la première requête d’un être qui n’avait cessé d’écouter mais jamais parlé :
"Quel est le nom de ma nouvelle vision ?"
"Je te l’ai dit lorsque je t’ai abordé pour la première fois, et tu le connais depuis que tu es là. Je m’appelle Seesea. Et toi ?"
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 18:57
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Une poupée de glace, auquel on a attaché toute la connaissance du monde.
Je la regarde depuis une éternité à travers un miroir de sang.
Je suis morte des milliers de fois à travers ses yeux,
Et pourtant à chaque renaissance, je ne peux m’empêcher de la regarder.
Je voudrais la toucher, mais cela mettrait fin à mon immortalité.
Montre moi des mondes où règne la grandeur,
Des mondes pour s’émerveiller et pleurer,
Loin de cette caqe dorée.
Etourdis moi.
De ton chant, ton phrasé,
Guide moi au-delà de cette place enneigée,
Où la solitude est ma seule soeur.
Attend moi.
Qu’importe la douleur, le chagrin,
Qu’importe les déceptions, les trahisons,
Ce temps qui m’est limité
J’avance
D’un acte, un seul, je peux enfin,
Balayer toutes ces lamentations
Sans me retourner
Avec elle
Voilà, je l’ai touchée.
Ce qui me reste d’âme est à la fois au paradis et en enfer,
Je l’ai libérée et ma sentence est tombée.
Retournera-t-elle lorsque je ne serais plus ?
Si oui, le plus loin possible, perdons nous...
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] Monochromie : Blanche' a été posté le : 27/12/07 19:06
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Un monde blanc. Quatre murs blancs. Une fenêtre d'un coté, une porte de l'autre. La porte est à peine perceptible tout au fond de la salle. La fenêtre laisse entrevoir des paysages et des vies qui défilent sans fin.
La porte est fermée. La fenêtre est ouverte.
La pièce est vide.
Fin, une parmi d’autres.
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