Modérateur de la repousse des poils

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Norman Spinrad a été posté le : 20/11/07 20:25
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Dingue ça.
Avec autant de fans avérés sur ce forum, un des auteurs le plus vénéré en ce lieu n’avait pas de sujet dédié.
Pourtant, Norman Spinrad mérite tout l’éclairage que nous pouvons lui apporter.
Ses préocupations sociales, écologiques, politiques, l’inscrivent à fond dans la démarche de speculative fiction des années 70, chère à Harlan Ellison. C’est le pendant américain de John Brunner, finalement, avec cet avantage certain de ne pas être mort, même pas littérairement parlant.
Son amour de son pays l’a conduit à préférer s’établir en France, plus précisément sur l’Ile Saint Denis (Rhaa, l’enfoiré) car, s’il aime son pays, sa façon d’appréhender ce qu’il est devenu, et devient encore, lui rend la vie peu agréable là bas, taxé d’antiaméricain et tout le bataclan habituel des anti contestation.
Revenons à son œuvre.
Après un premier bouquin tout pourri (Les solariens, je vous fait grace d’une critique assassine) et un deuxième sous acide (Ces hommes dans la jungle, alias Le chaos Final, j’y reviendrais, il est très bien celui là), il se fait connaître avec Jack Baron et l’éternité (titre un peu pourri, l’anglais, Bug Jack Baron est bien mieux).
Ce bouquin est tout simplement génial (bon, j’avoue ma fanitude, OK) et, pour le respect de l’équité, je laisse sa critique à Jormugaund, amateur aussi, mais sans doute plus objectif que moi. Je peux tout de même en dire que la plupart des thèmes chers à l’auteur sont déjà présents. Et si Jormugaund se défile, je vous l’écrirai, cette critique. Précisons que le prix Hugo qu’il reçu pour ce livre n’était pas du tout immérité.
Passons, et attaquons d’autres livres de notre cher auteur :
L’enfant de la Fortune, quète initiatique et réflexion sur l’éducation, qui serait autrement mieux racontée que moi par son plus grand fan, Théodoric.
Assez chargé mes petits camarades du fan club, je me lance, avec Rêve de Fer. J’avais déjà écrit quelques lignes dessus, mais je recommence.
Ce petit livre à une caractéristique étonnante : une fois ouvert, le titre et l’auteur ont changé, désormais on lit Le seigneur du Svastika, meilleur livre qu’ai écrit Adolf Hitler (d’ailleurs il a reçu le Hugo pour ça).
En effet, en 1923, Adolf Hitler a émigré aux Etats Unis, où il est devenu un grand auteur de SF, au même titre que Van Vogt ou Ron Hubbard.
Ses visions de l’homme pur libérateur de la planète souillée par les mutants issus des radiations de la guerre précédente, guerre provoqué par des mutants naturels, des vampires qui sucent les forces vives de la planète, n’est, étrangement, pas sans rappeler la parcours du parti nazi de 1933 à 1945, en supposant une victoire finale nazie. Cette petite merveille est la parodie de la production SF américaine moyenne du moment, si appréciée de lecteurs dont aucun n’aurait accepté d’être taxé de néonazi.
Très réjouissant, mais pensez à cacher la couverture pour lire dans le métro, le biker avec un casque allemand surmonté d’une croix gammé qui y figure sur mon édition (un vieux pocket) entraine des regards de travers, on se demande bien pouquoi.
J’ai également adoré Le Printemps Russe, écrit en 1989/1990, qui décrit le repli américain sur ses valeurs militariste, la grandeur de l’Union Soviétique post perestroika et son intégration à l’Union Européenne. En 1999, après l’arrivée de Poutine au pouvoir, puis de W Bush, ça faisait journal d’actualité. Encore 8 ans plus tard, ça reste très actuel.
Magistral.
Dernière critique de ce sujet avant de prendre une pause, La grande gueère des Bleus et des Roses.
Space opéra qui décrit la guerre des sexes dans les étoiles et plus particulièrement sur une planète qui va jouer les uns contre les autres pour tirer son épingle du jeu, et, peut-être changer la face du conflit.
Dernier point avant de prendre congé, détail qui mérite d’être signalé, Spinrad écrit très bien ses scènes de fesses nichons, c’est toujours sympathique.
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Dernière mise à jour par : Lutinou le 20/11/07 22:26
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Chaos Legions

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Réponse au Sujet 'Norman Spinrad' a été posté le : 20/11/07 20:46
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Rêve de fer, cela fait plusieurs fois que je manque de peu de le lire. D'abord parce que pendant longtemps j'ai cru que c'était un livre de ce vieux tartuffe de Silverberg (étant donné que Spinrad et Silverberg cela se prononce un peu pareil), ensuite parce que je n'avais pas envie de le lire en français et finalement parce qu'ici il est introuvable.
C'est dommage ! J'ai lu le résumé sur Wikipedia et je pense que cela me plairait au premier degré.
Par contre le reste me semble plutôt ennuyeux.
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Dernière mise à jour par : JWRK le 20/11/07 21:13
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Nowhere Man

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Réponse au Sujet 'Norman Spinrad' a été posté le : 20/11/07 22:10
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Greg, je pense que tu as oublié de fermer une balise.
Pour ma part, je n'ai pour l'instant lu que "Rêve de fer" et "En direct". Pour ce qui est de "Rêve de fer", j'ai adoré le début et j'ai bien aimé la fin. En revanche, entre les deux... Feric qui casse du mutant, Feric qui accroît la puissance de Heldon, Feric qui casse encore du mutant, Feric qui accroît davantage la puissance de Heldon... A la longue, j'éprouve comme qui dirait un sentiment de lassitude...
Mais bon, même si ce n'est pas un chef-d'oeuvre, ça reste néanmoins un ouvrage indéniablement intéressant.
"En direct" m'a plus enthousiasmé. C'est l'histoire d'une chaîne de télévision qui est prise en otage par les Brigades Vertes, un groupuscule prêt à toutes les extrémités pour que le gouvernement prenne des mesures pour protéger l'environnement. Mais les otages ne perdent pas de vue le bon coté des choses : ils ont l'exclusivité totale sur l'évènement, l'audimat atteint des records sans précédent et donc, tant que les écoterroristes ne font pas sauter l'immeuble et que l'armée ne donne pas l'assaut, tout va bien.
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Primus inter paresse

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Réponse au Sujet 'Norman Spinrad' a été posté le : 22/11/07 15:39
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L'un de mes ouvrages préférés de Spinrad, c'est Rock Machine.
C'est un bouquin d'une richesse foisonnante. Sur fond de lutte entre un rock encore contestataire et des puissances financières qui voudraient un rock plus "formaté", on voir une société décadente, sectorisée, compartimentée, grégaire, paumée, où les personnages sont plus soucieuses de leurs visées propres que de défenses de principes idéologiques... mais finalement, les modèles éclatent et la fin n'est pas celle qu'on pensait.
C'est toute la force de Spinrad, à mon avis : la puissance imaginative, qui lui permet de dépeindre une société qui n'est que le prolongement de la notre avec ses travers à peine exagérés, des héros qui n'en sont pas et qui ne défendent pas de "cause" même s'ils sont effroyablement critiques sur le système, et finalement, des croisements d'intérêts individuels souvent irrévérencieux et rebelles, qui lèvent des verrous et font évoluer la société vers un meilleur temporaire et précaire... Les idéaux ont leur place, mais comme relais : ce sont comme des balises dont on se sert, et qu'on dépasse rapidement...
C'est passionnant, c'est peu manichéen, c'est résolument anti iconformiste... une sorte de révolution permanente pragmatique, en quelque sorte, qui, nécessairement, échoue chaque fois d'un point de vue collectif (c'est à dire limite au mieux la casse temporairement), mais permet à certains de tirer leur billes individuellement. C'est un hymne à la créativité, à l'indépendance d'esprit... c'est peut-être individualiste, mais c'est prodigieusement stimulant.
L'enfant de la fortune est du même tonneau. On est là dans un space opera et un roman initiatique. On accompagne une fille qui fait son Wanderjahr, son "année de voyage", selon un rituel de passage à l'âge adulte. Manque de chance pour elle, ses parents, bien que fortunés, vont jouer le jeu de cette coutume avant qu'elle ne se soit dévoyée avec le temps : pas un voyage tout frais payés dans les plus beaux hôtels des plus belle planètes, mais un périple à inventer soi-même et à financer par ses propres moyens.
Là, notre héroïne va expérimenter. Beaucoup de choses. L'amour, la drogue, les rapports de pouvoir dans le groupe, la dé********, le cynisme de grandes puissances économiques, le sexe, l'arrogance des uns, la naïveté qu'on perd, les légendes vivantes et leurs déchéances, et la façon de les faire finalement revivre...
Comme dans tout bon roman initiatique qui se respecte, elle aura finalement découvert l'essentiel : elle-même. Et incidemment, sa place dans la société.
J'adore ce space-op' glauque, sans héroïsme suranné du genre "sauver la planète", avec des personnages humains, faillibles, prenant des risques réels, ne gagnant pas toujours, tombant parfois de haut, mais, toujours, se construisant, apprenant à composer avec leurs frustrations, et en tirant, finalement, le meilleur parti.
Ce sont presque de constantes chez Spinrad, ou du moins dans ses meilleurs oeuvres. On les retrouve aussi dans les Miroirs de l'Esprit ou dans Bleu Comme une Orange... dont je laisse à d'autres le commentaire...
-------------------- Jeune depuis plus longtemps que vous !

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Restons fer-plaie !
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Réponse au Sujet 'Norman Spinrad' a été posté le : 01/12/09 16:55
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Bon, je viens d'échouer misérablement dans ma tentative de passer au travers de Rêve de fer. Pourtant, j'exultais de l'avoir enfin trouvé à un prix raisonnable, avec la fameuse illustration qu'on ne peut pas exhiber dans le métro. Lorsque je l'ai découvert, tout tristounet dans sa librairie d'occasion, cachée sous une pile de trucs anodins, je me suis senti en harmonie avec le cosmos, je voyais là un signe manifeste du destin, quelque chose comme ça.
Et puis en fait, eurk.
J'avais beaucoup entendu parler de rêve de fer, toujours en bien, toujours pour souligner la puissance de la satire, le coup de génie de l'auteur, la claque dans la gueule d'une génération de lecteurs complaisants. Je connaissais donc, grosso modo, la façon dont fonctionnait l'ouvrage et je trouvais ça bel et bon, en complet accord avec ce que j'aime qu'on fasse avec un texte.
Le concept est intéressant, cela je le pense encore. Mais la forme. Hum.
D'un côté je suis admiration, parce que Spinrad pousse son concept à fond. Mais d'un autre côté, c'est quand même super nul. Oui mais c'est fait exprès ! Oui mais ça reste nul.
Donc bon, j'ai lu l'intro, la postface et voilà, je me suis épargné l'oeuvre fictive, parce que je n'ai pas que ça à foutre non plus (j'ai Combray à visiter, c'est plus vendeur auprès de mes relations mondaines). La liste des bouquins écrits par Hitler m'amuse beaucoup. C'est une réussite dans la mesure où cela "sonne" science-fiction tout en créant un malaise du fait de la personnalité de l'auteur.
La postface est amusante d'ailleurs, ça sent un peu le règlement de compte avec la critique universitaire qui voit des bites partout.
Je n'arrive pas du tout à saisir, en fait, ce que parodie Rêve de fer. Je sais que c'est censé renvoyer à une certaine littérature de SF fascinée par le totalitarisme, mais aussi peu subtile, quand même, je n'en ai jamais lu. Pourtant, Perry Rhodan, par exemple, ça a des relents un peu nauséabonds, mais c'est toujours nimbé de bon sentiments très politiquement corrects. Dans Rêve de fer, le héros est clairement un fanatique timbré, niveau séduction du lectorat c'est pas trop ça.
Évidemment, le temps fait peut-être en sorte que les bouquins que parodiait Spinrad ne se sont pas rendus jusqu'à mes petites mimines. Pourtant, le livre n'est pas si vieux.
La page wikipédia de Rêve de fer m'apprend que ce livre se veut une parodie du genre space-opera. Outre qu'à mon avis, ce n'est pas du tout le genre visé (j'aurais plutôt vu post-apocalyptique, j'incline à penser que cette page se vautre lamentablement), je n'ai jamais lu de space-opera aussi grossier idéologiquement parlant.
Donc bon, je suis passé à côté de ce livre, ou alors c'est le livre qui est passé à côté de moi, je ne sais pas trop.
(S'il y a des passages du Seigneur du Svatiska qui sont intéressants, je veux bien qu'on me les indique)
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Dernière mise à jour par : Jormugaund le 01/12/09 17:00
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Réponse au Sujet 'Norman Spinrad' a été posté le : 13/10/10 11:40
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Lu dans le train dimanche dernier.
Dans un futur proche, les fondamentalistes musulmans se sont imposés au Pakistan et en Arabie Saoudite, mis la main sur un arsenal nucléaire qui fait réfléchir l'Occident, et fondé un Califat qui a petit à petit unifié le monde arabe. Etats-Unis et Califat se livrent une guerre froide, tout en maintenant des relations commerciales, pour se procurer du pétrole pour le premier, des céréales pour le second.
C'est dans ce monde que naît le nouvel Oussama, narrateur du présent roman. Celui-ci se découpe en trois parties : la première le voit venir en France en tant qu'agent du Califat, la deuxième traite de son pélerinage à la Mecque et à son enrôlement dans le Djihad au Nigéria, et la troisième conclut sur son rôle dans la confrontation entre les Etats-Unis et le Califat, qui finit par se produire. Trois incarnations : celle d'un espion qui doit se forcer à pêcher pour conforter sa couverture de play-boy débauché, celle d'un moudjahidinn qui lutte contre une rebellion soutenue par les Etats-Unis, et enfin celle d'un homme désabusé pour qui seule compte la lutte contre le Grand Satan.
Spinrad tire sur les fondamentalistes qui sont prêts même à détruire leur propre civilisation au nom de la guerre sainte, sur le Califat qui se sert du djihad pour servir sa politique, mais aussi sur les Etats-Unis et la France. Le livre est aussi l'occasion d'observer le monde islamique sous ses diverses facettes, à travers les innombrables rencontres de frères musulmans venus des quatre coins du monde (il y aura même un musulman des Etats-Unis).
En bref : un roman aussi gouleyant qu'effrayant (ben oui : les descriptions d'actes de terrorisme et de guerres pour le pétrole ne sont pas ce qu'il y a de mieux pour rassurer)
Pour les anglophones, Spinrad a mis le début en libre accès. C'est ici que ça se passe.
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