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Les Chansons d'Amour a été posté le : 30/07/07 11:51
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Cet album du jeune chanteur français Alex Beaupain a beau être la bande originale du quatrième film de Christophe Honoré, il s’agit avant tout d’une collection de chansons dont la survie hors du cadre cinématographique témoigne du peu de relations entretenues avec les compositions d’accompagnement habituelles au cinéma. Pas de « score » ici, mais quatorze textes s’inscrivant dans la tendance actuelle de la nouvelle chanson française. La collaboration entre Honoré et Beaupain remonte à « 17 fois Cécile Cassard » et le nom du chanteur et compositeur aura déjà pu attirer l’œil des meilleurs spectateurs (ceux qui ne bougent pas de leurs sièges avant la fin du générique) avec « Dans Paris » en 2006. Dans ce film comme dans « Les chansons d’amour », Christophe Honoré composait son film en musique, comme un mélodrame où chaque dialogue était rythmé par la poésie du texte et un accompagnement jazzy qui n’était pas sans évoquer la partition de Charles Mingus pour le « Shadows » de Cassavetes. Un cinéma à fleure de peau, où émotion et musicalité sont liées. Finalement, d’un film à l’autre, il n’a fait qu’étendre l’idée de la chanson d’amour partagée par deux des personnages à la fin de « Dans Paris ». Alex Beaupain poursuit donc lui aussi cette relecture du mélodrame et de la comédie musicale, prenant en charge aussi bien les textes que la musique, ce qui témoigne de sa liberté d’auteur alors même que les chansons sont si importantes dans le film.
A l’écoute du disque des « Chansons d’amour », seul sans ses images sœurs, la plus grande influence qu’il reçoive du film est son unité. Le thème commun et l’évolution d’un scénario dans l’ordre des chansons donne une cohérence rare à l’ensemble, et ce, qu’on connaisse ou non cette grande histoire de deuil qu’est le film. D’une durée assez compacte, il ne fait que gagner en intensité par rapport à beaucoup d’albums du genre, à commencer par le premier essai d’Alex Beaupain, « Garçon d’honneur ». Détail intéressant, bon nombre de chansons sont communes aux deux albums. Sur son disque, Beaupain les interprétait seul. Sur « Les chansons d’amour » il réorchestre tout autour d’une batterie marquant l’intensité dramatique et de claviers et autres instruments jouant un contrepoint impressionniste au texte ou aux images. Mais surtout, il confie le soin d’incarner chaque chanson aux acteurs, permettant aux textes de se révéler bien plus complètement sous la forme de duos. Moins de nombrilisme, plus d’ouverture, par ces voix parfois incertaines, mais toujours dirigées avec brio. Si l’on peut critiquer les manières un peu affectées d’Alex Beaupain sur son premier album, dont la version de « Brooklyn Bridge » ici présente permet de se faire une idée, sa capacité à diriger ces ensemble d’acteurs sur des textes superbes est indéniable. Douceur des voix enlacées, acidité des propos, intensité musicale qui pour une fois mérite parfaitement (et étymologiquement) l’adjectif mélodramatique, l’ensemble fonctionne.
Premier rôle du film et second nom important de l’album après Beaupain, Louis Garrel – qui chante sur dix des quatorze chansons – contribue énormément à séduire l’auditeur. Inattendue, sa voix convainc en justesse, en incarnation du propos. Acteur, il l’est jusque dans sa manière de chanter, mais il porte chaque chanson également comme simple chanteur. Sans vouloir priver Alex Beaupain de ses mérites, lui qui est l’incontestable auteur de cette réussite, on ne pourra s’empêcher de penser que Garrel a quelque chose de plus que lui. Quelque chose que beaucoup de bons – meilleurs ? – chanteurs n’ont pas, l’expressivité du langage, la capacité à faire passer le sens au delà de la réussite musicale. Ses trois titres en solo, presque des aria d’opéra, les titres les plus intenses, dominent l’album. « Ma mémoire sale » en particulier, précédemment nommée « Lave » sur « Garçon d’honneur », propose un crescendo concocté par Beaupain qui met merveilleusement en valeur la tristesse chantée par Garrel. On a l’impression qu’autant que Christophe Honoré qui l’a dirigé trois fois et lui a donné ses meilleurs rôles, Alex Beaupain a trouvé son interprète parfait en la personne de Louis Garrel.
De leur côté, les seconds rôles sont à la hauteur, et le casting brillant. Grégoire Leprince-Ringuet fait un parfait contrepoint à Garrel dans les trois duos romantiques qu’ils partagent. Sa voix a tout le grain de jeunesse et l’imperfection optimiste de son personnage, en complémentarité avec la mélancolie qu’incarne son compagnon à partir de l’intense « Delta Charlie Delta ». Avant cette chanson et le petit intermède que représente le titre chanté par Beaupain, le début du disque est essentiellement construit sur la crise amoureuse. Le rythme est plutôt léger alors que Ludivine Sagnier critique son goujat de compagnon en un premier acte très conventionnel mais servi par des textes assez fins. Ce sont les chansons les plus proches de l’habituelle chanson française actuelle : poétisation du trivial, musique rythmant l’échange avec quelques originalités sonores. Mais déjà, la diversité des voix empêche toute répétition, romps la linéarité. En guise de deuxième acte, on aborde la mort, avant le deuil. Plus d’introspection avec les solo de Garrel, mais également d’autres duos moins « évidents » qui ne feront pas sourire comme les premiers mais marqueront sans doute plus durablement. Si « La Bastille » est une douce chanson à la beauté évidente (ce qui n’est déjà pas une mince affaire), le malaise des deux voix de « Il faut se taire » ou encore l’âme meurtrie qui transparaît dans « As-tu déjà aimé ? » sont plus subtils, voir insidieux, pour les plus sombres idées que peuvent révéler les textes de Beaupain.
Si finalement la coda amoureuse de « J’ai cru entendre » permet de laisser « Les chansons d’amour » derrière soit sans malaise, l’évolution des thèmes et des personnages propre à un art narratif enrichi l’album d’une diversité de fond qui le propulse plus haut que bien des œuvres rendues plus répétitives par les obsessions propres à leurs auteurs. Et tout cela sans que l’unité sonore ne soit perdue de vue un seul instant, car qui dit histoire dit évolution, mais également logique. « Les chansons d’amour » est un grand film, peut être le plus important abordant le sujet en France depuis « On connais la chanson » du grand Resnais, mais pour une fois, parce que l’œuvre doit réellement autant au son qu’à l’image, ses chansons sont assez fortes pour survivre au générique de fin.
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Réponse au Sujet 'Les Chansons d'Amour' a été posté le : 30/07/07 12:09
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Bon, ben, tout est dit 
J'ai lu qu'Honoré pensait au départ à Vincent Delerm, pour le rôle d'Ismaël, jusqu'à ce qu'il cède à Louis Garrel, qui le harcelait à coups de chansons sur son répondeur. Ouf. J'imagine que j'aurai trouvé le film un ton en dessous, moins émouvant. Louis Garrel chante bien, et fait passer énormément de choses, sans technique de chant. Quant à Chiara Mastroianni, j'ai l'impression qu'elle chante mieux, qu'elle a appris à trouver la hauteur juste, etc., si on compare avec les chansons de Négatif et Home, de Benjamin Biolay (ainsi que A l'origine).
J'ai pas grand chose à dire.
En tout cas, l'album passe en boucle chez moi, tous les matins, tout le temps, c'est très beau.
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