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Succubae

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Membre Chaos Elite Troops   [PLC 2007] Obj #09-AB6 a été posté le : 31/10/07 21:51
Voilà la nouvelle du PLC 2007; j'ai beaucoup aimé les critiques, d'autant plus que certains mots comme "naïf" ou "perplexe" sont tout à fait les buts que je cherchais à atteindre. En revanche, je ne connais pas les auteurs que les membres du jury citent dans leurs remarques, mais je suppose que ça doit faire sens pour la plupart des lecteurs avec une culture SF/ fantasy, que je n'ai pas du tout, j'avoue.

Sinon, c'est quoi la référence explicite à la petite Sirène ? J'ai lu ça et euh, je ne la repère pas moi-même; à moins que ça ne soit quand elle part toute seule ? A ce moment là, c'est une référence aux souliers rouges, un autre conte d'Andersen, effectivement.

Ah, oui, la note de la linguiste: tous les mots que je cite en pas français sont en fait en perse ou de l'indonésien. J'ai fait des recherches (qui essayent d'être exactes) pour le nom Kala, etc.


Evidemment, je n'ai apporté aucune correction au texte que j'ai envoyé au PLC, sinon ça ne serait pas du jeu !


Note à lire à la fin, sinon on comprend pas tout tout ce que je raconte:
Même qu'au début, l'histoire devait se passer en Allemagne, mais en faisant des recherches sur les facs d'archéologie, j'ai vu que Cambridge était en gros la meilleure au monde (dixit le site officiel :D) donc j'ai transposé le truc. J'ai aussi très peu changé les noms des personnages. Sievert est le nom d'une vraie personne que je connais; Balthazar est inspiré par Gabriele d'Annunzio. Le personnage de Johann est calqué au moins sur l'apparence et la façon d'être sur un type qui était à la fac avec moi.

Note sur la fin de la nouvelle (à lire encore plus à la fin que le reste):
Sinon, j'aimais beaucoup le principe de la fin ouverte ou chacun peut trouver ce qu'il veut dans la conclusion de la nouvelle. C'est la raison pour laquelle rien n'est explicité clairement et que la fin est sybilline (pour le moins). Mon interprétation personnelle est la suivante: si la statue est si détestée, c'est parce que, pour incarner un hemzâd, il faut débarrasser le corps d'une personne avec laquelle on a des liens de son âme... Du coup, exit Pr. Marconi en tant que telle...


1.
Le jeune homme considéra la statue qu’il avait en face de lui. Enfin, plutôt la gangue de terre agglutinée autour de ce que le professeur avait décrété être une statue, avec sa condescendance naturelle. « Rha, vraiment, ce Sievert, il aurait pu me laisser des choses plus simples à faire pour mes premières recherches, tout de même », se dit-il.
Il venait à peine d’être intégré à l’équipe de recherche (si tant est qu’« intégré » fût le mot correct), et n’avait proposé son concours qu’à cause de ce que son ancien directeur de thèse lui avait dit : « Soyez modeste, Johann et faites-vous accepter. Qui sait, vous découvrirez également des choses, en restant avec le professeur Sievert ? ».
Il avait toujours eu très peu confiance en lui, avait évolué à l’université de Cambridge sans jamais se faire un seul ami. Il aimait la solitude et le travail. Évidemment, un tel caractère ne lui avait apporté aucune sympathie de la part de l’équipe des chercheurs, professeurs comme collègues. Malgré sa réserve presque maladive, il était doté d’une mémoire fantastique et surtout, d’une capacité de travail presque pathologique. Ces qualités-là, fussent-elles dures à repérer de prime abord, lui avaient accordé une crédibilité hors du commun parmi ses camarades. Il était évité, dans les couloirs ; il savait qu’il était la cible de ragots et de rumeurs, mais il n’en avait cure. Il savait qu’il était presque craint, ou méprisé pour ses résultats qui avaient toujours été exceptionnels, autant que pour le fait que, dès qu’il était forcé à prendre la parole, il bafouillait toujours au début, soulignant ainsi l’extrême rareté de ses productions orales.
En réalité, l’aversion prononcée des autres étudiants envers Johann était due au fait qu’ils pressentaient qu’il n’était pas « accompagné ». En effet, chacun venant au monde avec son hemzâd, sorte d’ange gardien éthéré venant au monde avec celui qu’il protège et uniquement visible à celui auquel il est lié, et fréquenter un « sans-âme », comme ils disaient, portait malheur. Cependant, Johann n’avait rien fait pour démentir la rumeur qui enflait dans les couloirs de la faculté. Les autres et leurs compagnons bruyants, voire vulgaires, le laissaient de marbre. Toute personne était capable, s’elle le désirait, de discuter avec son esprit personnel, et, lors des conversations enflammées, l’hemzâd était capable de prendre momentanément le contrôle du corps de son « jumeau » et de s’exprimer par sa bouche, rendant ainsi la conversation plus facile à suivre pour les autres.
Très rares étaient ceux que l’on n’avait jamais aperçu en train de parler à voix basse, souriants ou en colère, à un espace vide. Il y avait également des cas célèbres de gens qui étaient nés sans protecteurs, ou qui les perdaient au milieu de leur vie. Ceux-ci vivaient des existences misérables, comme le grand poète Balthazar, qui avait été retrouvé mort, à son bureau, sa lettre d’adieu connue sous le nom de « Car la muse n’est plus » encore dans main. Elle avait été rédigée comme un poème dont le célèbre premier quatrain était dans toutes les têtes :
Ah ! Que ne suis-je un oiseau d’émeraude pâle
Un naïf, gai messager des aurores boréales
Car la muse n’est plus, ma jumelle astrale
M’a quitté sans un mot, portant le coup fatal…

L’ hemzâd de Johann avait une particularité : Kala ne se manifestait que la nuit. Dès qu’il fermait les yeux, dans son lit, elle lui apparaissait. Ils parlaient de tout et de rien, de son travail, de ses professeurs… Elle l’avait aidé à régler certains problèmes de sa thèse, elle lui avait soufflé des idées pour ses articles. Elle venait toujours à lui avec un grand cahier, dans lequel elle consignait avec soin tout ce à quoi elle accordait de l’importance, dans leurs discussions. D’un revers de main, elle pouvait changer entièrement le décor de leur « rêve », et emmener le jeune homme se promener avec elle dans des paysages idylliques, où ils parlaient encore et encore, jusqu’au matin. Même s’ils étaient dans un rêve, le corps de Kala était éthéré, et ils ne pouvaient se toucher, mais elle essayait de se tenir le plus près de lui, posant sa tête près du genou du jeune homme quand il lui racontait ses journées.
Elle était assez jolie, ses yeux un peu myopes louchaient un peu quand elle le regardait fixement. Il adorait ses cheveux, noirs et ondulés qui bougeaient au rythme de son rire. Avec elle, il se sentait galvanisé, et elle le quittait toujours en lui soufflant un baiser. Il allait ensuite travailler dès que possible, l’énergie instillée par Kala lui donnant du courage pour continuer.


Dernière mise à jour par : Succubae le 31/10/07 21:55

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Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet '[PLC 2007] Obj #09-AB6' a été posté le : 31/10/07 21:51
2.
Ah, quand il rentrerait chez lui, ce soir, il aurait des choses à lui raconter ! Cette statue l’intriguait. Il était certain que Sievert la lui avait confiée pour le tester, voir si ses qualités n’avaient pas été vantées à tort par ses professeurs. Johann survola distraitement la fiche descriptive posée en face de lui, juste à côté du bloc informe de plus de deux mètres de long. « Obj #09-AB6. Chantier : Jakarta- Cibuaya, #155, carré 12-H. ». Il passa rapidement sur le poids et la taille de l’objet, étant donné que ces données étaient inexploitables à ce niveau d’étude, tant elle semblait prise dans des couches diverses de sédiments. Il saisit les outils disposés devant lui, et commença à gratter doucement la gangue. Quand même, choisir un tel sujet pour sa première analyse… Sievert aurait pu être plus indulgent avec lui, et lui faire étudier l’une des nombreuses merveilles dormant dans la réserve de l’université. D’autant plus qu’il savait qu’on ne ramenait presque aucun objet de sites aussi lointains, sauf si le gouvernement local en faisait la demande. Cambridge jouissait d’un prestige sans égal en archéologie, et Johann savait qu’il n’avait pas le droit à l’erreur avec un tel directeur de recherches.

Kala l’observait, assise en face de lui, prenant garde à ce qu’il ne la perçoive pas. Ils étaient dans le petit bureau d’études qui lui avait été attribué et qui ressemblait plus à un placard qu’à la glorieuse salle aux fauteuils en cuir dans lesquels elle aurait voulu le voir assis. Pendant la journée, elle se concentrait pour ne pas laisser voir sa présence, et pour qu’il se concentre plus que les autres, sans cesse dérangés par les poltergeists amicaux qui flottaient sans cesse autour d’eux, leur prodiguant conseils et flatteries, paroles d’amour ou reproches. Elle n’aimait pas la compagnie des hemzâds, et s’était interdite aux yeux des autres alors que Johann n’était encore qu’un enfant. Elle n’échangeait avec ses frères et sœurs que lorsque l’épanouissement de Johann était en jeu. Qui avait fait accepter à sa mère ses sauts de classe successifs ? La sémillante Samarta, son hemzâd, séduite par l’enthousiasme de Kala. Qui avait convaincu le directeur de thèse de laisser Johann étudier ce sujet jugé trop difficile pour un jeune doctorant ?
D’ailleurs, elle avait beaucoup parlementé avec l’hemzâd de Sievert, Haest pour que Johann puisse étudier cette statue. C’était une créature androgyne jalouse et assez effrayante, et elle était également incroyablement attachée à son shohar, Sievert, auquel elle voyait des qualités sublimes et des états d’âmes que Kala avait jugés stupides.
A vrai dire, la négociation avait été relativement facile. Une aura semblait sourdre de la statue, et les hemzâds, à l’unanimité, l’avaient jugée dangereuse et avaient susurré des avertissements à tous les archéologues qui l’avaient manipulée, les enjoignant de ne surtout pas continuer les recherches... Mais Kala avait sa petite idée derrière la tête, et elle avait calmé les velléités d’Haest, lui assurant que le succès que rencontrerait éventuellement Johann retomberait sur son shohar. Après tout, Johann n’était-il pas qu’une sorte de prête-nom, de sycophante à la solde de Sievert ? Si Johann étudiant la statue, n’était-ce pas sous les ordres de son directeur ? Ne lui serait-il pas reconnaissant toute sa vie de ce premier coup de main à sa carrière universitaire ? Haest avait réfléchi assez rapidement, et, sous le sceau du secret, avait accepté le pacte de l’hemzâd. Conseiller à Sievert de faire confiance à l’étudiant étrange et prometteur, taire l’existence de Kala. Somme toute, se débarrasser de l’étude de cette statue tout en en prenant tous les mérites en cas de découverte.
Kala soupira, et s’éclipsa. Ce qui les attendait serait une entreprise dont même elle ne connaissait pas tous les tenants et aboutissants.


Dernière mise à jour par : Succubae le 31/10/07 21:56

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3.
Johann travaillait rapidement. Il utilisait les outils disposés méthodiquement en face de lui comme un chirurgien. Il ne prenait ni pause, ni temps d’arrêt pour étudier ce qu’il avait en face de lui et son visage n’exprimait aucune émotion au fur et à mesure qu’il grattait délicatement les couches de terre autour de la statue. Il pensait à Kala, à ce qu’il allait écrire dans son rapport, et enregistrait de temps en temps les observations qu’il faisait. Le travail serait long, il le savait, mais il commençait déjà à imaginer ce que la statue pouvait réellement être. Pour le moment, ce n’était qu’une masse oblongue, couchée sur le côté, comme à l’instant où elle avait été trouvée à Jakarta. Il éliminait couche après couche de dépôts, retirant les petits cailloux inclus dans la terre qui semblait vitrifiée à certains endroits. Les sédiments semblaient tout à fait normaux, et il trouvait beaucoup de cette argile verte dont il avait entendu parler lors de conférences portant sur les fouilles en Indonésie. En effet, les prêtres et autres shamans avaient l’habitude d’oindre les corps des fidèles dans la « bintang darat », la terre d’étoiles, et d’en étaler également sur leurs statues durant certaines fêtes. Il se souvenait du nom qui l’avait frappé par son étrange musicalité, et se dit qu’il devrait ressortir ses notes sur cette conférence pour le lendemain. Il devrait d’ailleurs envoyer un courriel au professeur dont l’intervention lui avait le plus plu, une charmante Italienne répondant au nom de Isabella Del Anggiori et qui pourrait certainement l’aider dans ses recherches.
« Johann, vous êtes encore là ? »
Le jeune homme sursauta. Il n’avait pas reconnu la voix, mais les inflexions lui semblaient néanmoins familières. Il se retourna et se retrouva nez à nez avec la doyenne du département d’archéologie.
- Euh, oui, je euh… je travaillais sur cette euh… Bonjour, enfin bonsoir madame, enfin professeur O’Correll.
- Bonsoir. A ce que je vois, vous êtes fort occupé, mais je suis surprise de vous voir encore dans les bureaux. Je venais juste voir la statue, le professeur Sievert m’en a parlé, et je tenais à m’assurer que vos recherches se passaient le mieux possible. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites-le moi savoir. En contrepartie, j’aimerais avoir les différentes versions du rapport que vous écrivez, si c’est possible, évidemment.
- Euh, oui, je…je vous les apporterai dès que possible. Si vous voulez, je peux vous donner demain un premier rapport...
- Mais vous ne dormez donc jamais ? Il est déjà plus de 19h, il est temps de rentrer chez vous. Vous pourrez me donner tout cela dans quelques jours, ça ne presse pas, ne vous inquiétez pas. Je faisais partie de l’équipe qui a trouvé cette statue, et son sort m’intéresse, mais je n’en fais pas une priorité. Allons, rentrez chez vous, nous en reparlerons.
La femme lui sourit, et le laissa seul après quelques banalités et formules de politesse. Cette visite le laissa un peu perplexe. En effet, le professeur O’Correll ne lui avait jamais parlé personnellement, lui adressant simplement ses félicitations lorsqu’il avait eu sa thèse, mais jamais vraiment plus que cela. Sa gentillesse était, en revanche, légendaire parmi les anciens camarades de Johann, et elle appelait très souvent les étudiants par leur prénom quand elle leur parlait, avec un mélange de chaleur quasi-maternelle et de rigueur toute académique qui les laissait parfois désemparés.
Il regroupa ses instruments, rangea ses notes dans son sac et se dirigea vers la porte sans un regard vers la statue. Après tout, il aurait bien le temps de l’observer pendant les mois prochains, et de se faire sa petite idée quant à ce qu’elle semblait cacher.

Une fois rentré chez lui, il s’attela à la tâche. D’abord, le rapport pour le professeur Sievert, dont il adresserait une copie à O’Correll quand il l’aurait terminé. Il y passa deux heures, entrecoupées par son dîner tardif et un coup de fil de sa mère s’enquérant de sa santé. « Décidément, il va falloir que je me trouve une copine, un appart’ un peu mieux que cette chambre d’étudiant, des loisirs et des amis pour qu’ils décident de me laisser un peu tranquille… Enfin, quand ils auront compris que je n’ai plus 10 ans, ça sera déjà un grand pas pour nous… », se dit-il après avoir raccroché. Après avoir décrété qu’il enverrait ce courriel au professeur italien quand il aurait plus de renseignements sur la statue, et surtout après avoir relu les notes de la conférence qu’il avait retrouvées, il se jeta au lit comme un désespéré. Il avait plus qu’envie de voir Kala, et son travail était fini pour la soirée.

Sitôt les yeux fermés, il ressentit un puissant vertige. Dans son rêve, qui s’apparentait plus à une hallucination, il était couché à même le sol, devant une sorte de mur rocheux qui se dressait devant lui. C’était la nuit et pourtant la pierre sous lui émettait une certaine chaleur, Les étoiles brillaient d’une étrange manière, leurs configurations totalement différentes de celles auxquelles il s’attendait. La panique passa dès qu’il vit Kala, accroupie à ses pieds. Comme d’habitude, elle avait soigné sa tenue, et portait une robe rouge sombre, s’accordant parfaitement avec le noir de jais de ses cheveux tressés.
-Tu viens ?, lui demanda-t-elle avec un sourire espiègle. J’ai envie de me promener avec toi.
-Je… Kala, tu m’étonneras toujours. J’ai commencé à travailler sur la statue. Elle va certainement me donner du fil à retordre…
-Je sais. Nous aurons tout le temps d’en parler en marchant.
Elle lui tendit une main symbolique pour qu’il se relève et lui souffla un baiser quand il fut enfin sur ses pieds. Ce qu’il avait pris pour une paroi rocheuse brute était en fait martelée de petits motifs ophidiens qui semblaient imbriqués les uns dans les autres, et semblait être une des parois d’un temple, devant l’entrée duquel elle le conduisit.
-Tu vois, Johann, c’est ici d’où vient la statue sur laquelle tu travailles. A l’époque, il s’agissait d’un refuge pour ceux qui voulaient vénérer l’un des nombreux dieux locaux. La statue est l’un des vestiges les plus anciens de cet endroit. Mais je ne t’en dirai pas plus, tu dois découvrir le reste par toi-même… Elle partit d’un rire léger et le regarda, les yeux pétillants.
-La journée me semble moins vide de sens mais je me demande quand même toujours comment tu sais toutes ces choses… Est-ce que tu crois que je vais vite savoir ce qu’est cette statue ? … Ah, tu m’as manqué aujourd’hui. J’ai encore eu les parents au téléphone. Décidément, c’est « plus possible que tu restes à faire tes choses dans ton coin, hein, faut que tu viennes nous voir et puis la petite Serena à côté est tellement gentille, tu verrais comme elle a changé… », dit-il en singeant assez inélégamment le ton de sa mère.
-Allons, allons, ils ne sont pas si atroce que ça, n’est-ce pas ? Tu te fais toujours des montagnes de pas grand’ chose. Il faut que nous allions leur rendre visite, et tu diras à ta mère que tu n’es pas co…
-J’en ai assez, tu sais !, la coupa-t-il sèchement. J’en ai assez qu’on tente toujours de savoir ce qui est bon pour moi, toutes ces conneries de « ce qu’il faut faire » ou pas, ce qu’il faut être. Moi je ne désire qu’une chose. Qu’on me laisse enfin en paix avec mes choix…Même toi, que j’aime plus que tout au monde, tu me dis toujours quoi faire. ******** ! Je veux juste rester avec toi, et tu passes ton temps à me donner des conseils, comme s’il n’y avait rien de mieux à faire.
Elle se détourna, s’éloignant de lui. Quand elle le regarda, ses yeux comme embués, mais son visage arborait une expression farouche comme il lui en avait rarement vue.
- Qu’est ce que tu veux de moi, Johann ? Que je sois réelle, que je sois avec toi en vrai ? Pouvoir me toucher, c’est ça qui te ferait plaisir, non ? Je sais ce à quoi tu penses quand tu me regardes, certains soirs. C’est la possession physique de ton propre hemzâd qui te fait fantasmer, comme un adolescent de 12 ans. Tu es ridicule, vraiment. Et tu n’as vraiment aucune raison de m’agresser moi, quand tes frustrations te mènent à repousser tous ceux qui t’entourent.
Elle le regarda une dernière fois et disparut en claquant des doigts. Il était seul, tout seul, dans cette Indonésie ancienne, sans personne pour le guider. Il s’approcha donc du portail du temple, qui demeurait fermé. Comme c’était un rêve, il n’avait peur de rien. Il essaya de poser sa main sur la porte de pierre. Il n’avait pas prévu l’intangibilité de la porte, ni le vertige qui le reprit à nouveau, le faisant tomber à genoux devant cette entrée qui semblait soudain monstrueusement imposante…

Il se réveilla le corps en sueur, enlaçant son oreiller de toutes ses forces. Il repensa au poème de Balthazar, à ce stupide oiseau de… d’émeraude pâle ? Le poème le fit immédiatement penser au moment où il l’avait appris, encore avec Kala, où ils avaient ri quand il lui avait dit, avec le plus grand des sérieux « oiseau d’opale pâle ». Il frissonna à la pensée qu’elle puisse être partie, et alla prendre une douche pour se rafraîchir.
En se déshabillant, il vit que son corps était maculé de taches vert sombre, surtout ses avant-bras, ses mains et son visage. Il arrivait parfois que les particules de sédiment flottant dans l’air s’accrochent à la peau des archéologues lors de leurs recherches, mais il était étonné de voir autant d’argile sur tout son corps, comme s’il avait étreint la statue à même son corps mince. Il se lava avec soin, tentant de calmer ses inquiétudes. Elle ne pouvait pas être partie comme ça. Ce n’était pas possible. Ils s’étaient déjà disputés, et elle avait déjà décidé d’interrompre leur rêve, mais elle n’avait jamais eu l’air aussi outrée, comme si, elle aussi, elle avait enfin exprimé toutes les frustrations qui l’étreignaient. En plus, il ne ressentait plus sa présence comme d’habitude. Il avait l’impression d’avoir comme un vide dans le cœur, ou dans la tête qui n’augurait rien de bon.
Au lieu d’aller se recoucher, il passa le reste de la nuit à lire les notes qu’il avait prises lors de la conférence de l’Italienne, se couchant brièvement pendant une heure.
Il rêva d’une guerre terrible déchirant deux tribus. Quand son réveil sonna, il était sur le point de se faire transpercer par une lance.


Dernière mise à jour par : Succubae le 31/10/07 21:56

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Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet '[PLC 2007] Obj #09-AB6' a été posté le : 31/10/07 21:52
4.
Kala avait la plus grande peine du monde à avancer hors de l’appartement qu’elle occupait jusqu’alors avec Johann. Les hemzâds ne pouvaient pas faire d’escapade à plus de 10 mètres de leurs shohars sous peine de ressentir une vive douleur, grandissant de façon exponentielle à mesure que la distance était longue. Elle avait l’impression de marcher sur des lames de rasoir, comme dans ce conte de fées qu’elle avait entendu dans leur enfance. Elle tremblait de tous ses membres, et même les humains s’éloignaient d’elle sans s’en rendre compte, tant leurs hemzâds étaient impressionnés par cette silhouette émettant un gémissement de douleur monocorde et continu. Elle ne pouvait plus réfléchir. Juste agir, et prier pour ne pas devenir folle.
Elle arriva à l’université alors que Johann quittait enfin leur domicile, atténuant légèrement ses souffrances. Elle traversa les murs sans s’arrêter malgré ses douleurs, galvanisée par la proximité de la statue. Elle arriva enfin dans le bureau, et s’effondra devant la table. Elle se releva avec difficulté, et posa une main éthérée sur l’objet et l’enfonça jusqu’à sentir réellement sous ses doigts la statue, et la chaleur qui semblait en irradier. Elle s’évanouit.


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5.
Johann arriva bien plus tôt que d’habitude à Cambridge et se mit tout de suite au travail. Il avait les idées claires, autant que faire se pouvait, et ne voulait surtout pas se faire envahir inutilement par tous les sentiments contradictoires qui l’assaillaient. Assis à la petite table il soupira profondément et gratta la statue avec plus d’opiniâtreté que nécessaire. Il avait pris la précaution d’enfiler des gants pour éviter au maximum l’exposition à la « bintang darat », comme si la terre était responsable de leur dispute. Malgré sa résolution, il pensait à Kala, encore et encore. Il ne comprenait pas comment la discussion avait pu aussi mal tourner, alors que rien ne laissait imaginer une telle issue… Il l’aimait, il le savait, et pourtant il s’était énervé. Elle aussi. Tout ceci était stupide, jugea-t-il hâtivement. La phrase « Tu es ridicule » tournait en boucle dans son cerveau, et il n’osait même pas penser au ton sarcastique qu’elle avait employé pour lui dire « Pouvoir me toucher, c’est ça qui te ferait plaisir, non ? », ça le mettait dans une rage sourde. Elle avait vraiment dépassé les bornes. D’habitude, elle essayait de le calmer. Mais il ne savait toujours pas s’il allait la revoir, si elle boudait dans son coin sans vouloir lui parler ou si…
Il expira fortement par le nez, et se remit au travail. Le nettoyage de la partie qu’il avait estimée être la base de la statue lui prendrait encore quelques jours. Il n’avait pas encore pu apercevoir le corps de la pierre tant il prenait de précautions. Il enverrait ce courriel dès l’aurait identifiée ; après tout, il se pouvait très bien qu’elle soit incrustée de pierres précieuses ou de quelque métal… Et alors Del anggiori devrait venir à l’université. Il savait qu’il prendrait beaucoup de plaisir à lui parler. Si, bien sûr, Kala revenait. La phrase de Nosferatu lui revint en tête « The absence of love is the most abject pain. ». Ou était-ce dans Dracula ? Ces paroles qui lui avaient semblé pathétiques prenaient tout leur sens dans sa situation. Ou était-ce lui qui était pathétique, à présent ?
Il avait réussi à débarrasser la statue de la première couche de sédiments, mais il restait encore une seconde couche, plus sombre et certainement plus vieille qui semblait contenir encore plus d’argile verte que la première. « L’argile semble s’éloigner de la surface de la statue, et se répandre dans les couches extérieures. », enregistra-t-il dans son magnétophone. Il compara les relevés météorologiques de la base de données de l’université avec ses propres calculs concernant la concentration de « bintang darat » par rapport à la première couche de sédiments. Il effectua avec difficulté quelques carottes dans la masse. Il avait l’impression que, plus les couches se superposaient, plus les couches antérieures devenaient dures… La pression avait-elle changé autant que ça, en Indonésie ? Il se décida enfin à envoyer ce courriel à Del Anggiori, même s’il se trouvait idiot, à chercher ses mots devant l’écran de l’ordinateur, à effacer les phrases qu’il avait laborieusement élaborées, les réécrivant en changeant parfois un mot, une expression. Quand il l’eut enfin terminé, il se rendit compte qu’il était plus de 18h, et que O’Correll était certainement déjà partie. Sievert aussi, certainement.
Il rentra chez lui déprimé, le moral au plus bas. Il dîna assez frugalement, malgré la faim qui se mot à grandir en lui dès qu’il commença à manger. Il avait d’autres préoccupations. Il fallait qu’il la revoie. Il fallait qu’il s’excuse, qu’ils parlent de leurs problèmes. Après tout, s’ils devaient passer toutes leurs nuits ensemble jusqu’à la fin de leur vie, ils devaient tenter de garder les meilleures relations possible, et elle avait peut-être raison, finalement ? Toutes ces pensées tourbillonnaient dans sa tête alors qu’il essayait de s’endormir. Après avoir tourné dans tous les sens entre ses draps, il trouva enfin le sommeil.
Il rêva de tremblements de terre. O’Correll était prise dans les décombres, et il se réveilla alors qu’il trébuchait et tombait sur son cadavre désarticulé


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6.
Quand il arriva à la faculté, le lendemain matin, ses pensées n’étaient pas plus claires que la veille. Il se sentait perdre prise avec le monde réel, tout absorbé qu’il était par ses inquiétudes. Pour la peine, il alla voir O’Correll et Sievert, et ne retint même pas ce qu’ils lui dirent. O’Correll avait dit le mot « prometteur », mais il ne savait plus de quoi elle parlait. Quant à Sievert, il était occupé avec une étudiante de son groupe de recherche que Johann n’avait jamais vue. Le jeune homme ne se souvenait que de l’air de mépris qu’elle avait eu à partir du moment où elle l’avait aperçu, et Sievert l’avait congédié avec une phrase sèche accompagné d’un mouvement de bras frôlant la plus grande impolitesse.
Au moins, les « mondanités » effectuées, il ne serait plus dérangé dans son bureau. Il eut un petit pincement de joie quand il vit qu’il avait reçu un nouveau courrier électronique de l’Italienne. Elle lui donnait encore des références à étudier, et l’enjoignait à continuer ses recherches au plus vite. Elle lui demandait même s’il ne viendrait pas au colloque d’archéologie de l’université de Bern, deux mois plus tard, où elle aurait plaisir à le rencontrer. Johann était assez excité à l’idée de la revoir, mais sa joie était mâtinée par sonétat de fatigue émotionnelle. Il fallait qu’il nettoie cette statue au plus vite, qu’il réussisse à écrire un article intelligent sur sa recherche, qu’il rencontre d’autres personnes à ce colloque. Après tout, Kala était peut-être partie pour le laisser travailler plus à son aise ? Ces fausses excuses le calmaient encore un peu, et il entreprit de débarasser la statue de ses agrégats.
Il travaillait de façon mécanique, s’arrêtant très peu souvent, prenant de moins en moins de précautions avec les couches d’argile. Il travaillait de l’arrière du bloc vers l’avant, en essayant de voir le plus vite possible ce que cette statue était réellement. Il était obsédé par la statue, et au bout de quelques jours de travail intense, il réussit à libérer une patte de la croute de terre.
Par rapport à sa position dans la coque de terre, il devait s’agir d’une patte arrière d’une sorte de félin, aux doigts pourvus de griffes mais fort écartés et palmés, comme si l’animal avait pu venir de la mer. La pierre semblait être de l’onyx noir, veinée de réseaux de cuivre dont la régularité et la complexité étaient impressionnantes. De toute évidence, cela ne pouvait être qu’un travail humain, et pourtant il aurait fallu des heures à un artisan extrêmement doué pour ne placer ne serait-ce qu’un seul de ces fils dans la pierre de façon aussi parfaite. La pierre était délicatement ciselée, de fines écailles admirablement rendues recouvraient la patte et jouaient avec les inclusions de cuivre. Plus Johann travaillait et nettoyait la pierre, et plus il était impressionné par sa découverte. Il appella Sievert et O’Correll dès que toute la patte fut visible. La réaction des deux professeurs le déconcerta : si O’Correll avait tenté de rester amicale, ni l’un ni l’autre ne rentrèrent dans le bureau, et ils trouvèrent tous les deux un prétexte pour s’éclipser au plus vite.
La réaction de O’Correll, qui avait pourtant fait partie de l’expédition de Jakarta l’étonna fortement. Elle semblait distraite, comme si elle écoutait quelqu’un d’autre, et lui fit un sourire crispé en le quittant. Quant à Del Anggiori, elle fut très impatiente de voir la statue, et l’enjoignit à prendre de nombreux clichés de ses progrès pour le colloque. Elle lui promit même de parler au président de l’association d’archéologie qui organisait la réunion afin de lui trouver un créneau pour qu’il expose ses recherches. Cette nouvelle le remplit de joie… Ah, si Kala était là, elle serait fière de lui. En ayant cette pensée, il se sentit coupable : il ne pensait plus à elle qu’au passé, à présent, comme si elle était décédée. Ou comme si c’était une fille avec laquelle il aurait rompu, au lieu d’être la compagne de tous ses jours et de toutes ses nuits, jusqu’à une période très récente… Soudain, il se sentit très fatigué, comme si le poids de tout ceci l’écrasait. Ou au contraire, comme si plus rien n’avait d’importance. Les professeurs pouvaient bien l’éviter, ses camarades pouvaient bien rire dans son dos ou le mépriser. Plus rien n’avait de sens. Il décida de se relancer dans les recherches comme il pouvait, tout en sachant qu’il ne pouvait se raccrocher à rien d’autre.


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7.
Chaque jour apportait sa nouveauté. Après avoir sorti de l’argile les pattes arrière et la queue de l’animal, dont le corps semblait de plus en plus léonin, Johann réussit à dégager le torse de l’argile. Les inclusions de cuivre formaient comme une toison fine à l’animal, et les écailles s’étaient fait de plus en plus rares à partir de l’arrière-train. Il travaillait comme un robot, prenant des photos, arrachant l’argile et nettoyant la statue méthodiquement. Les pattes avant avaient été un problème à nettoyer, étant donné qu’elles semblaient entourées par une sorte de chaîne fine pleine de talismans qui s’étaient oxydés, et dont les dépôts ferrugineux avaient rendu l’argile très résistant. La statue semblait avoir été taillée à partir d’un seul bloc, ce qui laissait à supposer qu’elle ne devait pas venir de Jakarta, mais de Chine, ou de Mongolie, où la pierre était beaucoup moins rare. Mais qu’est-ce qu’une statue comme celle-là pouvait faire dans un sous-sol du temple de Cibuaya ? Était-ce un objet pillé, un trophée de guerre, ou le cadeau de quelque seigneur étranger ? Johann avait hâte de la voir enfin. Il travaillait de plus en plus vite, habitué à présent à gratter et taper doucement sur l’argile pour fendre la gangue. Il ne restait plus que le poitrail et la tête de la statue à dégager. Il se rendit compte qu’une épaisse crinière de cuivre, bouclée et très peu abîmée par le temps entourait la tête de l’animal. Cette statue semblait être unique en son genre, et elle serait certainement extrêmement bien accueillie par le monde de l’archéologie… Et pourtant, O’Correll et Sievert l’évitaient. Peut-être attendaient-ils aussi qu’il ait fini avant de venir jauger la pertinence de ses analyses ?
La crinière était moins difficile à extraire qu’il l’avait cru. Il progressait rapidement, se servant du cuivre pour faire vibrer les couches d’argile et les briser. Il dégagea ensuite le front de la bête en moins de trois jours. Les motifs de cuivre étaient magnifiques, et formaient des arabesques complexes concentriques autour des yeux du « lion ». L’iris de ces yeux était faite d’inclusions d’hématite dans du jade à la couleur éclatante. Brièvement, Johann eut même l’impression de voir les yeux ciller. Ce genre d’hallucination était assez fréquent chez les archéologues : après des mois de travail sur la même sculpture, sur la même œuvre, certains s’y attachaient un peu trop et y prêtaient des qualités pour le moins étranges. Il décida de rentrer chez lui pour se reposer, même si la pensée de ce lieu vide, sans Kala le remplissait d’une sombre mélancolie.


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8.
C’est bientôt la fin, pensait-il. Bientôt, elle sera là. Elle s’était certainement retirée pour lui laisser toute la latitude quant à ses travaux. Évidemment qu’elle ne pouvait pas l’abandonner. Pour aller où ? Demain, ou après-demain à la rigueur, elle serait là. Il ne serait plus jamais seul comme pendant tout ce mois, où il avait souffert jour après jour.
Une grande intelligence n’empêche pas une grande naïveté, surtout concernant les sentiments, et Johann se nourrissait d’espoirs sans fondement pour essayer de s’endormir le soir. Le colloque approchait, et il notait consciencieusement ses observations et écrivait sa communication. Del Anggiori lui avait encore écrit un courriel, annonçant qu’elle avait peut-être une piste dans d’obscurs textes hindous qu’elle pouvait déchiffrer quant à la fonction de la statue, grâce à un de ses collègues de l’université de Toscane. Il était heureux de pouvoir compter sur elle, outre le fait qu’elle semblait être la seule personne à réellement vouloir s’intéresser à ses recherches.
La « bintang darat » collait toujours à sa peau malgré le soin qu’il prenait à essayer de se prémunir de cette salissure étrange, qui ne tachait pas ses vêtements mais qui se déposait fortement sous ses ongles, sur son torse et ses avant-bras. Il n’en avait plus cure à présent, et avait pris l’habitude de se frotter méthodiquement la peau sans y penser. Il alla se coucher d’humeur maussade, ses pensées revenant inéluctablement à Kala, et à son absence.
Il rêva encore une fois du temple où il l’avait vue pour la dernière fois, et se réveilla en sursaut après avoir vu la porte s’ouvrir. Il gémit, et tenta de se rendormir, sans succès.


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9.
Quand il arriva à l’université, il se sentait empli d’une nouvelle force. Il avait gardé la tête de la statue pour la fin, comme s’il voulait préserver ce moment. Il arrachait fébrilement les couches d’argile, et dégagea le museau et la mâchoire supérieure Encore une fois, le travail du sculpteur était magnifique : tout semblait être anatomiquement correct, et les dents, délicatement incluses dans la mâchoire noire et polie provenaient certainement de la mâchoire d’un lion ou d’un tigre. Le cuivre formait même des vibrisses courtes, qui avaient quelque peu été malmenées par le temps. Johann était fasciné par la statue, dont il caressait la pierre brillante. Alors qu’il se tourna pour enregistrer quelques observations, il vit du coin de l’œil la statue s’ébrouer.
Le « lion » avait réussi à se débarrasser des derniers agglomérats de terre, et il fixait Johann de ses yeux presque exorbités. Debout sur la table, sa gueule arrivait à la hauteur du visage du jeune homme, qui laissa échapper un cri silencieux en voyant pour la première fois la tête du monstre. Il n’avait pas de mâchoire inférieure, et sa langue noire et longue s’agitait, adressant une invitation obscène. Johann entendit un bourdonnement, suivi par une voix grave et sourde, qui résonnait directement dans sa tête : « Je suis enfin libre. Ils ont beau avoir tout essayé, je suis libre. ».
La créature attrapa Johann dans ses pattes avant, alors que sa langue s’enroulait autour de son cou. Elle l’avala s’aidant de ses pattes et de ses crocs pour pousser le corps du jeune homme en elle.


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10.
Johann se réveilla, couché au sol devant le temple. Seulement, cette fois, le soleil se couchait et la terre était presque moite. La porte était fermée, mais quand le jeune homme se leva, elle s’ouvrit. Les sens et l’esprit comme anesthésiés par les émotions des dernières minutes, il se dirigea en titubant vers elle. Quand il entra, il vit enfin sa chère Kala, assise sur l’une des larges dalles du temple. C’était une construction austère en forme de rectangle, et il n’y avait aucune décoration, mis à part les bas-reliefs qui ornaient les murs latéraux. Aucun meuble, aucun autel ne trônaient au fond de la pièce unique, mais il y avait une grande cheminée qui éclairait vivement quatre portails fermés, disposés de part et d’autre de l’âtre
Il appela Kala dès qu’il l’aperçut, et se dirigea vers elle. Elle se releva en s’appuyant sur lui, et l’enlaça pour la première fois. Son cerveau n’enregistra que sa présence à ses côtés, son parfum léger et la sensation délicieuse du souffle de la jeune fille dans son cou. Il la prit dans ses bras.
-Chère Kala… Mais où sommes-nous ? C’est encore un rêve, c’est ça ? Qu’est ce qui se passe ? Ah, tu m’as tellement manqué.
-Johann..., commença-t-elle, en soupirant. C’était nécessaire… J’ai cherché partout et…
La voix de la créature résonna à nouveau, plus fort et plus grave que jamais : « Je suis le temple dans le temple. Là où tout transite. Ils ont voulu me lier et m’oublier, me cacher sous leurs stupides talismans… Je suis le chemin des hemzâds et de leurs humains, celui qui les sépare ou les réunit. Elle est venue me voir, après tout ce temps, et tu l’as aidée à me réveiller de ce mauvais rêve… Alors je vais accéder à sa demande. » La voix s’interrompit quelques instants, durant lesquels Johann serra le corps de Kala contre lui. « Jeune homme, c’est à toi de décider de votre futur. Ensemble, comme avant, avec elle qui se cacherait pour te rendre visite la nuit ? Ou alors chacun de votre côté, deux sans-âme comme les autres ? A moins que vous ne mourriez tous les deux, ou pire, que tu restes seul sans elle ? Choisis la bonne voie, jeune homme. »
Kala tira Johann par la manche, afin qu’il la suive vers le fond du temple. Il lui saisit la main. Elle ne le quitta pas des yeux une seule fois alors qu’il traversait le temple d’un pas décidé. Après un dernier regard plein de promesses, il ouvrit l’une des portes au hasard. La porte se mua en la créature chimérique, énorme et brûlante, et les avala.


De : idelanggiori@uni.firenze.it
A : johannschlussel@cam.ac.uk
Sujet : rencontre avec le Pr. Marconi
Cher Johann,
J’ai discuté avec la personne dont je vous avais parlé, le Professeur Marconi, qui travaille à Toscane sur les textes védiques. Je lui ai montré les photos de votre statue et lui ai fait part de tout ce que vous m’aviez dit. Il semblerait qu’il pourrait s’agir d’un glouton ou « kala », associé aux portails de temples, les toranas hindous.
Il semblerait que toutes les autres statues du même genre ont été détruites au début de l’ère védique. Essayez de vous renseigner sur l’origine exacte de cette statue, elle ne provient certainement pas de ce temple, mais elle a beaucoup excité la curiosité du Pr. Marconi, qui viendra aux journées d’études de Bern. J’espère avoir pu vous être utile. A bientôt. I.A.


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11.
Le colloque fut un succès, du point de vue de Johann. Il avait réussi à faire sa présentation de façon parfaite, sans bafouiller ou même sembler timide, assis au vaste bureau de l’amphithéâtre où de nombreux archéologues s’étaient réunis. S’il avait parlé pendant une heure de la statue, celle-ci était à présent dans la réserve du musée Fatahillah, soi-disant pour « restaurations ». Il s’était même occupé personnellement du transport. Ni Sievert, ni O’Connell n’avaient été dans le bureau de Johann après son « retour », et personne ne lui avait parlé de ce qui s’était passé pendant les quelques jours où il avait été absent.
Sa présentation avait été plus applaudie que celles de ses confrères, et il était ravi d’être au buffet clôturant la première journée. Del Anggiori était même présente, avec certains de ses élèves, et Sievert semblait ravi de son travail, disant à qui voulait l’entendre qu’il avait épaulé le jeune homme dans ses recherches, et qu’il avait su donner sa chance à un post-doctorant très prometteur.
Entouré par O’Connell et Del Anggiori, Johann se sentait intégré et heureux. O’Connell racontait les heures de fouille qu’elle avait faites dans le temple secret, caché sous celui de Cibuaya, et Del Anggiori décrivait les rituels hindous qui devaient y avoir lieu…Ah, si seulement Kala était là, se dit-il.
Et puis elle était là. Il sentit d’abord son bras léger sur son dos, près de sa taille, et il se retourna, lui souriant.
-Cher Johann, c’était vraiment une présentation fort intéressante, à la pointe de la recherche, dit-elle avec un regard malicieux. Si seulement tous les chercheurs s’investissaient à ce point dans leurs études, les sciences feraient vraiment d’énormes progrès.
-Merci je… C’est vraiment un honneur de vous entendre dire cela, Professeur Marconi.
Ils échangèrent un sourire entendu, et rejoignirent la conversation.


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