Il suffira d'un Cygne...

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[PLC 2007] De seuil en seuil a été posté le : 27/10/07 12:28
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Nb : bande-originale facultative :
Massive Attack - Teardrop ("De Mari à Ambre")
Plaid - Eyen ("La plongée de Mari")
Porcupine Tree - .3 ("Insurrections")
Porcupine Tree - Collapse the light into earth ("Ouvrir d'autres portes")
A savoir aussi, pour ceux qui ont lu les autres textes d'Outremonde, qu'ils pourront s'amuser à détecter des personnages ayant déjà apparu sous une forme ou une autre dans des textes antérieurs...
Bonne lecture à tous et n'hésitez pas à me confier vos impressions !
***
De seuil en seuil
Au Nord de Paris
(« Au-dessus »)
25 Avril
- Alors Mari, tu fais quoi après le certif’, finalement ?
- Mmh, chépa…
Les deux filles étaient à l’arrêt de bus. Sara proposa un chewing-gum à Mari, qui l’accepta de bon coeur. Les examens du certifat de second cycle allaient commencer dans un mois et demie, et les deux élèves de Terminale n’avaient pas commencé à réviser. A quoi bon, puisque ce diplôme de passage n’était que la première pierre d’un chemin rempli de galères.
L’université. La fac de quoi, d’ailleurs ? Marielle n’avait pas envie de penser à tout ça, malgré l’insistance de son père.
Leur échange s’arrêta quand le bus arriva. Les deux amies se saluèrent d’un signe de main, puis Mari monta dans le véhicule et s’installa sur un des sièges à l’arrière. Elle piqua du nez par trois fois, avant de descendre au bon arrêt et de franchir la porte de chez elle. En attendant le retour de son père, elle se réchauffa un goûter au micro-ondes, qu’elle mangea devant la télé. Ils passaient une série romantique un peu débile, que Mari aimait bien regarder « comme ça ». Elle laissa ses pensées vagabonder d’elles-mêmes.
Elle ne savait pas ce qu’elle allait bien pouvoir faire pour ses dix-huit ans, cet été. Quels chapitres d’économie allait-elle mettre dans la case « impasse » pour les révisions ? Ce qu’il était tout de même mignon, le petit mec qui jouait le livreur de journaux, à la télé. Sa mère serait-elle fière d’elle ?
D’un coup, l’image de l’appareil se brouilla et le son se mit à grésiller légèrement. Des interférences, avec le câble ?… La jeune fille sursauta quand elle vit une image se former, devant elle, à côté du téléviseur à écran plat. Elle en avait failli renverser du chocolat fondu sur sa chemise blanche. Qu’est-ce que c’était… Un hologramme ?
Mais l’hologramme, ou ce qui y ressemblait, paraissait la voir. Il avait la forme d’un jeune homme d’environ vingt-cinq ans, avec des cheveux roux en bataille. Ses vêtements élimés étaient bizarres et avaient l’air d’un autre âge. Sûrement du siècle dernier. L’image en elle-même était légèrement floutée, avec des couleurs ternes et poussiéreuses.
Mari cligna plusieurs fois des yeux, mais l’inconnu translucide restait bien là, en face d’elle. Encore plus étrange, ses yeux gris semblaient lui sourire.
Est-ce que tu me vois ?
Il avait ouvert la bouche pour parler, mais ses mots se déversaient directement dans l’esprit de la jeune fille. Second sursaut. Elle pouvait dire adieu à son chemisier.
Elle eut une réflexion à la con l’espace d’une seconde, quand elle se demanda si elle n’avait pas pris des substances hallucinogènes à son insu.
- Qui… Qui es-tu ? prononça-t-elle tout en essayant de savoir si tout ceci était réel.
A peine avait-elle parlé qu’elle vit un sourire chaleureux se dessiner sur le visage du jeune homme. Jamais elle n’avait vu autant de joie dans un sourire, surtout venant de la part d’un inconnu… Ou plutôt, d’une apparition.
Je m’appelle Markus…
Puis peu à peu, l’image se mit à s’estomper dans l’air.
- Attend ! cria-t-elle.
Mais bientôt, l’apparition ne fut plus qu’un souvenir, et la télé fut libérée de ses soubresauts. Elle diffusait à présent une page de publicité. Mari resta immobile plusieurs minutes, tandis que sur la cent-troisième chaîne étaient vantés les mérites d’un nouveau produit nettoyant. Elle baissa le regard vers la tache de chocolat fondu. C’est ce qui la décida à poser son assiette sur le bar de la cuisine, et à aller dans sa chambre pour se changer.
Quand son père rentra du travail, elle lui fit une bise sur la joue et lui demanda s’il avait passé une bonne journée.
30 Avril
- C’est pas vrai, j’y arriverai jamais ! grommela-t-elle accoudée à son bureau.
Les maths, ça n’avait jamais été son truc. Et les intégrales, encore moins. Tant pis pour la mention. Pour ce que ça valait, de toute manière…
Elle se pencha en arrière, son dos appuyé contre le dossier de sa chaise à roulettes. C’était son père qui lui en avait fait cadeau. Ca faisait rétro, c’était lui qui le disait. Elle l’aimait bien son père, même s’il avait souvent l’air dans son monde. A moins qu’elle aussi, après tout…
Il lui fallait une pause. Non, mieux, il fallait qu’elle dorme. De toute manière, si elle voulait réviser le lendemain matin, une bonne nuit de sommeil allait être nécessaire. Elle alluma la radio, puis alla dans la salle de bain pour se brosser les dents et faire sa toilette du soir. De retour dans sa petite chambre, elle enfila sa chemise de nuit en coton molletonné rose pâle, puis se réfugia sous sa couverture. Au bout de quelques minutes de slow langoureux, elle se pencha vers sa table de nuit pour éteindre le radio-réveil et la lampe de chevet. Quand elle se retourna, elle faillit bondir de son lit. Dans le coin de sa chambre, dans l’ombre, se tenait une silhouette familière, cette fois assise en tailleur.
- M-Markus ? chuchota-t-elle. Je ne rêve pas ?
Le jeune homme, qui jusqu’alors avait une expression plutôt grave, se mit à sourire avec un air mi-ému, mi-amusé.
Tu ne rêves pas. Je suis bien réel. Mais tu dois être la seule à me voir, je crois.
- Qui es-tu ? Une sorte de… fantôme ? Ou alors je deviens schizophrène ?
Elle l’entendit rire dans sa tête, et instinctivement, elle voulut rire elle aussi.
Je ne pense pas que tu sois malade psychiquement. Et oui, on peut dire que je suis… mort. Mais je ne suis pas une âme en peine. Je me porte très bien, merci.
Le regard de Markus était en décalage avec son apparence générale. Alors que celui-ci avait l’air de ne pas dépasser les trente ans, son regard gris trahissait le poids de bien des décennies.
Quel est ton nom ?
- Mari. Qu’est-ce que tu me veux ?
Te connaître. T’apporter des connaissances.
- Des connaissances sur…
Sur le monde en général. Sur l’autre côté du seuil, en particulier.
- Pourquoi ? Et pourquoi moi ?
Pourquoi toi ? Parce que tu as l’Oeil. Pourquoi ? … Parce qu’il est de mon devoir de le faire.
- Je ne comprend pas…
Chaque chose en son temps. Tu es jeune.
Brusquement, ses paupières devinrent incroyablement lourdes. Elle était à présent épuisée, et sombra soudainement dans un sommeil profond. Juste avant de s’endormir, elle entendit comme dans un rêve, une voix chaleureuse lui murmurer :
Ne t’inquiète pas, je sais maintenant comment te retrouver…
Mai - Juin
Les beaux jours étaient enfin bien présents, et la chaleur se faisait presque étouffante. Les soirées de révisions au calme se succédaient, alors que Mari souhaitait juste les passer avec ses amis dans une ambiance festive. Peu à peu, elle s’était habituée aux interventions de Markus dans sa vie quotidienne. Tous les deux ou trois soirs, il venait la saluer, comme on rendait visite à un vieil ami, à l’improviste. Elle s’est mise à attendre avec impatience ces courts moments. Quand elle séchait sur une dissertation, il lui glissait deux-trois idées en tête, mais c’était toujours elle qui les développait. De temps en temps, elle voyait qu’il semblait préoccupé par quelque chose, et quand il disparaissait dans l’atmosphère de façon un peu trop rapide, elle s’inquiétait pour lui. Jusqu’à sa prochaine apparition.
Markus lui conseillait parfois de lire des livres sur l’occulte, le spiritisme, les théories religieuses et spirituelles en général, mais toujours avec un recul suffisant.
Au fil des conversations, elle apprenait des choses en filigranne. Markus disait que de là où il venait, les choses n’étaient pas ce qu’on imaginait. Pas de paradis, pas d’enfer. Mais un monde assez sombre, où rares étaient les gens vraiment heureux.
- Pourquoi tu me dis tout ça ? demanda Mari, alors qu’elle se promenait dans le parc du centre un dimanche après-midi.
Parce que quelqu’un doit savoir.
- C’aurait pu être n’importe qui d’autre, alors ! murmura-t-elle. Je ne sais même pas si je suis une sorte de medium, car je ne vois que toi. Mais tu aurais pu choisir quelqu’un d’autre. Je ne sais pas moi, une voyante plus expérimentée, et pas une bête gamine qui prépare son certif !
Je ne vais pas te faire des discours comme quoi tu serais une Elue. Tout ce que je peux te dire, c’est chaque chose en son temps. J’apprend à te connaître. J’apprend à devenir ton ami, mais aussi, en quelque sorte, ton mentor.
- Mon mentor ? Mais mentor de quoi ? fit-elle en élevant la voix.
Elle s’interrompit quand elle vit deux ou trois visages de badauds se tourner vers elle, l’air interloqué. Quand elle reprit la parole, elle accéléra le pas et ne prononça que des chuchotements.
- Et qui me dit que tu n’es pas qu’une… qu’une sorte de démon, ou un mauvais esprit qui veut m’influencer ? Tu crois que je peux donner ma confiance en n’importe qui ? Et encore plus à n’importe quelle apparition venue de je ne sais où ?
Markus baissa les yeux, puis releva les paupières avec un sourire triste.
Je ne te cacherai pas que selon certains points de vue, on peut me considérer comme faisant partie des méchants. Mais tu peux être sûre d’une chose. Tout ce que je fais, je le fais pour être en accord avec mon âme et ma conscience. Rappelle-toi de ça.
A peine finissait-il de parler qu’il s’estompa.
Elle ne se sentit jamais aussi seule que lorsqu’il disparut cette fois-ci.
Juillet
- Tu es sûre que c’est ce que tu veux ?
- Oui. Enfin, je crois…
Le père de Mari avait du mal à cacher son inquiétude. Après tout, qui ne veut pas le meilleur avenir pour ses enfants ?
- Tu as conscience que, si un jour tu deviens prof d’histoire, tu vas devoir faire face aux quolibets ? Comme c’est le cas pour moi, quand je sors de mes cours de français ?
Elle hocha la tête.
- J’ai envie de m’instruire comme ça. De comprendre le monde tel qu’il est, et tel qu’il a été. Et j’ai besoin de comprendre comment vivaient et pensaient les gens, avant.
- Mais… Et l’économie, le commerce ?
- J’avais pensé faire ça à un moment, car je voulais avoir un bon statut dans la société, avoir un peu d’argent. Mais maintenant, je ne sais plus… Je me dis qu’il n’y a pas que ça…
- Soit… Alors je te laisse remplir le dossier, puisque tu as l’air décidée… J’espère juste que ce n’est pas un coup de tête.
Elle prit le stylo noir, et remplit le formulaire de demande d’inscription à la faculté d’Histoire.
Etrange. Au départ, elle n’avait pas vraiment envisagé de faire les mêmes études que sa mère en son temps.
Août – Janvier
L’été se passa sans encombre. Sara avait choisi de faire de la sociologie, dans le même campus que Mari. A défaut d’aller en cours ensemble, elles allaient pouvoir se croiser dans les couloirs des mêmes bâtiments.
Se succédaient soirées entre amis, sorties au cinéma, après-midis tranquilles à manger des glaces sous un froid de canard… Son anniversaire, Mari le passa au bowling. Et il était inutile de préciser qu’elle eut le plus mauvais score parmi tous les invités.
Markus venait lui rendre visite de temps en temps, surtout le soir et la nuit. Et quelques fois, lors de ses promenades solitaires au bord du lac. Elle avait pris progressivement l’habitude de se confier à lui. Au moins, elle était sûre qu’il ne divulguerait aucun de ses secrets. Elle se rappelait parfois de certains de ses dires, sur le fait qu’il pouvait être vu comme étant néfaste. Mais dans ce monde-ci, le monde des vivants, beaucoup de personnes étaient vues comme telles par la plupart des gens, sans l’être pour autant. Même son propre père se faisait traiter de profiteur du système.
Un soir, Markus parla à Mari de méditation. Elle écoutait ses dires avec attention, mais se demanda si tout de même, il n’y avait pas un risque. Elle avait lu que certains esprits pourraient tirer parti de cela pour lui causer des ennuis.
Tu as raison, il y a un risque. Mais on peut se mettre d’accord sur ceci : je serai toujours à tes côtés quand tu t’entraîneras. Si par malheur un esprit passait par là dans le but de t’avoir, je te défendrai becs et ongles. Je te le promets.
Elle le regarda et parut réfléchir. Elle hocha enfin la tête, prête à prendre le risque.
- D’accord. Tu m’apprends comment faire, et tu restes avec moi quand je le fais.
Je pourrai te donner des conseils, mais pas te guider. Ce sera à toi de tracer ton chemin. La seule chose que je peux te dire en général, c’est de faire confiance en ton intuition.
Son intuition. C’était uniquement grâce à cela qu’elle avait confiance en ce spectre qu’elle apprenait à connaître.
Au fil des mois, peu à peu, Mari parvenait à méditer de mieux en mieux. Parfois, elle stagnait dans sa progression et voulait tout plaquer. Mais c’étaient les instants de soubressaut où elle sentait que quelque chose se passait, qui la maintenaient dans sa quête. Et à chaque fois, quand elle émergeait de sa léthargie, parfois étourdie par ce qu’elle avait vécu, elle voyait le visage serein de Markus. Et elle savait qu’il avait veillé sur elle.
Un après-midi d’octobre, Mari voulut se confier à lui.
- Markus… Je n’ai pas voulu te le dire à ce moment-là, mais… Il s’est passé quelque chose la dernière fois que j’ai médité. J’ai fait comme tu m’as dit, j’ai fait le vide comme d’habitude, et… Je crois que j’ai vu certaines choses. Ou plutôt, c’étaient des impressions…
L’image de Markus se brouilla un peu, avant de redevenir nette. Le jeune homme fronçait des sourcils.
Quelles sortes d’impressions ?
- Comme si… Comme si ma chambre était sans meubles, avec des fissures dans les murs… Une sensation d’angoisse, d’obscurité…
Au fur et à mesure qu’elle tentait de traduire en mots les idées furtives qui s’échappaient de son esprit, elle se demanda si elle avait raison d’en parler à Markus. Celui-ci, d’ailleurs, semblait en pleine réflexion.
Je vois. Je ne peux pas encore tout t’expliquer, il est trop tôt pour ça. Mais il va falloir que tu puisses te défendre, sans que je sois forcément là. Je vais t’aider, mais tu risques de me détester.
- Et pourquoi ça ? demanda-t-elle, en essayant de dissimuler sa crispation.
Parce que ce sera à toi de repousser mes tentatives d’intrusion.
- Quoi ?!
Jamais je ne te ferai du mal.. Mais d’autres pourraient le faire, si tu continues à voir ce que tu arrives à voir. Et je ne pourrai pas de protéger, cette fois. Tu dois avant toute chose apprendre à te défendre, mentalement parlant. Et je suis le seul qui puisse simuler… l’attaquant.
Les trois mois qui suivirent furent consacrés à l’apprentissage de la défense mentale. Des moments que Mari, par la suite, a toujours pris soin d’occulter.
Les jours et les semaines se succédaient, et plus Markus se matérialisait devant elle, plus elle avait envie de ne plus le voir apparaître. Il était devenu intransigeant et loin d’être tendre.
Si tu ne parviens pas à me repousser, alors d’autres réduiront ton esprit en miettes.
Elle sentait poindre une présence en elle. Elle la repoussait. Il réitérait, plus profondément. Elle se retranchait un peu plus. Formait des barrières. Les barrières tenaient. Se brisaient. Epuisée, elle laissait percer ses dernières défenses. C’était un jeu. C’était plus qu’un « jeu ». Trouver la faille. Résister, esquiver. Se faire pardonner après avoir gagné. Garder sa dignité. L’atteindre à l’usure. Puiser dans ses dernières forces.
La confiance qu’elle portait en lui se détériorait souvent, mais ses paroles rassurantes la plongeaient dans le doute. Il y avait constamment en elle ce balancement ivre entre une ferveur innocente et un dégoût toujours plus profond. Elle avait envie de hurler, de le chasser. Elle avait envie qu’il la console.
De plus en plus abrutie par la fatigue mentale, au pied du mur, elle continuait de tisser lentement ses défenses. Elle éludait les questions de son père, qui lui demandait si tout allait bien. Le soir, en rentrant de la fac, elle ne mangeait quasiment rien et s’enfermait dans sa chambre, plongée dans ses livres. Elle était devenue épuisée et agressive. Un jour, elle se sentait investie d’une mission, d’un vœu d’élévation. Le lendemain, elle accusait Markus de la manipuler pour une raison obscure.
- Je ne te reconnais plus, dit-elle un jour, en larmes. Tu me réduis en miettes, puis tu te penches sur moi pour me réconforter ! Je ne peux plus vivre comme ça, j’ai en marre !
Je… Je suis obligé de te faire ça, Mari. Tu dois être la mieux préparée…
- Préparée pour quoi ? coupa-t-elle. Prête pour quoi ? Tu n’as que ça à la bouche, Markus ! Qui te dit que tu ne t’es pas trompé ? Que je ne sois pas assez forte pour… pour servir je ne sais quels intérêts ? Rien n’est gratuit pas vrai ? Pourquoi tu perds ton temps avec moi, bordel ? Qu’est-ce que tu attends de moi ?
Je ne veux pas qu’il t’arrive malheur. Que tu sois désarmée face à ce qui peut t’attendre. Si tu as pu voir ce que tu m’as décrit, alors tu dois pouvoir te défendre seule.
- Alors je n’ai qu’à tout laisser tomber. Tu vas me prendre pour une lâche, mais j’ai le droit de vivre ma vie, comme tout le monde ! Il suffit que je ne médite plus. Et que je ne te voie plus, aussi. Comme ça, plus de problème, hein ?
L’image de Markus parut se brouiller devant elle. Il semblait préoccupé, mais elle ne saurait dire s’il avait réellement écouté ses dernières paroles.
Attends. Je crois qu’il se passe quelque chose. Je reviens te parler.
Il se dématérialisa à la hâte.
Seule, elle regardait le vide devant elle, en essuyant ses sanglots, les yeux écarquillés.
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Dernière mise à jour par : Swan le 29/10/07 10:56
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-------------------- Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)
Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] De seuil en seuil' a été posté le : 27/10/07 19:20
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Janvier – Avril
Il avait disparu pour de bon.
La vie avait repris son cours.
Mari réussit ses premiers examens de milieu d’année, de justesse. Elle avait repris les études avec plus d’assiduité après le départ du spectre. Son quotidien se partageait entre la fac, les quelques moments de complicité avec son père, et les sorties avec Sara. Sara, d’ailleurs, avait un nouveau petit ami depuis février, et s’étonnait souvent que Mari ne sorte avec personne. Face à ce genre de questions, la jeune fille éludait la plupart du temps. Ces derniers mois l’avait rendue plus encline aux secrets.
Mais plus les semaines passaient, plus le temps devenait clément, et plus Marielle s’interrogeait. Le souvenir de Markus lui revenait souvent en tête. Elle se rappelait de sa présence rassurante, quand elle séchait sur une dissertation sur le Front Populaire. Lui était-il arrivé quelque chose ? L’avait-on attaqué, dans l’endroit même d’où il venait ? Il était parti de façon si précipitée…
Le mois de mars touchait pratiquement à sa fin, et Mari n’avait eu aucun signe de Markus. Elle dut se rendre compte de l’évidence : il manquait manifestement quelque chose à son quotidien. Comme si cette pause de trois mois qui s’était imposée à elle n’avait que trop duré, et que la jeune femme tournait à présent en rond.
Un jour, au détour d’une vieille ruelle, elle entra dans une librairie ésothérique et s’acheta un jeu de tarot divinatoire. Quand elle rentra chez elle, elle eut l’impression que ses pas étaient plus légers. Pendant plusieurs jours, elle se familiarisa avec les cartes et leurs significations. Le jeu en lui-même n’était pas spécialement ouvragé, mais la jeune femme aimait s’habituer à les manier. Puis, quand elle se sentit prête, elle fit quelques essais.
Elle se rendit vite compte qu’une partie du processus n’était pas si différente de ce que Markus lui avait appris. Elle devait se rappeler de toutes les cartes, et de leurs différents niveaux de lecture. Mais elle sentait aussi que son intuition la porterait, et lierait les significations entre elles, pour une lecture plus globale.
Elle prit une grande inspiration, avant de se lancer. Parmi les cartes, celle du bateleur, de l’arcane sans nom, et de la papesse. Le regard de Mari allait d’une image à l’autre, et des impressions diffuses vinrent à elle.
« Utilise tes dons avec prudence et dans le secret. Ou alors danger de mort, de basculement. Plonge dans ton passé, ou dans le passé. Figure maternelle lointaine. »
Quand elle descendit vers le salon, elle retrouva son père, les yeux rivés sur l’écran de télévision. Il tourna la tête vers elle, l’air inquiet.
- Regarde ma chérie, souffla-t-il. Ca recommence…
Elle s’asseya à côté de lui, sur le canapé bleu. Blottie dans les bras de son père, elle regarda les informations, écoutant les commentaires sans vraiment comprendre ce qui se passait.
21 Avril
Elle planchait sur un livre qui portait sur l’économie européenne à l’époque médiévale. Ce n’était pas ce qui la réjouissait le plus, mais elle devait bien le faire. Son petit radio-réveil crachottait une chanson un peu trop suave pour elle, mais elle écoutait ça en fond musical. D’ailleurs, il devait y avoir quelques interférences… Elle repensa à son tirage de cartes de la semaine passée. Et à ce qui se passait dans l’actualité politique. Qu’allait-il se passer, à présent ?
M… Mari ?
Elle sursauta à en laisser échapper son criterium. Puis jeta un coup d’œil derrière elle. Markus. Elle ne put s’empêcher de sourire chaleureusement.
- Tu… Tu es revenu, murmura-t-elle.
Oui.
Elle le regarda un peu mieux. Quelque chose avait changé en lui ; non pas dans son apparence, mais dans l’expression de son visage. Il semblait plus vieux, comme un peu plus émacié. Plus livide, aussi.
- Que s’est-t-il passé ? fit-elle en fronçant les sourcils.
Elle ressentit comme une onde glacée et triste. Les paroles mentales de Markus étaient toujours accompagnées d’une once d’émotion…
Je ne peux pas t’expliquer. Mari… S’il y a une chose que j’ai toujours voulu, c’est que tu apprennes les choses de toi-même. Que tu voies ce qui se passe de tes propres yeux. Et après seulement, tu pourras te faire une opinion.
- De quoi tu parles ?
Je parle de ta capacité à visiter l’Outremonde, à partir de la méditation.
- Tu… Tu veux dire que…
Tu as ce qu’on appelle l’Oeil d’Ambre. Etre medium et voir les spectres comme moi dans ce monde, est une chose. Mais être capable de voir de ses propres yeux ce qu’est l’Outremonde, en est une autre.
Visiblement, Markus avait changé de sujet pour se centrer sur Marielle plutôt que sur lui La jeune femme le sentait bien, mais ne voulait pas insister sur la raison de l’absence du spectre.
Elle sursauta à nouveau quand elle entendit son père toquer à la porte de sa chambre. Elle eut juste le temps de voir le spectre s’effacer.
- Tout va bien ma chérie ?
- Euh, oui papa. Ca va.
- Tu descends manger ? Le repas est prêt.
Effectivement, elle sentit l’odeur des pâtes assaisonnées depuis le rez-de-chaussée.
Mai – Janvier
Marielle eut moins de difficultés à passer ses épreuves de second semestre. Markus l’avait même aidée à réviser ce qui lui restait à travailler. Mais le véritable chantier qui s’ouvrait devant elle, était le projet d’aller visiter l’Outremonde.
Elle reprit plus intensément les méditations, sous l’œil attentif de son protecteur. Elle s’aperçut vite qu’elle était face à un mur qui allait être difficile à franchir.
C’est normal. Le monde des vivants est essentiellement matériel. Il y a beaucoup plus de carcans à l’expression de l’esprit pur. Mais une fois que tu auras franchi le seuil pour aller dans l’Outremonde, tu auras moins de contraintes… Mise à part celle de ne pas te faire repérer…
Les mois se succédaient, et les deux personnes se rapprochaient, se confiant l’une à l’autre, entre deux séances d’entraînement. La confiance se regagnait peu à peu.
A côté de cela, le quotidien continuait. Les cours à la fac se succédaient, et la jeune femme s’interessait de plus en plus à l’histoire des pensées et celle de la théologie. Dans les couloirs de l’université, les discussions se faisaient plus politiques. Sara avait largué son copain à la fin des examens et passait à présent son temps dans les cafés, à lire la presse internationale.
La vie continuait, entre les maigres séances de shopping, les sorties dans les bars, les études et l’actualité. Marielle voyait souvent son père en coup de vent, et s’enfermait la plupart du temps dans sa chambre, afin de méditer le plus possible. Elle ne remarquait pas le regard à la fois inquiet et bienveillant qu’il jetait sur elle quand elle quittait la maison ou rejoignait sa chambre. La présence de son père, constante et discrète, l’accompagnait sans même qu’elle ne s’en rende compte.
Elle avait réussi sa première année d’Histoire. Elle avait fêté ça avec quelques amis, autour d’une bière ; mais elle avait l’esprit ailleurs. Vers un avenir où elle comprendrait enfin pourquoi elle avait pour ami et confident un spectre dont elle ignorait pas mal de choses. Un avenir où elle verrait enfin de ses propres yeux ce que Markus voulait lui montrer.
Elle fêta ses dix-neuf ans tranquillement chez elle, en petit comité. Sara lui offrit un petit pendentif en pierre de lune, en forme de goutte. Il faisait beau ce jour-là, pour un mois d’août. La rentrée pour sa seconde année de licence allait bientôt commencer.
Un soir de janvier, alors que Marielle s’apprêtait à s’endormir, Markus observait les livres dans la petite bibliothèque de sa chambre. Il s’agenouilla devant l’étagère la plus basse.
Tiens, tu as essayé le jeu de tarot ?
- Oui… C’était pendant que tu n’étais pas là. Je me suis occupée…
Elle se retourna dans ses couvertures, en proie à des doutes.
- C’est drôle, maintenant que j’y pense… Un des tirages les plus marquants que j’ai fait, c’était celui qui m’avait parlé de mes dons…
Elle se retourna à nouveau, et était à présent allongée en chien de fusil.
- Dis Markus, tu crois qu’être medium peut être héréditaire ?
Je n’en sais rien. A mon avis c’est possible, mais pas automatique. Pourquoi, à quoi tu penses ?
- Je me demande si ma mère… n’était pas une medium, elle aussi. Je veux dire… J’ai vite occulté ça, mais dans mon tirage de cartes… Je crois que la papesse pouvait représenter maman.
Tu… Tu ne m’as jamais dit exactement comment elle avait disparu.
- Elle est morte quand j’avais trois ans. Ecrasée par un camion. Enfin, c’est ce que papa m’a toujours dit.
Elle se redressa sur son lit.
- Allez viens, Markus. On y va.
Elle enfila ses chaussons et quitta sa chambre. Il devait être une heure du matin ; son père était déjà couché, épuisé après avoir corrigé deux fichiers de copies. Interloqué, le spectre suivit la jeune femme en silence, qui se dirigeait vers le salon au rez-de-chaussée.
Ses pas déterminés la menèrent devant un vieux secrétaire, dans le coin de la pièce. Ce meuble poussiéreux semblait ne pas avoir été utilisé depuis des années. Elle chippa la clé dans le tiroir d’une commode, sous des tonnes de documents administratifs. Elle l’inséra dans la serrure du secrétaire puis ouvrit le meuble de sa mère. Ca sentait le renfermé.
Elle tomba sur quelques bibelots et des papiers sans importance. Il y avait même de vieux tickets de caisse, datant de plus de seize ans… Puis elle trouva quelque chose. Une feuille de papier blanche, avec une écriture au stylo bille noir, pas si facile que ça à déchiffrer.
Dès les premières lignes, Marielle eut comme une boule au creux du ventre. Elle s’asseya par terre en lisant les écrits d’une mère qu’elle avait quasiment oubliée. Markus s’agenouilla auprès d’elle. Elle aurait voulu, à cet instant précis, qu’il soit matériel. Et qu’il puisse la prendre dans ses bras.
Janvier - Avril
Environ une nuit par semaine, elle descendait en catimini les escaliers qui la menaient vers le secrétaire. Parfois avec Markus, parfois sans lui. Il n’était pas toujours disponible, malheureusement… Elle se demandait en quoi consistait la vie de son ami, une fois revenu « en dessous ».
Plus elle fouillait, plus elle decouvrait des éléments sur ce que faisait sa mère. Celle-ci fréquentait régulièrement un café discret appelé « Les salons d’Hécate ». Marielle sut rapidement qu’il s’agissait d’une façade, menant à un réseau d’occultistes. Avec un nom pareil pour le café, c’était plutôt facile à deviner.
Sa mère avait écrit sur des feuilles volantes des notes personnelles, des poèmes où lire entre les lignes, et un mémento des différentes rencontres qu’elle avait pu faire dans ce milieu parallèle. Apparemment, elle avait réussi à se faire un nom en tant que spiritiste, mais elle avait continué à se méfier de ses pairs. Elle notait aussi les paroles parfois délirantes des spectres qu’elle était parvenue à écouter.
Toutes ces révélations pesaient sur le cœur de Marielle, et Markus fit preuve d’une grande compréhension et d’une grande écoute envers elle.
La jeune femme commença à faire de ses fouilles une obsession quand elle tomba sur une note griffonée à la va-vite :
« Aujourd’hui 12 juin, rencontré un spectre. Un fugitif. Il a vu que je l’avais vu. Il m’a dit de ne pas me laisser prendre, tant que je le pouvais encore. Et qu’à ma mort, on me mentirait. »
- Dis-moi ce que ça veut dire, dit-elle à Markus durant une de ses nuits de recherches.
Je me suis promis de ne pas te décrire avec exactitude ce qu’est le monde des morts. Tu dois le voir par toi-même.
- Tu peux au moins m’expliquer pourquoi le spectre lui a dit ça.
Il tendit la main vers elle, puis se ravisa. A quoi bon, de toute manière.
Il… Il lui a dit ça car la plupart des choses que tu entendras dans l’Outremonde seront des mensonges. Et que… Et qu’à ton arrivée en-dessous, on essaiera de te faire croire des choses qui sont fausses. Les premières personnes qui t’accueilleront y veilleront.
Marielle tréssaillit quand elle vit la lumière s’allumer dans le couloir de l’étage, depuis l’obscurité du salon. Elle se dépêcha de ranger les papiers de sa mère dans le meuble et de le fermer à clé. Quand son père descendit les escaliers, tout était en ordre.
- Tout va bien, ma chérie ?
- Euh oui, j’avais un peu soif. Merci. Désolée si je t’ai réveillé.
Mai - Août
Elle avait voulu voir si les Salons d’Hécate existaient toujours, sous une forme ou une autre. Le café avait fermé quelques années auparavant, mais Marielle avait pu retrouver le nom d’un des membres importants du cercle occultiste. Grâce au réseau Internet, elle apprit que la personne en question, un certain Enzo Marcignac, avait déménagé dans une autre partie de l’agglomération. Elle nota l’adresse sur un bloc-notes et cacha le bout de papier dans le tiroir de son bureau.
Sa soif de connaissances semblait intarrissable. Entre sa seconde année d’Histoire qui s’achevait avec succès, ses séances quasiment quotidiennes de méditation et ses recherches sur sa mère, elle avait l’impression de prendre sa vie en main. L’avenir demeurait pourtant incertain. Elle ignorait si elle allait pouvoir devenir professeur. Elle éludait les questions de Sara quand le thème des petits copains était abordé. Et, plus que tout, elle ne savait pas si elle pourrait atteindre le monde des morts et en revenir bien vivante.
A chaque fois qu’elle voulait rencontrer Enzo Marcignac, elle se rappelait un de ses premiers tirages de cartes. Avancer dans le secret, pour se protéger. Se protéger de quoi, elle n’en avait pas une idée exacte. Mais elle avait l’impression qu’elle évoluait dans un grand échiquier sans savoir vraiment ce qui l’entourait.
Puis, un soir de juillet, son père lui annonça qu’il devait lui parler.
- Je suis désolé de te dire les choses comme ça, mais… Je m’inquiète pour toi, ma chérie.
- J’ai fait quelque chose de mal ?
Il s’asseya à côté d’elle, sur le canapé bleu.
- Je t’ai entendue parler. Parler à un « ami imaginaire ».
- Un… un quoi ? balbutia-t-elle. Tu ne crois quand même pas que je suis…
- Et je t’ai vue aussi fouiller dans le secrétaire de maman, coupa le père d’une voix calme.
Marielle n’eut d’autre choix que de garder le silence, le regard dans le vide. Elle eut un frisson quand elle sentit la main de son père sur la sienne, mais ne se tourna pas vers lui.
- Ecoute…, dit-il doucement. Je pense savoir ce que tu essaies de faire, et je ne t’en veux pas de m’avoir caché ça. Seulement… Seulement, je dois te parler de certaines choses. De ta mère, notamment.
Elle ne prononça pas un mot. Quelque part, elle redoutait ce qu’elle allait entendre. Devant le silence de sa fille, l’homme continua.
- Je connaissais ses activités. Elle allait quelques fois voir ces gens. Mais je n’ai jamais eu confiance. Je veux dire… Elle me disait que ce qu’elle faisait était dangereux. Qu’elle avait mis le doigt dans un engrenage qu’elle ne pouvait contrôler. Je lui suppliais de ne plus retourner parmi eux, de lever le pied, mais elle refusait. Sa curiosité et sa volonté de comprendre étaient les plus forts.
- Je n’ai jamais pris contact avec eux, répondit-elle en tournant le visage vers son père.
- Mais tu as hérité de son don, constata-t-il.
Elle eut la brûlante envie de lui parler de Markus, puis se ravisa. Non, lui aussi devait faire partie du secret. Peut-être que sa mère n’avait pas eu la chance d’avoir un tel compagnon à ses côtés pour la guider et la soutenir…
- Je… dit l’homme avant que sa voix ne réfrenne un sanglot. Je ne veux pas qu’il t’arrive la même chose. Tu vas avoir vingt ans dans à peine trois semaines.
Quelque chose en elle se brisa. Elle se retint de craquer, mais savait qu’elle pouvait pleurer d’un instant à l’autre…
- Et… commença-t-elle, hésitante. Tu crois que ce qui lui est arrivé… Son accident… Avait un lien ?…
- Je ne sais pas… Je ne peux pas te le dire. Je ne fais pas partie de cet univers-là.
Elle se réfugia alors dans ses bras. Ils restèrent longtemps ainsi.
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] De seuil en seuil' a été posté le : 27/10/07 19:26
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28 Août
- Maintenant, souffla-t-elle comme pour se donner du courage.
Elle se sentait prête pour le grand départ. Markus était assis en tailleur, juste en face d’elle.
Un signe de tête envers lui, et elle savait qu’il la protègerait pendant qu’elle serait en profonde méditation.
Elle franchit les étapes habituelles, une à une. Le contrôle de sa respiration, tout d’abord. Puis successivement, elle repoussait ses pensées intérieures comme on soulevait des voiles du dos de la main. Elle faisait les choses progressivement, sans se précipiter. Bientôt, son esprit fut assez libre pour explorer l’extérieur. Le temps s’étirait, n’avait finalement plus d’importance. Par un processus assez étrange mais qui lui semblait naturel, elle fit soudain basculer son regard, transperçant un épais seuil de brume. Une fois le seuil franchi, ce fut comme si elle ouvrait les yeux pour la première fois. S’étendait devant elle un ciel grisâtre que nul rayon de soleil traversait. Se dressant depuis le sol, un parterre de buildings vertigineux, qui s’élevait comme des milliers de tours de Babel futuristes. L’esprit de Marielle fut pris par un étourdissement comme elle n’en avait encore jamais ressenti. Elle poursuivit son exploration.
Une intense lumière lointaine l’attirait plus que tout autre chose, et formait une sorte de cyclone invisible. Derrière elle, par contre, au loin, se découpait un épais mur d’obscurité absolue, qui allait du sol jusqu’au firmament infini. Elle décida d’aller voir la lumière et son tourbillon de plus près.
Une part d’elle se méfia tout de même de cette fascination trop forte, qui exerçait sur elle un attrait comparable à celui d’un aimant. Pour éviter de se faire piéger, elle plongea depuis sa léviation en plein ciel vers les trottoirs de la mégalopole. Elle arriva devant un immense complexe, semblable à un aéroport géant, au sommet duquel se trouvait cette lumière éblouissante. Le tourbillon qui entourait cette source d’énergie n’était pas normal. Elle se concentra un peu plus sur l’origine de ce cyclone dont l’œil était la lumière dressée comme un phare. Elle sut ce que c’était. C’étaient les âmes des morts, qui venaient sûrement de quitter le monde du dessus. Elle n’osa pas traverser les parois des murs, de peur qu’on puisse la voir et l’attaquer.
Elle parcourut les quartiers de la ville. Certains endroits lui rappelaient des lieux qu’elle connaissait déjà. Comme si ce qu’elle voyait n’était qu’une version assombrie et chargée d’Histoire, de l’univers où elle vivait. Personne ne semblait la voir. Mais les messages vocaux diffusés dans les rues, les affichages géants recouvrant les gratte-ciels, l’agressaient. Ils ne véhiculaient que des concepts qui lui semblaient creux, des proverbes tout faits qu’elle n’avait jamais entendus. Des slogans sur la façon de faire évoluer son âme. Marielle se cacha dans un coin d’ombre pour s’envoler de nouveau. Non sans un frisson, elle voulait savoir ce que cachait le mur d’obscurité opaque, qui se trouvait beaucoup plus loin. En quelques secondes, elle put arriver à proximité.
Mais ce qu’elle devina ne lui plaisait pas. Là, dans ces colonnes d’ombre, se trouvaient des choses secrètes, des impressions malsaines. Elle ne voulut pas s’attarder près de cette frontière entre ville et désert de pénombre. Mais alors qu’elle s’apprêta à léviter à nouveau pour repartir vers d’autres lieux, elle se sentit happée par une force terrible. Comme frappée de plein fouet. Impuissante, elle se sentit disparaître… Oublier ce qu’elle était… Mais dans un moment furtif, quelque chose en elle rebondit aussitôt, la faisant revenir en une seconde vers son corps. Vers son monde.
Elle ignora ce qui se passa dans les heures qui suivirent. Tout ce qu’elle savait, c’est qu’elle était encore en vie.
Octobre - Septembre
Elle avait pris sa décision. Elle allait terminer ce que sa mère avait commencé. Elle allait témoigner.
Bien sûr, elle devait prendre ses précautions. Après tout, de telles révélations ne pouvaient être livrées telles quelles, sans aucune distanciation. Sans aucune métaphore. Marielle savait aussi qu’elle ne pourrait révéler son identité à la fin de son livre.
Au bout de quelques mois, elle avait cessé de se demander si l’accident de sa mère était survenu pour la faire taire. Pour elle, que ce soient les agissements du hasard, ceux d’envoyés de l’Outremonde voulant préserver leur secret ou ceux de personnes bien vivantes, cela n’avait plus vraiment d’importance. Ce qui l’obsédait à présent, c’était le livre.
Elle avait décidé de se donner pour nom occulte celui d’Ambre. Car ce nom résumait son pouvoir ; et signifiait aussi l’immortalité. Elle ne voulait pas se faire prophète, mais souhaitait simplement semer des indices derrière elle, pour que ceux qui n’avaient pas un ami fidèle comme Markus puisse aussi chercher de leur côté. D’ailleurs, était-ce encore un ami ? C’était comme si, finalement, il n’y avait eu que lui…
Au sortir de son expérience « post-mortem », Markus lui avait donné des explications sur ce qu’elle avait vu. La Lumière permettait à ce que les âmes fraichement débarquées puissent retrouver leur chemin et être recensées. Et l’obscurité sordide était formée par les Zones d’Ombre, où personne ne pouvait passer sans combattre ses démons intérieurs. Mais ce n’était pas le plus important. L’essentiel, c’était l’état de mensonge perpétuel où se trouvaient les citoyens d’Outremonde. Car ils n’étaient pas libres de choisir leur voie. Markus distillait les informations au compte-goutte, comme pour préserver la jeune femme de trop découvertes néfastes à la fois.
Quand Marielle fêta ses vingt-et-un ans, elle était seule avec son père. Sara était partie militer dans un mouvement pacifiste à Lyon, et en raison des contrôles, elle n’avait pas pu revenir le jour prévu. Les mauvaises nouvelles de l’actualité reprirent au début de l’automne. Mais pendant qu’un pan de l’Histoire se désagrégeait au fil des journaux télévisés, l’écriture prenait forme peu à peu.
Avril - Mai
Elle avait quasiment fini son ouvrage. Elle avait l’impression de s’être construite avec lui, d’avoir forgé son âme au fur et à mesure que les mots s’étaient enchaînés. Cela faisait quatre ans que Markus était venu chez elle, lui faisant renverser du chocolat fondu sur son chemisier. Et il semblait à la jeune femme que cela datait d’un siècle.
Ils se connaissaient à présent par cœur et s’étaient attachés sincèrement l’un à l’autre. Ils avaient finalement admis et avoué ce lien profond qui les unissait.
Quand elle écrivit le dernier mot de son livre, elle ne put s’empêcher d’en relire les premiers, non sans une certaine émotion. Le titre de l’ouvrage était tout simplement « Les Paroles d’Ambre ».
« Première Parole : Vérité – Méfie-toi des premiers anges que tu rencontreras sous la Terre. Leurs paroles ne seront que mensonges.
Deuxième Parole : Voie – Le seul chemin qui importe sera le Tien. Ton âme sera assez élevée pour sentir où mener tes pas. »
Elle ne voulait pas perdre une seconde sur le chemin qui la mènerait vers chez Sara. Markus était sensé la retrouver en fin d’après-midi, à cinq heures. Sara habitait dans la banlieue proche, près de la station de tram, dans une grande colocation qui ressemblait plus à un squat qu’autre chose. Cela faisait un certain temps que les deux amies n’avaient pu se voir.
Quand elle sonna à la porte, il devait être dans les deux heures et demie.
- Merci beaucoup de me rendre ce service, dit Marielle.
- Je dois sonner au 25, c’est ça ?
- Ouais, enfin c’est l’adresse que j’ai trouvée en tout cas.
Le paquet emballé de papier kraft était posé sur la table du bureau. Cette grande enveloppe et ce qu’elle contenait représentait une part importante de la vie de la jeune femme. Sur le paquet, un post-it où était écrit une adresse. Celle d’Enzo Marcignac.
Les deux étudiantes restèrent à bavarder durant bien deux heures. Si bien que lorsque Marielle se leva de son fauteuil déglingué, elle s’aperçut qu’elle était en retard. Markus lui manquait déjà… Quand Sara la raccompagna à la porte, Marielle ne pu s’empêcher de prendre son amie dans les bras.
- Sara… Merci pour tout. Je crois que tu as été ma seule véritable amie…
- Allez va, rentre chez toi. On se revoit bientôt.
Peu après le départ de Marielle, Sara alluma la télévision. Et ce qu’elle vit avec horreur la laissa sans voix.
15 Mai, 17h13
Le tram s’arrêta tout d’un coup. Un accident sur la voirie, c’était le terme que la voix des hauts-parleurs avait donné aux passagers. Aux abords du centre-ville, Marielle fut forcée de descendre. Elle n’en crut pas ses yeux quand elle vit un tel attroupement dans la rue. Et plus elle se faufilait dans la foule, plus celle-ci devenait dense. Elle entendait des bribes de voix affolées ou en colère. Quand elle demanda à un trentenaire ce qui se passait, il lui répondit que la guerre allait être déclarée. Ecoeurée, elle voulut se réfugier dans un bâtiment, n’importe lequel, le temps que la manifestation spontanée ne cesse. Mais tout avait été barricadé devant la fulgurance de l’information. Bientôt, au fil des minutes, elle se sentit oppressée par la masse et la cohue, qui se bousculait au fur et à mesure que l’on apercevait au loin, les brigades spéciales en grand nombre. Et pendant que se jouait un pan de l’Histoire, Marielle n’avait qu’une pensée en tête. Markus.
Les hurlements faisaient rage, les slogans aussi. Etourdie par ce qui se déroulait sous ses yeux, elle se sentit écrasée par les personnes autour d’elle, qui peu à peu se pressaient contre elle. Plus rien n’avait d’importance, son livre allait être livré. Mais le monde était en train de basculer à ce moment précis. Se mêlaient en elle les sentiments de désespoir, d’accomplissement et de renoncement.
- Markus ! hurla-t-elle en proie à la panique. Markus !
Jamais elle ne s’était sentie aussi seule. Et pourtant, la foule l’étouffait de plus en plus, écrasant ses cotes et ses épaules.
Elle leva les yeux au ciel. Suspendu dans les airs, semblable à un ange, il la regardait. Il était enfin venu à elle, il avait entendu ses prières. Des larmes recouvraient le doux visage du rouquin à l’allure d’habitude si malicieuse.
On se retrouve à la Porte du Grand Terminal, ma chérie…
« A la porte du grand termi… ? »
Sa nuque se brisa.
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] De seuil en seuil' a été posté le : 28/10/07 11:15
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Megalopole de Lutecia, Metropole de l’Isle
(« En dessous »)
25 Avril
- Tu es sûre de ton coup ? souffla Markus tandis qu’il montait les marches branlantes de la maison de banlieue.
- Absolument sûre, répondit Killian. Ca vaut la peine d’essayer.
Le jeune homme tourna la tête en direction de Nestor. Depuis que l’accident lui avait laissé une profonde cicatrice, il cachait son visage chauve sous une épaisse capuche en laine anthracite.
- Tu te sens prêt ? demanda Markus au petit homme encapuchonné.
- Je suis prêt.
Killian s’était assise en tailleur. L’artiste-peintre des années quarante commença sa méditation. Dans ces moments-là, il valait mieux ne pas la déconcentrer, même si cela était devenu de plus en plus difficile au fil des années. Ses pupilles se rétractèrent dans l’obscurité, tandis que son esprit s’ouvrait à l’invisible. Plusieurs dizaines de secondes s’écoulèrent.
- Elle est ici, finit-elle par dire d’une voix absente, en désignant une aire vide avec sa main gantée.
Nestor hocha la tête, puis s’asseya à son tour. Markus s’installa en face de lui. Le petit homme tendit la main droite vers son frère d’arme. Le jeune homme tendit la sienne en retour. Tous deux fermèrent alors les yeux.
Markus connaissait la procédure, mais cela l’étonnait toujours un peu. Se sentir disparaître, sentir ses sens le quitter un à un, pour ensuite réapparaître dans le monde des vivants…
Il se sentit englouti par le silence isolant, puis le noir complet. Seul le contact avec le main de Nestor existait. Puis sa conscience s’envola, elle aussi. Le néant.
Markus ouvrit alors les yeux dans un décor un peu fantomatique. Des murs d’un blanc éclatant, et le bruit d’un téléviseur en sourdine. Toutes ces couleurs étaient trop vives pour lui, et cela lui aurait donné la migraine, s’il avait encore été en vie. En face de lui, l’image d’une fille assise sur un canapé bleu roi. Elle était plus jeune qu’il ne l’imaginait. Ses grand yeux bleus et ses cheveux châtains ondulés lui donnaient un air particulièrement innocent. Elle semblait le regarder, et cela faillit le déconcentrer.
« Bon sang ce que t’es con. Si elle peut te voir, c’est pas ce qu’on recherchait ? »
Il tenta alors de lui parler. Mais il se souvint que seule la parole mentale et la transmission d’émotions étaient valables quand on était projeté sur ce plan.
Est-ce que tu me vois ?
L’air ébahi de la gamine en disait plus qu’une simple réponse.
- Qui… qui es-tu ? demanda-t-elle.
La voix de cette fille résonnait en lui comme un écho. Elle le voyait, l’entendait, et lui parlait. Killian avait eu raison. Il y avait peut-être un espoir. Il ne put s’empêcher de sourire, de joie et de soulagement, avant de répondre.
Je m’appelle Markus…
Puis tout d’un coup il sentait comme un fil le tirer vers le bas. Instinctivement, il voulait résister, mais sa raison lui dicta de ne rien y faire. Il se laissa guider par Nestor. Un à un, sa conscience et ses sens revinrent à lui.
- C’est bon, il est avec nous ! dit Nestor de sa voix grêle.
- On dégage ! souffla Killian.
Un peu grogui, Markus fut emmené hors de la maison en ruines. Quelques minutes plus tard, une patrouille d’agents de Frontières inspectait le quartier délabré, qui allait bientôt recevoir un devis pour une reconstruction de fond en comble.
Qu’importe. Markus, par l’intermédiaire de Nestor, avait réussi à établir un premier contact. Un espoir était possible.
Mai
Un soir de mai, Markus reprit connaissance sous l’influence de Nestor, mais l’expression de son visage semblait cette fois maussade. Il venait à peine de quitter le monde de la surface et de terminer une conversation avec sa jeune recrue. Il cligna des yeux deux ou trois fois, puis se releva.
- Nestor, tu crois que ce qu’on fait est si bien que ça ?
L’homme défiguré soupira, puis posa la main sur l’épaule de Markus.
- Tu sais pourquoi tu te bats ? répondit-il. Pourquoi tu fais partie de Maëlstrom ?
- Oui. Pour la liberté de nos âmes.
- Alors tu n’as pas à te sentir coupable d’ouvrir les yeux à une fillette.
Mais sur la route qui le menait à son studio miteux, il ne put s’empêcher de se dire que la contre-propagande elle-même avait ses vices.
Octobre
- La petite commence à faire du chemin, à ce que j’ai cru comprendre, dit Galahad.
- Oui, répondit Markus. Pour une personne de la surface, elle a beaucoup de facilités. Surtout pour la méditation. C’en est presque incroyable.
- C’est une bonne chose, alors.
Le groupe Maëlstrom était réuni dans une cave voutée, à la lisière de la Métropole. La banlieue était soumise à moins de passages, mais l’inconvénient résidait surtout dans les patrouilles plus ou moins régulières des forces de l’ordre. Néanmoins, ces quartiers étaient assez connus comme étant, par rapport à la ville, des zones de non-droit, ce qui arrangeait le groupe. Pour combien de temps encore, là était toute la question.
Galahad était au centre de la pièce, éclairée par de maigres bougies. Il était présent sans être vraiment là : aucun des membres de Maëlstrom n’avait vu ce shaman imposant, autrement que par projection astrale. Le grand homme à la peau sombre, aux multiples tatouages et aux longues dreads, était confiné depuis des années dans le Quartier Sud. Ce ghetto, creuset de révolte, était entouré de grillages et de contrôles divers, ce qui n’empêchait nullement Galahad d’agir depuis sa base, par la seule force de son esprit.
- Mais si j’ai voulu vous réunir, c’était pour vous demander conseil, reprit Markus. Mari m’a dit qu’elle avait vu certaines choses. Il s’agit sans aucun doute de sa propre maison, mais telle qu’elle est dans notre monde. Elle a donc véritablement l’Oeil.
- Tu sais dans ce cas ce qui te reste à faire, répondit Killian d’un air sombre.
- Je sais.
La jeune femme regarda dans le vide d’un air triste. Combien d’amis s’étaient détruits ainsi, attaqués dans leur propre âme… C’était cette tristesse et cette horreur qu’elle essayait parfois d’exprimer dans ses illustrations éthérées. Des dessins bien trop avant-gardistes pour une femme de son époque.
- Tu vas devoir l’éprouver, Markus, dit Nestor Berthelot. Ce n’est pas un terme que j’apprécie. Mais si elle veut explorer notre monde par elle-même, alors elle doit passer par là.
- Elle… Elle est encore en vie ! protesta Markus. Tout ce que nous avons appris sur la défense mentale, nous l’avons appris ici-bas. Elle, elle va devoir faire face avec ses maigres moyens. Tu sais très bien que les vivants ont un mal fou à débrider leur esprit et le laisser prendre toute son ampleur.
- Toute vérité a un prix, dit Galahad d’une voix calme. Reste à savoir si elle est prête à l’accepter.
- Il le faut, souffla Killian. Je… Je ne serai pas toujours parmi vous.
- Il est hors de question qu’on voit Mari comme une remplaçante, répondit Markus. Si elle le veut, elle aura sa place parmi nous, un point c’est tout. Cela n’a rien à voir avec toi, Killian.
Le jeune femme baissa la tête, et ses taches de son furent cachées par l’ombre de son bérêt noir. La politique envers les artistes se durcissait de plus en plus, elle ne pouvait le nier.
Novembre
- Bordel de ******** ! vociféra Markus alors qu’il reprenait conscience dans l’Outremonde.
- Calme-toi, murmura Nestor.
- J’en ai marre de faire ça. De faire le sale boulot.
Les deux hommes se relevèrent dans la pièce obscure et poussiéreuse.
- On ne peut pas faire autrement, répondit le passeur.
- Elle a le droit de vivre ! cria le rouquin
- Et elle a le droit de savoir ce qui se passe ! De ne pas devenir l’un de ces moutons mutilé par le système !
Markus regarda son frère d’arme dans les yeux. La longue balafre de celui-ci lui entaillait le visage dans son entier. Et le jeune homme savait que cette cicatrice n’était que la partie visible de l’iceberg.
- Regarde-toi ! dit Markus. Regarde où notre lutte nous a menés. Regarde ce qu’ils t’ont fait !
- Oui, et alors ! siffla Nestor en rabaissant sa capuche. Cette fille risque de vivre la même chose. Nous tous. Killian, toi. Galahad. Et ça ne change rien !
Il s’avança vers Markus d’un pas lent, puis mit la main droite sur son épaule.
- Nous avons choisi de défendre notre cause, lui dit-il d’une voix posée. Nous avons choisi… d’ouvrir les yeux des sujets de Lutecia. De leur montrer qu’il existe une autre voie. La leur. Personne n’a le droit d’imposer à quiconque le chemin que doit emprunter son âme.
L’homme roux et dégringandé baissa la tête, comme vidé de toute énergie.
- Pardon, lâcha-t-il. Pardon. Je ne sais plus ce que je fais.
- Je comprend. Nous avons pris cette fille en grippe et nous ne pouvons plus reculer. Après cela, libre à elle de comprendre plus tard le bien-fondé de ce que nous faisons. Ou alors de se détourner de nous, de toi, pour rejoindre la propagande générale.
- Je joue ma tête, là-dessus.
- Oui, répondit Nestor. Elle pourra très bien te dénoncer, une fois débarquée ici. Et c’est bien pour ça que tu t’es engagé là-dedans, n’est-ce pas ?
Markus esquissa un léger sourire. Il n’avait plus le choix depuis longtemps. Il était au pied du mur. Il fallait continuer. Il devait réussir son pari.
Décembre
Cela faisait vingt minutes qu’ils attendaient Killian au repaire, quand elle débarqua en trombe, tremblante de colère et de sanglots.
- Ils ont encore fait une descente à la Maison Artistique ! rugit-elle en pleurs. Sous prétexte de la sécurité de nos mœurs !
Comme par réflexe, Markus prit la jeune femme dans ses bras, pour la réconforter.
Elle semblait fragile. Plus frêle qu’à l’habitude.
- Ne t’inquiète pas, Killian, murmura-t-il. C’est fini, maintenant.
- Tu ne comprends pas, répondit-elle d’une voix étouffée. Cela fait des années qu’ils essaient de nous mettre des bâtons dans les roues. Nous avons tenu, mais nous tiendrons jusqu’à quand ? Nous… nous allons finir par être jugés, Markus ! Ce seront des millions d’artistes dans la rue !
Galahad se mit accroupi. Il voulait comme dessiner quelque chose à même le sol, avec une craie. Chose impossible, puisqu’il n’était pas à proprement dit matériel.
- Nous avons survécu jusqu’ici, tout en bousculant la vie quotidienne de la population et des Services Spéciaux, dit-il. Nous avons fait de la contre-propagande, nous avons tenté d’attaquer des symboles de cette société. Nous avons bravé les interdits, y compris celui de veiller sur nos êtres chers. Mais je crois que quelque chose est en train de changer. Notre monde change. Si les artistes sont persécutés de plus en plus ouvertement, c’est qu’il se trame quelque chose.
- Tu penses à quoi ? demanda Nestor.
- Un boulversement qui se prépare ? répondit le shaman. Les forces de notre univers sont en déclin, en déséquilibre, et ce depuis des décennies. Je le ressens. Il faudra savoir ce qui se passe. Marielle a peut-être une idée là-dessus, si cela vient du monde des vivants.
Il se retourna vers Killian et Markus.
- Il faut nous préparer à ça. La Haute Direction place déjà ses pions et prend ses décisions. Si nous voulons faire une révolution, il va falloir s’y atteler dès maintenant. C’est peut-être notre seule opportunité.
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] De seuil en seuil' a été posté le : 28/10/07 11:34
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Janvier
- Préparée pour quoi ? cria Mari. Prête pour quoi ? Tu n’as que ça à la bouche, Markus ! Qui te dit que tu ne t’es pas trompé ? Que je ne sois pas assez forte pour… pour servir je ne sais quels intérêts ? Rien n’est gratuit pas vrai ? Pourquoi tu perds ton temps avec moi, bordel ? Qu’est-ce que tu attends de moi ?
Les mots qu’elle avait prononcés étaient tels des coups de couteau. Il comprenait parfaitement ce qui se passait, ce qu’elle ressentait. Il était en train de la perdre.
Je ne veux pas qu’il t’arrive malheur. Que tu sois désarmée face à ce qui peut t’attendre. Si tu as pu voir ce que tu m’as décrit, alors tu dois pouvoir te défendre seule.
- Alors je n’ai qu’à tout laisser tomber, répondit-elle. Tu vas me prendre pour une lâche, mais/
Alors que les paroles révoltées de Mari résonnaient dans son esprit, Markus fut déconcentré par une impression morbide. Il se sentait tiraillé par le fil invisible qui le reliait à Nestor, tiraillé comme il ne l’avait jamais été. Une douleur sourde prit naissance dans son cœur, comme un signal d’alarme. Tout autour de lui était devenu un écho lointain qu’il ne parvenait pas à saisir. Y compris ce que tentait de lui dire son apprentie.
- /j’ai … vivre ma vie, … le monde ! … médite plus. … plus, aussi. … plus de problème, hein ?
Le tiraillement se fit de plus en plus insistant. Dans sa confusion, Markus savait qu’il ne pouvait plus rester ici. Avec une certaine difficulté, il tenta de prévenir Mari de ses difficultés.
Attends. Je crois qu’il se passe quelque chose. Je reviens te parler.
A peine avait-il achevé sa phrase qu’il se laissa entraîner vers le fond, vers le bas. Vers Nestor, dans le monde d’en-dessous.
Le réveil ne se fit pas en douceur. Il avait la sensation de violents coups dans le ventre quand il ouvrit grand les yeux. Ses sens revinrent en lui comme le claquement d’un fouet en plein visage. Instinctivement, il savait que quelque chose de grave se déroulait, non loin de lui.
Il voulut crier, mais Nestor, penché sur lui, lui fit signe de se taire. Un élément titilla son esprit et lui parut déplacé, terrifiant. Il avait froid.
- Il faut partir, chuchotta le petit homme. Maintenant.
Markus écarquilla les yeux, se souvenant d’une chose importante. Ses lèvres articulèrent silencieusement :
« Killian ? »
Avant même que Nestor ne lui fasse un signe, le rouquin entendit des bribes de conversation, devant la maison dans laquelle ils avaient médité. Parmi les voix lointaines, celle d’un homme qu’il devina grave. Et une autre, qu’il connaissait bien.
- Il n’y a rien dans cette maison, fit l’artiste-peintre avec son aplomb habituel. Avec tout le respect que je vous dois, vous perdez votre temps.
- Non, mademoiselle. C’est vous qui faites perdre le nôtre. Laissez-nous passer. C’est un ordre.
Une pensée furtive traversa l’esprit de Markus. L’image de lui et de ses compagnons de Maëlstrom, capturés, séparés puis envoyés dans un de ces centres près de la Frontière. Aucun d’eux ne devait être pris en possession de telles indications sur leur petit groupe de résistants. Le jeune homme, avec regrets, se rendit compte de ce qu’il allait peut-être devoir faire. Et ce n’était pas de gaieté de cœur.
Mais pour l’instant, il pensait surtout au sort de Killian.
- Vous désobéiriez à un agent des Services Spéciaux ? résonna une petite voix chevrottante devant la façade.
Un silence de deux secondes se suspendit dans l’air, et parut comme ronger l’estomac de Markus.
- Hors de notre chemin, reprit la première voix grave. Nous nous occuperons de votre cas plus tard.
- Je ne vous laisserai pas faire ! cria Killian. Raus !
Une légère vibration secoua les murs de la maison, mais cela ne dura pas longtemps.
- Maintenant ! dit l’agent à la voix rauque.
A peine avait-il prononcé ce mot qu’un hurlement terrible retentit, mélange entre douleur indicible et inhumanité. Le cri de Killian, presque méconnaissable, atteignit l’esprit de Markus de plein fouet. Ebranlé par ce choc brutal, à moitié confus, il se saisit de cet instant précis pour exécuter sa tâche. Pour faire ce qu’il avait à faire, il fallait que son esprit puisse se faire violence. Qu’une énergie négative soit assez puissante en lui pour bloquer certains de ses souvenirs.
Il ferma les yeux.
Un instant plus tard, Nestor, les sens en alerte, comprit ce qui venait de se passer. Il fit face à un Markus désorienté, qui ne le reconnaissait plus. Il lui donna l’ordre de fuir, et le jeune homme ne se laissa pas prier pour obéir. Nestor suivit le rouquin en empruntant la porte de derrière, mais le perdit de vue lorsqu’il se souvint de Killian. Il devait savoir ce qui lui était arrivé, aussi affreux que cela puisse être.
Les deux agents des Services Spéciaux franchirent le seuil de la maison, tandis que le passeur se glissait à l’extérieur de la bâtisse, vers la façade avant. Alors que les hommes de la Haute Direction fouillaient l’intérieur du « salon », Nestor se pencha vers le corps inanimé de son amie. Il tenta de prendre sa main : elle semblait à peine matérielle. En silence et retenant ses larmes, il prit délicatement la jeune femme sur ses épaules. Elle pesait à peine plus qu’une plume. Bientôt, le petit homme et la femme blessée devinrent des ombres se fondant dans la nuit.
Février
- Arrête Galahad, vociféra Nestor. On ne peut plus continuer comme ça. Tu parles de l’avenir de Maëlstrom… Alors que Maëlstrom n’existe plus !
- Je ne te savais pas aussi défaitiste, mon frère.
L’homme défiguré soupira. Il tournait comme un lion en cage, dans les sous-sols de la cache.
- Où en sont tes recherches pour retrouver Markus ? demanda le shaman.
- Nulle part. Markus n’était que son Vrai Nom. Et pour tout le reste, on n’a ni indications suffisantes, ni accès aux fichiers des Services de l’Ordre. Autant chercher une aiguille dans une botte de foin.
Nestor s’immobilisa un instant et regarda Galahad dans les yeux. Une intense détresse se lisait dans le regard de l’homme chauve.
- Tu… Tu sais très bien ce qui me préoccupe, souffla-t-il.
- Oui, je ne l’ignore pas.
- Elle… Elle risque de ne jamais s’en remettre. Elle…
Il n’eut pas la force de terminer sa phrase. Le hurlement atroce de Killian résonnait encore en lui, comme le fantôme d’une personne qui n’est plus.
Elle reposait d’ailleurs toujours là, dans un coin sombre de la pièce voûtée. Son regard mort renfermait le secret de la chose qui l’avait transformée en vulgaire poupée de chair.
Avril
Galahad était parvenu à faire l’impossible. Il avait finalement réussi à retrouver Markus, grâce à ses investigations par distance. Celui-ci vivait dans un studio miteux comme il en existait des centaines de milliers. Le shaman n’avait aucun doute quant à l’identité véridique de l’ancien membre de Maëlstrom. Nestor avait dû attendre que le jeune homme sorte d’une de ses séances de méditation obligatoire, pour l’aborder. Il eut comme un pincement au cœur quand son ancien frère d’arme sursauta à la vue de sa cicatrice.
Les premières confrontations furent peu aisées. Nestor évoqua plusieurs éléments à Markus, et lui montra notamment un tract que le rouquin avait lui-même écrit. Une dizaine de jours furent nécessaires pour que Markus libère ses derniers souvenirs. Quand enfin il se rappela le visage juvénile de Mari, il n’avait qu’une idée en tête : la revoir, et obtenir son pardon.
Mai – Avril
Il n’avait pu trouver les mots pour décrire ses retrouvailles avec Mari. Il s’était rendu compte à quel point il tenait à elle, à ce qu’elle aille bien.
Il avait remarqué à quel point Marielle avait changé par rapport à son souvenir ; c’était un changement à peine perceptible, mais il y avait comme un peu plus de détermination dans le regard de la jeune femme. Un peu moins d’innocence, peut-être aussi…
Elle avait exprimé son souhait de visiter l’Outremonde. En réalité, il l’avait un peu poussée à faire ce raisonnement. Dans son esprit, elle ne pourrait s’engager dans sa voie qu’à partir du moment où elle verrait le désastre d’Outremonde de ses propres yeux. Il avait l’intime conviction qu’elle en était capable. Mais l’essentiel était qu’elle ne s’y fasse pas repérer.
Ils allaient tenter quelque chose d’extrêmement rare… Une chose qui pourrait faire de Marielle une personnalité véritablement hors du commun.
Mais les choses prirent une autre tournure quand, au cours de l’hiver, Marielle découvrit le passé spiritiste de sa mère. Il ressentait une telle frustration, de ne pouvoir la soutenir entièrement. La prendre dans ses bras, tenir sa main. Faire des gestes qui, avant sa mort, lui semblaient tout naturels… En lieu et place de ces gestes, il prit soin de la réconforter en lui envoyant des ondes chaleureuses et positives quand sa protégée était sur le point de craquer.
Les séances de méditation continuaient bon train. Elle parvenait à faire des progrès, pas à pas. Mais les récents changements et révélations ne l’aidaient pas vraiment à faire le vide. Il essayait tant que possible d’être à ses côtés, mais Nestor ne pouvait pas toujours être là pour l’envoyer en tant que spectre sur la Terre.
Il lui tenait les mains pour qu’elle avance, tout du moins il les tenait en esprit. Il la regardait avec une certaine tendresse. Ses escapades dans le monde du dessus étaient devenues des bulles d’oxygène qui l’aidaient à tenir, à ne pas s’écrouler de désespoir devant le regard mort de Killian. Quand Markus était avec Mari, il occultait ses propres doutes.
28 Août
- Maintenant, dit-elle.
Markus fut subjugué par la force de détermination de Marielle. Il lui promit de la protéger de toute tentative de possession, dans le monde des vivants, tandis qu’elle irait visiter Outremonde. Et en voir ses vices.
Cela dura bien deux bonnes heures. Deux heures durant lesquelles il aurait sué à grosses gouttes, s’il avait été encore en vie. Il pensait aussi à Nestor, « en-dessous » de lui, qui devait méditer pour le maintenir à la surface et écarter tout danger.
Quand elle revint à elle, le soleil était sur le point de se coucher. Elle poussa un cri étouffé avant de se recroqueviller sur le tapis. Il se pencha vers elle avec inquiétude et culpabilité. Après plusieurs dizaines de secondes, elle put enfin parler. Sa voix était presque éteinte, mais elle avait encore tout son esprit.
- J’ai vu… murmura-t-elle, tandis que des larmes prenaient forme. J’ai vu…
Marielle…
- J… On m’a refoulée… Mais on ne m’a pas vue.
Il resta auprès d’elle jusqu’à temps qu’elle reprenne conscience.
Octobre - Avril
- Ca y est, elle l’a décidé, dit-il à Galahad. Elle va écrire le Livre. Le Livre que nous attendons tous. Celui qui parlera pour nous.
- Ce n’est pas une membre de Maëlstrom.
- Non. Mais elle est déterminée, je le sais. Elle finira ce livre, et le remettra à son réseau occulte. C’est une pierre à notre édifice.
Le shaman plongea son regard sombre dans celui de Markus.
- Je te sens changé, comme transporté. Crois-tu que… Aurais-tu trouvé ton âme sœur ?
- Je ne sais pas. Je ne sais pas si j’y crois, à ces trucs-là. Ce que je sais, c’est que… je l’aime.
15 Mai
Jamais il n’avait vu autant de joie et de soulagement dans le regard de Marielle, quand elle lui annonça qu’elle avait terminé. Elle lui avait proposé de la voir vers cinq heures dans sa chambre, après une dernière course.
Mais vingt minutes étaient passées après l’heure convenue, et elle n’était toujours pas là. Pire encore : des sirènes de police résonnaient au loin, vers le centre-ville, de façon quasiment continuelle. Et cela rappelait à Markus le monde duquel il venait. Instinctivement, il lévita jusqu’à la source des bruits, et tomba sur un tableau qu’il n’aurait jamais pensé voir.
Une marée de corps agglutinés les uns aux autres, criant, se bousculant, face à ce qui ressemblait de haut à des fourmis à carapace, face à eux. Des fourmis avec des matraques.
Il cherchait des yeux sa bien-aimée, comme pris à la gorge. Il put la voir enfin parmi la foule écrasante car elle était une des rares à regarder le ciel avec autant d’intensité. Il la vit crier son nom. Puis sourire, quand elle l’aperçut. Il savait ce qui se passait. Un accident se profilait… Il sentit à peine ces larmes qui en principe, ne pouvaient pas couler sur les joues d’un spectre. Ce fut à ce moment précis qu’il se rendit compte, avec amertume, de toute son impuissance à protéger la femme qu’il aimait.
On se retrouve à la Porte du Grand Terminal, ma chérie…
Quelques secondes plus tard, le regard de Marielle devint aussi mort que celui de Killian.
20 Mai
Il l’avait attendue tous les jours depuis sa mort, dissimulé dans les ombres de la première ruelle à proximité. Les patrouilles étaient nombreuses mais il avait appris à se dissimuler. Le Grand Terminal. Quelle trouvaille. Ce complexe monstrueux aux allures d’aéroport géant était tout ce qu’il y avait de plus froid. En réalité, tout le monde le savait : c’était le point de départ de toute la bureaucratie de la Haute Direction, et du recensement des morts.
« Un jour, on fera tout pêter. »
Son cœur aurait battu la chamade s’il avait été encore en vie. Il venait de la voir franchir la grille principale, avec tout un dossier de papiers sous les bras. Elle discutait timidement avec quelques morts du jour. Marielle. Ou plutôt devrait-on dire Ambre. Car de son vivant, elle avait réussi à trouver son Vrai Nom. Elle avait l’air d’une défunte égarée comme les autres, et pourtant… Elle avait accompli une œuvre si incroyable…
Réfrénant son impatience, il la suivit d’un pas velouté, toujours dans la pénombre des rues nocturnes. Il la vit regarder autour d’elle avec précaution, puis s’engouffrer dans une impasse entre deux immeubles de brique.
Quelques secondes plus tard, il vint à son tour dans la ruelle. La silhouette qui se tenait devant lui semblait presque irréelle. Sans un mot, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre. Cela faisait plus de quatre ans qu’ils attendaient ce moment, cet instant où ils allaient pouvoir s’enlacer enfin.
- J’ai eu tellement peur… souffla Marielle à l’oreille de Markus.
- C’est fini maintenant, répondit-il en caressant les cheveux de sa bien-aimée. Tout est fini.
Elle releva la tête et son visage lui faisait face. Des larmes commençaient à couler sur ses joues.
- Il faut que je te dise quelque chose, Markus…
- Non, c’est à moi de t’avouer quelque chose, murmura-t-il. J’ai eu trop de secrets envers toi jusqu’ici. Marielle, je… Je fais partie du groupe Maëlstrom.
Elle eut un léger mouvement de recul.
- Le réseau terroriste ? souffla-t-elle. On m’en a parlé, mais…
- Ce n’est pas ce que tu crois, coupa Markus. Tu as eu raison sur toute la ligne. La Première Parole d’Ambre était la bonne. Ce qu’ils te disent au Grand Terminal n’est qu’un tissu de mensonges. Et nous luttons contre ça.
Ambre se crispa légèrement dans les bras de son amant.
- Alors, dit-elle, laisse-moi faire partie de Maëlstrom.
Il lui fit un long baiser en guise de réponse, puis la serra contre lui. Ils restèrent ainsi, enlacés, pendant quelques minutes. Le jeune homme vérifiait régulièrement s’ils n’étaient pas surveillés. Ce fut elle qui brisa le silence.
- Ils m’ont fait jurer de ne rien dire, murmura-t-elle. Mais… La guerre va être déclarée, Markus…
Il la serra dans ses bras avec plus de force, comme pour la protéger de l’horreur qui se profilait.
- Que va devenir mon père ? reprit-elle. Et Sara ? Et…
Elle ne put continuer à parler. Lui, se contentait de caresser doucement les longs cheveux de son amante. Le regard dans le vide, à vérifier toutefois que personne ne jette un coup d’œil dans l’impasse, il laissa ses pensées vagabonder. Il pensa à Galahad. Le shaman, son propre mentor, avait eu raison depuis le début. Il avait été le seul à sentir que quelque chose allait basculer dans l’ordre de l’univers.
Ambre pensait sûrement que la guerre qui ferait rage dans le monde des vivants n’affecterait pas le monde dans lequel elle avait atterri. Elle se trompait lourdement. Le jeune homme n’était pas encore né lors de la dernière grande Crise, celle des années 1940. L’afflux massif de morts en surnombre, comme des anomalies plongeant davantage l’Outremonde dans la degénérescence, Markus en avait entendu longuement parler.
Mais cette perturbation annoncée allait peut-être permettre aux Révolutionnaires de faire valoir leurs droits. Et d’ouvrir d’autres voies, d’autres portes, que celles qui étaient imposées.
FIN
-------------------- Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)
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Réponse au Sujet '[PLC 2007] De seuil en seuil' a été posté le : 29/10/07 14:57
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Ouais bon, je vais m'autocommenter, c'est pas top mais bon.
Avec le recul, je me dis que ce texte est plus un dressage de décor et d'intrigue, une peinture style rock progressif, qu'un vrai truc ficelé.
Concernant la première partie :
Ca parle d'une évolution, celle d'un perso qui part d'un trip "cheerleader de Heroes" (histoire de faire très caricaturé) à une jeune femme plutôt déterminée et spécialisée dans un domaine assez obscur.
Ca parle aussi d'une vie quotidienne qui au fil du temps s'assombrit par ce qui se passe dans les informations.
Le tout a été décrit de façon assez "fermée", après tout il n'y a que 3 personnages à part Markus : Mari, son père, et Sara (qui aurait du etre écrit, après coup, avec un "h").
On remarque aussi que plus le temps passe, moin Mari n'a de vie sociale.
Pour ce qui est de l'attitude de Markus, il est plus ou moins tiraillé entre le fait d'encourager Mari à penser par elle-même, et cette urgence qu'il a à la recruter.
Concernant la seconde partie :
Quelques défauts je l'avoue.
Le tout était de voir ce qu'il y avait de l'autre côté du miroir. Pour Maelstrom il est clair que tout est décrit de façon assez succinte. Et ils sont loins d'être des gentils zozios.
Ce sont des terroristes qui ont une idéologie particulière, un peu anarchistes sur les bords, qui ont autant de recul que ceux qu'ils tentent de combattre. Quant à leurs adversaires, ils sont peu détaillés dans cette nouvelle-ci, juste ce qu'il faut je dirais. Le détail de leurs méthodes est vu dans d'autres récits, écrits et à venir.
A la fin, Markus dit quand même que la future guerre pourra servir leur cause ! Ils sont un peu utilitaristes pour le coup.
J'ai lu plusieurs fois des remarques, comme quoi la fin en ouverture pouvait être un peu frustrante et que la nouvelle s'apparentait plus à une sorte d'introduction sur un récit plus long. C'est vrai que moi et les nouvelles, c'est toujours un peu spécial. Quoi qu'il en soit, j'ai voulu m'amuser ici à me projeter dans l'avenir d'Outremonde. Ce récit se déroule environ 14 ans après la nouvelle du PLC 2006, et peut-être bien une 20taine ou 30taine d'années après Outremonde. Je n'ai pas pour l'instant envie de parler des répercussions de la guerre sur le monde des vivants au niveau de celui des morts, car je me refuse à trop imaginer quel serait notre propre futur... Mon domaine reste après tout celui de l'Outremonde. Dans ma tête, le récit avait une "vraie" fin, donc sur le coup j'ai trouvé la remarque un peu curieuse ^__^ M'enfin...
Spécial bonus :
Si vous avez lu mes deux autres récits dans le même univers (Outremonde + Chasseurs d'âmes, PLC2006), vous avez pu apercevoir des noms plutôt familiers ! Et pour cause :
- Sarah, la meilleure (seule) amie de Mari, est la fille de Sempiero, le narrateur du PLC2006. Ici, elle a bien grandi en tout cas. (dans "Chasseur d'âmes, elle devait avoir 4 ans tout au plus)
- Nestor Berthelot est déjà apparu dans 'Outremonde", auprès de Jen Oslo. A cette époque, il était archiviste à la Maison Humaine, et pas encore défiguré. Par contre, il avait déjà ses dons de passeurs et s'en était servi pour Jen, comme il s'en est servi pour Markus.
- Enzo Marcignac n'est autre qu'un lointain descendant d'Hector Marcignac, l'assistant personnel de Maître Mila dans "Outremonde".
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