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ZiGGy

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   The Zombies a été posté le : 20/05/07 15:05


Un peu comme les Troggs avec leur Wild Thing ou la farandole de formations américaines compilées sur Nuggets en 72, les Zombies auraient pu rester dans les mémoires comme le groupe d’une paire de singles. L’essentiel de l’activité de ces anglais fut en effet soutenue par le succès américain de She’s Not There fin 64, et de Tell Her No l’année suivante. Pour un groupe formé en 62 et séparé en 67 dans un quasi-anonymat, la chose est monnaie courante. Pourtant, dès ces premières chansons et le L.P. qui les accompagne, les Zombies se démarquent de toute la vague de rock garage/psychédélique au sein de laquelle ils naissent. Pas de guitares dures ou de chant agressif. Chris White manie l’électricité avec parcimonie et discrétion, tandis que Colin Blunstone propulse plutôt sa voix dans les hautes strates de la mélodie, suivant de peu Simon & Garfunkel et se démarquant ainsi du raz de marée suivant les premiers single des Kinks, You Really Got Me en tête.

Pourtant, la carrière du groupe ne décolle pas, et les Zombies restent à la traîne derrière les autres groupes de l’invasion britannique, préférant une pop sophistiquée au rhythm and blues de circonstances. Deux hits, et puis plus grand chose. Une flopée de singles suivent ces premières réussites sans les égaler, détournant le regard des décideurs de l’industrie de ce groupe qui fut seulement « prometteur ». Malgré l’évidente recherche musicale de Remember When I Loved Her, Just Out Of Reach, et de toutes les autres chansons de cette période, les Zombies ne se verront pas offrir l’occasion d’enregistrer un second L.P. avant 1967. Durant cette période, les très inégaux Kinks suivent le trajet exactement inverse. Alors que le groupe des frères Davies fort se son succès commercial commence à peine à s’affirmer comme un groupe d’albums et à évoluer vers un style plus maniéré avec Something Else, les Zombies arrivent au terme de leur contrat avec Decca sans nouveau succès. Le groupe est à l’agonie mais va tout de même signer chez CBS pour un unique L.P. produit avec les moyens minimums, chant du signe pour une formation qui se sait condamnée. Quand Odessey and Oracle paraîtra l’année suivante, les Zombies appartiendront déjà au passé, mais l’album les fera entrer dans l’histoire.

Odessey and Oracle passe totalement inaperçu aussi bien en Angleterre qu’en Amérique, où c’est à peine si il est distribué. A l’époque, personne ne sait qu’il précède de quelques mois le mythique Village Green des Kinks, et surtout personne ne s’aperçoit qu’il constitue pour celui-ci bien plus qu’un simple rival au titre de chef d’œuvre absolu du genre. Sophistiqués, mélodiques, explorateurs d’un son moderne compensant l’absence de cordes et de cuivres dans les arrangements par l’utilisation nouvelle du mélotron, osant des changements de tonalités inattendus pour soutenir leurs textes romantiques, les Zombies accomplissent le travail herculéen d’un album uni comme Syd Barrett et Pete Townshend vont le rêver peu de temps après.

Les premières notes de l’album le placent à part. Fruits de la réflexion proche du jazz et de la musique classique de Rod Argent, piano et orgue rythment la plupart des morceaux, répondant aux voix. Care of Cell 44 offre déjà un cocktail de ces savants dosages dont le groupe est capable, un lyrisme épistolaire passant des textes à la musique. Un couplet aigu fait place à des chœurs idylliques, avant une envolée sur le refrain. On pense bien sûr à la science du vers de Ray Davies, ou aux chansons aux multiples surprises comme sait les composer Paul McCartney. Impossible de ne pas penser aux Beatles à l’écoute du duo piano/voix de This Will Be Our Year. Mais la personnalité des Zombies ne s’en ressent pas, les variations du registre vocal de Blunstone et les mélodies de Rod Argent ne laissent aucun doute possible quand à leur personnalité. Sur Changes, la sophistication atteint son paroxysme. Kinks, Beatles, tous sont ici oubliés : les revirements vocaux sont permanents, de ce couplet grave à ces chœurs baroques, soulignant le changement de tonalité des passages de relais entre piano et mélotron. Tout en douceur, Odessey and Oracle se déroule comme une merveille d’orfèvrerie.

Plus rock, voisins du psychédélisme, les Zombies créent sur A Rose For Emily un entrelacs vocal rappelant le lyrisme de Simon & Garfunkel, mais en privilégiant l’alliance du chant à la musique, contrairement au duo folk. Sans cesses, les voix se divisent et se retrouvent, se questionnent et se répondent, se multiplient, et soudain se retrouvent seules, au hasard d’un break comme sur Brief Candles. Chaque nouvelle surprise que recèle Odessey and Oracle n’est que le prélude à une nouvelle idée. Plus audacieux encore dans cette recherche que les Beatles et les Kinks, les Zombies accomplissent surtout cela sans jamais se priver de leur sensibilité pop, l’accessibilité et l’immédiateté qui disparaît chez tant d’autres groupes plus versés dans le psychédélisme, tel Pink Floyd.

De chansons exquises en poèmes ensorceleurs, onze ovni sillonnent le ciel durant la grande demi-heure de l’album, amenant rapidement au douzième et dernier trésor de l’horloger : Time Of The Season. Un titre de pure soul arrangé avec minutie de la première note de basse au dernier accord d’orgue en passant par chaque inflexion vocale. On pourrait fouiller dans tout le catalogue Motown sans trouver chef d’œuvre plus absolu, et pourtant on n’a pas quitté la subtile Angleterre. C’est ce diamant parmi les joyaux qui amorcera le mouvement ascendant que qu’a connu l’influence des Zombies : sorti en guise de dernier single début 69, il offrira enfin un nouveau succès au groupe, dépassant même ses deux précédents hits dans les charts, mais ne motivant aucune réformation. Dès lors, le statu du groupe sera sans cesse réévaluer, jusqu’à ce que de nos jours, Odessey and Oracle soit largement considéré – et avec raison – comme l’un des meilleurs albums de pop de sa pourtant riche décennie.

Réédité chez Repertoir Records en 2001 dans une version digipack fidèle à sa pochette psychédélique, Odessey and Oracle bénéficie d’un son parfait, d’un livret complet et d’une flopée de bonus contemporains de ses douze classiques (a commencer par I Call You Mine, tube pop pas si simple que ça et encore voisin de la perfection). Aujourd’hui, rien ne justifie que celui qui dit aimer les Kinks ou les Beatles ne possède pas ce chef d’œuvre. Finalement, les Zombies ont bien choisi leur nom, puisque ce n’est qu’apres leur mort qu’ils se sont fait remarquer…


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*** Et c'est ainsi qu'Allah est grand. ***
O.D.ed on life !


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