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Richard Hell & the Voidoids a été posté le : 21/05/07 22:46
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Peu d’artistes ont incarnés leur genre musical ou leur temps avec la même force que Richard Hell, et certainement pas dans une carrière aussi limitée. Auteur en tout et pour tout de trois albums, dont seul le premier fut d’une réelle influence, ce punk new-yorkais défini à lui seul, et avant tous les autres, le mouvement de 1977. Mais commençons notre histoire à son début : quelque part dans le sud américain, comme un road-movie. Comme dans un road-movie, toujours, c’est une histoire qui se vit à deux, qui remet en cause le rêve américain, et qui fait office de parcours initiatique, le point d’arrivée étant avant tout psychologie. Le duo de ce film, ce sont deux jeunes fugueurs échappés de leur lycée, Richard Meyers et Tom Miller. Leur fugue ne fut pas du plus grand succès, mais cella sans doute leur avenir : jamais ils ne rentreront dans les rangs qu’ils ont quittés. En fait, après avoir mis le feu à un champs en tentant de se réchauffer par une nuit trop froide pour eux, les deux adolescents sont retrouvés et rapatriés chez eux. Mais à l’image du faux départ nécessaire à Kerouac pour prendre conscience de la valeur du voyage dans Sur la Route, ce ratage ne sera que la répétition du véritable point de départ de leur vie.
Ce point de départ sera New-York, le phare qui illumine les rêves de tous les enfants du rock comme Richard et Tom. Installés dans la plus grand ville du monde au début des années 70, ils donneront corps à leurs rêves. Leurs premiers essais se portent sur la poésie. Amateurs du genre, ils écrivent et publient quelques poèmes et magasines amateurs en la matière. De la poésie et de son goût pour le romantisme français, Tom tirera son pseudonyme de Verlaine. Richard, lui, plus porté sur les images fortes, choisira les quatre lettres de Hell. En 74, ils créeront tous deux les Neon Boys, groupe de rock éphémère sous l’influence du Velvet avec lequel ils changeront leurs poèmes en chansons. A cette époque, Hell écrit déjà Love Comes In Spurts, qui ouvrira son premier album trois ans plus tard. Tom Verlaine utilise la guitare qu’il maîtrise déjà bien, et inculque à Richard Hell les rudiments de la basse. Apres ce premier essai, les deux amis encore inséparables créeront Television, fer de lance aux côtés des Ramones et de Patti Smith du punk new-yorkais, le seul punk américain à l’époque.
Et Television gagne. Sachant se vendre, les deux hommes imaginent de reproduire le schéma adopté par les New York Dolls peu avant lorsqu’ils jouaient tous les soirs au Mercer Art Center : jouer toujours au même endroit, à domicile, là où le public saura pouvoir les trouver. La recette prend rapidement, et l’évènement et créé. Au 315 Bowery sur Bleecker Street, Hell et Verlaine découvrent un petit club fondé en 73 par Hilly Kristal : le Country, Blue-Grass and Blues. CBGB. Quatre lettres qui deviendront l’emblème du punk new-yorkais jusqu’à la fermeture du club en octobre 2006. Pour l’heure, Television remplis la salle, bientôt relayé par Patti Smith et les Ramones, mais aussi les Dead Boys, les Dictators, les Talking Heads, Blondie et d’autres… toute une génération découvrira la scène sur cette scène, et pas une autre. Quand vient le moment d’enregistrer un premier album, c’est le touche à tout Brian Eno qui dirige le groupe pour ses premières démos. Tout semble prêt pour le passage à l’échelle supérieure.
C’est à ce moment là que Richard Hell quitte le navire. Ou la télévision. Lassé de voir Verlaine refuser soir après soir d’interpréter ses compositions, et en particulier le morceau Blank Generation dont il a raison d’être fier, il abandonne son comparse de toujours et part faire cavalier seul. Il faut dire qu’il commence à savoir ce qu’il veut, et que tout n’entre pas dans sa conception du monde. Malcolm McLaren lui offrant de chanter dans le groupe qu’il monte et qui deviendra les Sex Pistols, par exemple, ça ne lui convient pas. McLaren a pourtant vu dans la personnalité de Richard tout ce qui pouvait satisfaire son sens de la publicité : une âme de poète, un look d’enfer avec ses cheveux coupés au sécateur et ses t-shirts déchirés, et un comportement violemment provocateur. Le prototype du punk, c’est Richard Hell. Johnny Rotten en sera la déclinaison, faute de pouvoir s’offrir l’original. A cette époque, Hell tente à nouveau sa chance dans un groupe, et même un super-groupe à l’échelle de la scène punk new-yorkaise : il rejoint Johnny Thunders pour fonder les Heartbreakers. C’est aussi lui qui aide son partenaire de défonce Dee Dee Ramone à fignoler sa chanson Chinese Rock dont les Ramones ne veulent pas (à l’époque la consigne du groupe est « pas de chansons sur la drogue ») et la fait ensuite jouer par les Heartbreakers qui l’enregistreront sur leur premier album, L.A.M.F.. Mais à cette date, Richard Hell a à nouveau tiré sa révérence, son humeur n’est décidément compatible avec celle d’aucune autre forte tête (de lard).
1977 arrive, Richard Hell est au centre de tout, et pourtant il n’a toujours pas mis les pieds en studio. C’est avec son propre groupe, les Voidoids, nommés d’après les personnages d’une de ses nouvelles, qu’il franchira enfin le pas. Blank Generation voit enfin le jour, et ravi l’esprit analytique du parrain critique du punk, Lester Bangs. La vision philosophique de cet album est si forte que son titre deviendra le nom de toute la génération punk américaine. Blank Generation, la génération vide, celle qui a fait table rase du passé pour se faire sa propre place dans le présent… et certainement pas celle de toutes les désillusions ou de la lobotomie comme on a pu le croire. Derrière Richard Hell, la force de l’album est Robert Quine, guitariste mature (de sept ans l’aîné de Richard) qui officiera plus tard aux côtés de Lou Reed. Décidément le monde est petit, et New-York encore plus. Soutenu par la guitare rythmique d’Ivan Julian, la basse minimaliste de Hell et la batterie de Mark Bell (futur Marky Ramone… quand je vous dis que le monde est petit !), Quine offre tout simplement sa personnalité sonore à l’album : un son de guitare claquant, auquel un mixage avancé permet de prendre le relais de la voix dans des interventions au contre-pied rythmique ou aux mélodies soigneusement travaillés (Blank Generation, I’m Your Man…). Pas très punk-rock, mais l’album va ainsi transcender le genre.
La chanson Blank Generation pourrait d’ailleurs être vue comme la première tentative de rock post-punk (bien que composée avant même que le nom de punk ne vienne définir ce mouvement). C’est un shuffle, inspiré d’un vieux swing de Rod McKuken nommé Beat Generation, et grand frère mélodique du Stray Cat Strut de Brian Setzer. Ce retour des musiques anciennes rejetées par le punk-rock sous le texte le plus emblématique du mouvement n’est pas sans heurter l’auditeur. Coup de génie, vision magnifique, Blank Generation fait de Richard Hell un théoricien sans pareil. « I was sayin’ let me out of here before I was even born / It’s such a gamble when you get a face / It’s fascinating to observe what the mirror does but / When I dine it’s for the wall that I set a place / I belong to the blank generation and / I can take it or leave it each time / I belong to the _____ generation and / I can take it or leave it each time ». Voila avec Joe Strummer le meilleur parolier du genre. Poète ambiguë (« laissez moi sortir » n’a pas le même sens pour un fétus que pour un adulte !), narrateur parfait de la vie moderne (imaginez vous dînant en tête à tête avec le mur), et formaliste inspiré (ce blanc laissé dans la phrase à la place du second « blank » de chaque refrain), Richard Hell s’affirme comme une fine plume, ce que ses textes romanesques ou journalistiques plus tardifs ne cesseront de rappeler.
Pour ne rien gâcher, Richard Hell envoie la purée (c’est le cas de le dire) d’entrée de jeu avec son Love Comes In Spurts, description de l’orgasme masculin d’une trivialité digne du Lou Reed des grands millésimes. On a pas entendu ça depuis le Velvet. Ou en tout cas pas à New-York. Ejaculation précose passée, toutes les formes de crachats y passent. Liars Beware, la science de l’insulte hurlée : « Look out here / You pompous jerk / Look out here / I go berserk ! » Mais même au cœur d’un texte comme celui-ci, Richard Hell est avant tout chroniqueur social, éditorialiste, il épingle les travers de la société américaine qui écrase ses enfants et annihile la vie au nom d’un rêve fait de dollars. Il donne sa conclusion plus loin, sous la forme d’une question – et quelle question : « Who says it’s good to be alive ? » La réponse suit : « Same ones who keep it a perpetual jive ». Loin du nihilisme à deux ronds dénoncé par Lester Bangs dans son Life is not worth living (but suicide is a wast of time), toute question a droit ici à sa réponse. Richard Hell n’est pas un moralisateur mais un moraliste, il offre dans ses textes une vision stricte et claire de la société humaine. Certes, cette vision est cynique, mais jamais elle ne sombre dans le pessimisme noir. Deux chansons pour répondre aux détracteurs de Richard Hell : Down at the rock and roll club, et Another World. Comment celui qui défini ainsi l’essence vitale du rock et rêve d’un autre monde dans lequel il pourrait se livrer à l’optimisme (« I could live with you in another world… not this one. ») pourrait être morbide ?
Reste l’amour, bien sur. Another World et ses huit minutes surprenantes avec leur mantra répété à l’infini et leurs longues plages de guitares désarticulées (qui évoquent paradoxalement le jeu du rival Tom Verlaine). Betrayal Takes Two, également. Il faut être deux pour se trahir, quel cruel retournement du romantique « three’s a crowd » si cher aux anglo-saxons. Richard Hell aborde les cicatrices de la vie (« kissed all the scars »), parce que selon lui elles fondent les personnalités. Vision du monde d’un junky urbain, certes, mais pas moins viable qu’une autre. Parce qu’il est piètre chanteur et qu’il le sait, Richard Hell fait le choix formel qui le raccorde définitivement au punk-rock : le cris vindicatif. Mais en choisissant en même temps la guitare si subtile de Robert Quine ainsi qu’un mixage de la voix rendant toutes les paroles intelligibles, il a su concentrer toutes les attention sur ses qualités : celles d’un song-writter unique. Salaud lui même, il décrit le monde des salauds mieux que personne, et aux chiottes la finesse : « If I seem unromantic / You’re glad that I do / What you say to me proves / I’m more romantic than you ». Déclaration d’amour tordue façon I’m Your Man, ou plutôt profession de foi à l’intention de ses détracteurs ? Un double sens de plus qui rend ces vers si savoureux.
Ici s’achève le voyage. Richard Hell reviendra en 82 avec Destiny Street et en 92 dans le projet Dim Stars. Il restera toujours new-yorkais, et se concentrera sur l’écriture. Une référence est disponible en français, L’œil du lézard, un roman en forme de road-movie. Chassez le naturel, il revient au galop. Sur son site web, ses critiques cinéma son disponibles… à vous de chercher si il y parle de road-movies. Comment conclure un si long papier ? Ah, oui ! Si d’aventure vous revoyez Cherche Susanne Désespérément, le bel amant de Madonna qui gît sur son lit dans les premières minutes a pour nom Richard Hell. Un esprit tordu dans un corps sain. L’égal d’Iggy Pop des muscles jusqu’au cerveau.
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Dernière mise à jour par : ZiGGy le 21/05/07 22:53
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Réponse au Sujet 'Richard Hell & the Voidoids' a été posté le : 21/05/07 23:45
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'Taing ! Moi qui à l'époque, n'avait pas trop accroché sur le premier Richard Hell — qui, en vinyle, avait une autre pochette plus belle, avec le Richard sur fonds ocre — ça me donne envie de le réécouter.
Je peux pinailler ? Juste un chouïa ? Oui ? Bon.
Seule info à rajouter, Hell lança le symbole punk de l'épingle à nourrice. A force de déchirer ses fringues, c'était le seul moyen de les faire tenir ensemble !
Ensuite, sans vouloir vexer personne, le titre Français est "Recherche Susan désespérément". Hell rejoint donc Adam Ant et feu Ian Dury, qui ont eu pas mal de petits rôles, parfois dans des séries B…
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"Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver !" — Baldur Von Schirach (qui la piqua à Hans Jonnst), colonel SA, chef des Jeunesse hitlériennes, responsable de 185 000 déportations.
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Réponse au Sujet 'Richard Hell & the Voidoids' a été posté le : 22/05/07 10:51
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Hu hu, trop fort, bravo !
J'avoue préférer l'originelle, le fonds rose fait un peu Plastic Bertrand (Vous savez, ce frétillant loukoum Wallon). Mais bon, de gustibus et coloribus non discutandum, bordellae !
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