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ZiGGy

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Grinderman a été posté le : 04/06/07 13:47


La dualité est une constante de l’œuvre de Nick Cave. Entre rock bruitiste et ballades intimistes, sa plume balance. Entre le post-punk de ses premiers albums avec Birthday Party et la douceur de No More Shall We Part en 2001, il y a un monde, et pourtant toujours la même personnalité. Cette dualité, il la défini lui même comme un passage de l’influence de l’ancien au nouveau testament dans son écriture – un dieu de colère, puis un dieu de miséricorde. Abordant cette question de manière réflexive, il avait déjà mis en scène la dualité dans son double album de 2004 : un cd pour le rock, un pour les ballades, séparés par les styles très différents des batteurs officiant sur chaque disque. Manifestement en pleine phase de remise en cause de son travail, Nick Cave a poussé l’expérience plus loin en créant un nouveau groupe en marge de ses habituels Bad Seeds. Trois musiciens issus de la dite formation superlative, à savoir Warren Ellis, Martyn Casey et Jim Sclavunos, regroupés sous le nom de Grinderman dans le but d’aborder la composition différemment. Comme en témoigne l’effacement de son nom au sein du groupe, Nick Cave tente de se rapprocher de ses musiciens. Il les inclue dans des séances de composition en groupe, répétitions menées début 2006 sur lesquelles le chanteur a pu improviser ses textes, plutôt que de les écrire seul avant de les présenter aux Bad Seeds comme il en a l’habitude.

2007, l’album arrive dans les bacs. Produit façonné à l’ancienne, présenté comme un L.P. de l’age reculé du vinyle : pochette cartonnée s’ouvrant sur une photo du groupe, et le minimum d’informations. La volonté revendiquée d’en revenir à l’époque où la musique faisait rêver, par opposition à l’afflux d’informations qui caractérise l’entrée dans l’age du numérique. Seule l’image compte donc : hirsute. Un singe en couverture, des musiciens chevelus et barbus au dos. Grinderman ne va pas être propre, séduisant, ne va pas offrire la facette la plus calme de Nick Cave.

Retour au passé, maniérisme évident, Grinderman évoque donc bien les deux albums de Birthday Party. Post-punk, noisy, l’album l’est à l’évidence. Les guitares sourdes sont bien au rendez-vous, au côté d’une pulsation rythmique basique. En composant en groupe, Nick Cave retrouve un peu de l’urgence de la jeunesse. En composant en jams, il retrouve également un côté expérimental. Sa musique s’écarte de plus en plus de la mélodie pour évoquer la transe mystique, proche en cela des débuts des Bad Seeds. On pense également à Television et à la guitare de Tom Verlaine, en particulier sur Love Bombe qui sonne comme une chute de Marquee Moon. Mais bien sûr, la voix de Nick Cave ne laisse aucun doute sur la personnalité de l’album. Il est reconnaissable entre mille et conquière sans doute toujours aussi facilement son auditoire. Côté texte, par contre, ça n’est plus le parolier que l’on pouvait lire comme un poète dans les deux volumes de King Ink. Avec l’impro, le jam, et le retour au rock basique, il recherche également des paroles simples, souvent triviales, une facette beaucoup moins intellectuelle de sa musique. C’est aussi ça qui justifie que Grinderman ne soit pas un nouvel album des Bad Seeds, un titre comme No Pussy Blues (la frustration de l’obsédé) y aurait été déplacé. Pas que Cave soit plus dur que dans ses autres albums sur le font, mais la forme reflète de façon plus mimétique ces idées noires.

Grinderman est un album crasseux, électrique, à écouter en voiture sur le périf ou la nuit pour couvrir le bruit des trains de marchandises, mais il reste toujours – avant tout – un album de Nick Cave. Des onze titres (retour aussi à une durée plus courte que ces dernières années), le plus exceptionnel reste Man in the Moon, qui du haut de ses deux minutes de cafard illumine tout l’album. Comme s’il ne pouvait pas vraiment échapper à son style, Nick Cave y réitère la plainte pénétrante de Loom of the Land, quinze ans après, et avec une beauté presque aussi terrible. On en tirera la conclusion qu’entre réflexivité, retour aux sources et répétition de schémas connus, Grinderman n’est pas un album original. Mais comme tous les exercices de style, il ne vise pas tant l’originalité que l’efficacité, et en la matière, un Grinderman vaut bien un Bad Seeds. Comme une vidange réussie, il semble contenir la dose d’huile nécessaire à poursuivre la remise en route du moteur amorcée sur The Lyre of Orphéus / Abattoir Blues après le ratage historique de Nocturama. L’huile, c’est le blues, le rock and roll le plus basique, le punk, toute la bassesse du monde. Le moteur, c’est Nick Cave, bien sûr.


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O.D.ed on life !


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