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-= Chaos Servants =-
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Rufus Wainwright a été posté le : 07/08/07 14:42
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Rufus Wainwright vient de réussir quelque chose qu’il n’avait pas fait depuis des débuts il y a presque dix ans, un album sans déchets. Débarrassé de quelques démons communs aux musiciens et aux poètes depuis bien longtemps, il revient apaisé, trois ans après le second volet de son Want. Il est aujourd’hui question de libérer les étoiles, un argument assez simple en contraste avec sa manière bien connue de les enfermer dans les chansons les plus extravagantes et pompeuses possibles. Mais puisqu’on le connaissait torturé et dévoré d’ambitions musicales, cet album du retour sur terre s’ouvre sur la question « Do I disappoint you? » par un Rufus Wainwright sans doute conscient du chemin parcouru. Il a donc changé, et nous en prévient avant de nous faire partager un album tout en douceur, en simplicité et tourné pour l’essentiel vers le plaisir, avec une légère pointe de mélancolie mais beaucoup moins d’extravagances que par le passé.
Obsédé par la variété, le music-hall et les opérettes, Rufus n’a pas changé sur tous les points. On le reconnaît, mais il a simplement abandonné dans sa mue quelques parures un peu trop rococo pour être honnêtes. Les cordes sont sobres, les contrepoints trop violents disparaissent, sa voix s’adoucie et perd en stridence. Release the Stars est donc sans doute moins impressionnant que les deux Want, et ne possède peut être pas de tours de force tels que « 14th Street » et « The One You Love », mais forme un ensemble homogène sans les disparités affolante et les criantes variations de qualité qui faisaient la lourdeur des précédents albums. Plus placide, il fait moins de vagues mais connaît donc moins de creux. Musicalement, on reste entre Schumann et McCartney, avec d’éventuelles variations d’arrangements privilégiant selon les besoins la rythmique pop ou la plus classique douceur des cordes, mais sans ruptures importantes de ton. Rufus Wainwright, qui a toujours été un song-writter plutôt porté sur la partie « song » du mot et veut aujourd’hui écrire un opéra, semble avoir trouvé un certain apaisement dans son approche de la composition. On ne peut plus dire qu’elle soit si torturée et maniérée qu’elle l’a été.
Les textes, en revanche, dans lesquels le chanteur a toujours jeté toute son âme, restent aussi mordants. Pour le tango dévoyé de « Rules & Regulation » mettant l’humilité en poésie aussi bien qu’en écrivant la douce mais très cynique romance de « Leaving for Paris N°2 », il évoque plus que jamais la pratique du second degré aussi bien dans le texte que dans la musique par Joe Jackson. L’évocation est par ailleurs complétée par la sage décision d’abandonner enfin l’idée de pousser systématiquement sa voix le plus haut possible. Plus apaisé, ses montées gagnent en beauté, et ce qui était un tic envahissant devient un effet de style profitable. Côté voix et composition, on ne peut pas non plus s’empêcher de penser à un jeune homme qui a également publié un album – mais son premier – cette année, Mika. Les deux puisent leur influence dans l’opéra et la variété, les deux instrumentalisent leurs voix à outrance, et les deux manient la plume avec véhémence jusque dans le romantisme. Ainsi le premier fait figure de grand frère du second, ayant atteint cette année la maturité nécessaire à relancer son art après l’avoir exploité jusqu’au bout dans ses quatre premiers albums.
Finalement, même sans l’évidence pop de quelques titres des précédents albums, Rufus Wainwright réussi ici sa meilleure collection de chansons. Tout simplement parce qu’il est allé un peu au delà, et a insufflé à chaque morceau un peu de cette mélodie qu’il gardait pour un seul single auparavant. Ainsi « Going to a Town » est plus posée, moins entraînante que « The One You Love » qui occupait la même place il y a trois ans, mais sans doute son égale : texte vindicatif sur mélodie en contrepoint entre piano et voix, l’une de ces chansons dont tout l’air se fredonne comme un refrain parfait. Du travail d’orfèvre qui remplace l’énergie dont l’expérience prive celui qui n’est plus un débutant poussé par son enthousiasme. On en dira autant du morceau titre également organisé autour du piano, et habilement placé en fin d’album comme conclusion répondant à la question d’ouverture : les stars, d’Hollywood ou d’ailleurs, gagnent à être libres, et Rufus Wainwright ne déroge pas à la règle. Et le chanteur de se laisser aller à une petite envolée lyrique. Apres tout, il reste lui même, et on le sait déjà puisque les grands moments de « Release the Stars » comptent parmi eux le suggestif « Between my Legs » montrant que sa métamorphose ne la au moins pas privé de son esprit transformiste.
Enfin, avec cet album, Rufus Wainwright rejoint les rang des song-writers à avoir utilisé l’image si forte, sublime, de Marlon Brando. A croire que ce nom suffit à écrire une bonne chanson.
-------------------- *** Et c'est ainsi qu'Allah est grand. ***
O.D.ed on life !
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