Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Divers > Cinéma, vidéo, littérature et musique généralistes > Les Bienveillantes, de Jonathan Littell.
Sujet : 

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Nyxl

Basement Cat



-= Chaos Lieutenant =-
Inscription le 25-03-02
Messages : 2821



Homme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : Brüsel Caput Mundi

Pourquoi vous regardez ca ?
   Les Bienveillantes, de Jonathan Littell. a été posté le : 21/01/07 15:21
Jonathan Littell, romancier d'origine américaine, signe ici un monstre littéraire de quelque 900 pages chez NRF-Gallimard.

Les Bienveillantes, ce sont les Euménides, les "Furies" de la mythologie gréco-romaine, les déesses chtoniennes de la vengeance et du tourment. Le terme de "Bienveillantes" est à la fois l'euphémisme et l'antiphrase utilisé par les Grecs de l'Antiquité qui n'osaient les appeler par leur nom usuel, les Erinyes. Cette parenthèse achevée, intéressons-nous un peu à l'ouvrage ainsi nommé.

Nous y suivons le récit, la confession presque, de Maximilian Aue, un Allemand inscrit à la SS au début de la guerre 40-45. Au travers d'un parcours qui nous mène de l'Ukraine au Caucase, puis à Stalingrad, pour enfin revenir à Berlin avant d'entamer un nouveau cycle de voyages à Lublin, Auschwitz, puis la Hongrie et à nouveau Berlin, nous découvrons tout un éventail des horreurs et de la folie nazies.

De piston en promotion, d'études linguistiques en théories raciales, des bureaux nazis au front de Stalingrad et retour à l'administration d'Himmler, Aue, docteur en droit de formation, va parcourir toutes les étapes de la démence orchestrée par l'élite nazie, depuis l'idéologie "nationale-socialiste" jusqu'aux tréfonds de la corruption, de la perversion, de la folie meurtrière.

Ce roman est un monstre qui parle d'un monstre (qui, somme toute, n'est qu'un homme, certes hors du commun à bien des égards, mais un homme) qui a eu une "chance" (ou la protection) invraisemblable. Le style oscille sans arrêt entre le récit historique, la dépèche militaire façon officier de liaison, le déballage d'érudition presque gratuit (sans le côté joyeux, jubilatoire d'un Umberto Eco), l'obscénité et la vulgarité presque insensées, les anecdotes quasi-mythologiques...

Ce livre a reçu le prix Goncourt, et je ne doute pas que ce soit mérité.

Mais ce fut une lecture éprouvante, par moments, dans la mesure où l'on se dit que, nonobstant le label "roman", les événements historiques ainsi narrés sont authentiques. La foule de détails, d'anecdotes, de "gags" rapportés ont leur trace dans l'un ou l'autre document. Les chiffres mentionnés, les statistiques, la monomanie typiquement germanique (sans faire ici de réduction péjorative) pour l'archivage et le classement, toutes ces petites choses sont attestées et vérifiables. Cela en verse même dans un excès qui rend le récit peu crédible - paradoxalement, cela le rend également supportable pour un lecteur cultivé en histoire ou simplement critique.

Je recommande cet ouvrage - sans aller jusqu'à le qualifier de monument littéraire - à tous ceux qui ont une connaissance superficielle des événements de la Guerre 40-45, dans la mesure où ils sont prêts à en découvrir davantage, surtout dans les faits les moins ragoûtants. Je recommande également un esprit d'initiative et de vérification, contre-vérification. N'acceptez pas pour argent comptant tout ce qui est écrit, cherchez les références, fouillez tout ce que vous pourrez trouver comme documents, archives, au sujet non seulement des camps de concentration, mais aussi à propos du front de l'Est...

Souvenez-vous.



      Retour en haut de la page IP Cachée  
Dr Bis

Cthulhu Ninja



-= Chaos Legions =-
Inscription le 05-02-05
Messages : 2675



Homme  Age : 62 ans
Lieu de résidence : Créteil sur mer

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Les Bienveillantes, de Jonathan Littell.' a été posté le : 22/01/07 02:04
Voui, mais pour avoir eu un compte-rendu direct du nombre d'Anglicisme dans le texte, ça m'a refroidi. Le simple fait qu'un texte pareil ait eu le Goncourt semble annuler le boulot des traducteurs, des correcteurs et de tous ceux qui s'efforcent de s'exprimer en quelque chose qui ressemble à du Français. Littel n'a pas l'excuse d'avoir été nourri aux mauvaises traductions !
Sinon :
1/ C'est un américain qui écrit en Français. Connaissant le landernau Parisano-Franchouillard, c'est suffisant pour être publié, quoi qu'on ait pu écrire, et être considéré comme génial par ledit landernau auto-flagellant. Si l'auteur a effectivement pondu un bon bouquin, c'est un plus, pas un préréquisite. (Ça me rappelle une daube de SF écrite n'importe comment, uniquement vendue sur le fait que l'auteure était Américaine et écrivait en un machin imbitable ressemblant vaguement à du Français, mais je digresse, de phoque.)
2/ Non, ce n'est pas Littel qui est à blâmer. C'est l'éditeur, qui peut se payer des correcteurs/relecteurs. S'il n'a pas fait cet effort, ben, cela en dit long sur le cynisme éditorial et la littérature-marketing.
3/ Le landernau a couiné, mais c'est avant tout le public qui a fait son choix, le bouzin s'étant bien vendu via le bouche à oreilles bien avant que les salons s'aperçoivent de son existence, enfin, d'après les échos que j'ai eu. Cela dit, le bonhomme a eu droit à un agent. Ce qui est rarissime chez ceux qui ne sont pas déjà en haut des ventes. C'est louche et blême…
4/ M'est d'avis que l'hiver sera rigoureux, mais bon, cela n'a rien à voir avec le sujet…
Au final, l'essentiel reste que certains lecteurs aient pris du plaisir et/ou aient réfléchi à partir de ce roman. Pour ma part, c'est un sujet que j'évite, il me touche trop près (A l'exception de Primo Levi, mais c'est la seule !) Ce qui n'a rien à voir avec les textes traitant de ce thème, uniquement avec mes limites à moi…


--------------------
Ex-casse-les-burnes, la signature iconoclaste !
Diplômé de nanarologie à l'université de Remontay-les-Bobines
Notre maison d'éditions : http://www.ed-malpertuis.com
Lisez Mythologica : http://revue.mythologica.net/
Vendu 7000 PO à Teocali, qui en a aussitôt fait cadeau à Miss Oph !
"Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver !" — Baldur Von Schirach (qui la piqua à Hans Jonnst), colonel SA, chef des Jeunesse hitlériennes, responsable de 185 000 déportations.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Schmorgluck

Vivement le web 1.0



-= Chaos Elite Troops =-
Inscription le 24-02-03
Messages : 2989



Homme  Age : 50 ans
Lieu de résidence : En dessous de tout

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet 'Les Bienveillantes, de Jonathan Littell.' a été posté le : 22/01/07 05:21
Citation :
Dr Bis dans une contemplation à Dlul a dit:
Cela dit, le bonhomme a eu droit à un agent. Ce qui est rarissime chez ceux qui ne sont pas déjà en haut des ventes. C'est louche et blême.

Rien de spécialement louche là-dedans : il a pris un agent (et non pas "eu droit à"), ce qui est encore peu pratiqué en France, mais plutôt courant aux USA, même pour un premier livre.


--------------------

Citation :
<Smurk> Tu es trop sérieux, Schmo.

Schmorgluck est sponsorisé par Stimotroll, le chewing-gnome au goût sauvage !
« Une fixation culturelle sur la minceur féminine n’est pas l’expression d’une obsession de la beauté féminine, mais de l’obéissance féminine. » Naomi Wolf, "Le mythe de la beauté"
« Ni dieu, ni maître, ni slogan ! » André Igwal

      Retour en haut de la page IP Cachée  
Nyxl

Basement Cat



-= Chaos Lieutenant =-
Inscription le 25-03-02
Messages : 2821



Homme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : Brüsel Caput Mundi

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Les Bienveillantes, de Jonathan Littell.' a été posté le : 22/01/07 11:19
Citation :
Dr Bis dans une contemplation à Dlul a dit:
Voui, mais pour avoir eu un compte-rendu direct du nombre d'Anglicisme dans le texte, ça m'a refroidi.
[...]
Pour ma part, c'est un sujet que j'évite, il me touche trop près (A l'exception de Primo Levi, mais c'est la seule !) Ce qui n'a rien à voir avec les textes traitant de ce thème, uniquement avec mes limites à moi…

C'est moi ou il y a contradiction ? :D

Personnellement, je me suis plus senti noyé par l'avalanche de germanismes (avec un petit glossaire à la fin, pour savoir qu'une "einsatz", c'est une action/opération, pour ceux qui ne savent pas décoder les mots en fonction du contexte) que d'anglicismes.

Et dans le contexte, ça passe sans heurt, dans la mesure où le narrateur a un côté pédant et snob et se complait à citer des phrases entières dans d'autres langues (chaque rencontre avec un autre intellectuel du Reich, dans le récit, est prétexte à digression culturelle avec son apport de petites citations de l'un ou l'autre auteur en vogue à cette époque)...

Bref. Les critiques étaient tellement partagées et mitigées au sujet de ce roman, que j'ai préféré le lire et m'en faire ma propre opinion, je trouve ça plus sain. D'ailleurs, on m'a fait une critique ambiguë d'un auteur flamand que je vais m'empresser de découvrir et...

*S'en va en marmonnant vers la sortie.*


--------------------

Considérez-moi comme un rejeton du chat de Schrödinger. Ou alors un lointain cousin du démon de Maxwell...
---
"Coupez Bruxelles dans le sens nord-sud, donnez la partie ouest au Royaume-Uni et la partie est aux Allemands. Ainsi, vous mettrez tout le monde sur un pied d'égalité, car toutes les parties râlerons avec la même intensité."

      Retour en haut de la page IP Cachée  
Dr Bis

Cthulhu Ninja



-= Chaos Legions =-
Inscription le 05-02-05
Messages : 2675



Homme  Age : 62 ans
Lieu de résidence : Créteil sur mer

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Les Bienveillantes, de Jonathan Littell.' a été posté le : 22/01/07 11:53
Citation :
Schmorgluck dans une contemplation à Dlul a dit:


Citation :
Dr Bis dans une contemplation à Dlul a dit:
Cela dit, le bonhomme a eu droit à un agent. Ce qui est rarissime chez ceux qui ne sont pas déjà en haut des ventes. C'est louche et blême.

Rien de spécialement louche là-dedans : il a pris un agent (et non pas "eu droit à"), ce qui est encore peu pratiqué en France, mais plutôt courant aux USA, même pour un premier livre.


Justement, les agents ne représentent que des auteurs déjà connus et reconnus, leur travail étant plus de négociateurs. ils prennent rarement un premier livre d'un inconnu, à moins d'être sûrs de faire un "coup" à la Marc Lévy. Ce qui est bizarre, c'est que Littel n'est pas le chtit dernier de la Star Machin (ou plutôt son "nègre") et que son bouquin n'a pas l'air de relever de la littérature-kleenex à la Dan Brown. D'où mes interrogations. mais ne connaissant pas le fin mot de l'histoire, je ne me permettrai pas d'en tirer la moindre conclusion. Je trouve ça inhgabituel, c'est tout…
(Il y aurait aussi à dire sur le rôle omniprésent de l'agent en anglo-Saxonnie ou tout est forcément mieux et plus beau, son rôle consistant souvent à prendre des auteurs prometteurs pour les formater à faire du sous-Grisham/Brown/Clancy/N'importe quoi qui marche en ce moment, mais c'est une autre histoire…)


--------------------
Ex-casse-les-burnes, la signature iconoclaste !
Diplômé de nanarologie à l'université de Remontay-les-Bobines
Notre maison d'éditions : http://www.ed-malpertuis.com
Lisez Mythologica : http://revue.mythologica.net/
Vendu 7000 PO à Teocali, qui en a aussitôt fait cadeau à Miss Oph !
"Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver !" — Baldur Von Schirach (qui la piqua à Hans Jonnst), colonel SA, chef des Jeunesse hitlériennes, responsable de 185 000 déportations.


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: [ 1 ]

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater