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Vik Leroy

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   [PLC 2007] "Je" est un autre a été posté le : 30/10/07 09:20
Préambule

On m’a fait le reproche du titre dans mes critiques. Reproche que j’accepte bien volontiers, car ce titre ne m’a jamais plu. Je n’ai jamais réussi à trouver quelque chose de satisfaisant. J’aurais voulu tricher et le supprimer en vous offrant cette nouvelle, mais après réflexion, je vous offre tout, tel que cela a été donné au jury. Tant pis. Faites abstraction du titre, faites comme si ce titre n'existait pas, fermez les yeux, et plongez-vous dans la lecture sans plus attendre.

A la réflexion, cette nouvelle n'a jamais eu de titre, jamais. Flash!


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"How much wood would a woodchuck chuck if a woodchuck could chuck wood ?

- A woodchuck would chuck all the wood that the woodchuck would chuck if a woodchuck could chuck wood."
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   Réponse au Sujet '[PLC 2007] a été posté le : 30/10/07 09:21
"Je" est un autre

Ca fait combien de temps que je cours? Impossible à dire. L'asphalte s'étire devant moi, comme un prologue de Luc Besson. J'ai l'impression que je cours depuis des heures. Mes poumons sont en feu. Enfer. Mon cœur bat la chamade. Un concert de hard rock habite ma poitrine, les riffs et le rythme de la batterie ont remplacé la pompe cardiaque. Je me retourne sans cesse. C'est alors que je trébuche sur un tube métallique. Je m'emmêle les pieds et plaf! Dans une flaque d'eau. Etalé. Trempé. Affalé. Je jette un nouveau coup d'œil dans mon dos pour essayer de repérer mes poursuivants. Mes ? Subitement, je doute. Où sont-ils? Je marque une pause pour faire un tour d'horizon. Ecouter. Mise à part la pluie qui recommence à tomber au milieu de la nuit et le clapotis des gouttes dans les flaques, je n'entends rien. Pas même le bruit d'une foule. A l'évidence, je suis dans une ruelle. Un mur me barre la route. Je l'escalade. J'y parviens péniblement... pour me retrouver dans une autre ruelle. Lucifer! Au dessus de moi, des linges encore étendus dégouttent des différents étages des immeubles qui me surplombent. Un peu rassuré, je me remets en marche. Vers quoi? Il faut absolument que je rentre à la maison. Tiens! Je reconnais le quartier à présent. Sous la pluie battante et dans la nuit d'encre, je n'avais encore rien identifié. Il est vrai que j'ai emménagé depuis peu et que je n'ai pas encore eu le temps de pousser des reconnaissances. Quoi qu'il en soit, la délivrance n'est pas loin. Je m'approche de ma porte. Je me rue sur la poignée. Ca résiste. Pourquoi diable ne s'ouvre-t-elle pas? Je l'actionne plusieurs fois, énervé, avant de me décider à fouiller fébrilement mes poches. Pas de clé. Rien. Mais alors, comment ai-je pu fermer cette satanée porte? Des arbres inquiétants m'environnent. Soudain je me mets à hurler.

Mes yeux s'ouvrirent en grand. Je reconnus ma chambre et la parcourus du regard. Je m'aperçus alors d'une présence. Maman! Tu es là. Comme toujours. A vouloir protéger ton fils lorsqu'il cauchemarde. Comme toujours. Le regard rempli d'amour, je la laissai passer sa main dans mes cheveux pour me rassurer, comme lorsque j'étais petit et que je me blessais, ou bien avant un entretien d'embauche. Elle avait été là aussi pour m'aider à surmonter l'épreuve du mariage, si je puis dire. Diable! C'est quand même une étape importante dans la vie d'un homme! Ce geste aurait pu en agacer bien d'autres. Pour moi, ils étaient associés à des mots toujours justes qui me redonnaient confiance, et de fait, ensuite, j'étais prêt pour affronter n'importe quelle épreuve. Un ange!
Quelle heure pouvait-il être?
"Il est dix heures du matin, mon grand. Tu viens de faire un cauchemar."
Maman avait aussi l'art d'énoncer des évidences. Ses longs cheveux blancs cernaient son visage ridé. Pourtant elle avait gardé un rien de cette beauté qui lui avait valu d'être tant draguée du temps du lycée. Elle avait jeté son dévolu sur un garçon timide. L'opposé même de tous les membres de l'équipe de football qui la convoitaient. Maman avait vu en lui quelque chose qu'aucun autre footballeur ne pourrait jamais lui apporter. Ce garçon là, mon père adoré, m'a toujours soutenu lui aussi. De l'enfance à la vie adulte en passant par l'adolescence et son cortège de problèmes. Il avait toujours été là pour moi. Il venait m'applaudir à tous mes matchs de football, me félicitant en cas de victoire, me réconfortant au cas contraire. Il était présent à toutes mes fêtes d'école de fin d'année. J'avais une totale confiance en lui et je lui demandais toujours conseil, même à l'adolescence lorsque je lui parlais des filles et de la sexualité, sujets préoccupants s'il en était à cette époque. C'était mon guide spirituel. Dieu. Je pense souvent à lui. Cela fait cinq ans qu'un cancer de la prostate l'a emporté ailleurs. Mais il est toujours là. Dans mon esprit. Dans mon cœur. J'ai parfois l'impression d'entrer en contact avec lui lorsque je l'interroge mentalement pour m'aider à résoudre un problème, à trouver quelle conduite tenir. Sensation étrange, mais ô combien réconfortante.
Plongé dans mes pensées, je ne faisais plus attention à ma mère.
- ... et tu sais, je dois aussi aller voir Jacqueline cet après-midi. Cela fait des lustres qu'on doit prendre un thé. Je l'ai appelée tout à l'heure. Tu te souviens de Jacqueline, n'est-ce pas? Mais si! Rappelle-toi! Celle qui t'avait pris sur le fait avec Noémie en train de faire des galipettes dans la grange! Ton père et moi, on a été très en colère sur le coup, mais avec les années, on a appris à relativiser. C'était de votre âge. Enfin, bref, tu vois. Il faut que je prépare mon après-midi et ensuite, ménage, courses...
Maman, malgré les années, tu es et demeures une incorrigible bavarde.
Elle sortit de ma chambre non sans m'avoir envoyé un baiser de la main. Je lus pourtant dans son regard une vague tristesse contrastant avec la joie de l'excellente journée qu'elle allait passer avec sa copine.
Le reste de la journée passa comme d'habitude, sans rien de notable à remarquer. C'est avec un soulagement certain que je me laissais glisser dans les bras de Morphée.


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   Réponse au Sujet '[PLC 2007] a été posté le : 30/10/07 09:22
Le lendemain, je sors de chez moi pour faire des courses. Je décide toutefois de passer par la plage. Histoire de respirer un peu les embruns, de goûter aux joies de marcher pieds nus dans le sable, dans les premières heures, quand les touristes en sont encore au petit déjeuner. La brise n'est pas désagréable. Les cheveux dans le vent, je goûte ce pur instant de bonheur. Je prends le temps de m'asseoir. Je respire, enivré, l'air iodé. Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi. Un instant d'éternité. Le soleil est haut dans le ciel quand je me lève.
C'est alors que quelque chose d'insolite happe mon regard. C'est là-bas, à quelques dizaines de mètres. Le soleil cogne et je mets mes mains en visière pour essayer de distinguer ce qui m'intrigue. Je hâte le pas, décidé à en avoir le cœur net. Arrivé à quelques mètres, je tombe sur un amas de crabes perché sur une chose indistincte. Je ralentis pour mieux me rendre compte. Horrifié, je m'aperçois que cette chose est en fait un être humain, ou plutôt ce qu'il en reste. Un flash : je crois apercevoir mon père. Ce qu'il reste de cette personne n'est plus qu'une carcasse portant encore quelques lambeaux de chair et de vêtements. Sans doute la marée qui l'a portée là. Les crabes et maintenant les mouettes se sont alliés pour terminer le festin. Je suis pris d'un haut-le-cœur. Je fais demi-tour. Dans ma hâte, je ne regarde pas où je mets les pieds et je trébuche sur un filet de pêche déchiré et à moitié couvert de sable. Je tombe la tête la première sur un rocher qui m'assomme. Mon crâne explose.

J'ouvris les yeux. Ma vue troublée mit quelques secondes à s'habituer à l'obscurité. Combien de temps étais-je resté dans les limbes? Deux de mes amis se tenaient devant moi.
- Salut mon gars! Tu as plutôt de la chance qu'un médecin passait dans le coin. Tu nous as fait peur.
- Ouais. Ne nous refais jamais ce coup-là, hein. C'est pas bon pour mon cœur.
J'ai dû leur adresser un pauvre sourire, mais je n'en suis pas bien sûr.
- T'excite pas, le toubib a dit que tu avais besoin de repos. On ne reste pas longtemps.
- Dernières nouvelles du boulot : c'est plutôt calme, ces temps-ci. En période de vacances, administrativement, on a assez peu de demandes. On passe le plus clair de notre temps à discuter. Il faut en profiter. Tu sais aussi bien que moi comment ça se passe à la rentrée. Et dans le plus fort de l'année, c'est limite si on a le temps d'aller en griller une. Enfin. Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas arrêter la clope, vu tous les problèmes qu'on a avec les non-fumeurs.
- Tu sais très bien que je ne fume plus! C'est quoi cette agression envers les non-fumeurs?
- Mais je ne parlais pas de toi en particulier. On ne va pas remettre ça!
- Peut-être, mais je n'aime pas le ton accusateur que tu prends envers les non-fumeurs. Que diras-tu si tu décides un jour de passer de l'autre côté de la barrière?
Et c'est reparti, les chamailleries! Ces deux hommes étaient des vieux copains de lycée. On s'était connu pendant une descente de l'Ardèche en canoë. Nous avions sympathisé assez vite, lors de la première halte de nuit, autour du feu de camp. Puis on s'est aperçu qu'on avait le même sens de l'humour, les mêmes centres d'intérêts. Nous étions dans des classes différentes, mais on se retrouvait quelques heures par semaine dans les cours de langues vivantes. On se voyait aussi dehors, sur les consoles de jeux ou dans la salle de musculation. Le plus grand était célibataire. Il avait eu des difficultés avec les femmes et, les rares fois où il était sorti avec une fille, c’avait été très vite l'impasse. Quelques jours, au plus quelques semaines. L'autre avait eu, lui, une longue relation de plusieurs années, mais sa compagne avait fini, malheureusement, par lui préférer une espèce de bellâtre fan de surf qu'elle avait rencontré durant les vacances d'été. Cet échec pèse encore sur son cœur et il vaut mieux éviter le sujet en sa présence. Pour ma part, je suis marié à une très jolie femme. Annie est hôtesse de l'air dans une grande compagnie. C'est pour cela qu'elle n'est pas encore passée aujourd'hui, après ma chute. Je ne doute pas un instant qu'elle ait été rapidement prévenue et je m'attends à tout moment à la voir pousser la porte de ma chambre, encore en uniforme.
Nous nous sommes rencontrés sur son lieu de travail, dans l'avion Paris-Dublin. Un trou d'air et vlan! Le contenu de la bouteille de jus de fruit était passé directement du plateau à mon pantalon. Confuse, elle m'avait apporté de quoi m'éponger sommairement et nos regards se sont croisés plus longuement. Un ange du ciel. Littéralement. Certains parleraient de coup de foudre. Je préfère utiliser le terme d'alchimie. Tout de suite, on a eu envie de faire l'amour. De se consumer. De se consommer. Un avion n'offrant pas vraiment de possibilités pour accueillir des ébats passionnés, nous dûmes attendre l'arrivée à Dublin. Elle partit en me laissant son téléphone. Par la suite, nous échangeâmes coups de fil et SMS, certains très brûlants, ce qui rendait nos retrouvailles dévorantes et épuisantes. Nous passions de plus en plus de temps ensemble, de plus en plus complices. Un an plus tard, je lui proposai le mariage qu'elle accepta avec un enthousiasme débordant. Ca fait maintenant cinq ans que nous nous aimons de la même passion qui n'a pas pris une ride.
Mon attention se reporta sur mes camarades. Je pense que je devais avoir l'air un peu fatigué car je surpris une allusion non voilée à mon état. Ils s'éclipsèrent discrètement. Je sentis le sommeil me gagner. M'ensevelir.


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   Réponse au Sujet '[PLC 2007] a été posté le : 30/10/07 09:22
Combien de temps ai-je passé à dormir? Je me sens tout de même agréablement reposé. La douleur à la tête s'est estompée. Il est possible que les médecins aient profité de mon sommeil pour enlever les bandes qui me momifiaient. On frappe à la porte. Les hommes en blouse blanche? Non. Une surprise. Plus qu'agréable : Annie, la femme de ma vie. Elle entre, son visage tout illuminé et je lui rends son sourire avec bonheur. Comme prévu, en costume d'hôtesse. Elle n'a pas pris le temps de se changer. Je cherche fébrilement la télécommande de mon lit afin de redresser le dossier pour améliorer mon confort.
- Bonjour mon chéri.
- Hello mon amour! Comment vas-tu?
- Oh! Encore une de ces journées folles avec des touristes jamais contents qui passent leur temps à râler pour des broutilles. Mais laissons ça. C'est de toi que je veux parler : Comment te sens-tu? Je suis venue aussi vite que j'ai pu.
- Oui, je vois que tu n'as même pas pris le temps de te changer.
- Ca te gêne?
- Oh non! J'adore ce costume. Je trouve ça sexy.
On échange un baiser.
- Je reprends l'avion demain. Tu sais ce que c'est. Que s'est-il passé, dis-moi?
- Oh, une broutille.
Et me voilà embarqué dans une longue explication sur mon interprétation des faits d'après les événements dont j'avais souvenir. Tout compte fait, je réalise que je ne me souviens pas de grand chose. Amnésie passagère, diraient les médecins. Il faut que je leur demande ce qu'ils en pensent.
Nous discutons à bâtons rompus pendant plusieurs heures. Maintenant Annie doit partir. Un dernier long baiser et elle sort de la chambre.
- Tu ne devrais pas attendre trop longtemps mon retour, mon chéri.
Puis, juste avant de fermer la porte :
- Je t'aime.
A ce moment précis, une violente lumière blanche frappe mon lit. Je suis aveuglé. Des papillons pleins les yeux, je me dis que cette vision m'a fait un bien fou. C'est vrai que je sens beaucoup mieux. Beaucoup mieux.

- Bonjour monsieur, me dit une infirmière. La journée est belle. Vous m'avez encore fait peur hier, vous savez. Ne recommencez pas.
Elle agita l'index, comme le ferait une institutrice face à un affreux garnement. Est-ce vraiment obligatoire de sa part d'être aussi maternelle? Elle me mettait presque mal à l'aise. Mais je crois qu'elle n’en a cure. Elle sort.

" Les passagers à destination de Nassau, départ 11h35, sont priés de se rendre au terminal d'embarquement, porte 7"
A l'annonce de mon vol, je ne peux retenir un soupir de soulagement. J'étais sans bagage. Qui en avait besoin d'ailleurs? J'étais le dernier de la file d'attente. Encore quelques pas avant d'avoir l'avion. La journée s'annonçait belle. Le vol allait se dérouler on ne pouvait mieux. Les voyageurs qui me précédaient embarquaient déjà. Lorsque ce fut mon tour d'entrer, l'hôtesse accompagnée du steward me refusèrent l'accès. La porte de l'avion se referma devant mon nez. Que se passait-il? Qu’est-ce qui n'allait pas? J'essayais désespérément d'ouvrir cette porte lorsque je sentis deux bras musclés me ceinturer et me faire descendre de force l'échelle d'embarquement. Je me débattis comme un diable. Rien n'y fit. Ces hommes étaient beaucoup plus forts que moi. Il fallait se rendre à l'évidence : le soleil, la plage, la mer bleue, Paradise Island, ce serait pour une autre fois...

Je n'ai pas longtemps à attendre avant de recevoir une nouvelle visite.
- Bonjour monsieur, je suis le docteur Guidoux. Je ne vous dérangerais pas très longtemps. J'ai avec moi quelques nouveaux internes qui vont prendre connaissance de votre dossier.
Le médecin s'empare d'un graphique qui pend devant mon lit. Il feuillette une liasse quelques instants, fronce les sourcils, compare différentes notes et autres graphiques du dossier et reprend :
- Voilà un cas très intéressant. Cet homme a été victime il y a deux ans d'un accident de voiture. Une chaussée mouillée, un camion très fatigué, il en faut peu parfois pour provoquer accidents et deuils. En résumé, notre homme s'était mis en devoir de dépasser le poids lourd. Embardée de ce dernier, voiture propulsée sur la barrière centrale de sécurité. Tête à queue, traversée latérale de la chaussée et fin de parcours... dans un arbre, le précédant accident ayant fait sauter la barrière latérale qui n’a pas été remplacée. La femme a été tuée sur le coup. Lui est resté tétraplégique, en coma prolongé, mais entrecoupé de phases de pseudo-réveil, plus ou moins conscient. Il ne parle pas. Il ne réagit à aucun stimulus, qu'il soit visuel ou sonore. Or, les examens neurologiques ne décèlent aucune anomalie. Cependant, son activité cérébrale nous amène à penser qu'il enregistre bien tout ce qui se passe dans son environnement. Tenez, jetez donc un coup d'œil sur cet électroencéphalogramme. Vous remarquez les pics relativement rapprochés de phases de sommeil paradoxal? Le reste de son dossier est dans mon bureau. Bon. On passe au patient suivant.
- Reposez-vous bien, monsieur.
Le docteur sort de ma chambre en refermant doucement la porte. Je suis éberlué. Je n'y comprends rien. Comment Annie peut-elle être morte? Depuis deux ans, qui plus est! Je l'ai vue hier. Alors me vient une idée. J'essaie de remuer pieds et mains. Rien! Nooon!!! Mon cri d'horreur ne parvient pas à franchir l'obstacle incontournable de ma bouche grande ouverte.


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   Réponse au Sujet '[PLC 2007] a été posté le : 30/10/07 09:24
Le ciel est clair. Blanc même. D'un blanc incandescent. Mes yeux me font mal. Couché sur le sable, je porte la main à mon visage pour me protéger des rayons aveuglants du soleil. Bizarrement, il ne fait pas chaud. Au loin tournoient des oiseaux de grande envergure. Sans doute des vautours. Je me dresse sur mon séant pour mieux juger de mon environnement. Du sable. A perte de vue. Il semble que j'ai retrouvé l'usage de mes jambes puisque je peux tenir debout et même faire quelques pas en tournant sur moi-même afin d'avoir une vision périphérique du paysage. Soudain un bruit aigu me vrille les oreilles. Je porte les mains à ma tête pour essayer d'atténuer cette cacophonie stridente. Je me mets en marche. Je n'ai aucune idée de l'endroit où je suis et encore moins de celui où je vais.
Une porte. Une porte en chêne, comme on n'en fait plus, une porte très massive avec des moulures et des gonds dorés. Une porte ici? En plein désert? Au milieu de rien? Suis-je devenu idiot? Je pourrais tourner facilement autour de cette porte. Mais étrangement, j'ai grande envie de la franchir. Je sens qu'elle est LA solution. C'est même une évidence. Une révélation. Cependant, rien ne change. Du sable, partout. Et ce vacarme aigu.
- Il est intubé?
- Oui, sonde de 8.
- La sat est stable.
- OK, on a un peu de temps. Emmenez-le en réa.
- Faites moi un nouveau bilan. Je veux les résultats rapidement.
Sur le brancard, le corps eut un sursaut épileptique. Du sang sortit de la bouche.
- ********. Hémorragie interne.

La nature est fantastique. C'est incroyable, toutes ces jolies nuances du ciel qui, l'instant d'avant était d'un blanc linceul. Les nuages qui commençaient à accourir se sont teintés de rose, à la limite du rouge. Ils s'effilochent en franges. Il est temps de s'attaquer à cette porte. Je crache dans mes mains. La salive rouge qui sort de ma bouche me laisse complètement indifférent et je retrousse alors mes manches pour me donner du courage. Comme je m'y attendais, la porte refuse de s'ouvrir, comme à chaque fois. Invariablement. Inéluctablement. Aucun outil par terre pour m'aider. Pas âme qui vive. Je suis désespérément seul.
- Il tachycarde!
- Donnez-lui une ampoule d'adré.
- Asystolie!
- ********, il s'enfonce. Faites passer le chariot de réa. Commencez le massage.
Le docteur prend en mains le défibrillateur.
- 160, on dégage!
La décharge électrique traverse le corps, provoquant un soubresaut.

Alors que je m'échine contre cette satanée porte, un éclair traverse le ciel et frappe le bois, fendant en deux l'épais rempart qui me séparait de... de quoi, au fait? Malheureusement, et malgré les dégâts occasionnés par le don du ciel, si on en juge par les multiples débris jonchant le sol, ce n'est pas suffisant. Les oiseaux se sont rapprochés. Etrangement grands pour des volatiles. Je sais bien que je suis assez ignare en ornithologie, mais ce qui pouvait ressembler de loin à des vautours, à l'évidence, n'en sont pas.
De la lumière commence à filtrer à travers les trous creusés par l'éclair. Une lumière indépendante de celle du soleil.
- Rien.
- Allez, repars! 200, on dégage.
La machine se chargea, les électrodes furent posées, la décharge passa une nouvelle fois à travers le corps qui manifesta le même mouvement convulsif.
- Toujours rien.
- Continuez le massage. Redonnez-lui une ampoule d'adré.

Un second éclair déchire le ciel. Cette fois-ci, la porte est désintégrée. Je suis libre. Je veux avancer. Des menottes enserrent mes chevilles. Quelle est cette diablerie? Les oiseaux se font plus nets. Ce ne sont pas des oiseaux. J'airais dû m'en douter. Des anges. Qui viennent m'accueillir... Mais?! Papa?! Mais je suis rivé au sol. Complètement coincé. Je m'énerve sérieusement. Mais qu'est-ce ...?
La porte a disparu. Je baigne complètement dans la lumière. Ses effets apaisants finissent par dissoudre ma fureur. Le calme m'envahit. Je sens que c'est la fin de cette histoire. Je demeure debout, les bras écartés, m'abreuvant à cette lumière. J'attends l'ultime événement qui me sortira de ce carcan.
- Depuis combien de temps est-il en arrêt?
- 45 minutes.
- On essaie une dernière fois.
- Est-ce vraiment la peine?
- Je veux être certain d'avoir tout tenté, même si pour lui, je pense que la meilleure solution, c'est de partir. 360, on dégage.
Un dernier choc électrique parcourut le corps, une ultime convulsion. Un silence s'établit dans la salle. Le corps demeura inerte.

L'éclair bleuté qui vrille le ciel s'abat sur les menottes qui me rivent au sol. Plus de menottes. Je suis libre. Papa! Annie! C'est vous! Enfin! Les larmes aux yeux, je me rue à leur rencontre en même temps que je sens quelque chose croître sur mes omoplates.
- Heure du décès : 16h48.
Les médecins jetèrent leurs gants à terre et quittèrent la salle.

- Tu avais raison, Annie.
- A propos de quoi?
- Quand tu disais qu'on se reverrait bientôt.
- Comme toujours, mon amour.
Ses yeux auraient fait fondre un iceberg.
Le paysage n'est plus du tout sableux, ni aride, ni chaud. Des arbres, des ruisseaux, des animaux. Un paysage tout ce qu'on peut trouver de bucolique avait remplacé la désolation qui m'avait accueilli.
- Papa?
- Oui?
- Quand penses-tu que maman nous rejoindra?
- Nous avons l'éternité devant nous. Bientôt elle trouvera la bonne porte. Elle aussi.

Trois anges volent maintenant dans un ciel immaculé dans une direction connue d'eux seuls. Quant à moi, je suis heureux. J'ai détruit le dernier obstacle qui me séparait de la liberté, du bonheur. Enfin! Je vis.
Sans aucun doute.


FIN


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