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-= Chaos Genitor =-
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Inconnu  Age : 52 ans
Lieu de résidence : La grôôôte...

Pourquoi vous regardez ca ?
   [PLC 2007] La porte a été posté le : 29/10/07 14:07
Allez je suis pas bégueule, je vous balance le bébé avec l'eau du bain.

Bon alors, comme quoi les choix radicaux ont leur faiblesse, ma nouvelle de cette année n'a pas eu le succès (j'allais dire habituel) de mes précédentes participations. Ren à fout', je suis publié moi (oh, ça va, hein :D )

Enfin bref j'ai au moins une fan et grâce à elle cette nouvelle verra (surement) le jour sous la forme de BD. J'en profite pour remercier Lutinou qui en comparant ma nouvelle à un Shonen tout pourri me fait espérer d'en vendre des caisses :D

Je vous laisse le lien pour aller voir le blog de miss Ood, talentueuse dessinatrice qui me fait l'honneur de donner vie à Nadia et Walter (entre autres)

http://ood-ood.blogspot.com/search/label/Projet%20BD


Bon allez, trève de plaisanterie :



LA PORTE

L’étranger était arrivé de nulle part.
Il avait traversé le village jusqu’au puits, et s’était dirigé vers elle, comme s’il la connaissait depuis toujours.
-Qui es-tu, et que veux-tu ?
-Je viens te préparer à ton destin, Nadia.
-Comment connais-tu mon nom, étranger ? Et quelle absurdité est-ce là que cette histoire de destin ?
-Le Mal vient. Toi seule peux le stopper.
-Tu es fou ! Le Mal ne peut venir ici !
Elle s’éloigna, les poings serrés, pendant que ses amis regardaient la scène, étonnés. Ils ne surent quoi faire : l’étranger ne les gênait pas, il n’était pas belliqueux, il était seulement venu parler à Nadia.

Mais l’étranger ne partit pas, comme on aurait pu l’attendre. Il s’assit sur le tronc renversé d’un arbre mort, et attendit.
Nul ne lui prêta attention, sauf Nadia. Elle revint sur la place du village, excédée.
-Toujours là, étranger ? Qu’attends-tu donc ?
-Tu dois m’écouter. Si tu refuses, je ne pourrai qu’attendre que tu changes d’avis.
-Tu finiras par te lasser !
-Nous verrons bien, je suppose.

Les amis de Nadia se mirent à rire. On aurait dit une pièce de théâtre de rue.
-Pourquoi riez-vous donc ? Cette absurdité ne vous gêne donc pas ?
-Pourquoi cela nous gênerait-il ? dit quelqu’un.
-L’étranger ne fait rien qui nous dérange, c’est toi qui perdant patience, nous fait rire, dit un autre.

Nadia changea donc de tactique, et ignora l’étranger.

Cela dura toute la journée.

La nuit tomba, et les villageois ne savaient plus s’ils devaient rire ou être gênés par ce fou d’étranger qui restait assis sur son tronc, au milieu du village.
Nadia le surveillait du coin de l’œil.
Enfin, il se leva, mais pour rester encore plus immobile, debout, le regard tourné vers l’horizon…
C’est là qu’elle remarqua la lueur.
Elle sortit et s’approcha du voyageur, qui regardait la source de cette lumière nocturne.

C’était si curieux que Nadia en oublia de tancer l’importun. Elle ne pouvait voir ce que c’était, mais cela produisait une lumière stupéfiante et irréelle.
-La Porte, susurra le voyageur.
-Quoi ?
-Le Mal a crée cette brèche. Il va déferler sur ton calme pays.
-Tu es fou ! Le mal ne peut m’atteindre, ici ! J’y suis venu pour cela !
-Je le sais pourquoi tu es venue, Nadia. Mais tu le verras, le mal peut s’infiltrer partout. Il n’est point de refuge pour qui chercher à s’en cacher.

Elle était en colère. L’étranger était l’oiseau de malheur que l’on déteste autant que les nouvelles qu’il apporte.
-C’est ta faute !
-Crois-tu ?
-Je…je ne sais pas, mais je ne comprends pas pourquoi tu viens ici pour annoncer la venue du Mal !
-Je suis ici pour toi, pour te préparer à…
-Mon destin, oui, je sais, quelle fable ridicule ! Quel destin ? Je n’y crois pas, au destin !
-Alors parlons de ta responsabilité. Quelque chose à quoi tu ne peux échapper.
-Responsabilité ? Voilà qui est encore plus stupide. Je ne dois rien à personne, je suis seule, sans attache.
-Et ton village, tes amis ?
-Je…je ne leur doit rien non plus.
-Mais le Mal va tout détruire, si tu ne te bat pas.
-Me battre ? Que racontes-tu ?
-Tu dois prendre les armes et combattre le mal pour protéger ce lieu, tes amis, ton pays.
-Comment ferais-je une chose pareille, je ne sais pas me battre, je ne suis qu’une fille !
-Tu es jeune et forte, je peux t’apprendre, c’est la raison de ma venue.
-Mais pourquoi moi ? Pourquoi pas mes amis, des garçons grands et forts ?
-Toi seule peux vaincre l’envahisseur. Combattre les créatures est à la portée de tous, mais pour rétablir la paix, il faudra affronter le Mal personnifié, derrière la Porte de feu.
-Assez ! Tu racontes n’importe quoi !
Elle partit à nouveau, les nerfs à vif.
L’étranger ne réagit pas. Il s’allongea par terre…et dormit.

Nadia ne put trouver le sommeil. L’énervement et l’angoisse la tenaillaient dans son lit. Cet homme au visage triste, cette lumière blafarde, la simple évocation du mal hantaient maintenant son âme.
Ce n’est que tard dans la nuit, d’épuisement, qu’elle sombra.


Derrière la Porte, le Concile était réuni.
-Cet étranger ne fera rien de bon, je vous le dis. Il vous donne de faux espoirs, et le mal sera pire encore quand il aura échoué.
-Père, répondit sa fille, la seule qui crût vraiment en l’étranger, l’espoir est tout ce qui nous reste. Imagine qu’il réussisse.
-Je n’y crois pas non plus, intervint la mère, mais je suis d’accord, si nous perdons espoir, nous perdons tout.
-Vous le regretterez, et cet étranger aussi, conclut le père.


Au petit matin, on parlait déjà des créatures et de leurs méfaits. Elles avaient attaqué un village voisin, tué des innocents et brûlé des maisons, des granges, abattu du bétail. On racontait que les pires exactions avaient été commises sur la population.

Même si le Mal n’était pas venu jusqu’au village, ses habitants étaient sombres, inquiets. Nadia sentait leurs regards peser sur elle. Elle n’avait jamais demandé ces responsabilités ! Et qui leur disait qu’elle y pouvait quelque chose ? Pourquoi ne reprochaient-ils rien à l’étranger ?!

Il était là, son regard triste posé sur elle, comme la veille. Il resterait là tant qu’elle n’accepterait pas de l’écouter jusqu’au bout.

-Tu vas dire que tu n’y es pour rien ? lança-t-elle haineusement au voyageur.
-Bonjour Nadia.
-Ces attaques, les créatures ! Tu les précède, tu es responsable !
-Je suis désolé. C’est toi que les créatures cherchent. Vouloir un responsable est inutile.
Elle aurait voulu le frapper, mais elle était désarmée, et lui portait une épée au côté. Son regard dévia vers l’arme malgré elle.
-On dirait que ta combativité réapparait, jeune fille.
-Personne n’est armé, ici.
-Dommage, les créatures n’en seront que plus mortelles.
-Mais je possède une vieille épée.
-Je sais, tu devrais aller la chercher.
-Tu veux te battre ?
-Tu as besoin d’entraînement, sans aucun doute. Et il vaut mieux que tu l’aies à portée de main quand le Mal arrivera.
Nul dans le village ne prêtait plus attention à la querelle entre Nadia et l’étranger. Cela n’amusait plus personne.
La jeune femme repartit chez elle, mais l’étranger souriait légèrement, désormais.
Comme il s’y était attendu, elle revint avec son épée, une arme fine et légère, au vif tranchant, une lame faite pour elle. Elle la fit tournoyer d’une main mal assurée.
-Maintenant, tu vas partir, lança-t-elle à l’étranger.
-Je ne peux te laisser sans formation contre l’invasion qui se prépare, Nadia.
Elle tendit son arme pour que la pointe en vienne menacer le cœur de son vis-à-vis. Elle ne semblait pas prête à frapper, pourtant.
-Un premier conseil : ne profère une menace que si tu es capable de la mettre à exécution.
L’étranger tira son arme du fourreau. Le visage de Nadia se tendit. Elle avait peur.
-Ne crains rien, je ne veux pas te blesser. Ceci est un simple exercice.
Il restait raide, son épée ballante.
-Alors ? Comptes-tu rester ainsi ou vas-tu m’attaquer comme tu l’as promis ?
Nadia ressentit une piqure d’amour-propre. Malgré toute sa colère, et même si l’étranger disait vrai, elle était terrifiée à l’idée de se battre.

Elle frappa de taille, lentement, sans force, sans intention. L’étranger ne bougea pas et Nadia stoppa finalement son attaque, avec difficulté.
-Défends-toi !
-Mais de quoi ? Tu exécutes une jolie danse, mais tu ne m’attaque pas.
Une bouffée de colère l’enflamma enfin et elle arma un coup au dessus de sa tête. C’est avec un cri étouffée qu’elle trancha devant elle jusqu’au sol.
L’étranger avait fait un pas de côté. Son air provocateur était de plus en plus insupportable.
-Il y a du travail, je dois dire, railla-t-il.
-Sale…
Un cri l’interrompit.
-CREATURES !
-Ceci devrait te motiver à plus d’engagement, dit l’étranger en se tournant vers la plaine.
Un cavalier à l’allure imposante menait une horde de monstres de la taille d’un grand chien. Ils galopaient vers le village, et leurs intentions n’étaient pas difficiles à deviner.
-Non ! Fit Nadia.
-Les voilà déjà, dit l’étranger, toujours calme. Sur le cheval, c’est l’Affameur, un des Officiers de la Porte. Il possède un terrible pouvoir sur ceux qui se soumettent à lui.
-Fais quelque chose !
-Je vais me battre, bien sûr, mais tu dois m’aider.
-J’ai peur !
-C’est normal, mais tu as envie de vivre, aussi, non ?
-Bien sûr !
-Alors tu n’as guère le choix.
Les créatures, plus rapides, arrivèrent en tête et se jetèrent sur les villageois affolés, les déchirant de leurs crocs et de leurs griffes. Des cris atroces retentirent et Nadia crispa ses mains sur la poignée de son épée.

L’étranger esquiva la chose bondissante tout en frappant de taille, légèrement en biais vers le haut. Un hurlement, une giclée de sang noir, et une première créature mordait la poussière.
D’autres ne tardèrent pas à les atteindre et Nadia dut enfin affronter sa peur.

Les créatures étaient stupides et les vaincre était chose facile. Avec la protection de l’étranger, Nadia parvenait à se défendre.

C’est alors qu’elle vit l’Affameur, son épée pointée vers l’un de ses amis. Le villageois était à genoux, implorant pour sa vie. L’énorme cavalier, dont le gras dépassait même de son armure, baissa son arme et avança sa main, comme pour caresser le vaincu.
Mais il attrapa son cou et le serra. Même de loin, le spectacle était abject : le corps du garçon se vida littéralement de sa substance, tandis que l’Affameur grossissait encore un peu plus.

C’est un cadavre livide et maigre qui retomba lorsqu’il eut fini son opération.

-C’est ignoble ! S’écria Nadia.
-Les Officiers sont les chantres du Mal. Tu comprends qu’il faut les combattre à tout prix ?
-Combattre ce monstre ? Il doit peser une tonne !
-C’est justement sa faiblesse, regarde comme il est lent.

Les créatures restaient désormais à bonne distance de Nadia et de l’étranger, ayant finalement compris qu’elles avaient trouvé plus forts qu’elles. Un calme morbide régnait désormais sur le village dévasté. Ainsi l’Affameur se tourna vers elle.

-Oh non ! Il ne reste plus que nous !
-Reste derrière moi, dit l’étranger.

Le cavalier s’approcha lourdement, chacun de ses pas faisant trembler la Terre. Nadia cherchait désespérément ses yeux, mais son visage restait enfoui au fond d’un casque cornu d’une profondeur insondable, et rien n’attestait de son humanité.

L’étranger prit enfin une position de combat digne de ce nom. Il se campa sur deux pieds assurés, les genoux fléchis, concentré.
L’Affameur était une brute sans cervelle. Ses appétits avaient le dessus sur toute notion de réflexion ou de prudence. Sa force démesurée ne lui avait jamais fait défaut, et la terreur qu’il inspirait à ses ennemis lui avait épargné la rudesse d’un vrai combat.
Ainsi fut-il surpris de voir l’étranger lui faire face sans sourciller, de même que le premier sang versé par une prompte feinte en contre attaque lui sembla incongru.
-Il perd toute sa force du fait qu’il ne m’effraie pas, dit l’étranger à Nadia, entre deux manœuvres.
La scène avait quelque chose de tragi-comique. Ce titan répugnant qui avait drainé la vie de tous ses amis se faisait ridiculiser par la dextérité d’un étranger. Celui-ci avait qualifié de danse son geste menaçant, peu auparavant, mais la prestation qu’il donnait face à l’Affameur était presque de cette nature.
Cela lui redonna confiance. Ce monstre puant n’était qu’un pantin. Sa main se serra d’elle-même autour de la garde. Il avait tout de même tué ses amis. Ridicule il était, mais il devait payer.
Elle s’élança alors que l’Affameur reprenait son souffle, et tout en étouffant un cri de rage, lui planta l’estoc de son arme en plein cœur.

Ce fut une explosion, une clameur atroce, qui s’éleva et perça le ciel. L’Affameur venait de mourir, et Nadia lui avait porté le coup fatal.

Elle contempla le cadavre aussi lourd que méphitique, avec l’envie de le frapper encore. Un mélange enivrant de colère, de culpabilité et de fierté l’envahit.
-Etait-ce si difficile ? demanda l’étranger, qui avait remis sa lame au fourreau et retrouvé son air triste et provoquant.
-C’était difficile de se lancer dans la bataille. Moins d’achever cette chose.
-As-tu des regrets, Nadia, maintenant ?
-Un seul. J’aurais du m’attaquer à lui tout de suite, avant qu’il ne…
-Bien. La prochaine fois, tu sauras quoi faire.
-La prochaine fois ?
-Il y a d’autres Officiers de la Porte. Tous n’ont pour but que de t’éliminer. En vérité, il en viendra toujours plus, tant que tu n’auras passé la Porte pour affronter leur Seigneur.
-Suis-je donc condamnée ?
-Serais-je venu à ton aide si je le pensais ?

Nadia entama un geste pour essuyer sa lame sur sa jupe, puis se ravisa en la voyant engluée de sang noir.

-Tu es toujours mystérieux, je ne sais pas quoi penser.

Nadia fit le tour de la petite place transformée en champ de bataille. La vision de tous ces morts la révulsait.
-Je ne peux pas rester, c’est vrai. De toute façon, cet endroit est devenu un cimetière.
Là où le sang des villageois s’était répandu, le sol même semblait corrompu. Elle se rendit compte que la lumière du soleil était plus rouge qu’à l’accoutumée, que ce décor paradisiaque qu’elle connaissait s’était mué en peinture démoniaque.
-Il faut partir. Ne prends que le strict nécessaire.
-Et mes amis ?
-Ils retourneront à la nature…du moins si tu accomplis ta quête. Aucune vie ne viendra ici tant que la corruption du Mal et de la mort y sera. Une fois le Mal vaincu, le cycle de la nature reprendra son cours.

C’était la première fois que l’étranger employait le terme de quête, et si Nadia ne réagit pas, son cœur l’avait entendu.

Elle s’arma d’un sac de toile remplit de nourriture, d’un duvet et d’un bâton de marche : ce avec quoi elle était venue.


Pendant quelques jours, Nadia garda le silence. Elle suivant l’étranger, sans poser de question. Ce dernier ne fut pas surpris de la voir avancer sans se plaindre : elle possédait beaucoup de force en elle.
Malgré l’horreur qui avait frappé son village, elle marchait la tête haute, le regard perdu dans la beauté majestueuse de l’arrière-pays.

-Le Mal n’est pas venu ici, dit-elle enfin, lorsqu’ils approchèrent de la grande cascade.
-Non, je préfère contourner la ligne de front, tu n’es pas prête pour pénétrer au cœur de l’obscurité, répondit le voyageur.
-Tu veux dire qu’à l’Est, les Officiers de la porte continuent d’envahir le pays ?
-C’est plus que probable, je le crains.

Elle s’arrêta soudain, les poings serrés.
-Tu me tances pour que je me batte et que je protège mon pays, mais tu m’éloignes de mes ennemis ? Sommes-nous en réalité en train de fuir ?
-Je te l’ai dit, nous contournons les Officiers : ils nous retrouverons bien assez tôt.

La voix de l’étranger ne laissait aucune place au débat, et il ne s’était pas arrêté.
-Ne fais pas de pause maintenant, sinon tu n’auras pas la force de repartir, lui dit-il.
En effet, Nadia avait réussi à trouver un second souffle après quelques jours de marche, comme si elle avait toujours été une randonneuse aguerrie. Malgré cela, elle savait qu’elle ne devait pas briser son rythme sous peine d’avoir du mal à le retrouver. Elle reprit la route, laissant la dispute en suspens.

Ils atteignirent la grande cascade juste avant le soir. L’embrun rafraîchissant qui voletait à ses alentours était une bénédiction pour les voyageurs fourbus et empoussiérés.

-Cet endroit est incroyable, dit-elle en posant ses affaires.
-Une beauté que le Mal n’a pas encore souillée. Profitons-en, dit l’étranger.

Elle ne tarda pas à comprendre : il s’approcha de l’eau tout en délaçant ses vêtements. Cet étranger n’avait aucune pudeur ! Alors qu’il se déshabillait, elle ne put s’empêcher de le regarder : après tout, il lui tournait le dos.
Lorsqu’il laissa glisser sa tunique, révélant ses épaules nues, elle pu voir la densité de sa musculature, sèche et rugueuse. L’homme n’était ni jeune ni vieux, ni particulièrement beau, mais d’une force remarquable. Ses fesses étroites n’étaient pas déplaisantes, pensa-t-elle en détournant le regard.
Une fois dans l’eau, il nagea jusqu’au point de chute de la cascade.
Nadia commençait à vraiment se sentir mal dans la transpiration qui collait sa peau à ses vêtements. Elle mourait d’envie d’aller le rejoindre.

-Il est fou, la cascade va le broyer !
L’étranger ploya en subissant le courroux des flots, mais résista. Ce qu’il accomplissait était tout simplement impossible. L’immense chute d’eau s’abattait sur lui, minuscule être humain, mais ne le propulsait pas : on aurait dit un rocher dans un torrent, subissant sans renoncer.

Nadia s’approcha à son tour, enchantée par la fraîcheur. Elle jeta ses vêtements à terre, son compagnon étant tout entier recouvert par les flots. Elle poussa un cri de joie et de surprise en s’immergeant.
Ces quelques brasses la libérèrent d’un grand poids. Elle se sentait physiquement bien, sensation qui lui manquait depuis…


Le Concile derrière la porte était à nouveau réuni.
-Des jours déjà, dit le père, plein de rage.
-Il faut lui laisser plus de temps, riposta la fille, toujours confiante.
-Et combien de temps allons-nous attendre ? Notre vie s’écoule.
-Et que voudrais-tu faire ? demanda la mère, dont la foi commençait à vaciller.
-Cet étranger paiera au centuple le mal qu’il nous fait, j’en fais serment.


L’étranger était ressorti de la cascade. Ses cheveux détachés coulant le long de son visage et de son torse, il était très différent de ce personnage énigmatique qu’elle côtoyait depuis peu. Sa peau était presque bleue, comme frappée de mille coups de petits projectiles.
-Elle est bonne, non ?
-Parfaite, répondit-elle sans pouvoir s’empêcher de sourire.
Il répondit de la même façon, puis fila vers le bord. Nadia resta seule dans l’eau, dérivant doucement vers la chute, intriguée. A quelques mètres seulement, elle ressentait la terrible puissance et ne pouvait presque plus surnager. Elle se tourna en arrière et vit le voyageur couché comme à son habitude, sur le dos.
Elle renonça à l’idée de l’imiter et s’approcha pour sortir, constatant qu’il ne la regardait pas. Elle enfila à regret ses nippes sales et le rejoignit.
-Bon moment pour laver quelques vêtements, non ?
-Certainement.

C’est alors que le son d’un cor résonna dans la vallée, un grondement qui signifiait l’arrivée du Mal.
-Oh, non !
-Ils viennent. Ce cor, c’est l’Etouffeur.
-Alors c’est déjà fini, la tranquillité ?
-Je ne vais pas te mentir, Nadia, il n’y aura bientôt plus aucun endroit qui ne soit souillé par eux. Ceci est peut-être le dernier.
-Attention, les voilà !
De petits animaux dévalaient la pente de la colline voisine en leur direction, daims, lapins et de petits être humanoïdes semblaient terrorisés.
-Ce n’est pas encore lui ni ses créatures, ce sont les habitants du pays qui viennent trouver refuge auprès de toi.
-De moi ?

Un nuage de poussière commença à apparaître à leur suite, alors que les deux humains s’équipaient pour le combat.

-Qu’est-il, cet Etouffeur ? demanda Nadia, anxieuse.
-Il se repaît de l’angoisse, dit l’étranger. Aies confiance, il est moins imposant que l’Etouffeur.
-Mais plus rapide, certainement.
Le ciel rougissait à l’approche du soir, lorsque la haute silhouette du cavalier se dessina au loin, et que les créatures rugirent en se lançant à l’attaque.

Nadia expira longuement, tâchant de contrôler sa peur. Elle moulina de son épée, soulagée de constater que ses courbatures commençaient à disparaître.

-Frappe pour tuer, dit l’étranger. Ta vie dépend de chacun de tes gestes, sois pleine et entière dans tes actions.
-Je tâcherai…oui.

L’idée était abstraite, mais lorsque la première créature fonça sur elle avec une farouche volonté, elle comprit le message. Tout se jouait en un instant : la victoire était facile, et la défaite ne viendrait que si elle doutait ou hésitait.

-Cries avec moi ! Lança l’étranger, lui-même assailli.
-Je veux vivre ! Hurla-t-il en plongeant sa lame dans le cœur de son ennemi.
-Je veux vivre ! L’imita-t-elle, en serrant les dents et en gardant difficilement un œil ouvert, alors que le sang noir lui giclait au visage.

Une fois encore, leur férocité garda les créatures à distance, jusqu’à l’arrivée de l’Etouffeur. Celui-ci les observa deux secondes et démonta.
Il était grand et longiligne, armée d’une longue lance, et son visage était lisse, sans nez ni bouche, juste équipé de deux yeux cerclés de noir, deux yeux d’un bleu clair inquiétant.

-J’ai du mal à respirer, se plaignit-elle.
-Il est mortel tout comme son frère que tu as achevé, ne le crains pas.
-Facile à dire…bon sang.
-Rappelle-toi la cascade.
-Quoi ?
Un premier coup d’estoc les menaça. Nadia esquiva promptement, mais le souffle lui manquait. Le masque angoissant de l’Etouffeur l’obsédait.
Une pluie d’attaques la fit reculer. L’allonge du monstre lui donnait un avantage insurmontable, et déjà, elle se voyait embrochée. Autour de son ennemi, les animaux se mouraient, étouffés, par la simple proximité de son aura.
Elle revit ses amis vidés de leur vie par l’Affameur, et se révolta.
La cascade, oui, il était comme elle, trop fort, inaccessible. Et pourtant, il était possible de lui résister.
Elle mit un genou à terre, sans un hoquet, alors que ses muscles réclamaient de l’air.

Un hurlement immonde !

L’étranger avait tailladé le flanc de l’ennemi, qui suintait d’un sang noir caractéristique en giclées pulsantes.
Cela avait été une attaque risquée, et d’un coup de hampe, l’Etouffeur frappa et poussa l’homme à terre.
Ce répit permit à Nadia de reprendre sa respiration. Son compagnon était à terre, son épée lâchée, et l’Officier levait sa lance pour l’achever, insensible à sa blessure.
-NON !
Cette soudaine énergie attira l’attention du monstre, qui retourna son hast contre l’épée qui le menaçait à nouveau.
C’était pourtant évident, pensa-t-elle, son allonge est une arme à double tranchant. Si je parviens à pénétrer sa garde, j’ai l’avantage.
Son esprit oblitéra toute prudence, l’espace d’un instant. Elle avançant à découvert, invitant la lance à la frapper, son regard planté dans celui de l’Officier. Elle détecta l’intention avant que le geste ne parte, et sut dès lors comment elle allait esquiver la pointe mortelle.
Le coup partit, sec, rapide, mais malgré tout en retard sur le pas chassé de Nadia. S’aidant de sa lame pour écarter la hampe, elle avança d’un bon mètre alors que le coup la manquait.
L’Etouffeur retira son arme mais déjà Nadia armait une estocade, et il ne parvint qu’à frapper l’épaule de la jeune femme de son bois, alors qu’elle plongeait son fer jusqu’à la garde dans son ventre.
Un cri venu du fond des âges trouva son chemin du fond de son estomac jusqu’à sa gorge, et elle hurla comme une démente en remportant la victoire.
Elle leva la jambe et appuya son pied contre lui pour retirer sa lame, abasourdie par son exploit.
Le corps sans vie de l’Etouffeur s’effondra dans une chute interminable, alors qu’elle restait interdite, les sangs en feu, l’âme en ébullition.

-Je ne sais pas ce qui m’a pris, dit-elle à l’étranger qui se relevait, le visage tuméfié.
-C’est le cri de la vie, le cri de l’enfant qui vient de naître, c’est toute ta peur que tu expulses hors de toi.
Elle regarda sa main qui tremblait, écouta son cœur qui battait encore la chamade.
- Tu es une guerrière, maintenant, tu verras que ce cri retentira désormais à chaque fois que tu iras au combat. Il te rendra plus forte encore, effrayera tes ennemis et donnera du courage à tes alliés.

Ils restèrent assis à se reposer, pendant que l’obscurité gagnait du terrain. Nadia ne peut s’empêcher de remarquer que l’herbe elle-même changeait de couleur, que la grandiose cascade devenait plus sombre, inquiétante.
-Le monde continue à se corrompre, malgré notre victoire.
-La corruption continuera son œuvre tant que le Mal ne sera pas vaincu.
-La Porte ?
-Oui, la Porte. Tu dois toujours la franchir. Combattre les Officiers n’est qu’une étape, un apprentissage. C’est le franchissement de la Porte qui décidera du destin de ce monde.
Elle eut encore envie de lui demander : pourquoi elle ? Mais cela était inutile. Elle le croyait, désormais, elle savait ce qu’elle devait faire.

Jour après jour, Nadia devenait plus forte, plus mature. Elle s’exerçait sans relâche et ne marchait plus à la traîne derrière l’étranger.
-Quelle est notre destination ? demanda-t-elle, deux jours après le combat contre l’Etouffeur.
-L’Arbre Millénaire. Il doit être aux mains des Officiers, désormais.
-Nous serons donc bientôt en terre corrompue.
-Pour ne plus en sortir…que par la Porte.
Cette perspective ne réjouissait pas Nadia. Son pays était si beau ! Le Mal l’avait déjà presque englouti dans sa gangue rouge et salée.

L’Arbre était si immense qu’on pouvait le voir, dominant les bois, à des lieues à la ronde. La forêt entière était rongée par l’infection, mais le grand arbre, lui, résistait encore, et si la partie inférieure de son tronc suppurait une putride gangue rouge, son sommet était encore vert et majestueux.
-L’Arbre n’est pas encore vaincu. C’est une grande force de ce monde, nous pouvons peut-être le sauver, dit l’étranger.
-Il faut absolument intervenir ! On ne peut pas laisser mourir une chose aussi belle !

C’est ainsi qu’elle prit les devants et fila vers la forêt.
Dès leur approche, des créatures les observèrent, cachées derrière les frondaisons. Leur réputation pouvait-elle justifier cette prudence, où bien les petits monstres manquaient-ils de courage lorsqu’aucun Officier ne les accompagnait ?

-Sais-tu qui sera le prochain Officier ? demanda Nadia, alors qu’ils approchaient de l’arbre millénaire.
-Je crains que cela ne soit l’Assoiffeur.
-Oh. Je vois.
Ils arrivèrent à l’orée de la clairière au milieu de laquelle trônait le grand arbre. Une silhouette sombre enveloppée dans un grand manteau était agenouillée devant lui, et une étrange lueur rouge émanait de son corps.
-C’est lui ?
-Non, c’est…
Leur conversation fut interrompue par un hurlement glacial. Un Officier équipé d’une armure étrange et spongieuse s’approchait d’eux en faisant claquer un fouet aux multiples lanières.
-Le voilà !
-En position !

Contrairement à ses prédécesseurs, l’Assoiffeur n’avait aucune particularité physique, il était de taille et de corpulence moyennes. Seule son arme impliquait une stratégie nouvelle pour ses adversaires.
Bien avant d’être à portée d’épée, il fouetta en direction de la jeune femme, qui, prise de panique, et voyant les tentacules de cuir arriver sur elle, para d’un geste maladroit. Aussitôt, le fouet, presque organique, agrippa son arme et elle sentit une vive brulure à la main.
L’étranger attaqua avec violence, obligeant l’Officier à reculer et à libérer Nadia pour se défendre.
Elle regarda sa main et constata qu’elle était comme brûlée, rouge et sanguinolente…et froide. On aurait l’effet de la glace. Elle pouvait maintenant voir que chaque pas de la créature semblait dessécher l’herbe sous ses pieds. Cet Officier tuait tout ce qu’il touchait, en privant la vie de son eau.
-Ne laisse pas son fouet t’attraper, tranche ses lanières si tu le peux, lança l’étranger en manœuvrant pour coincer l’Assoiffeur entre lui et Nadia.
Ils parvinrent à gagner du terrain et à neutraliser l’ennemi : il ne pouvait attaquer l’un sans se découvrir à l’autre.

C’est alors que le Désolateur se leva. Abandonnant pour un temps son œuvre funeste sur l’Arbre millénaire, il se tourna vers Nadia. Apercevant un mouvement, elle le regarda, un instant fatal…son visage, si tant est qu’il méritât ce nom, était un masque de douleur et de désespoir.
Cette vision la frappa comme un coup de massue. Elle comprit que sa lutte était vaine, que l’horreur qui dévorait le pays serait bientôt sur elle, inexorable, porteur d’indicibles souffrances, pour l’éternité.
Un long poignard tordu et rouillé : telle était l’arme du Désolateur, l’arme qui allait taillader sa chair et lui faire connaître les pires douleurs.

Puis quelque chose la tira de sa torpeur.
Quelque chose était tombé sur elle. Un gland. Elle leva les yeux et vit les rayons du soleil au travers des vertes branches de l’arbre. Il vit toujours, il n’a pas abandonné. Depuis des heures, peut-être des jours, il lutte contre l’avilissement du monde !
Le couteau rouillé était presque sur elle, lorsqu’elle se souvint du bain dans la cascade, de la fraîcheur, du cri de guerre.
Son poing raffermi serra la poignée de son épée et chassa le bras armé de l’Officier.
Elle se releva dans un grondement de colère, et se fendit. Le monstre esquiva tant bien que mal, utilisant son couteau pour guider la lame loin de lui, mais Nadia redoublait de coups, elle qui connaissait désormais maints enchaînements fatals. Elle trouva la poitrine molle, puis la gorge, et enfin la cuisse, qui touchée, fit chuter l’Officier.
Haletant, hésitant à porter le coup de grâce à un adversaire au sol, elle vit des lianes couler du haut des branchages, pour venir agripper et entourer le cavalier vaincu.

L’Arbre s’empara de ce qui restait du Désolateur.
Nadia vit enfin l’étranger, qui était venu à bout de l’Assoiffeur.

-Nous avons réussi ! lui cria-t-elle.
-Bravo !
L’étranger s’approcha en trottant, la bataille l’avait entamé.
-Je ne pensais pas que tu serais de taille, seule face à lui. Je suis fier de toi.
-C’était horrible, j’ai bien cru que j’allais abandonner.
-Tu es devenue beaucoup plus forte que je ne l’espérais, en très peu de temps. Tu seras bientôt prête pour l’ultime combat.

Elle détourna le regard, peu enjouée par cette perspective.
-L’arbre est vivant, n’est-ce pas ? Il m’a aidée.
-Oui, il a compris que nous étions dans le même camp.

Les deux Officiers détruits, la gangrène maligne perdait de la force, mais l’Arbre ne pouvait reconquérir son terrain pour autant, et c’est sur l’herbe couleur rouille qu’ils passèrent la nuit.


La Porte était désormais plus proche que jamais, et à la nuit tombée, le ciel était pourpre et bien plus lumineux que sous une pleine lune. Nadia eut plus de mal à trouver le sommeil que les nuits précédentes, et si elle se sentait de taille à affronter les derniers Officiers, elle commençait à s’inquiéter de ce qui l’attendrait derrière la Porte.

La marche du lendemain commença dans une atmosphère étouffante. Le Mal rendait les choses difficiles : l’air était vicié, moite, nul vent ne venait rafraichir les voyageurs.
-Cela ira mieux lorsque nous atteindrons le Palais sur l’océan, dit l’étranger.
-Oh, comment une telle chose est-elle possible ?
-Ce n’est qu’un nom, le palais est construit sur un à-pic donnant sur l’océan.

Comme l’avait annoncé son compagnon, l’approche de la côte fut vivifiant : les vents marins prévalaient encore sur la purulence et chassaient l’air fétide du pays malade. C’est alors qu’apparut le Palais, haut et grandiloquent, si massif sur son piton qu’il semblait invraisemblable qu’il résiste à sa propre masse.
C’était surement là que le Mal attaquerait, tentant de saboter les assises du bâtiment pour le faire choir et s’engloutir en contrebas.
Une fois de plus, on pouvait voir la pourriture tenter une percée dans les défenses du lieu magique : un filet d’herbe rouge se frayait un chemin dans les remparts pour commencer à grimper insidieusement sur l’une des tours monumentales.

-J’ai un peu peur de te le demander, mais sais tu quel Officier nous attend ici ?
-Si je compte bien, il ne reste que l’Execrateur et L’Isolateur.
-Charmant.
-Leurs pouvoirs sont terrifiants, tu auras besoin de force intérieure pour les vaincre, plus que de la force physique nécessaire à combattre l’Affameur, par exemple.

Elle repensa au Désolateur…ce qu’elle avait ressenti en le combattant était immonde. Elle craignait que ces deux là ne soient pires.

Leurs pas les menèrent à l’entrée du palais. Des cadavres jonchaient le sol. Les créatures étaient passées par là, et la population locale, des êtres pacifiques et éclairés, s’étaient fait massacrer.
Nadia remarqua, à son grand dégout, que certains morts semblaient s’être tués entre eux, à la vue des cadavres emmêlés, griffés jusqu’au sang.
-Que s’est-il passé ?
-Le travail de l’Execrateur. Il les a poussés à s’entretuer.

Elle comprit que ce cauchemardesque Officier avait le pouvoir de susciter la haine chez ses victimes. Suffisamment pour qu’une mère étrangle son propre enfant !
L’angoisse l’étreignit, malgré ses exploits passés. Elle chercha l’étranger du regard, son ami fidèle, et ne le vit pas. Il n’y avait que des morts, du sang, plus aucune vie. Le chant des oiseaux avait disparu, même le bruit du vent s’était tu. Le monde était figé, mort.

Un guerrier à l’armure anguleuse et agressive était apparu. Son visage était caché par un sombre heaume et à sa main droite pendait un fléau d’armes aux pointes tordues et rouillées. Un bouclier massif protégeait son flanc gauche.
Elle ne pouvait attendre aucune aide de qui que ce soit. Elle était seule contre ce scélérat et elle voyait bien que sa fine épée n’était pas de taille à lutter.
-Etranger !
Le mystérieux voyageur qui était apparut dans sa vie sans crier gare pour devenir son plus proche compagnon avait disparu, et elle réalisa qu’elle ne connaissait même pas son nom !
Il lui manquait tellement, en cet instant, que cette pensée la tortura.

Le fléau s’abattit avec un grincement de métal rageur !
Il s’en était fallu de peu !
Son bras était lacéré par le fer abject de l’Isolateur, et saignait abondamment.

-Walter !

Comment connaissait-elle son nom ? Elle l’ignorait, mais en cet instant, elle avait tellement eu besoin de lui, qu’elle l’avait su.
Le monde changea de teinte, et elle perçu l’étranger à ses côtés. Il n’avait cessé d’être, comprit-elle, sinon depuis longtemps déjà, l’Officier lui aurait-elle ôté la vie.

Elle frappa d’un large mouvement que ce dernier ne pouvait que parer, mais ce faisant, il ouvrit sa garde et permit à Walter de placer une estocade. Le métal ripa longuement sur le plastron mais enragea l’ennemi, qui faucha de son arme, sans prudence. Déséquilibré, il pivota trop sur lui-même pour rétablir son assise, et Nadia, revigorée, bondit lestement pour planter sa lame sous le gorgerin, perçant le cou de l’Officier.

Une vague de rage l’envahit, la fureur du combat, l’âpreté du sang !
L’Etranger ! Oiseau de malheur, depuis ta venue, le monde dépérit, le Mal se répand, c’est ta faute !
Elle frappa de toutes ses forces, taillant et piquant, criant sa colère à chaque pas franchi !
Walter esquiva tant bien que mal, dépassé par la vigueur de l’assaut.
-Meurs !
L’étranger chuta dans l’herbe, et son sang se répandit sous lui, faisant rougir la terre, comme si le sol saignait…la corruption.
-Le sang que j’ai fait couler a corrompu le monde !
Elle se réveilla à temps, alors que l’Execrateur s’approchait avec un air déçu. Il était grand et puissant, son armure graisseuse ressemblait à un amoncellement d’os et de chair pourrie. Il portait une longue cape déchirée et sale, et tenait une longue faux dont la seule lame pouvait bien mesurer autant que Nadia.

-Walter !
Elle se pencha sur l’étranger, touché à l’épaule.
-Je survivrai…si tu peux l’arrêter…Seule.

Elle se tourna vers son adversaire, qui armait déjà un coup dévastateur. Son arme était si massive qu’aucune parade ne pourrait l’arrêter, aucune esquive la mettre hors de portée.
La hampe bougea avec lenteur, mais Nadia pouvait deviner la monstrueuse masse de l’embout…
Elle avança d’un pas vif et donna toute sa force dans un coup de tranchant, qui sectionna la hampe ! Emporté par son élan, le fer de la faux vola en tournoyant, sans la toucher.

L’Officier resta interdit un instant, dans une attitude grotesque, à regarder son arme brisée. Ce temps mort fut mit à profit par la jeune guerrière pour frapper à hauteur de jambe et arracher un hurlement de douleur au monstre.
Un genou à terre, il ne peut que geindre en voyant le coup de grâce s’approcher. Le coup entra à plat par la visière et tua le dernier Officier de la Porte.

Ils n’eurent pas besoin de parler, après cette bataille. L’épreuve avait été terrible, et Nadia était transfigurée à jamais. Walter n’avait rien à lui reprocher, elle avait résisté au sortilège comme nul autre, et désormais, il ne restait que l’ultime combat, qu’elle devrait mener seule.

Malgré leurs blessures, ils montèrent au sommet du palais, d’où l’on pouvait voir à des lieues : l’Arbre Millénaire, la Grande Cascade, et aussi…la Porte.

Ils laissèrent venir la nuit et dormirent sur le toit du monde.

La marche vers la Porte fut également silencieuse, mais des tas de questions brûlaient déjà les lèvres de Nadia. Walter, lui, était curieusement triste.

Et la Porte fut là, devant eux, flamboyante et ténébreuse.
-Walter ?
-Oui ?
-Qui est tu ? Pourquoi es-tu venu me chercher ?
-Tu le sais, je suis venu te chercher pour que tu franchisses cette porte. Tu fois le faire.
-Tu sais que je le ferai.
-Je l’espère, je me suis donné beaucoup de mal. Mais oseras-tu quitter ton pays pour celui du Mal ? Tu ne sais même pas si tu pourras revenir ?
-Tu me teste encore ? Je le ferai, rien ne m’arrêtera désormais !
L’étranger sourit avec un air machiavélique.
-Une créature apparut aux pieds de l’étranger, étrangement calme.
C’est alors qu’elle prit conscience du changement. L’étranger avait changé subtilement d’apparence. D’autres créatures en provenance de la porte s’agenouillaient devant lui.
-C’est moi qui ai lancé l’invasion, Nadia. Moi qui ai invoqué créatures et Officiers pour anéantir ton village, tes amis.
-Quoi ?
-C’est moi qui tu trouveras de l’autre côté de la porte. Moi que tu devras combattre.
Son cœur se révolta : c’était impossible ! Son ami, son seul ami, voilà qu’il la trahissait !
-Mais pourquoi ? Pourquoi ?!
-Et si tu ne viens pas, je relancerai mes armées, jusqu’à ce que tu aies le courage de franchir la Porte et de te battre.
-Tu es fou !
Il franchit la porte avec un dernier regard, emprunt de tristesse. Elle aurait même dit qu’il avait la larme à l’œil.

Elle jeta un regard derrière elle. Son beau pays était dévoré par le Mal. Cette affreuse angoisse d’être seule s’avérait une réalité. Seule elle était, et seule, elle devait maintenant faire son choix.
-S’il le faut, je te combattrai.
Elle franchit la porte, armée d’une volonté inflexible.


-Je vais le foutre dehors !
-Papa, calme-toi…
-Non ! Ce putain de charlatan te vends des illusions, Leila ! Ca suffit, on a pas à subir ça !
-Papa…ne fais pas ça.
Il ne l’écoute pas. La porte s’ouvre violemment. L’américain est prostré, les yeux cernés, à côté du lit.
-Qu’est-ce qu’il fout, en plus, ce connard de medium ?
-Papa !
Il attrape le col de l’américain le poing vibrant de colère.
-On est en deuil, espèce d’ordure, rapace !
Soudain réveillé, il articule faiblement un mot…
-She’s coming back…
-Arrête, papa, il essaie de dire quelque chose !
-She’s coming.

Nadia ouvre un œil.
-Papa ! Regarde !
-Nadia, ma chérie, tu es là ? Tu nous entends ?
-Docteur, venez voir, elle est sortie du coma.

Tout lui revient. L’accident, le sang. Son départ pour le beau pays. Elle ne voulait jamais revenir.
-Walter ?
-I’m here, Nadia.
-Do I really have to fight you, Walter?
-No my friend, it’s okay, I had to lie so you’d cross the Gate. Your only fight now is to strive through this life in the old world. Welcome back, Nadia.

FIN


Pour les jurés non Anglophones : La fin en VF


-Je vais le foutre dehors !
-Papa, calme-toi…
-Non ! Ce putain de charlatan te vends des illusions, Leila ! Ca suffit, on a pas à subir ça !
-Papa…ne fais pas ça.
Il ne l’écoute pas. La porte s’ouvre violemment. L’américain est prostré, les yeux cernés, à côté du lit.
-Qu’est-ce qu’il fout, en plus, ce connard de medium ?
-Papa !
Il attrape le col de l’américain le poing vibrant de colère.
-On est en deuil, espèce d’ordure, rapace !
Soudain réveillé, il articule faiblement un mot…
-Elle revient…
-Arrête, papa, il essaie de dire quelque chose !
-Elle arrive.

Nadia ouvre un œil.
-Papa ! Regarde !
-Nadia, ma chérie, tu es là ? Tu nous entends ?
-Docteur, venez voir, elle est sortie du coma.

Tout lui revient. L’accident, le sang. Son départ pour le beau pays. Elle ne voulait jamais revenir.
-Walter ?
-Je suis là, Nadia.
-Est-ce qu’il faut vraiment que je te combatte, Walter?
-Non, mon ami, tout va bien. Il me fallait mentir pour que tu franchisses la Porte. Ton seul combat maintenant sera de t’efforcer de continuer à vivre dans le vieux monde. Bienvenue à la maison, Nadia.



FIN



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Enfin mon nom de domaine :D
http://www.overzaz.com


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