Canine

-= Chaos Servants =-
Inscription le 22-04-07
Messages : 9
Age : 36 ans
Lieu de résidence : ...tu veux pas savoir...
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Jusqu'à la fin des temps... a été posté le : 24/04/07 00:06
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Ce matin, je me suis levée. J'ai collé mon front à la fenêtre et j'ai regardé tomber les cendres. C'était comme des papillons gris et noirs. Sauf que c'est juste ce qui reste des gens. Ceux qui sont morts. Tous les jours, ça recouvre un peu plus la maison. Et peut-être que même ma fenêtre sera recouverte d'une croûte noire et que je ne pourrais plus regarder dehors. Peut-être même qu'on ne pourra plus sortir et qu'on va enfin mourir etouffées. J'entend la radio de Maman en bas.
Love me tender,
Love me sweet,
Never let me go.
You have made my life complete,
And I love you so.
C'est toujours la même chanson depuis... très longtemps. Et Maman fait semblant de ne pas le remarquer. D'ailleurs, elle fait aussi semblant de ne pas remarquer que je ne grandis plus. Que je perds mes cheveux. Et puis, elle fait surtout semblant de croire que Papa va revenir un jour...
Love me tender,
Love me true,
All my dreams fulfilled.
For my darlin' I love you,
And I always will.
Le soleil ne traverse jamais les nuages. Il ne pleut jamais non plus. Pas un oiseau ne vole dans le ciel. Pas un insecte dans les quelques brins d'herbes qui dépassent encore du sol ravagé. Nous vivons toutes les deux dans un monde figé. Un monde désert. Un monde vide. Partir, dépasser la clôture du jardin, c'est signe de mort. Rester ici, c'est vivre éternellement la même journée. Papa n'a pas pu rester. Maman n'a pas pu partir. Et moi... Moi je suis restée avec Maman. Je ne sais pas trop pourquoi. J'ai oublié. Maintenant, ce n'est plus possible. Les cendres ont bloquées la grille.
Love me tender,
Love me long,
Take me to your heart.
For it's there that I belong,
And we'll never part.
Je pose ma main sur le carreau sale et je regarde ma peau parcheminée et constellée de tâches brunes. J'avais huit ans quand la bombe a explosée. Maintenant j'ai l'impression d'en avoir mille. Peut-être est-ce le cas. Mes cheveux sont tous blancs. Il n'y a plus de miroir dans la maison. Papa les avait brisés, juste avant de nous abandonner.
Quand je serais grande, je serais vivante. Mais je ne grandis plus du tout.
L'escalier craque. Maman est en train de monter. Mon coeur bat vite. Est-ce que c'est aujourd'hui que... ? Est-ce qu'enfin... ? J'espère ! J'espère de toutes mes forces !
Elle rentre. Ses yeux se posent sur moi, ses iris se rétractent. Dégoût. Je sais que je l'écoeure. Je me sens laide. Elle aussi, elle est laide. Son visage est presque épargné mais tout son corps est couvert de brûlures... Qui ne cicatrisent pas. Qui ne cicatriseront jamais. De temps en temps, un lambeau de peau tombe par terre, rongé et noirci. Elle est en train de pourir vivante, en même temps que je me déssèche.
Elle se force à sourire. On dirait qu'elle va me mordre. Me dévorer comme le grand méchant loup. Mais elle ne le fera pas. Elle n'en a ni la force... ni le besoin. Nous n'avons pas besoin de manger. Depuis des années, je n'ai rien avalé. Mais je ne sens jamais la faim. Tout comme elle. Tout comme Papa. Avant.
J'ai comme une boule dans le ventre...
"Ma chérie, il neige ! Viens ! On va jouer dehors ! Papa sera content quand il rentrera si on lui fait un bonhomme de neige..."
Son ton joyeux sonne faux. Ses yeux brillent trop, elle va pleurer. Ses genoux tremblent. C'est maintenant, alors ? Je m'éloigne de la fenêtre et je sors de la chambre à sa suite. Je ne met pas de manteau par dessus ma chemise de nuit. Pas la peine. C?est une vraie fournaise dehors. Comme toujours. Des flocons de cendre se collent dans mes cheveux, je les chasse d'un geste de la main, sans trop y penser.
"Assieds-toi, je vais chercher du matériel !"
Sagement, je m'agenouille. Je fais mine d'essayer de faire une boule avec la poudre grisâtre et friable. Il faut maintenir le masque jusqu'au bout. Pour qu'elle ne comprenne pas que je sais. C'est le seul moyen, le seul moyen...
Elle est derrière. Je l'entends fouiller dans la cabane à outils. Elle ressort. Qu'est-ce qu'elle a dans les mains ? Je crois que c'est la bêche. Celle que Papy nous avait donnée. Elle est lourde, solide. Je ne peux pas la soulever sans y mettre toutes mes forces. Elle va pouvoir me briser la nuque facilement, sans douleur, sans un cri. Elle ralentit... Je devine ses mains trembler sur le manche en bois. Est-ce que sa détermination fléchie ? Pitié, faites que...
La bêche tombe avec un fracas métalique et j'entends ses pas s'éloigner, vite, vite, en direction de la maison. Je peux l'entendre pousser des petits cris hystériques, comme des sanglots. Cette fois encore, elle n'a pas eu le courage d'aller jusqu'au bout.
Mes mains se crispent sur les cendres, mes ongles labourent le sol. Je sens des frissons parcourir mon dos en dépit de la chaleur étouffante. Soudain, je rejette ma tête en arrière et un hurlement déchire ma gorge.
QUE QUELQU'UN ME TUE, PAR PITIÉ !
Love me tender,
Love me dear,
Tell me you are mine.
I'll be yours through all the years,
'till the end of time.
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Dernière mise à jour par : Tahariel le 24/04/07 06:25
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-------------------- Quand la vie te donne des citrons, fais de la grenadine. Puis assied-toi et regarde le monde se demander comment tu as fait XD
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Cachée
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Troll in Oz...

-= Chaos Genitor =-
Inscription le 27-09-02
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Réponse au Sujet 'Jusqu'à la fin des temps...' a été posté le : 24/04/07 00:33
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Bravo.
C'est une chouette nouvelle, très bien écrite. Parfaite.
Je me sens presque flattée d'être la première à poster après toi.
Ne t'arrête surtout pas !
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Cachée
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