Vieux Con

-= Chaos Legions =-
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[PLC 2007] histoire foireuse à Gomak a été posté le : 29/10/07 18:05
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Pour aller au bout du PLC2007...Voici mon torche-cul. Oui, c'est comme ça qu'appelait mon prof de français mes copies.
Je me suis efforcé de corriger un max de fautes, mais il peut en rester...Pardon d'avance.
Voici, bonne lecture.
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Je marchais.
Longtemps avais-je dû réfléchir pour enfin me convaincre de diriger mes pas vers cet endroit. A vrai dire, j'ignorais ce que j'allais y trouver, ou pouvoir bien y faire, mais, sous une pluie fine, j'approchais du lieu décrit sur un bout de papier, que je m'efforçais de tenir au sec dans ma poche.
J'étais partie un samedi matin de chez moi, en voiture, assez tôt. Je n'avais rien de spécial à faire ce jour-là. Mon existence plutôt banale et habituellement sans surprise m'avait, la veille au soir, fait accepter de sortir de ce quotidien. J'étais aussi curieuse de connaître ou vivre, peut-être, quelque chose de nouveau. Avec l'aide d'une carte routière, j'avais roulé quelques heures avant de parvenir au pied d'une colline. Une fois sortie de mon véhicule, j'avais repris ce bout de papier sur lequel étaient gribouillées des indications - du moins, ce que je pensais être des indications. Après avoir observé les alentours d'un coup d'oeil, cherchant peut-être quelqu'un, un signe ou un repère, j'avais verrouillé ma voiture, puis, comme le mentionnait le papier, emprunté un petit chemin non carrossable.
Ce bout de papier, je l'avais trouvé par hasard, glissé dans la serrure d'un vieux portail métalique protégeant l'accès à une propriété privée, à première vue très peu fréquentée, mais dans un état encore habitable. Je m'intéressais à cette concession car, devant réaliser moultes prises de vues de la région pour un dossier sur lequel je travaillais, je projetais d'en contacter le propriètaire pour obtenir les autorisations nécessaires à quelques photos. Malheureusement, il demeurait introuvable et personne n'avait pu ne serait-ce qu'orienter mes recherches. J'avais donc espéré, en patientant à l'improviste devant sa porte, en toute naive que je suis, peut-être le rencontrer, ou à défaut, quelqu'un le connaissant. Mais je ne trouvais à chaque fois que ce portail fermé, et ma patience se révelait vaine, malgré les allées et certaines parties du jardin un minimum entretenues régulièrement, ce qui indiquait forcément une fréquentation, même occasionnelle. Ce n'est qu'un peu plus tard dans le mois que je découvris ce papier, sur lequel étaient griffonnées une adresse et des précisions pour y aller facilement. En revanche, rien ne renseignait la personne qui l'avait écrit. Je fût un peu surprise, car je ne me souvenais pas de l'avoir remarqué les fois précédentes. Après plusieurs jours de réflexions, j'avais décidé de me rendre à cette adresse mystèrieuse.
Je marchais donc, depuis une bonne demi-heure. Je décidai de faire une pause, malgré la pluie fine, heureusement pour l'instant impuissante contre mon imperméable. Je regardai à nouveau le papier chiffonné.
-"Mais qu'est-ce que je fous ici..." me demandai-je.
J'ouvris une bouteille d'eau en plastique, puis bu. Avalant le liquide bienfaiteur, je relus, le plus attentivement possible, les quelques mots, pour la énième fois. Un peu agacée de ne pas savoir qui m'avais adressé ce papier, je me remis en route, après avoir rangé la bouteille dans mon sac à dos.
Les conditions météorologiques se dégradaient. Les gravillons, le sable ou la végétation craquaient sous mes chaussures. Le chemin me semblait très long, je commençais à fatiguer et à être essouflée. Parfois je trébuchais sur un cailloux et pestais. La pluie ne semblait pas vouloir s'arrêter, au contraire, gagnait en intensité. Je me mis à grelotter, ma sueur étant refroidie par le vent de plus en plus soutenu. Je continuai à marcher, suivant bêtement le sentier qui devenait de plus en plus difficile, regardant régulièrement autour de moi. Mes pas s'arrêtèrent : devant moi se dressait une petite forêt, dans laquelle le sentier semblait aller mourrir. Indécise, je glandai quelques minutes. Je passai mes doigts autour des sangles de mon sac qui commençaient à me serrer les épaules, pour les écarter un peu afin de me soulager de son poid. Puis, faisant inconsciemment un pas en avant, je chutai brutalement, et heurtai un sol dur quelques seconde plus tard. Je me retournai par terre, pliée en deux. Je m'étais fait mal. Je lachai juronts sur juronts, tout en me relevant malgré la douleur aux jambes et au dos, luttant pour reprendre ma respiration coupée par la violence de l'impact. Peu après, je levai la tête, et vis au dessus de moi la lueur du trou dans lequel je venais de tomber.
-"oh non, mais c'est pas vrai !" lachai-je, de rage.
En boitant, je rassemblai les affaires échappées du sac lors de la chute. La fermeture n'avait pas résisté, et il s'était ouvert . Prise d'une envie de pleurer, car ayant l'impression qu'on s'acharnait sur moi, je rafistolai le sac, puis y rerangeai sommairement les objets. Je tournai sur moi même pour observer l'interieur de ce trou, un genre de cavité rocheuse, voir si je pouvais en sortir seule. Un coup de tonnerre me fit sursauter. La pluie maintenant battante s'engouffrant dans l'ouverture m'aveuglait et me trempait. J'essayai d'abord de me calmer un peu et de réfléchir. Je me collai à la paroi pour éviter au mieux la pluie, dégageai mes cheveux détrempés qui me collaient sur le visage. Je commençai à patauger dans la boue. Je me souvins alors que, comme tout randonneuse qui se respecte,j'avais tout le nécessaire sous la main : un petit pieux, et une corde. Je les accrochai ensembles, avec des doigt gourds et tremblants, puis balançai le tout vers l'ouverture. Après quelques tentatives, comme je l'espérais, le manche se bloqua sur les bord du trou. Après avoir vérifié la solidité et attaché le sac à l'autre bout de la corde, je grimpai, et sorti de cette cavité. Heureuse, je tirai sur la corde pour récupérer le sac. Je décidai qu'il était idiot, et surtout dangereux, de continuer sur ce sentier trempé et glissant aux pièges invisibles, qui ne figurait pas d'ailleur sur ma carte de randonnée. Soulagée à l'idée de rentrer, bien que ma douleur ne faiblissait pas, je me remis en marche. Mais je stoppai après seulement quelques metres. Je regardai autour de moi, surprise. Le paysage avait changé, je ne reconnaissais rien. La pluie s'était arrêté. Je pensai alors que ma mémoire était endormie par ma chute, et reviendrait peu à peu. C'est vrai, me dis-je, que je suis épuisée, et en ai par-dessus la tête de cette escapade foireuse, menée je ne sais même pas pourquoi, à la suite de la découverte de ce bout de torche-cul qu'un couillon avait peut-être simplement poser sur ce portail-là pour *******er et oublié en repartant. Je n'accordai donc pas d'importance à ce changement de paysage. Je reniflai soudain une odeur bizarre, et un bruit parvint jusqu'à mes oreilles. Je me tournai en sa direction. Rien. Peu rassurée, je pris, de vague mémoire, le chemin inverse de celui qui m'avait conduit jusqu'ici. Je me déplaçai d'une démarche prudente, guettant cette fois le moindre bosquet de végétaux pouvant dissimuler un trou. J'eus toutefois la satisfaction de sentir mes vêtements commencer à sêcher, grâce aux rayons du soleil. J'accèlerai la cadence de mes pas.
-"A l'avenir, je me méfierai des portails rouillés." dis-je à voix haute en esquissant un sourire, pour me moquer de moi-même, de ma naiveté.
Je secouais régulièrement la tête. Je ressentais la désagréable impression que je voyais quelques chose qui n'existait pas, un peu comme si ce paysage avait été placé devant mes yeux. Je ne voulais pas m'arrêter en route, j'avais hâte de retrouver ma voiture et de rentrer. Tant pis pour le bout de papier, et tant pis pour ce qui m'attendait -si toutefois ce fût le cas - au bout de ce sentier. Mais plus je marchais, plus les questions fusaient dans mon esprits. Je ne pensais pas qu'un simple portail rouillé, qui avait tant attiré mon intérêt, finalement, pouvait déclencher une telle situation. Je me sentais vraiment idiote. Je marchais, génée et honteuse. Heureusement que j'étais seule, j'aurais eut du mal à supporter les plaisanteries et moqueries. Mais j'avais l'impression que le monde entier me regardait.
Je parvins, plus tard, à une bifurcation du sentier. Je clignai des yeux. Je ne me souvenais pas être passé par ici en venant. Je pris peur : je redoutai que ma chute n'aie causé une lésion interne, ce qui expliquerait mon incapacité à affirmer l'itinéraire que je suivais. J'avais besoin d'un repère, n'importe quoi, qui me permettrait de retrouver une certaine sérenité. Je sortis donc mon téléphone portable. J'y lu l'heure, première chose indiquée sur l'écran.
-"Dix neuf heure quinze..." énonçai-je à voix haute, étonnée. Jamais je n'aurais imaginé qu'il était aussi tard.
Je m'assis, et ressortis ma carte. Pourquoi n'y avais-je pas songer plus tôt ? Je tentai de localiser dessus l'endroit où je pouvais bien être. Je remarquai un rocher, et le fixai en forçant ma vue. J'eus la joie d'y distinguer la marque "GR", aussi commençai-je à retourner la carte dans tous les sens, de la scruter, afin d'y voir ce repère. Finalement, au bout de quelques minutes, je réussis à me retrouver. L' endroit me parut alors plus familié, la mémoire me revenait. Satisfaite et soulagée, je repris mon chemin. Je lachai une expression de joie lorsqu'enfin, je vis mon véhicule, de loin, garé là où je l'avais laissé. Mes muscles fûrent, enfin depuis plusieures heures, alimentés d'un optimisme bienvenu et d'une énergie nouvelle, aussi descendis-je joyeusement la légère pente du chemin en courant. Je reçus alors un coup violent sur la tête, et je m'écroulai, roulant à terre et dévalant la pente comme un sac à patates qu'on aurait balancé avec dédain.
J'ouvris les yeux.
J'avais l'impression d'avoir beaucoup dormi. Le décors flou du plafond me laissa perplexe quelques secondes sur l'endroit où j'étais. Une porte claqua, et plusieures voix se mirent à résonner, comme dans un couloir. Tout ce bordel me fit sortir de mon état somnolent. Allongée sur un lit, je bougeai, pliant mes jambes, approchant mes mains de mon visage afin de me frotter les yeux. Le drap qui me recouvrait glissa par terre. J'eus la surprise de voir que j'étais nue. Encore dans le sirop, je ramassai le drap et m'y enroulai, avant d'essayer de comprendre ce que je faisais ici, dans cette pièce blanche. J'étais perdue. Je me laissai doucement glisser sur le bord du lit, posai les pieds sur un sol froid, et me dirigeai, avec une démarche mal assurée, me tenant au matelas puis contre le mur, vers l'unique porte. Mes jambes peinaient à supporter mon poid. Les voix se firent plus fortes. Je tournai le bouton de la poignée et voulus ouvrir la porte. Elle était fermée. J'entendais des gens qui allaient et venaient, entraient et sortaient d'une multitude de pièces, visiblement débouchant toutes sur ce couloir. Des portes s'ouvraient, se fermaient, claquaient, grinçaient. Derrière, des gens passaient, discutaient. C'était à la limite du supportable. Je pensai que je revais, et sans tenter de comprendre quoique ce soit, je me mis à frapper presque poliment à la porte et à appeler, qu'on vienne m'ouvrir. Après plusieures minutes, j'admis que j'étais visiblement condamnée à attendre. Je commançai à tourner en rond dans cette chambre, tentai de trouver quelques choses à faire ou à comprendre. Je m'aperçus qu'il y avait une fenêtre. Je m'en approchai. Elle donnait sur le vide. J'étais visiblement à plusieurs étages du sol, dans un batiment bizarre, planté au milieu d'une compagne verdoyante. J'observai de nouveau l'ensemble de la pièce. Je retrouvai mon sac, et mes vêtements qui avaient été mis en boules et glissés sommairement dedans. Je les déballai. Ils étaient sales et couverts de sang par endroits. Prise d'un certain dégoùt, je renonçai à les remettre, jugeant ce drap propre et blanc plus agréable à porter que ces torchons. Je les tassaient dans le sac. Peut-être étais-je dans un hopital, mais j'ignorais de quelle manière je m'y étais retrouvé. Je me souvenais vaguement de cette foutue promenade, de ma chute dans un trou. Résignée, je m'assis sur le lit, et attendis, les yeux rivés sur cette porte. Je fis rouler doucement mes épaules douloureuses, me massai maladroitement les jambes courbaturées.
Une simple porte me retenait prisonnière. Même pas un modèle blindé, non, même pas garnie de clous ou autre artifices tranchants, même pas surveillée. Une bête porte d'intérieur, probablement en aggloméré ou composée d'alvéoles en carton entre deux fines couches de bois. L'idée de la défoncer me traversa l'esprit. Ma situation me rappela alors cette expérience curieuse menée par je ne sais plus quel philosophe – et je vous prie d'excuser ma faible culture générale - voulant prouver que l'être humain devenait fou lorsqu'il ne voyait plus ses semblables. Cela consistait à enfermer un homme dans une pièce totalement close, sans aucun contact extérieur, même pas oral. Avec un sourire sarcasique, toujours un peu dans la lune, je me dirigeai vers la porte. Je sommai qu'on m'ouvre sous peine que je tente une sortie avec une certaine violence.Bien entendu, je n'eus pas de réponse.
-"Bien...Ils l'auront cherché", pensai-je en prenant mon élan. Je m'étirai, pour éviter un claquage vu mon état encore faible et enquilosé. Je me collai au mur, en face de la porte. Je la regardai, comme pour essayer de l'intimider. J'attachai le drap sur moi, en utilisant ses coins, afin d'éviter que je me prenne les pieds dedans. Je pris une respiration. Je fonçai sur la porte, serrant les dents et les poings. Je me jetai dessus. Un gros bruit retenti, ce qui fit taire les voix de l'autre coté. Je lachai un cri de plainte, en gémissant puis pestant contre l'acte idiot et inutile que je venais de faire. Je me laissai glisser, impuissante, le long de la surface lisse, et me blotissai contre, à terre, mes bras enserrant ma poitrine et genous contre le menton. Je ne réussissais pas à me relever. Je toussai, crachai et me mordi maladroitement la langue, bavant du sang. Je ne pus retenir mes larmes tant je ressentais une douleur sur le coté gauche. J'entendis des pas, de plus en plus forts, suivi d'un bruit de clés qu'on cherche dans sa poche, qu'on emmanche maladroitement dans une serrure. Un verrou claqua, la porte, poussée avec force, heurta ma tête et m'envoya valser à l'autre bout de la pièce. Des individus, équipés de masques en tissus blanc et de combinaisons stériles, dévalèrent en grand fouilli.
-"Mademoiselle ? Mademoiselle ?" lança l'un d'entre eux. "Que c'est-il passé ?"
-"Pourquoi n'avez-vous pas simplement appelé ?" Continua l'autre.
On m'aida à regagner le lit. Portée par les deux hommes, je tremblais, comme si j'avais froid, sanglotante et reniflante. Ils me déposèrent, avec une grande sollicitude, sur le lit, et me recouvrirent, avec le drap, jusqu'à mi-ventre.
-"Mais j'ai appelé ! "Protestai-je, entre deux inspirations, la gorge serrée. "Mais personne n'est venu !"
L'un d'eux m'examina, baladant son stétoscope glacé sur ma poitrine, couverte de pas mal d'équimoses que je n'avais pas remarqué en me réveillant. L'autre m'essuya le sang de la bouche et me demanda de tirer la langue, afin de nettoyer la petite coupure que je m'étais bêtement infligée. Je les laissai faire, toutefois un peu génée d'être, d'une certaine manière, ainsi à leur merci.
-"Où est-ce que je suis ?" m'enquis-je.
Cette question resta sans réponse. Ils se contentèrent de finir de m'ausculter, de me demander divers détails sur mes douleurs. On me posa également une perfusion.
-"Maintenant, tenez-vous tranquille !" prévint l'un d'entre eux. "Nous repasserons dans une heure. Et si vous avez besoin de quelques chose, appelez simplement avec le bouton à votre gauche, pas la peine d'essayer de traverser les murs !"
Ces derniers mots les firent pouffer de rires. Me laissant dans un désarroi profond, ils sortirent.
-"He ! Attendez, je..." Le verrou de la porte me coupa la parole.
"...veux juste savoir ce que je peux bien foutre ici, et pourquoi...", continuai-je en baissant progressivement la voix, sachant très bien que personne n'entendrait.
Je refixai la porte, de nouveau close. Je me demandai vraiment ce qu'il pouvait bien y avoir derrière. A vrai dire, je n'ai jamais été en proie à une telle curiosité.
Je me persuadai que j'étais bien dans un hopital. Ces deux personnes, à première vue infirmiers ou médecins, internes peut-être, cette odeur de désinfectant, cette chambre blanche, cette perfusion parfaitement posée, tout semblait l'indiquer. Je ne me souvenais que de peu de choses, probablement devais-je être dans les vappes lorsque j'ai été amenée ici. Allongée, je tatonnai le coté gauche du lit pour atteindre le fameux bouton qu'on m'avait indiqué. Je parvins à saisir effectivement un petit boitier, avec un bouton-poussoir affublé d'une icône de sonnette. Cela eût pour effet de me rassurer. En revanche, je me demandais pourquoi la porte était vérrouillée, et surtout avait été revérrouillée après le départ de ces deux gars. Peu importe pour le moment, il s'avérait nécessaire que je me repose : j'avais mal un peu partout, voyais un peu flou par moment, et baillais, malgré les heures d'inconscience probablement déjà passées dans ce lit. J'entrepris d'abord de me regarder. En effet, la vue des bleus sur mon tronc m'avait inquiétée. Je soulevai le drap pour observer mon corps, mais à par d'autres contusions superficielles, je ne remarquai rien de spécial, sauf peut-être ce pansement sur le bas-ventre. Bah, une blessure plus importante que les autres, me dis-je. J'eus tout à coup une pensée pour mes proches. Tenant le drap pour éviter qu'il ne retombe, je m'approchai en gigotant du bord du lit, puis tendis le bras pour atteindre mon sac. Non sans mal, car la fatigue m'envahissait, je réussis finalement à attraper mon téléphone portable. Avec des doigts de plus en plus engourdis, la main tremblante, je fouillai dans la liste de numéro, mais, à mon grand désespoir, je devins incapable d'appuyer sur ces touches minuscules, tant je sentais le sommeil m'envahir.
-"Non, non..." pleurnichai-je en m'apercevant que ma vision se troublait ."Pas maintenant...il faut que...je..." . Le téléphone glissa de mes doigts, mon bras tomba, inerte, sur mes côtes. La perfusion ! pensai-je, c'était probablement un calmant puissant. Mes paupières ne tenaient plus. J'utilisai mes dernières forces pour tirer le drap jusqu'à mon cou, et fermai les yeux. Mon autre main tenta de se trainer jusqu'au tuyau pour le pincer. Elle s'arrêta sur mon ventre. M'avouant vaincue, je détendis mon corps, soufflai un léger soupir et sombrai dans un sommeil abyssal.
Je me réveillai, dans le noir. Un bruit régulier aigue, ainsi que celui d'une pompe bizarre, me résonnaient à intervalles réguliés dans les oreilles. Mes yeux, encore très faiblement ouverts, ne me permettaient pas de distinguer grand-chose. Je sentai la fraicheur sur mon corps enquilosé, immobile. J'étais allongée. Je pris conscience qu'il y avait quelque chose dans ma bouche, et dans mes narines. Un de mes bras, un peu moins douloureux que l'autre, s'approcha de ma taille, et s'y colla. Je senti ma peau, froide et collante. Peu à peu, j'émergeais du lourd sommeil qui m'avait été imposé. Je crus reconnaître le plafond et la fenêtre. Je la fixai plusieures minutes; il faisait nuit dehors, mais une légère lueur, celle de la lune, réussissait à passer entre les lattes en plastique blanc du rideau. Le tuyau qui pénétrait dans ma bouche me génait. Je tournai doucement et péniblement la tête, à gauche, à droite, dans l'espoir qu'il ressorte. Peine perdue, il était parfaitement tenu par un sparadrap, posé avec soin et sérieux. Je soulevai la tête. Mes yeux s'habituant peu à peu à la très faible luminosité, je distinguai , avec effroi, mon corps nu, tartiné de bétadine, des tubes y plongeant à divers endroits. Seule une petite serviette, simplement posée sur le creux de mes cuisses, protégeait mon intimité. J'avais froid. J'avais peur.
Mes yeux piquèrent, ma machoire trembla et je me lassai succomber à un profond désespoir. Je sentais à peine mes larmes glisser sur mes joues. Une de mes main, libre de toute perfusion, glissai sur mon corps, tatant les fils, les électrodes et les tubes, partout où la longueur et la souplesse de mon bras me permettait de la promener. J'essayai ainsi de déduire quel genre d'intervention chirurgicale j'avais subi. Je sentis le boitier, ainsi que son bouton pour appeler. Maladroitement, je l'actionnai. Une sonnette retenti dehors et je perçus une lueur rouge, derrière la porte. Honteuse à l'idée que quelqu'un déboule et me voit ainsi, je tentai de me dissimuler un peu, placant sur mon corps mon unique bras libre afin de protéger mon intimité au mieux. J'avais appeler pourtant volontairement, mais je fixai, angoissée, la faible lueur du couloir qui venait mourir à travers la petite vitre, au dessus de la porte. Comme la première fois, j'entendis des pas et à nouveau le fameux bruit de clé et du verrou. Un léger grincement s'échappa des charnières. Une silhouette apparut, refermant la porte derrière elle. Je compris avec angoisse que des consignes avaient dû être données, que ma chambre devait rester vérrouillée en permanence.
-"Mademoiselle ?" entendis-je.
Je tentai de parler malgré l'énorme canule qui me plongeait dans la gorge. Je ne pus que soupirer des mots incompréhensibles. La silhouette s'approcha et alluma une faible lampe. Je fus éblouie. Je sentis une main gantée de plastique se poser sur mon épaule, et une autre me caresser doucement les joues, essuyant les larmes.
-"N'essayez pas de parler, Mademoiselle." me souffla une douce voie féminine. "Détendez-vous. On vous débarraserra de tout cet attirail bientôt."
Me devinant dans une grande détresse, elle tira un tabourêt sous ses fesses et s'assit. Elle se pencha sur moi, me caressant le front. Rassurée grâce à ses quelques gestes tendres, je la regardai.
-"Peut-être avez-vous froid ?" dit-elle en remarquant mon bras droit étalé de tout son long, passant successivement sur ma poitrine, sur mon ventre et finissant entre mes jambes.
J'avouai, d'un signe de la tête et des paupières. Elle prit un drap bleu, plié avec application sur mes pieds, et le tirai jusqu'à mes épaules, avant de le rabattre légèrement en arrière, afin qu'il ne gène pas le passage des drains. Ce n'était qu'un léger tissu, probablement fait pour laisser passer l'air pour la cicatrisation, mais mon corps de jeune femme probablement encore trop pudique pour son âge se retrouva ainsi à l'abri. Je me sentis mieux. Je réussis à aligner quelques mots :
-"Qu'est-ce...c'est passé...qu'est-ce que...m'avez fait..."
-"Je vous expliquerais tout cela plus tard," répondit-elle, "mais pour l'heure, vous devez vous reposer. Je vais vous laisser."
Ces derniers mots eurent pour moi le même effet qu'un couperêt.
Elle se leva, s'efforçant de faire le moins de bruit possible, et après avoir vérifié les appareils et éteind la petite lampe, sorti en faisant un geste amical. Je levai la tête.
-"S'il vous plait..." pleurnichai-je, "restez ...un peu..."
La porte fut revérouillée, comme je m'y attendais. Je laissai lourdement retomber ma tête sur l'oreiller, désespérée. Cette putain de porte, me dis-je, qui me tiens dans l'ignorance la plus totale, sur l'endroit où je suis, et sur ce qu'il y a derrière. J'étais encore sous l'effet de l'anesthésie, je ne pus lutter encore longtemps. J'avais envie d'hurler, qu'on me sorte de ce cauchemard, ou, au moins, qu'on m'explique, mais par pitié, qu'on ne me laisse pas ainsi dans le doute et la peur de ce qu'on pourrait me faire encore subir. Je refermai mes yeux rempli de larmes, qui s'étaient rivés sur la vitre, au dessus de cette porte, guettant la moindre oscillation d'ombre. Je souhaitais m'endormir, et peut-être me réveiller ailleur, tout au moins dans une situation un peu moins affreuse. Mais je ne pus. Régulièrement, je me réveillais, prise par le froid, ou alertée par l'alarme de la surveillance cardiaque qui parfois indiquait des battements non réguliés. Je tuais alors les longues heures en regardant, à la faible lueur de la nuit, avec des yeux tremblants, ces machines clignottantes, qui m'envoyaient ou me drainaient des substances diverses, cet espèce de soufflet qui, envoyant l'air dans la gorge par ce tube blanc transparent, forçait mes poumons probablement trop endormis à fonctionner. J'observais, avec horreur, ces deux drains qui s'enfonçaient en moi, par le flanc, entre les côtes sous le sein gauche, lui-même traversé par un petit tube jaunâtre. Et cette porte, close, froidement verrouillée, qu'allait-elle laissé apparaître les heures à venir ? Je tentai de resserrer mes jambes, afin que la faible chaleur de mon corps ne s'échappe pas à travers le drap, et une fulgurante douleur au bas-ventre me retourna soudain les tripes. Je me crispai, laissant échapper un cri très court, puis je priai que ce mal disparaisse. Ce sursaut fit réagir la surveillance cardiaque, qui résonna, une fois de plus. Cela passa. Je me redétendi. Jamais une nuit m'avait parue aussi longue. Telle une gamine opérée d'une simple appendicite, je me mis, silencieusement et en larmes, à réclamer ma maman.
-"Mademoiselle ? Mademoiselle ?"
J'emergeai.
-"Aller, paraisseuse, on ouvre les yeux !"
Une lumière pénétra la pièce. Encore fatiguée, mais heureuse de voir enfin autre chose que la pénombre, je bougeai la tête et clignai plusieures fois des paupières pour distinguer d'où venait cette voix bonne enfant. Je vis cette infirmière, qui était venue pendant la nuit, souriante et jolie, manoeuvrer la commande du rideau pour laisser pénétrer le soleil dans la pièce.
-"Bonjour..." répondis-je.
Je m'aperçus alors que je n'avais plus ce maudit tuyau dans la bouche. Je reposai l'éternelle question, avec une voix rauque et affaiblie.
-"Allez-vous enfin me dire ce que je fais ici et ce qu'il s'est passé ?"
Un accident. Un banal accident.
J'avais été culbutée par une voiture. Parait-il que j'aurais traversé une route de campagne, et que le conducteur n'avait pas pu m'éviter. Pourtant, il m'avait bien vue, dévalant joyeusement un sentier en courant. Mais il avait cru que je m'arrêterais avant de traverser, mais...non. Je me serais littérallement jeter sur son capot. Je fûs conduite aux urgence dans un état critique, puis préparée pour une intervention chirurgicale assez lourde. J'étais choquée, complêtement dans la lune. On m'expliqua que j'avais été victime d'un décollement thoracique, et d'un éclatement de la vessie, ce qui, enfin, a justifié ma situation malheureuse, d'être maintenue et anesthésiée sur ce lit, dans une chambre spéciale. En revanche, le fait que cette porte était fermée à clé restait un mystère. Mais cela ne retenait plus mon attention, vu que je me rendais compte que j'avais eu beaucoup de chance de sortir vivante d'un tel accident.
Quelques jours plus tard, je sortis.
J'avais passé cette porte. Enfin, elle qui m'a tant fait souffrir, laissant mon esprit vagabonder vers les interrogations et les peurs les plus affreuses , me torturant peut-être plus que mes blessures.
Et plus jamais, me dis-je en marchant sur le parking de l'hopital, n'accorderai-je d'attention aux vieux portails rouillés.
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Dernière mise à jour par : gomak le 29/10/07 18:09
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Cachée
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