Basement Cat

-= Chaos Lieutenant =-
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André Franquin, un perfectionniste. a été posté le : 12/11/06 11:36
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Fraîchement revenu de l'exposition "Le Monde de Franquin", j'ai été frappé par le fait que cette section ne comportait aucun sujet dédié à cet auteur qui aura marqué sa génération. Je me suis dit que ce serait une bonne idée de réparer cet oubli, maintenant qu'il y a un sommaire digne de ce nom pour les BDs...
Disciple éclairé de Jijé, André Franquin est essentiellement connu pour sa longue reprise de Spirou et Fantasio, pour Gaston Lagaffe et pour le Marsupilami. C'est un auteur multiple, capable d'observer et de croquer la réalité qui nous entoure avec humour, tendresse et causticité également...
Franquin, les débuts avec Jijé.
Pour commencer, Franquin reprit les aventures de Spirou. Autrefois dessinés par Robvel (Robert Velter), ces mini-récits furent repris en main par Jijé, qui adjoignit Fantasio au célèbre groom (devenu journaliste-aventurier depuis lors). Quand Franquin assiste Jijé, il imite le style de son mentor à la perfection, allant jusqu'à ne pas signer les planches qu'il réalise. Cela se voit dans des récits comme "Les Maisons Préfabriquées", "Radar le Robot" et d'autres encore.
Modeste et Pompon, le chemin vers Gaston Lagaffe.
Avec cette série, Franquin s'initie à "l'art délicat du gag en une planche". Plus qu'une simple série comique, il s'agit là d'une synthèse des modes de l'époque (années 50 et 60), dans laquelle on retrouvera des objets divers et variés typiques de ces années-là. Modeste est un vaniteux loufoque et inventif, qui sert sans doute de modèle au Gaston Lagaffe final. Remarquons également les premiers signes d'avant-gardisme de l'auteur, avec Pompon, l'une des premières femmes de la BD à avoir un brin de personnalité.
Spirou et Fantasio, la touche personnelle.
Ayant repris complètement la série, Franquin ne tarde pas à y apporter ses touches personnelles. D'abord, il y a Spip, le "spirou" (nom wallon de l'écureuil, désignant également par extension un jeune garçon vif et déluré), qui devient personnage à part entière et acquiert son importance dans les histoires (c'est un intervenant actif, et non plus passif). Ensuite, il y a les technologies, avec notamment les voitures, rendues avec beaucoup d'attention par l'auteur : voyez les turbotractions des premiers albums. L'apparition de Seccotine, la journaliste amie et rivale de nos deux héros, une femme émancipée, volontaire et ambitieuse, préfigure déjà un des aspects du Mai 68 à venir. Et surtout, la création du Marsupilami, dont Franquin gardera la propriété jusqu'au bout.
Gaston Lagaffe, héros sans emploi.
Participant au journal de Spirou, Franquin se sent un peu à l'étroit dans cet univers calottin et étriqué, où il ne peut vraiment laisser libre cours à sa créativité. Entre deux épisodes de Spirou & Fantasio, il se "repose" en créant Gaston, ce personnage au départ muet, ce glandeur débarqué un jour dans le journal, après que quelques parutions aient été truffées de traces de pas bleues. Après quelques apparitions anecdotiques, Spirou lui-même prendra l'initiative de lui demander ce qu'il fait là. C'est qu'on l'a, paraît-il, engagé. Pour que faire ? Mystère. Des cadres de pas bleus aux premières "gaffes", puis des premières gaffes à la fonction de "réponse au courrier des lecteurs", puis les premières inventions loufoques, puis le Gaffophone... Le monde de Gaston Lagaffe s'étoffe et sert un peu d'exutoire à un Franquin en mal d'expression. L'on verra apparaître dans les gags de Gaston Lagaffe les affres d'un engagement humanitaire et écologique que Franquin ne désavouera jamais. Car Gaston, tout gaffeur qu'il soit, a un grand coeur et s'inquiète des plus petits, des plus faibles (animaux et humains), et s'en fait pour sa planète. On le verra ainsi au côté d'activistes de Greenpeace, dans l'une ou l'autre planche destinée à des campagnes de l'Unicef ou d'Amnesty International. On le verra rêver de dégommer les chasseurs de baleines du haut de son Stuka...
Le Marsupilami, énigme scientifique.
Animal cousin des ornythorynques et des marsupiaux, le Marsupilami à longtemps fait l'objet de mini-polémiques chez les amateurs de sciences naturelles (Saviez-vous que Franquin était lecteur assidu du magazine "Science & Vie" ?). Franquin est parvenu de faire de ce qui devait être une apparition anecdotique, une véritable créature animale, composant pour ce faire en un "Nid des Marsupilamis" une écologie, un comportement social, une méthode de reproduction, une foule d'anecdotes plus ou moins vraisemblables. Le marsupilami, de loufoque, est devenu crédible. Objet d'une série à part entière dessinée par Batem, sujet d'une encyclopédie, le marsupilami est entrée de manière durable dans l'imaginaire collectif des amateurs de BDs, tant les adultes que les plus jeunes.

Les Idées Noires.
Amoureux du Noir & Blanc, Franquin trouva à s'exprimer dans Fluide Glacial, invité par son collègue et ami Gotlib. C'est là qu'il composera ses Idées Noires, dans lesquelles il stigmatise implacablement tous les travers de notre société, depuis la militarisation excessive et la course à l'armement jusqu'à la détérioration de notre environnement (tant sur la planète que dans l'espace) en passant par la cruauté ordinaire (les chasseurs sont exquisement passés à la moulinettes des "Pandan") et la bêtise quotidienne. Le pessimisme latent de l'auteur refait brutalement surface dans ces quelque 64 planches, mais apparaît également toute la mesure de son talent et de son perfectionnisme, car ces plances, réalisées uniquement noir sur blanc ou blanc sur noir, sont d'une remarquable précision et finition. À consommer avec modération.
L'animation, un rêve refoulé.
Franquin est entré en bande dessinée parce qu'il désirait faire de l'animation. Déçu par une première tentative d'animation du Marsupilami, il aura l'opportunité de créer un univers loufoque et poétique, celui des Tifous, spécialement pour l'animation. Le résultat n'étant pas à la hauteur de ses espérances, malgré un début prometteur, il ne poursuivra pas l'aventure. Ce qui n'empêchera pas que le Marsupilami et sa petite famille se retrouveront bientôt sur petit écran. Ce cher McBackalive n'a pas fini de souffrir.
Franquin, un subversif engagé.
Pendant trente numéros, avec quelques auteurs également frustrés par le cadre étriqué de la BD belge de son époque, Franquin fera un journal pirate au sein du journal de Spirou. Diffusés sous le nom de "Trombone", ces petits encarts feront bisquer plus d'un au sein de la rédaction. On y trouvera de tout, des jeux de mots potaches, une vulgarité bon-enfant destinée à bousculer les idées reçues, les éléments d'un engagement profond (prémices des Idées Noires) et un non-conformisme rafraîchissant. Un fumeur apparaît dans les premières couvertures de Trombone, qui s'incrustera de proche en proche, se faisant gentiment chambre par les personnages environnants, jusqu'à un des derniers numéros, où la couverture fait office de procession funéraire pour enterrer celui qui est mort d'un cancer du poumon...
Le perfectionniste : monstres et doodles.
Franquin ne restait jamais longtemps sans dessiner quelque chose. Quand il n'était pas à sa table, il griffonnait toujours, exerçant sans relâche un talent qui n'était pourtant plus à démontrer. De caricatures en esquisses de personnages vus à la télévision en idées subites crayonnées en toute hâte pour ne pas les laisser s'envoler, Franquin laisse derrière lui une collection impressionnante de dessins plus ou moins finis, parmi lesquels des "monstres" de toute beauté, empruntant tantôt aux lutins, gobelins et autres petits êtres hideux des mythologies celtique et germanique, tantôt aux chats aimablement diabolisés dont il aimait se sentir entouré. Les "doodles" sont des petits dessins sans queue ni tête, collections moyennement organisées de figures et symboles nés au hasard d'un coup de crayon rêveur, évoquant tantôt le pop-art, tantôt le dadaïsme, tantôt le surréalisme tellement ancré dans la "belgitude"...
André Franquin s'est éteint le 5 janvier 1997, à l'âge de 73 ans. Il laisse derrière lui une fabuleuse "mythologie" bédé-ludique qui a marqué plusieurs générations de dessinateurs et de lecteurs.
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Cachée
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fou de bassin

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Réponse au Sujet 'André Franquin, un perfectionniste.' a été posté le : 14/11/06 23:55
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L'exposition se tient dans le lointain Grand Nord je présume? (aïeuh maaais !) Dommage, parce que Gaston Lagaffe est mon modèle dans la vie. Et à l'époque où j'étudiais la gestion des archives, le prof utilisait des planches de Gaston comme exemple de choses à faire et ne pas faire. Pour ceux qui connaissent: le gag où Cheese fait son nid dans l'armoire aux archives, celui où Gaston aménage un labyrinthe dans le local de la documentation, et celui du cactus-classeur servaient à illustrer les trois étapes de la gestion des archives à travers les âges
Les Idées Noires: toute une philosophie de la vie, pas très éloignée finalement de certaines allusions du gentil Gaston.
Et Spirou, le Marsupilami, Modeste et Pompon: c'est tout mignon, et pas uniquement pour les plus jeunes
Franquin est même devenu un personnage de BD, plus précisément de Greg. Dans l'album d'Achille Talon "Le Monstre de l'étang Tacule", le jeu de mots du titre est nul mais Achille sympathise avec un dessinateur aussi génial que tourmenté, répondant au nom d'Héliacin Frusquin, et qui est un portrait évident d'André Franquin. Un très bel hommage d'un grand à un autre.
Greg a juste oublié de rappeler que personne ne dessinait les chats aussi bien que Franquin.
-------------------- Je n'irai, plus tard, ni au café perdre ma santé, ni aux courses perdre mon argent, ni au cinéma perdre mon temps à voir des films dont les héros sont des voleurs et des assassins dignes de mépris.
(Extrait d'un manuel de morale à l'usage des classes, première moitié du XXe siècle)
Karolinus sum.
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Cachée
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Dura Lex Semtex

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Réponse au Sujet 'André Franquin, un perfectionniste.' a été posté le : 16/11/06 23:04
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P*t*in, ********, c'est vrai. J'avais jamais fait gaffe, mais la planche de monstres, qu'on voit au debut de l'album, avec le recul, on la jurerait dessinée par Franquin. Et dire que j'avais jamais fait gaffe.... Raaargh.
Et concernant la serie le marsupilami, il est a noté que les premiers albums étaient le fruit d'une collaboration de Franquin et de Greg, avec vraisemblablement celui-ci aux dialogues. On y retrouve des p'tits morceaux qui pourraient presque sortir de la bouche d'Achille Talon 
Teocali
-------------------- Marx disait "la religion est l'opium du peuple".
Bin, j'ai rien contre les drogués mais je peux pas blairer les dealers.
Dieu
Teocali c'est un genre de Docteur Queen. Mais en plus gros.
Thorgrim
Je connais le secret honteux de Daïna !
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Cachée
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