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Adorya

Schtroumpf du Chaos



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   [PLC 2006] Ellipse a été posté le : 17/10/06 15:21
PLC - 2006

4ème place


Reveil

Les premiers rayons de soleil caressèrent le visage d'enfant de Laé, signe d'une nouvelle journée. Recroquevillée à l'intérieur d'une minuscule cavité de mur qui lui servait de lieu de repos, elle cligna des yeux quelques instants le temps de s'habituer à la luminosité naissante, avant de sortir discrètement de sa cache à quatre pattes.

Elle se trouvait maintenant dans une large caverne aux surfaces polies reflétant l'aube. Les éclats lumineux révélèrent non loin un monticule de branches, de peaux et de paille, entouré d'ossements séchés d'animaux. Sur un mur, des traces de mains formaient un dessin des plus obscurs, composé de lignes et de courbes.
Machinalement, Laé se mit à ramasser les détritus autour d'elle et à étoffer le nid éparpillé. C'était son devoir depuis quelques cycles maintenant, elle servait et assistait le propriétaire des lieux. Elle s'exécutait consciencieusement, observant aussi la manière dont avait été aménagé la place. Peut être, un jour, aurait-elle à faire de même...

Sa tâche terminée, et n'en voyant pas d'autres en vue, elle se dirigea vers la source d'eau la plus proche, un suintement d'une eau claire à travers les fissures de la caverne où elle se trouvait. Alors qu'elle recueillait le liquide rafraîchissant pour se désaltérer et se nettoyer, son regard croisa la source de lumière responsable de son réveil : une ouverture béante vers le vide qui lui faisait face, à une dizaine de mètres devant elle. Montagnes embrumées et mers de nuages s'étendaient à perte de vue, alors que le disque solaire émergeait de l'horizon, miroitant de feux écarlates.

Tout en contemplant un spectacle dont elle ne se lassait jamais, elle passa une main humide sur son pâle visage, encadré de cheveux bruns et courts, retirant les derniers grains de poussière qui auraient pu la recouvrir pendant son sommeil. D'une main experte et rapide, elle continua son méticuleux décrassage sur son buste frêle et ses bras nus avant de s'occuper de ses jambes. Elle prit un soin particulier à lisser le duvet sombre qui commençait à s'y émerger, preuve de sa rapide croissance. Enfin, elle gratta de ses mains la moindre trace de saleté de ses serres, qui risquerait de la gêner plus tard si elle n'en prenait pas soin. Tirant de son dos une articulation encore fragile mais déjà couverte de plumes, elle caressa avec envie le membre qu'elle ne pouvait pas encore complètement bouger : une aile.

"Bientôt", se dit-elle, "Bientôt je pourrais les étirer et être comme elle. Je ne serais plus un moineau. Je serais..." S'approchant de la sortie de la grotte accroupie pour ne pas se faire emporter par un vent virevoltant, elle leva la tête pour admirer un autre spectacle.
Accrochée à un pan de falaise, une ombre grande et élancée déployait majestueusement ses ailes gigantesques. Ses plumes étaient d'un noir ivoire, ses serres brillant d'un éclat doré s'enfonçaient solidement dans la roche. Elle fredonnait une mélodie dont les paroles étaient emportées par l'air tourmenté.

Les yeux de Laé brillèrent d'anticipation, sachant déjà le prochain mouvement de l'être qu'elle servait.

"...une Harpie."

Et la Harpie s'élança en un bruit sec et rapide, glissant sous les vents.


Dernière mise à jour par : Adorya le 18/10/06 19:44

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 17/10/06 15:23
Vol

Se laissant d'abord porter par les courants glacés, la harpie Eoly inspecta son territoire pendant l'habituel vol matinal, qui s'étendait au nord de la deuxième montagne enneigée jusqu'au col rocheux à l'Est dénommé la Fissure des Tempêtes. Son Cercle ne disposait encore que de peu de harpies, elles étaient une vingtaine, et était le seul à habiter ce terrain de haute altitude. C'était pour cela que chacune d'entre elle s'étaient vues partager de si grands espaces, de quoi subvenir à son appétit sans dépendre des autres, d'avoir plusieurs nids et de voler librement où bon lui semblait. Pour elle, c'était tout ce qui l'importait.

Elle avait de la chance, la terre était fertile, il suffisait de regarder la végétation luxuriante pour s'en rendre compte. Une rivière d'eau pure traversait ses terres et il n'y avait personne d’autre pour vous gâcher la vie.
Elle survola une forêt avoisinante, rasant la cime des arbres presque invisibles sous un épais brouillard. Malgré tout, ses yeux perçant parvenait à détecter les formes de vie les plus intéressantes, ses proies. Ses cibles étaient bien évidemment les grands fauves, pour la quantité de nourriture qu'ils pouvaient représenter, mais elle avait aussi une petite préférence pour ces animaux d'écailles à sang froid, si divertissants à poursuivre et qui changeaient son ordinaire.
Heureusement pour eux, la harpie n'était qu'en reconnaissance, elle décida donc de les laisser tranquille...du moins pour l'instant.

Il n'y avait qu'à cette heure où elle pouvait frissonner derrière son épais duvet de plume. Elle adorait cette sensation qui perçait sa peau et lui parcourait l'échine. Se laisser porter par les courants, ne plus sentir la lourdeur de ce corps et ne faire plus qu'un avec le vent. Etrangement, cela la rendait mélancolique.
Il n'y avait qu'un seul endroit où elle pouvait expérimenter cet état, le vol classique ne lui apportant qu'une infime fraction de ce plaisir absolu, et c'était à la Fissure, appelée ainsi pour ses façades déchirées, comme si une griffe gigantesque avait frappé et séparé cette chaîne de montagnes en deux. La rupture n'était cependant pas totale, des pans entiers ne s'étant pas entièrement détachés à certains endroits, d'autres semblaient pencher dangereusement après avoir été immobilisés par le froid et la neige. Les vents s'engouffraient alors à la moindre ouverture et amplifiaient leur vitesse dans cette passe, jouant parfois avec les débris, ce qui rendait cet endroit presque impossible à traverser en volant.
C'était pourtant le terrain de jeu favori pour la harpie.

Eoly cessa son vol plané et commença à baisser d'altitude vers l'est, battant des ailes à un rythme de plus en plus soutenu. Les plumes à l'extrémité des phalanges de ses ailes se rétractèrent et se regroupèrent le long de ses bras moteurs, tandis que ses autres bras se maintenaient à ces derniers pour assurer une meilleure stabilité aérienne. Elle avait maintenant des ailes plus petites, mais plus faciles à manier.
Elle était prête. Son devoir matinal achevé, son petit plaisir pouvait commencer.
Sa vitesse était maintenant considérable. Elle ne distinguait plus la terre, les forêts, les nuages autour d'elle. Rien qu'une interstice à peine plus large qu'elle, en face d'un flanc rocheux aussi fragile que mortel, à quelques centaines de mètres en face d'elle.

Une centaine de mètres.
Elle sentait déjà les courants qui la poussaient à l'arrière, prenant la même direction.
Une dizaine de mètres.
Elle plia brusquement ses ailes, devenue masse emportée par les courants.
Un souffle.
Elle ferma les yeux... et s'engouffra dans la Fissure sous le hurlement des bourrasques.

Le temps qu'elle les rouvre, elle était déjà passée de l'autre coté, la longueur du passage mesurant pourtant plusieurs fois sa propre grotte. Elle n'eut qu'un instant pour reconnaître ce lieu si familier : des crevasses déformées, des pierres s'effondrant ou projetés sous la force de vents inconstants, et une immensité blanche. Elle déploya ses ailes autant pour reprendre de la vitesse que pour se débarrasser de la neige qui s'était déposée dans le tunnel et qui pourrait lui être mortelle, avant de reprendre un peu d'altitude.
Elle souriait. Elle avait passé la première étape.

La harpie naviguait maintenant à vive allure, et semblait avoir pris son rythme. Elle slalomait entre les pics déracinés et évitait les chutes de pierres avec aisance tout en se faisant porter par les rafales blanches, comme si elle l'avait fait pendant toute sa vie. Un son strident résonnait sur toutes les parois, provoquant d'autres avalanches. Ce n'était pas la tempête omniprésente en ces lieux qui causait cela, mais c'était elle. Elle riait. Elle riait à gorge déployée. Pendant l'espace d'un instant, nul ne pouvait la rivaliser, nul ne pouvait la suivre. Elle était la maîtresse de ces lieux.

Puis, son rire se changea en un sourire de défi. Au bout de son chemin, un dernier obstacle se dressait devant elle : un massif de cristal que l'érosion avait creusé de l'intérieur, formant des tumulus ascendants. Il s'était à moitié effondré à l'extrémité de la passe, et formait une sortie idéale pour quiconque serait assez fou pour l'utiliser comme rampe. Mais le terme de folie n'existait pas dans le vocabulaire de la harpie. Elle ne connaissait que son instinct.

Elle plia de nouveau les ailes et se laissa porter une dernière fois par les courants descendants. Les ouvertures tubulaires du cristal se trouvaient à la base de ce dernier, et le moindre frottement avec lui signifierait un déséquilibre et un écrasement contre sa paroi. Mais elle s'en moquait. Pivotant sur elle même, elle se transforma rapidement en un trombe virevoltante vivante, créant un infime espace d'air isolant et protecteur autour d'elle. Et c'est ainsi qu'elle se glissa sans difficulté dans le réseau cristallin. Son chant se fit entendre tout le long de son parcours, s'y réverbérait et s'y déformait en une longue litanie.

Finalement, elle distingua le bout du tunnel transparent. Il lui restait encore une étape avant de terminer son chemin ici bas. L'élan qu'elle avait accumulé tout au long de la Fissure des Tempêtes, elle le réservait pour cette unique occasion.
Un grondement sourd accompagna sa brusque sortie, avant que les rebords du cristal n'explosent en une multitude de fragments scintillants. Mais la harpie n'était déjà plus là. Sa vitesse était maintenant telle qu'elle avait déjà dépassé la hauteur des premiers nuages. Elle ne volait plus. Elle n'avait plus besoin de voler. Elle était le vol.
Elle dépassa le second océan brumeux, là où le ciel semblait devenir eau profonde, là où le temps semblait s'arrêter. Là haut, la pleine lune était encore visible, cercle lumineux qui l'appelait à chacune de ses apparitions, et la poussait à voler dans la Fissure, à monter toujours plus haut, toujours plus loin vers elle. Alors, lorsque ses ailes ne semblaient plus pouvoir la porter, elle tendit la main pour la saisir, comme si elle avait voulu montrer qu'avec ce geste elle avait prouvé qu'elle pouvait tenir le monde entre ses doigts, et ferma les yeux, empreinte de calme et de sérénité.

"Eoly...Eoly !"
L'appel de son nom résonna dans sa tête, la forçant peu à peu à sortir de sa transe de mauvaise grâce. Elle récupéra alors rapidement ses facultés d'instinct de survie lorsqu'elle réalisa qu'elle chutait chaotiquement et à vive allure. La harpie étira rapidement ses longues plumes le plus loin possible afin de ralentir les turbulences tout en essayant de se retrouver un équilibre. Ce ne fut qu'après de longs efforts qu'elle finit par récupérer de sa chute, planant en spirale sur les courants chauds pour redescendre à une hauteur de vol normale. Elle hoquetait encore dû au manque d'air, de fines gouttelettes perlaient de son front malgré la température et son gosier asséché ne pouvait plus émettre le moindre son, mais son regard en disait long sur cette fierté inébranlable : la fierté d'avoir pu toucher le ciel, et d'aller encore un peu plus loin la prochaine fois. Elle seule. Elle et son instinct. L'instinct de la harpie.

Alors qu'elle se dirigeait vers sa tanière pour se reposer, des yeux inquisiteurs qui n'avaient cessé de l'observer depuis son départ la suivirent jusqu'à son atterrissage, évaluant sa prestation du jour. Ses yeux appartenaient à une femme élancée aux riches parures et à la longue robe blanche d'où dépassaient de discrètes serres effilées. Une femme perchée sur une pointe de rocher, aux ailes noires et grisées.

"Il est bientôt temps pour toi. Moi, Haute harpie, la Seconde des Trois, je te le dis."

Et elle disparut en un battement d'aile.


Dernière mise à jour par : Adorya le 17/10/06 15:25

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 17/10/06 15:26
Chasse

Il faisait chaud. Le soleil était à son point le plus culminant, n'épargnant personne sur toute la vallée malgré l'altitude. C'était le moment où les grands fauves blancs, repus après un repas quotidiennement copieux, se préparaient à se cacher dans les rares coins d'ombre encore existants. Dessous de falaise, creux souterrains ou buissons, tout était bon à utiliser pour se protéger des brûlures célestes.
Mais ce n'était pas la seule raison.
Même eux, les plus grands carnivores de la région, devaient chercher un lieu de protection, car depuis peu un nouveau prédateur avait fait son apparition, et, implacable, s'était hissé au plus haut de la chaîne alimentaire.

Cachée derrière un paravent de plumes déployé qui se fondait dans le décor d'un versant ombré d'une montagne, la Harpie Ekoé attendait. Son souffle lent et régulier ne transparaissait que par la très discrète fumée émise par un visage voilé. Son corps était replié sur lui même, prenant le moins de place possible sur le minuscule bout de rocher où elle était perchée, telle une flèche armée, prête à être lancée. Elle attendait patiemment.
Son regard fixait toute la surface qu'elle considérait comme le pâturage de son troupeau, surveillant le moindre faux pas de "ses bêtes". Ceux qui ne seraient pas à l'abri lorsque le soleil commencerait à décliner seraient considérés comme inaptes à ces conditions de vie. Ou plutôt à "ses" conditions de vie, remarqua-t-elle sournoisement.

Puis, l'espace d'un instant, son regard se fit plus perçant. Le nuage de vapeur s'agrandit, s'opacifia. Un rire cristallin se fit entendre. Un des fauves, plus gros et moins véloce que les autres, ne s'était pas encore caché, sans doute par paresse, par ignorance ou par défi. Il marchait lentement, traînant nonchalamment sur la verte prairie en contrebas de la vallée.
Les ailes grises d'Ekoé se replièrent, révélant leur véritable couleur, noire.
"Tu es à moi."
Et elle s'élança d'un mouvement en direction de sa cible.

Le fauve, remarquant enfin une masse s'approcher à vive allure, rugit un avertissement. Fonçant sur sa cible, elle ne l'attaqua pourtant pas, et se détourna brusquement, manquant de le toucher de peu. Reprenant de l'altitude, elle tournait maintenant autour de lui, son ombre menaçante le harcelant constamment, tel la présence d'un vautour tournant autour d'un cadavre. Pour elle, son adversaire en était déjà un.

Pour l'animal, il n'y avait plus d'autre issue que l'affrontement. Il n'était pourtant pas démuni. Ses crocs et griffes avaient gardé toute leur efficacité malgré l'âge et le récent repas de midi. Il pouvait toujours compter sur une vitesse et une agilité surprenante lorsqu'il le voulait, pouvant faire ainsi face à n'importe quel volant. Enfin, c’était il y a une dizaine d'années. Cette confrontation était d'une toute autre nature. Face à cette nouvelle créature, il était plus que désorienté. Il avait senti la puissance de ses serres lorsqu'elle l'avait effleuré, et savait qu'une seule de ses charges lui suffirait à le transpercer de part en part. Pourtant, elle ne l'avait pas fait. Disparaissant par moment, elle réapparaissait pour donner un coup de grâce qu'elle n'exécutait finalement pas, le poussant à toujours être sur la défensive. Elle ne voulait même pas le fatiguer, ni le faire courir ou l'embusquer dans une impasse. Elle semblait juste se moquer de lui. Oui, elle ne faisait que s'amuser.

Plus énervé qu'effrayé, le fauve décida alors de tenter une attaque lors de l'un des passages de la harpie. Essayant de prévoir le rythme de ses allées et venues, il se prépara à bondir toutes armes sorties et à punir cette prétentieuse créature. Un premier passage...un deuxième passage...le troisième serait le bon !
Et c'est à se moment là qu'il bondit, s'étirant sur toute sa longueur tout en poussant un cri rageur, en direction d'Ekoé...pour ne rencontrer que le vide.
Il retomba lourdement sur ces pattes, furieux d'avoir été ainsi trompé.

La harpie était derrière lui. Elle semblait flotter dans les airs, faisait du sur-place grâce aux battements vigoureux de ses ailes, qui alertèrent le fauve de sa position. Mais il était déjà trop tard.

"Fini de jouer."

L'animal n'eut pas le temps de se retourner qu'une première douleur intense lui traversa le dos, puis une deuxième, puis une troisième. La vitesse à laquelle le coup avait été porté ne lui avait pas laissé le temps de réagir. De longues serres agrippèrent alors l'arrière de la tête et l'omoplate, le soulevant comme s'il n'était qu'une brindille. Aveuglé par la prise, il essaya de se débattre, ne pouvant se retourner contre son agresseur. Gesticulant en vain, il se sentit élevé dans les airs pendant de longues minutes, puis la vue lui revint...et il se retrouva lâché dans les airs, à plusieurs hauteurs de montagne d'altitude. Cris de douleurs et hurlements de terreur ponctuèrent sa chute, alors qu'une ombre plus rapide que lui le dépassait à plusieurs reprises, l'assénant des coups de griffe à chaque passage.
Agonisant, il ne sentit pas son corps ensanglanté ralentir, puis stoppé juste avant la collision fatale contre le sol. Il resta ainsi, les membres ballants, la gueule ouverte crachant du sang, les plaies ouvertes et béantes... jusqu'à ce qu'il se fasse soulever, puis brutalement projeter contre un rocher qui lui vola son dernier souffle.

Ekoé se posa prés du corps sans vie, inspectant son oeuvre avant d'énoncer d'un air satisfait :

"Je préfère plus saignant."

Et, découpant délicatement la peau restante d'une viande à peine froide, elle entama son repas.



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 17/10/06 15:29
Cérémonie

"Nous voilà arrivé, Sire Pel, au Refuge de la Voix."
"Voilà donc ce fameux endroit dont tout le monde parle mais que personne n'a encore visité. Je suis impressionné, vraiment, je ne m'attendais pas à ce que ces rumeurs soient vraies. Et de plus de pouvoir découvrir un tel domaine dans un endroit si reculé..."
"Nous ne sommes que des humbles servantes de la Voix qui avons hérité de ce lieu il y a quelques dizaines d'années. Bien qu'étant en nombre conséquent, nous n'avons pas encore fini de rendre ces murs complètement hospitaliers et agréables à la vue. Ceci peut donc expliquer tous ces chuchotements à notre égard..."
"Ce que vous avez fait est déjà remarquable, Soeur Aello. Tout à fait remarquable..."
"Merci, sire. Vous nous faites trop d'honneurs."

La Soeur, au visage caché par un voile de tissus et vêtue d'un vêtement noir, un haut col et de longues manches, avança lentement dans le jardin, laissant à notre homme le temps d'apprécier les alentours. Tout n'était que ravissement à ses yeux, au fur et à mesure qu'il avançait dans l'enceinte de la cour. Celle-ci ne semblait pas avoir été touchée par la main de l'homme, et pourtant, plantes, herbes folles et pierres semblaient s'associer pour réaliser des chefs-d’œuvre à ses yeux. Parfois, il entendait de ça et là un murmure ou un écho d'une voix féminine, chantant ou répétant des intonations, lui confirmant les dires de son guide. Tous deux passèrent sous une série d'arcades en pierre, suivant un long couloir aux bruits de pas résonnant au rythme des chants.
Elle l'amena finalement vers une grande salle rectangulaire, au plafond soutenu par des voûtes en croisée d'ogives et aux multiples piliers répartis le long des murs, entre lesquels de larges ouvertures fermées par des mosaïques multicolores filtraient la lumière du soleil. Au sol, des illustrations des créatures ailés fantastiques illustraient de larges dalles de marbres. Pel n'en avait jamais vu de semblable et cela l'intrigua. Tout en scrutant scrupuleusement ce travail d'orfèvre, il ne fit pas attention à la Soeur, qui, fermant discrètement la porte par laquelle ils étaient arrivés, lança une dernière recommandation à l'homme qui ne semblait déjà guère l'écouter, tout absorbé qu'il était par sa contemplation :

"Veuillez patienter dans cette salle d'invité, Sire, je vous emmènes mes consoeurs avec qui vous pourrez faire plus amples connaissances."

Et la porte claqua en un bruit sourd.

Pendant un long moment, Pel resta seul, examinant toute l'architecture déployée devant lui, prenant des notes et des dessins des éléments les plus intéressants qu'il pourrait présenter lors de ses futures présentations. Car il comptait bien être le premier, et le seul, lui l'aventurier homme d'affaire, à exhiber cette découverte. Peu lui importait le prix qu'il faudrait y investir, il ferait connaître au monde entier ce Refuge, quitte à convaincre ces Soeurs de quitter leur vie d'ermite. Si elles étaient toutes comme Soeur Aello, et il n'en doutait pas une seconde à l'ouïe des mélodies divines de l'extérieur, elles n'auraient aucun mal à rentrer dans la société. Dans sa société.

Au fur et à mesure qu'il échafaudait nombre et divers plans de sa réussite, il ne remarqua pas la lumière disparaître peu à peu des verrières, laissant place à une atmosphère sombre et tamisée. Il était seul dans la grande place. Il n'y avait plus un son. Pel déglutit. La Soeur prenait du temps pour revenir, et la nuit tombait bientôt. Les voix féminines le bercerait-il ce soir, afin qu'il ne se sente pas isolé dans ce mausolée de beauté ?

Peu à peu, il crut entendre un rire derrière lui, et se retourna vivement. Rien. Il essaya de taper du pied afin de trouver une cadence qui dissiperait ses peurs, mais les gloussements se multiplièrent et se firent plus intenses. L'un d'entre eux se transforma en voix et résonna dans l'air rafraîchit.

"A-t-il peur ?" fit une voix juvénile en pouffant.
"Oui, l'homme a toujours peur." répondit une autre plus adulte.
"Sait-il que nous sommes les voix de tous ceux qu'il a acheté, et qui ont chuté dans la déchéance ?"
"Oui, l'homme le sait depuis le début."

L'homme en question se boucha vainement les oreilles et ferma les yeux, recroquevillé sur lui-même, hanté par ces remarques insidieuses mais ô combien véridiques. Oui, c'est vrai qu'il les avait toutes acheté, oui c'est vrai qu'une fois l'effet de mode passé, il les avait abandonné, ayant perdu son intérêt pour eux. Mais c'était la faute de tout ce monde qui n'y connaissait rien à la véritable beauté ! Ce monde qui ne comprenait pas ses valeurs, ce monde aux goûts frivoles et instables !

"On pourrait en dire tellement, mais nous n'avons pas le temps, n'est ce pas ?"
"Non, nous n'avons pas le temps."
"Et puis nous ne sommes pas des erinyes."
"Non, Nous sommes des harpies."

Lorsqu'il ouvrit les yeux, l'aventurier n'était plus dans la grande salle, mais dans une obscurité uniquement troublée par les flammes chancelantes d'une mer de bougies qui le noyait. Il se retrouvait attaché, nu, les membres écartelés aux quatre coins d'une croix en pierre posée au sol. Autour de lui, des êtres dont il ne pouvait distinguer que les regards l'encerclaient et le dévisageaient, hautains. Des murmures parcouraient cette assemblée.

"Alors voilà l'Elu d'aujourd'hui ?"
"Il ne paie pas de mine, il est presque rachitique."
"Un piètre repas pour elle, mais il n'est pas ici que pour cela..."

Pel ne pouvait dire un mot, ni tenter de se libérer, des forces semblaient le retenir et l'empêcher de bouger. Qu'allaient-elles donc faire de lui ? Et pourquoi lui ?
Une voix plus forte que les autres s'éleva, faisant taire toutes les autres.

"Mes Soeurs ! Nous sommes réunies ici ce jour pour la Cérémonie de l'Elu. Ne la faisons pas attendre plus longtemps."

Et l'être propriétaire de la voix se tourna vers l'homme.

"Tu peux peut être échanger des choses ou des femmes avec de la monnaie, mais sache que tu ne peux pas acheter une harpie. Et une harpie, lorsqu'elle désire quelque chose, elle ne l'achète pas. Elle le prend."

Le cercle des yeux inquisiteurs s'ouvrit, laissant passer une personne focalisée par le feu des chandelles. Elle avait l'apparence d'une belle femme à la peau blanche, aux cheveux longs et noirs et aux bras fins et délicats. Sa poitrine dénudée laissait apparaître des seins blancs courbes et fermes. Son sourire était de vermeil.
Pourtant, le visage de Pel s'horrifia lorsqu'il découvrit que ses membres inférieurs laissant apparaître de longues plumes se terminaient par des serres aiguisées, et son dos s'ornait d'une paire d'ailes dont la couleur se noyait dans la nuit. C'était la créature qu'il avait vu sur les décorations. C'était une harpie.

"Va, Eano." Continua la voix. "Tu vas pouvoir faire preuve de ce que nous t'avons appris, nous, Hautes harpies. Va, montre-lui enfer et paradis."

La harpie s'avança lentement au pied de l'homme hébété, et posa violemment une de ses pattes sur son aine à découvert. Pel ferma les yeux, s'attendant à ce que la créature démoniaque lui écrase ses parties intimes. Pourtant, ce ne fut pas une sensation de douleur qui lui parvint, mais l'impression d'une douceur délicate qui gagnait son noble membre. Une pensée folle lui effleura l'esprit, que nul autre de ses conquêtes ne lui avait donné de tel plaisir de cette manière. Consterné d'avoir laissé cette pensée l'atteindre dans une telle situation, il ouvrit les yeux et constata de lui-même ce qu'il subissait. Malgré les écailles cornues et les ongles tranchants, la harpie le manoeuvrait délicatement, jouant sur sa peau d'une manière experte. L'épiderme pourtant froid et luisant qui formait son pied arrivait à lui faire ressentir ce qu'il n'aurait jamais imaginé si près du danger : il était excité.

"Il n'y a que moi qui puisse te faire ça." Lui susurra Eano, approchant lentement son corps contre le sien et effleurant sa peau avec ses mains.
Des mains qui à chaque passage marquaient des sillons de brûlures, laissant sa proie dans une confusion entre douleur et plaisir.

Toute sa silhouette était maintenant posée contre l'homme, ses ailes noires recouvrant la scène comme un rideau nuptial. Ses doigts guidèrent son membre maintenant plus que viril vers la partie la plus foisonnante des plumes qui parcouraient le bas de son corps. Pel sentit sa respiration s'interrompre, entendit un gémissement de plaisir alors qu'elle entra en lui. Peu à peu, il perdit la notion du temps pendant qu'une femme mi-ange mi-démon dansait avec tout son être... jusqu'à ce qu'une grande fatigue l'envahisse, ne lui laissant avec horreur que ses yeux comme organes vivants, alors les autres parties de sa chair servaient de plat principal à la harpie qui se délecta de sa pitance.


La Haute harpie Ocypète sorti de la salle obscure après avoir eu confirmation que l'union avec l'Elu eût été bien consommée. Elle retrouva Aello appuyée sur le rebord d'un balcon, l'air las, contemplant les étoiles.
"Tu n'es pas venue voir la Cérémonie, Aello. Comme d'habitude."
"Et comme d'habitude, toujours la même remarque." répliqua la Soeur. "Ne t'inquiète pas, c'est juste que les illusions que j'ai déployé pour attirer l'Elu m'ont un peu fatiguée."
"Il a fallu être inventif pour celui-là, mais cela en vaut la peine. Sa fortune permettra de nous établir dans d'autres villes sans avoir à faire...tout ça."

Ocypète balaya d'un geste la face richement décorée et taillée d'un pilier qui reprit son apparence originelle, sale et fissurée par le temps.

"Le seul masque que nous aurons à porter sera ce vêtement qui pourra voiler ce que nous ne pouvons difficilement dissimuler par les sorts."
Et elle fit mine de dépoussiérer sa propre robe grise, descendant jusqu'au sol et cachant ses serres.

"Des illusions...tout n'est qu'illusion..." Fit Aello, fredonnant les premières paroles d'une ancienne comptine.
"Je sais, Aello. Tu te demandes bien encore et pourquoi une telle mise en scène pour juste un accouplement, mais tu sais très bien que nous devons ritualiser cette étape de notre vie pour montrer aux harpies son importance. Certes, c'est un peu long et demande beaucoup pour juste un Elu, mais cela nous permet de réguler les portées. Tu sais bien que la Promesse nous interdit d'interférer avec les hommes tant que cela est possible, et nous ne pouvons pas surveiller constamment notre Cercle à trois uniquement."

"Ocypète a raison, il faut que les harpies prennent conscience que la présence des Hautes est indispensable pour une procréation."

Une autre Haute harpie apparut dans la pénombre, sa robe blanche reflétant les éclats de la lune.

"Aello, Ocypète, n'oubliez pas que vous faites, comme moi, Podarge, partie des Trois. Nous sommes les premières harpies de ce monde. Nous sommes les garantes du savoir qu'il nous a infusé et, en échange de la Promesse, il nous a donné notre liberté. Nous nous devons d'inculquer à notre Lignée des règles et nous devons les faire respecter. Même si elles doivent s'appliquer à nous-même. Pour que la Lignée ne dégénère pas."

"Il n'y a pas de Cercle qui ne puisse dégénérer, Podarge. Il n'y a pas de Cercle parfait."

"Eh bien nous nous efforcerons d'en être un. Je compte sur vous."

Podarge disparut dans l'ombre aussi rapidement qu'elle était apparue.

"Aello, tu devrais échanger ton rôle avec l'une d'entre nous un jour, je sais qu'être la détentrice de l'histoire des harpies n'est pas chose facile." fit la Haute harpie grise d'un air compréhensif avant de disparaître à son tour.

Il ne resta plus que la harpie noire qui, seule et dévisageant la lune, soupira avant que les ténèbres ne happent sa silhouette.


Dernière mise à jour par : Adorya le 17/10/06 16:21

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Mort

Un intrus. Un intrus avait pénétré dans son territoire.
Ekoé observait, camouflée dans sa posture habituelle, les créatures qui avaient osé empiéter son domaine. C'était un oiseau, au plumage marron remontant jusqu'à la parure blanche qui ornait sa tête. Il aurait été un simple animal insignifiant si sa taille ne faisait pas celle d'au moins la moitié d'un arbre. Il était gigantesque et, de surcroît, possédait ce regard conquérant de quelqu'un qui s'appropriait un nid.
Le sien.

Il faisait nuit noire. Seule la lune au sommet de son trajet éclairait faiblement la forêt qui limitait son territoire. C'était là où cet individu s'était installé, dans une de ses caches. C'était là où elle frapperait sans pitié, pendant son sommeil, pour lui montrer qu'on ne pouvait pas investir l'habitat d'une harpie sans en subir les conséquences.

La tanière se situait dans une petite butte qui autrefois servait à une colonie de fourmis géantes, au beau milieu de troncs de conifères. Il n'y avait qu'une seule entrée, en forme de demi sphère creuse qui s'enfonçait dans le sol, ce qui lui faciliterait la tâche. Lui bloquer le passage, l'empêcher de prendre son envol et le réduire à néant, tel était son plan.

Silencieusement, elle s'approcha de l'ouverture, prête à bondir sur lui au moindre signe de sa présence. Mais il n'y avait rien. Personne.
Le vent se mit à se lever, soufflant à travers le feuillage, et avec lui, un battement d'aile se fit entendre. Trop tard, il avait réussi à s'échapper. Elle ne savait pas comment il avait fait mais cela l'a rendit encore plus furieuse. Elle prit également son envol et fonça à sa rencontre.

L'oiseau géant avait remarqué que la harpie le poursuivait, et fit un demi-tour, lui faisant face, une trentaine de mètres entre eux. Puis tous deux chargèrent l'un contre l'autre, toutes griffes sorties. A la première attaque, l'oiseau lança sa serre droite en avant, que la harpie évita aisément en s'écartant sur le coté avant de lancer la sienne, mais celle-ci se heurta à l'épais plumage qui semblait aussi dur que de la pierre. Profitant de cet effet de surprise, son adversaire lança sa serre gauche contre elle, qui dû utiliser ses ailes pour se protéger. Frappée de plein fouet, elle alla s'écraser dans la cime des arbres.

Ekoé se releva tant bien que mal, titubant. Son aile droite était brisée et du sang coulait de son visage tuméfié, mais elle serrait les dents non pas de douleur, mais de rage, jetant un regard meurtrier à celui qui, considéré à tort au premier abord comme une proie facile, se posait calmement devant elle, le regard impérieux.

"Ton odeur t'a trahie, harpie. Tu es faible. Tu ne vaux pas ce territoire." Entendit-elle.

Un griffon, pensa-t-elle alors qu'elle rassemblait ses dernières forces. Cela voulait aussi dire qu'il n'était pas seul...
D'autres ombres géantes se profilèrent autour d'elle, l'encerclant.
"Lâche ! Mais je vous tuerais tous !"

Par un effort incroyable, elle parvint à s'envoler avec sa seule aile, mais elle fut bientôt entourée d'autres griffons, la privant de tout mouvement. Véhiculée par sa hargne, elle se précipita alors vers l'un d'entre eux, qui l'esquiva facilement. Ce fut le signal de sa fin. Toutes les immenses créatures plongèrent, et la frappèrent à mort de toute part. Un bras fut arraché, une main broyée, ses pattes tordues. Un coup vif fit voler sa tête, récupéré au vol par un bec, mais ces yeux sans vie gardèrent toujours ce regard avant d’être gobés : un regard de haine et de vengeance.

"Tout n'est que rouge.
Alors que je chute vers mon destin, ne sentant plus mes membres ni mon coeur, ma haine ne connaît pas de fin.
Cette haine, je te la transmets,
A toi, spectateur pâle qui me regarde de haut, écoute mon courroux, moi qui n'ai plus de lendemain.
Que mes ennemis tremblent, n'aient pas de paix,
Qu'ils tombent, sous ta rage."


Alors que la lune entamait sa descente, alors que les griffons se repaissaient de leur nouveau repas, un éclat immaculé révéla une silhouette jusqu'alors invisible, perchée sur un arbre, contemplant toute la scène.

"Ekoé, ta complainte a été entendue. Moi, Podarge, peut commencer à entonner la Vengeance du Cercle."



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Vengeance

"Tout n'est que rouge."

Les griffons levèrent la tête, un son entre claironnement et sifflement retentit dans la forêt, perturbant la fin de leur met et faisant partir tous les volants de la région. Depuis la fin de leur combat, le vent n'avait pas arrêté de souffler, faisant tourbillonner feuilles et branches. Au contraire, il redoublait d'intensité, éparpillant par la même occasion les os de la défunte harpie.

"Alors que je chute vers mon destin, ne sentant plus mes membres ni mon coeur, ma haine ne connaît pas de fin."

Alors que son crâne évidé roulait sur le sol avec bruit, il fut stoppé puis écrasé d'un violent coup de patte par l'un des griffon, attentif au moindre signe extérieur. Cette bourrasque n'était pas naturelle, et il le savait.

"Cette haine, je te la transmet."

Dans les montagnes du Cercle des harpies, les nids étaient tous vides. Seul un frottement léger, imperceptible, se faisait sentir dans l'air, accompagné de ce même son, vibrant d'un timbre fantomatique. Il se déplaçait de mont en colline, de colline en forêt.

"A toi, spectateur pâle qui me regarde de haut, écoute mon courroux, moi qui n'a plus de lendemain."

Trois ombres vinrent entacher l'éclat de la lune, alors que ce frottement gagnait le théâtre des derniers évènements. Elles observaient, de loin, la suite de cette tragédie. Des nuages s'amoncelèrent autour d'elles, ne laissant qu'un petit passage pour distribuer la projection sélénite vers un seul endroit, là où s'entassaient les oiseaux géants.

"Que mes ennemis tremblent, n'aient pas de paix."

Les griffons s'étaient maintenant regroupés, prêts à une éventuelle attaque mais toujours sous les rafales. Ils n'avaient pas peur, mais sentaient un phénomène d'une rare puissance les encercler.

Le son s'arrêta finalement... et une pluie de lames courtes et tranchantes s'abattirent sur eux, venant de tous les cotés. Ils se protégèrent de leur couverture emplumée, mais les objets affûtés comme des rasoirs s'incrustaient dans leur plumage, les gênant dans leur mobilité. Ce n'était pas des lames, mais des plumes. Des plumes rendues rigides et coupantes, qui transperçaient peu à peu leur carapace protectrice.
Puis, à la tornade se mêlèrent d'autres ombres, qui, emportées par leur élan, tournèrent un instant autour d'eux avant de fondre sur ces derniers.

"Qu'ils tombent, sous ta rage."

Tout ne fut que tumulte, confusion et bataille. Au beau milieu de la mêlée, un griffon se défendait contre trois des ombres. Il parvint à en repousser deux d'un coup d'aile, mais d'autres revenaient, toujours prêt à en découdre. Ses coups ne semblaient pas pouvoir les atteindre, glissant contre elles comme si il frappait dans le vide. Les plumes de métal, pendant ce temps, s'enfonçaient de plus en plus dans sa chair. Il eu un instant d'inattention, ne sachant plus où étaient ses pairs, puis son regard devint vitreux et il s'effondra avec fracas sur le coté. Transperçant son abdomen, là où les lames avaient entrouvert une faille dans son bouclier, le bras d'une harpie avait porté le coup fatal. Elle le retira, humant et léchant d'un air connaisseur le sang qui lui maculait le membre, avant de crier sa victoire. C'était le premier.
Troublé de voir la nature se rebeller contre eux, assaillis de toute part par des silhouettes vengeresses qui avaient percé leur défense, les griffons étaient désorientés et tombèrent les uns après les autres.
L'un d'entre eux, pour ne pas dire le dernier, réussit à s'envoler et fuir ces calamités, avant de croiser trois ombres flottant dans les airs.

"Soyez maudite, bâtardes. Un jour vous ne dominerez plus...", émit le griffon blessé.

"Ceci est la Vengeance du Cercle, animal...", énonça l'une.
"...un chant funèbre en l'honneur de ceux qui ne sont plus...", continua une autre.
"...et de ceux qui le seront." Termina la troisième.

L'une d'elle leva lentement le bras et pointa le doigt vers le volant. L'attroupement nuageux qui s'était amoncelé au-dessus gronda... et la foudre le frappa, attiré par les plumes métalliques. Calciné, le dernier griffon ne fut bientôt plus qu'un morceau de cendre qui s'éparpilla vers le sol.

"Ce chant est terminé." proclama Podarge, l'ombre par qui le jugement céleste était arrivé. "Les harpies ont protégé leur territoire, il est temps qu'elles regagnent leur nid."
Ocypète acquiesça, et claironna d'une voix forte un avertissement aux siens, qui glissèrent de nouveau dans le voile nocturne.
Aello n'était déjà plus là.

Et le silence reprit sa place dans l'obscurité mourante.


Dernière mise à jour par : Adorya le 18/10/06 18:36

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 17/10/06 15:37
Reflexion

"Et je contemple notre forteresse alors que mes semblables rentrent victorieuses du champ de bataille. Une guerre pour la survie, pour continuer à vivre, à se nourrir, à se reproduire. Guidées par l'Instinct de la harpie.

Je suis l'une des Trois, je détiens le savoir originel, je délivre les premiers mots de l'Histoire des harpies à nos descendantes. Je sais d'ores et déjà que bons nombres de mes mots seront perdus, de moineau à harpie. Les Hautes harpies qui suivront seront-elle capable de maintenir la transmission des Paroles ? Redeviendrons nous comme les harpies originelles, celle des légendes de Terra ? Sommes nous aussi maudites qu'elles, liées par un serment qui nous enchaîne plus qu'il nous libère ?

Nous sommes des êtres hybrides, errant entre l'homme et l'animal. Nous ne pouvons intégrer ni l'un ni l'autre, mais nous avons besoin des deux pour exister.

Moi, Aello, une des Trois qui prêta serment de protéger une puissance sensée nous guider vers la prospérité, suis dans le doute...

Je laisse ces paroles s'envoler, rien ne restera gravé en ces lieux. L'enseignement que nous avons choisi est celui des Paroles, que les moineaux assimilent mieux des écrits. Les secrets des harpies seront ainsi et aussi bien protégés. Nul ne doit savoir nos origines, les rumeurs sont les plus puissantes des armes pour entretenir notre réputation…"


"Il est encore trop tôt pour chanter une doléance, Aello."

Cette dernière était assise sur un éperon rocheux pendant qu'elle s’exprimait. Eolya s'était subrepticement dissimulée derrière elle depuis un moment.

Aello se retourna, puis, remise de sa surprise, sourit.

"Je n'ai pas senti ta présence, tu es devenue habile."
"Je ne sais pas si c'est du à ma récente promotion…"
"Promotion? Félicitation, Eoly!...ou devrais-je dire Haute harpie Eolya E Lya."

Eolya était vêtue de son panage de cérémonie. Une couronne sertie de plumes de griffon ornait sa chevelure d'ivoire tandis qu'une longue robe blanche maintenant l'habillait. D'autres plumes de diverses origines et de couleurs de sang venaient décorer ses ailes. Elle paraissait pourtant un peu gênée.

"Tu t'y habitueras vite. C'est une manie parmi nous."
"Je ne sais pas...ça s'est passé si vite, je ne me sens pas si changée que ça. Et puis pourquoi ce titre ridicule de "Haute" ?"
"Même le Chaos possède sa propre hiérarchie, Eo. Ce titre est aussi attribué à ceux qui ont su voler plus loin que les autres...comme toi."
"Ca veut dire que toutes les autres "Hautes" ont déjà volé dans la Passe ?"

Eolya était déçue, elle pensait pourtant avoir été la seule...

"Non, rassure-toi, tu es la seule des "Hautes" à l'avoir fait... excepté-nous, les Trois. Il faut dire que ce lieu porte inspiration, n'est-ce pas ? Rien qu'en le voyant de l'extérieur, il donne envie de le traverser."
"C'est aussi ce que j'ai pensé la première fois que j'ai visité mon territoire."
"Ce passage est intéressant. Peut être qu'il nous sera utile pour de futures cérémonies de Passage..."

Aello passa une main dans la chevelure rendue propre et décorée de la nouvelle promue. La "Seconde" se surprit à ce geste d'affection sur cette harpie qui n'était pourtant plus un moineau, et fut d'autant plus surprise de se le voir répondre, Eolya s'asseyant à ses cotés et se laissant faire.

"Nous sommes dans un nouveau monde où tout reste à faire, Eo. Nous n'avons que récemment acquis notre liberté et...cela te gêne que je t'appelle encore comme ça ?"

"Non, continue."

"Merci. Je disais donc...nous devons d'abord construire notre propre légende. Pour cela il faut que les autres, moineaux, harpies ou hommes, retiennent de nous force, prestance et union. Nous sommes à la tête du Cercle et nous le représentons..."

Alors qu'Aello continuait à lui expliquer son futur rôle de Haute harpie dans leur communauté, elle ne pu s'empêcher de penser aux mauvais présages qui n'arrêtaient pas de la hanter. La liberté contre un secret. Un prix finalement trop lourd à payer, une promesse qui révèle un maillon d'une chaîne qui les entrave toutes depuis le début. Qu'adviendra-t-il du Cercle lorsque la dernière Haute sera partie ? Lorsqu'il n'y aura plus personne pour le guider ?

Elle sentit le corps de la harpie se presser contre le sien, la réconfortant d'une certaine manière.

"Tu es peut être une des Trois, avec beaucoup de devoirs", murmura une Eolya à demi assoupie, "mais tu n'es pas seule. Nous serons là, les Hautes harpies. Je suis là."
"Tu es là, oui."
Et Aello reposa la tête contre celle de son moineau et amie, soulagée de partager un peu de son fardeau.

"T'es tu déjà demandée ce qu'est l'Instinct? L'Instinct de la harpie ?"
"Tu veux parler de ce chant?.."
"Non, je veux parler de ce qui nous pousse à faire ce que nous faisons. Cette force incontrôlable qui nous motive tant."
"Ah...non, je n'y avais jamais réellement prêté attention."
"Et si...et si cet Instinct ne nous menait pas dans la bonne direction et que nous nous en rendions compte? Serions-nous capable d'y résister ?"
"Venant de toi, la Seconde, ce que tu me dis me surprend. Notre Cercle vient à peine de prendre son envol, nous sommes toutes bien vigoureuses et nous aurons bientôt de belles portées. Nous n'avons eu que très peu de dissensions entre nous et nous dominons pour l'instant les autres races. Douterais-tu de nous ?"

La harpie noire ne répondit pas et continua à caresser le plumage d'Eolya.

"Tu as eu une autre "vision", n'est-ce pas ?"
"J'ai voulu regarder un peu plus en avant...et le déroulement d'une vision est irrévocable."

Ce fut au tour de la nouvelle Haute harpie de ne dire mot. Elle se désista alors de l'emprise de la Deuxième, recula de quelques pas par rapport à celle-ci, avant de tourner le dos et s'apprêter à s'en aller.

"Tu n'es pas venue à ma Cérémonie."
"Non, j'ai coutume à n’assister à aucune d'entre elles."
"J'aurai aimé que tu viennes au moins à la mienne. J'ai foi en mon Cercle, moi."

Et elle s'envola ailleurs.

"Ce lien...", murmura Aello attristée, la regardant partir, "...ne peut perdurer. Je l'ai vu aussi. Je suis désolée, Eo...".


Dernière mise à jour par : Adorya le 18/10/06 18:41

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 17/10/06 15:42
Départ

Et un vent nouveau se mit à souffler, chaud, suffoquant, en pleine journée.
Comme un signal, il interrompit l'activité de toutes les harpies. Celles-ci se figèrent, regardant dans la même direction.

Les Hautes Harpies, prévoyant ce changement climatique, s'étaient déjà rassemblées dans la grotte la plus large et la plus haute de leur domaine. Ce jour là, elles ne portaient ni parure ni bijou, vêtues uniquement de leur longue robe blanche. Ce fut Aello, la Deuxième, qui prit l'initiative. Solennelle, elle s'avança à l'ouverture du nid, patienta quelques instants, puis inspira profondément avant d'ouvrir la bouche.
Un son presque inaudible tout d'abord s'éleva, clair et pur. Il monta lentement d'intensité, couvrant peu à peu tout le territoire du Cercle, écouté par toutes. C'était la voix d'Aello, la première voix d'un cantique qui ouvrait aux autres, la voie. Puis, s'ajouta celle d’Ocypète, la Troisième l'accompagnant avec une note plus basse. Enfin, Podarge la Première compléta l'harmonie en suivant la terce.

Elles chantèrent le départ, la tristesse de quitter un foyer, atténuée par l'espoir de découvrir de nouveaux horizons. Elles chantèrent la Promesse, l’espérance d'une nouvelle vie au-delà des mers et des montagnes, un monde où l'on pourrait voler indéfiniment sans jamais quitter son nid.

Elles chantèrent "L'Instinct de la Harpie".

Transportées par le chant des Trois, Eolya ainsi que les autres Hautes harpies se mirent à les imiter. La pureté de leur son n'atteignait pas celle de ces dernières, mais amplifiait l'écho qui pouvait déjà s'entendre de toute part, résonnant à des centaines de lieux de là. A part elles, on ne pouvait entendre nul autre bruit, comme si le monde animal et végétal s'étaient tus le temps d'un instant, le temps d'un couplet.

Podarge termina son dernière phrasé, Ocypète sa dernière intonation, Aello son dernier souffle, un souffle long, tendu qui mourut lentement alors que le monde autour d'eux ne fut plus que silence le temps de quelques battements de coeur.

Ce fut le vent qui, sifflant entre les rochers, sonna la deuxième partition.
Le moment suivant ne fut plus que bruits de battement d'aile. Les Trois s'envolèrent d'abord, suivies par les Hautes. Elles survolèrent leur demeure maintenant abandonnée, formant un cercle aérien. Toutes les autres harpies firent de même, les rejoignant en même temps avec une coordination parfaite. Laé et Eano se trouvaient parmi elles. Lorsque tout le Cercle fut réuni, les Trois menèrent leur lignée en direction de l'est, semblant déformer légèrement leur formation sous la forme d'une ellipse géante vue de la terre.

Elles passèrent au-dessus de la Fissure des Tempêtes devenue maintenant une simple écorchure terrestre.
Elles survolèrent le Refuge de la Voix, domaine de pierre en ruine.
Elles traversèrent les forêts d'extrême orient sans jeter le moindre regard en arrière.
Et elles disparurent alors dans l'épaisse couche de nuages de la haute altitude.
Il n'y avait plus de trace de leur présence, comme si elles avaient déjà tout oublié des lieux qu'elles avaient habités pendant de nombreuses années.
Derrière elles, il n'y avait plus rien, seul leur importait ce qui les attendaient au devant.

Cela faisait longtemps qu'elles suivaient ce vent.

Alors qu'Eolya naviguait juste derrière son ancienne Tutrice, dispersant les cumulus de ses ailes de nuit et teintées de gris, une brillante lumière l'aveugla temporairement. Elle cligna des yeux pour éclipser cet inconvénient, tournant son regard vers ses autres soeurs pour voir si elles n'étaient pas aussi affectées, mais il n'en était rien. Un deuxième clignement de l'oeil la surpris, qui lui montra une scène différente de celle où elle se trouvait actuellement : la harpie volait au-dessus d'une corniche qu'elle n'avait jamais vue, érodée et en forme de coupole. La vision fut brève, mais suffisamment étrange pour la perturber. Le clignement suivant la ramena à son Cercle, mais celui d'après lui révéla d'autres images, accompagnée de tintements qu'elles ne pouvaient identifier.

Des scènes défilèrent devant ses yeux. Elle se vit, plus âgée, réconfortant un moineau aux ailes blanches. Elle se vit, chuchotant avec un jeune homme dans une chambre aux rideaux fermés. Elle se vit, effondrée, en sang, levant les yeux devant une apparition. Une Haute harpie ? Non, elle semblait avoir des ailes bien étranges. Qui pouvait-elle bien être ? Se pourrait-il que ce soit...

Eolya ferma les yeux. Les éclats lumineux disparurent de sa vision. Les tintements s'apaisèrent. Elle ne voulait pas savoir. Elle ne voulait plus savoir. C'était cela qui avait peiné Aello, elle ne le savait que trop bien. Toujours envisager le pire, toujours se lamenter, toujours pleurer sur son sort.

Les Trois étaient les premières harpies, et les premières Hautes harpies. Elles ont été l'image parfaite de ce qu'à voulu leur créateur. Mais leur rendre la liberté, les lâcher ainsi dans le monde ne les a pas rendues pour autant indépendantes. Ou plutôt, elles étaient trop indépendantes, et ne savaient pas comment faire perdurer ensemble un Cercle. C'est cette ignorance qui a conduit à cette "vision funeste".

Mais nous, les autres harpies, ne sommes pas nées selon une volonté. Nous sommes nées loin de la Promesse, dans notre nouveau monde et, peu à peu, nous l'oublions. Pour nous, ce n'est qu'un rêve pour nous faire voler. Nous n'en avons pas besoin, nous le faisons déjà bien de nous même.

On ne peut pas forcer ses semblables à respecter des règles immuables aussi bien qu'on ne peut les laisser totalement libres comme le vent. Tout change avec le temps et il faudrait s'adapter à "l'air" de son temps. Je peux déjà sentir parmi nos rangs un sentiment d'antipathie face aux règles qu'elles ont mis en place.

Malgré tout, tant que je serai vivante, je m'efforcerai de les transmettre et ne pas déroger à ce que l'on m'a transmise, car c'est ma volonté. Je ne cèderai que sous la majorité du Cercle ou la force. Libres aux Hautes suivantes de faire ce qu'elles veulent. Mais tant que je serais là...je le ferais pour toi.

"Ceci est ma résolution.
Que les vents se marquent de mes paroles, et se souviennent de mon serment.
Que les vents hurlent mon chant d'antan, du ciel à la terre des humains, ces fols.
Tel est ma voix, tel est mon son.
Qu'est ce que cela veux dire : libre ou liée, par une promesse ?
Vivre et mourir, et le doute cesse. C'est cela qui veut tout dire.
Haute Harpie, tel est mon nom."


Je suis aussi une harpie, une harpie de mon Cercle, et une Tutrice. Je suis Eolya E Lya.

Je suis une harpie.


Dernière mise à jour par : Adorya le 18/10/06 18:43

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   Commentaires a été posté le : 17/10/06 15:46
Ce PLC 2006, fut l'occasion de continuer enfin sur une série laissée en suspens depuis quelques années sur PoC : le Cercle des Harpies. L'intention d'origine ayant été de traiter la vie quotidienne de ces créatures par des histoires courtes et sans liens apparents, il fut aisé de l'adapter à ce PLC sans faillir à sa règle d'indépendance des écrits précédents.
Ce sont donc 8 sections qui ont été rédigées avec un thème spécifique. Le résultat a été satisfaisant, avec quelques petites anecdotes qui ont rendu sa rédaction mémorable :

- L'utilisation du logiciel yWriter, conseillé comme étant un bon planificateur d'écriture, a été un véritable accélérateur, et pour cause : ne prenant pas en compte le nombre de signes mais de mots, il a induit en erreur quand au ratio à écrire par jour jusqu'à la date butoire (50 000 mots en 2 mois et demie cela faisait environ 650 mots par jours, dur!). Une fois l'erreur remarquée, il a fallu freiner son ardeur typographique et censurer quelques parties avec tristesse. Il en résulte une 4ème partie tronquée de quelques 6 000 caractères (la cérémonie de l'élu) et une section laissée à l'état de concept (la cérémonie de passage de moineau à harpie, et celle de harpie à Haute harpie). Néanmoins, le passage de moineau à harpie étant été mentionné dans des écrits précédents, et la partie tronquée pouvant être postée en tant que "director cut", le regret ne fut que de courte durée.
yWriter est malgré tout un logiciel qui permet de bien définir sa pensée, ses personnages et sa direction narrative, je le conseille pour ceux qui ont déjà toute l'historie en tête et veulent l'approfondir un peu plus.

- Le 1er chapitre n'a été que très peu modifié tout au long de la production. Il sert à la fois d'introduction et de teaser, et en ce sens il joue parfaitement son rôle. L'idée était aussi d'amener des indices qui finirait sur la véritable identité du personnage, il semble que son objectif ait aussi été réalisé.

- Le 2ème chapitre a eu un peu de mal à démarrer, difficile d'organiser ses idées lorsque l'on en a beaucoup sur cette partie! Il présente dans l'idée ce qu'est une harpie, ses motivations, pas si terre à terre que cela finalement. Le style du récit emprunte au cinéma (enfin, espérons le) mais aussi à des Visual Novels, surtout au niveau du rythme de narration, retranscrit assez fidèlement dans la démo.

- Le 4ème chapitre, le plus long, commence à en révéler un peu plus sur cette "communauté". Malheureusement, ayant dépassé son quota, il a fallu aller à l'essentiel, passant trop rapidement sur certains points qu'il aurait été intéressant de développer.

- Le 7ème chapitre fait un peu figure d'ovni par rapport aux autres. Rédigé à la base comme un "filler", il a finalement intégré le récit tel quel pour apporter succinctement d'autres informations sur les harpies.

- Le 8ème et dernier chapitre est considéré comme un "grand finale", avec force élan d'écriture majestueux et autres envolées lyriques, il faut espérer que ce ne fut pas trop exagéré. Le thème du chant émit dans les chapitres précédents prend ici toute son ampleur, ce qui était le but de cette partie. L'inspiration provient des chants populaires polyphoniques corses, dont ceux à 3 voix comme la paghiu, le lamentu (la plainte) ou vocero (la complainte funèbre).

- Et, dernière anecdote inspiratrice, la découverte du moteur de jeu de type Visual Novel, Ren'py, à la fin de l'écriture d'Ellipse fut une véritable source d'inspiration, couplée avec la volonté de produire une démo avant la deadline du concours, a permis une production graphique qu'il n'aurait jamais été possible d'imaginer. Le hasard a décidément bien fait les choses!

Je rappelle le lien pour la version Visual Novel des 2 1er chapitres :
http://rapidshare.de/files/36987567/Ellipse.rar.html


Dernière mise à jour par : Adorya le 17/10/06 16:26

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 17/10/06 16:22
Voici donc la version "director's cut" du 4ème chapitre, non corrigée :

"Nous voilà arrivé, sire Pel, le Refuge de la Voix."
"Voilà donc ce fameux endroit dont tout le monde parle mais dont personne n'a encore visité. Je suis impressionné, vraiment, je ne m'attendais pas à ce que ces rumeurs soient vraies. Et de plus de pouvoir découvrir un tel domaine..."
"Nous ne sommes que des humbles servantes de la Voix qui avons hérité de ce lieu il y a quelques dizaines d'années de cela. Bien qu'étant en nombre conséquent, nous n'avons pas encore fini de rendre ces murs complètement hospitaliers et agréable à la vue. Cela peut expliquer tous ces chuchottements à notre égard..."
"Ce que vous avez fait est déjà remarquable. Tout à fait remarquable..."
"Merci, sire. Vous nous faites trop d'honneur."

L'homme qui se faisait appeler Pel passa la l'immense portail en fer forgé. Il nota la finesse du travail sur cet ouvrage malgré la rouille et le temps, ainsi que la grille noyée dans la vigne qui faisait office de cloture à ce terrain semblant s'étendre à perte de vue.
Pel était un de ces voyageurs fortunés interessé à toute sorte d'art et beauté naturelle, qu'elle soient naturelle, animale ou humaine. Il avait parcouru de nombreux pays, recherchant ce qui pourrait subjuguer son attention, et éventuellement qu'il pourrait posséder. Eventuellement, ou plutôt assurément. Car une fois interessé, peu de chose lui échappait. C'était un collectionneur de son propre goût qui mettait un point d'honneur à ne pas lacher prise sur l'objet de son choix, sa fortune lui permettant de constituer peu à peu ce qu'il appelait "un véritable trésor de son bon goût".
Il s'était arrêté dans cette région désertique à cause des rumeurs trainant sur son sujet. Des rumeurs faisant par exemple état de monstres guardant des reliques fabuleuses, argument classique pour accuser un riche propriétaire un peu trop prés de ses sous, ou alors de muses célestes détournant les pauvres intrépides de leur destin, histoire de causer du tort à plus artiste que soit.
Ce fut cette dernière qui attira son attention. Il était difficile pour un artiste d'exercer dans un lieu si éloigné de la civilisation, aussi fertile soit-il, surtout qu'il considérait la notion d'art et celle du travail de la terre incompatibles. Il n'y avait pas non plus présence de source de magie pouvant attirer un quelconque magicien en quête du savoir absolu, ses experts cartographes en étaient formels. Ce n'était qu'un banal bout de terrain pris entre quelques montagnes, à l'abris soit disant de la main ambitieuse de l'homme.

Et pourtant, son flair ne lui avait pas mentit. Equipé de l'équipement dernier cri en matière de protection physique, mystique et magique, il avait entreprit d'aller y jeter un coup d'oeil seul afin de dissiper ses dernièrs soupçon. Il était comme ça, à minutieusement décortiquer les recoins les plus sombres afin de ne plus avoir aucun regret ni aucun regret.
Une fois là bas, le doute n'avait plus été permis. Il y avait bien non pas un trésor, mais des trésors.
A commencer par cette voix envoûtante qu'il avait entendu alors qu'il traversait les derniers massifs forestiers qui formaient une frontière entre la route aménagée et cette contrée. Une voix féminine que les même vocalistes les plus entrainés qu'il avait déjà entendu ne pouvaient rivaliser. Sa beauté faisait jusqu'à trembler les feuilles des arbres, reverberant son écho à travers toute la végétation.
Pel essaya de déterminer son origine, mais il chercha de longues heures la location de son propriétaire sans succés. Chaque arbre, chaque recoin semblait résonner de cette mélodie, se jouant de lui à maintes reprises. Finalement, il déboucha sur une petite clairière où l'attendait une scène exquise des plus classiques mais oh combien appréciable après tant de fouilles infructeuses : au centre de ce lieu, assise sur un tronc d'arbre mort, pratiquant sa voix d'une manière fort admirable, une femme au visage caché par un voile de tissus se tenait là.
Elle le fascina instantanément, de par sa stature et sa grâce comparablent à ceux une dame de haut rang.
Elle était vêtue d'un vêtement noir, un haut col et de longues manches, et l'on pouvait deviner ses cheveux bruns ondulés descendant jusqu'à la taille, dépassant quelque peu d'une capuche brodée et d'un manteau couleur pourpre.
Tapis à l'entrée de la place dans un buisson, Pel se demanda bien pourquoi une personne de cette qualité se trouvait ici, mais il fut forcé de réagir lorsque la femme sembla terminer son exercice et se leva pour quitter la clairière. Il bondit en avant, s'arrêtant juste un instant pour se débarasser des derniers vestiges de branches qui camouflait sa propre prestance, et accoura dans sa direction : il ne fallait pas non plus la perdre de nouveau de vue après tant d'efforts!

"Excusez-moi, Dame Chanteuse, mais je crois que vous avez un nouvel admirateur!"

Cette dernière fit mine de s'arrêter, et, toujours le visage caché, se retourna vers celui qui l'avait interpelée.
Le jeune homme fit également de même pour reprendre son souffle, avant de toussotter et d'effectuer une courte révérance.

"Dame, je me permer de vous accoster pour vous exprimer ma gratitude et mes louanges pour votre prestation d'il y a quelques instants. Votre intonation est impressionnante, et s'accorde parfaitement avec votre beauté, si je puis me permettre de m'exprimer ainsi. Je me présente, Sire Pelch le Collectionneur d'Arts."

Le femme sembla surprise un moment, puis un sourire apparu sur son visage à demi voilé.

"Je vous remercie pour votre appreciation sur mon modeste talent, sire. L'on me nomme Aello, soeur du Refuge de la Voix, un modeste abri où celles qui vénèrent la Voix peuvent s'y reposer et parfaire leur entrainement."

"Le Refuge de la Voix dites vous?"
"Nous ne sommes pas connues pour voyager souvent, aussi il n'est pas rare que l'on ne connaisse pas notre Confrérie. Nous préférons habiter dans de tels endroits afin de ne pas gêner par notre timbre parfois excéssif un éventuel entourage."
"Vous vous aprétiez à y rentrer n'est-ce-pas? M'accorderez vous le privilège de vous accompagner jusqu'à chez vous? Je pourrais vous vanter toutes vos qualités en chemin si vous le voulez."

Soeur Aello émit un petit rire discret, mettant un peu plus en confiance l'aventurier, qui craignait en étant un peu trop expansif de se voir refuser l'hospitalité.

"Bien que nous vivons en retrait du monde, nous voulons faire partager notre Voix au plus grand nombre possible, aussi les voyageurs sont les bienvenus parmi nous."

Pel se félicita de sa hardiesse, qui lui donnait une chance inespérée de trouver encore plus de trésors cachés en ces bas fonds.

"Je vous remercie grâcieusement, Dame Aello, et soyez en sûr que je ne manquerai pas de faire divulguer votre Ordre de toute manière possible et à qui veut l'entendre!"

Et c'est ainsi qu'il avait suivit cette belle sirène vers son Refuge, ne tarissant d'éloges à son égard que pour répondre son souffle. Et c'est ainsi qu'il était entré dans cette demeure.

La Soeur avança lentement dans le jardin, laissant à notre homme le temps d'apprécier les alentours. Tout n'était que ravissement à ses yeux, au fur et à mesure qu'il avançait dans l'enceinte de la cour. Celle-ci ne semblait pas avoir été touchée par la main de l'homme, et pourtant, plantes, herbes folles et ruines semblaient s'associer pour réaliser des chefs d'oeuvres à ses yeux. Parfois, il entendait de ça et là un murmure ou un écho d'une voix féminine, chantant ou répétant des intonations, lui confirmant les dires de son guide. Tous deux passèrent sous une série d'arcades en pierre, suivant un long couloir aux bruits de pas résonnant au rythme des chants.
Elle l'amena finalement vers une grande salle rectangulaire, au plafond soutenu par des voûtes en croisée d'ogive et aux multiples piliers répartis le long des murs, entre lesquels de larges ouvertures fermées par des mosaïques multicolores filtraient la lumière du soleil. Au sol, des illustrations des créatures ailées fantastiques illustraient de larges dalles de marbres. Pel n'en avait jamais vu de semblable et cela l'intrigua. Tout en scrutant scrupuleusement ce travail d'orfèvre, il ne fit pas attention à la Soeur, qui, fermant discrètement la porte par laquelle ils étaient arrivés, lança une dernière recommendation à l'homme qui ne semblait déjà guère l'écouter, tout absorbé qu'il était par sa contemplation :

"Veuillez patientez dans cette salle d'invité, Sire, je vous emmènes mes consoeurs avec qui vous pourrez faire plus amples connaissances."

Et la porte claqua en un bruit sourd.

Pendant un long moment, Pel resta seul, examinant toute l'architecture deployée devant lui, penant des notes et des dessins des éléments les plus interessants qu'il pourrait faire part lors de ses futures présentation. Car il comptait bien être le premier, et le seul, présenter cette découverte. Peu lui importait le prix qu'il faudrait y investir, mais il ferait connaître au monde entier ce Refuge, quitte à convaincre ces Soeurs de quitter leur vie d'hermite. Si elles étaient toutes comme Soeur Aello, et il n'en doutait pas une seconde à l'ouïe des mélodies divines à l'exterieur, elles n'auraient aucun de mal à rentrer dans la société. Dans sa société.

Au fur et à mesure qu'il échafaudait nombre et divers plans de sa réussite, il ne remarqua pas la lumière disparaître peu à peu des verrières, laissant place à une atmosphère sombre et tamisée. Il était seul dans la grande place. Il n'y avait plus un son. Pel déglutit. La Soeur prenait du temps pour revenir, et la nuit tombait bientôt. Les voix féminines le bercerait-il ce soir, afin qu'il ne se sente pas isoloé dans ce mausolé de beauté?
Peu à peu, il cru entendre un rire derrière lui, et se retourna vivement. Rien. Il essaya de taper du pied afin de trouver une cadence qui dissiperait ses peurs, mais les gloussements se multiplièrent et se firent plus intenses. L'un d'entre eux se transforma en voix et résonna dans l'air rafraichit.

"A-t-il peur?" fit une voix juvénile en pouffant.
"Oui, l'homme a toujours peur." répondit une autre plus adulte.
"Sait-il que nous sommes les voix de tous ceux qu'il a acheté, et ont chuté dans la déchéance?"
"Oui, l'homme le sait depuis le début."

L'homme en question se boucha vainement les oreilles et ferma les yeux, recroquevillé sur lui même. Hanté par ces remarques insidieuses. Oui, c'est vrai qu'il les avaient tous acheté, oui c'est vrai qu'une fois l'effet de mode passé, il les avait abandonné, ayant perdu son intérêt pour eux. Mais c'était la faute de tout ce monde qui n'y connaissait rien à la véritable beauté! Ce monde qui ne comprenait pas ses valeurs, ce monde aux goûts frivoles et instables!

"On pourrait en dire tellement, mais nous n'avons pas le temps, n'est ce pas?"
"Non, nous n'avons pas le temps."
"Et puis, nous ne somme pas des erinyes."
"Non, Nous sommes des harpies."

Lorsqu'il ouvrit les yeux, l'aventurier n'était plus dans la grande salle, mais dans une obscurité uniquement troublée par les flames chancelantes d'une mer de bougie le noyait. Il se retrouvait attaché, nu, les membres écartelé aux quatres coins d'une croix en pierre posée au sol. Autour de lui, des êtres dont il ne pouvait distinguer que les regards l'encerclaient et le dévisageaient d'un regard hautain. Des murmures parcouraient cette assemblée.

"Alors voilà l'Elu d'aujourd'hui?"
"Il ne paie pas de mine, il est presque rachitique."
"Un piètre repas pour elle, mais ce n'est pas pour cela qu'il est ici..."

Pel ne pouvait dire un mot, ni tenter de se libérer, des forces semblaient le retenir et l'empêcher de bouger. Qu'allaient-elles donc faire de lui? Et pourquoi lui?
Une voix plus forte que les autres s'éleva, faisant taire toutes les autres.

"Mes Soeurs! Nous sommes réunis ici ce jour pour la Cérémonie de l'Elu. Ne la faisons pas attendre plus longtemps."

Et l'être propriétaire de la voix se tourna vers l'homme.

"Tu peux peut être échanger des choses ou des femmes avec de la monnaie, mais sache que tu ne peux pas acheter une harpie. Et une harpie, lorsqu'elle désire quelque chose, elle ne l'achète pas. Elle le prend de gré ou de force."

Le cercle des yeux inquisiteurs s'ouvrit, laissant passer une personne dont les feux des bougies se focalisèrent sur elle. Elle avait l'apparence d'une belle femme à la peau pâle, aux cheveux longs et noirs et aux bras fins et délicats. Sa poitrine dénudée laissait apparaître des seins blancs courbes et fermes. Son sourire était de vermeil.
Pourtant, le visage de Pel s'horrifia lorsqu'il découvrit que ses membres inférieurs laissant apparaître de longues plumes se terminaient par des serres aiguisés, et son dos s'ornaient d'une paire d'ailes dont la couleur se noyait dans la nuit. C'était la créature qu'il avait vu sur les décorations. C'était une harpie.

"Va, Eano, continua la voix. Tu vas pouvoir faire preuve de ce que nous t'avons appris, nous, les Hautes harpies. Va, et montre lui l'enfer et le paradis."

La harpie s'avança lentement au pied de l'homme hébété, et posa violemment une de ses pattes sur son aine à découvert. Pel ferma les yeux, s'attendant à ce que la créature démoniaque lui écrase ses parties intimes. Pourtant, ce ne fut pas une sensation de douleur qui lui parvint, mais l'impression d'une douceur délicate qui gagnait son noble membre. Une pensée folle lui effleura l'esprit, que nul autre de ses conquêtes ne lui avait donné de tel plaisir de cette manière. Consterné d'avoir laissé cette pensée l'atteindre dans une telle situation, il ouvrit les yeux et constata de lui-même ce qu'il subissait. Malgré les écailles cornues et les ongles tranchants, la harpie le manoeuvrait délicatement, jouant sur sa peau d'une manière experte. L'épiderme pourtant froid et luisant qui formait son pied arrivait à lui faire ressentir ce qu'il n'aurait jamais imaginé si près du danger : il était excité.

"Il n'y a que moi qui puisse te faire ça." Lui susurra Eano, approchant lentement son corps contre le sien et effleurant sa peau avec ses mains.
Des mains qui à chaque passage marquaient des sillons de brûlures, laissant sa proie dans une confusion entre douleur et plaisir.

Toute sa silhouette était maintenant posée contre l'homme, ses ailes noires recouvrant la scène comme un rideau nuptial. Ses doigts guidèrent son membre maintenant plus que viril vers la partie la plus foisonnante des plumes qui parcouraient le bas de son corps. Pel sentit sa respiration s'interrompre, entendit un gémissement de plaisir alors qu'elle entra en lui. Peu à peu, il perdit la notion du temps pendant qu'une femme mi-ange mi-démon dansait avec tout son être... jusqu'à ce qu'une grande fatigue l'envahisse, ne lui laissant avec horreur que ses yeux comme organes vivants, alors les autres parties de sa chair servaient de plat principal à la harpie qui se délecta de sa pitance.

La Haute harpie Ocypète sorti de la salle obscure après avoir eu confirmation que l'union avec l'Elu eut été bien consommé. Elle retrouva Aello appuyée sur le rebord d'un balcon, l'air las, contemplait les étoiles.
"Tu n'es pas venue voir la Cérémonie, Aello. Comme d'habitude."
"Et comme d'habitude, tu me fais toujours la même remarque." répliqua la Soeur. "Ne t'inquiète pas, c'est juste que la magie et les illusions que j'ai déployé pour attirer l'Elu m'ont un peu fatiguée."
"Il a fallu être inventif pour celui là, mais cela en vaut la peine. Sa fortune permettra de nous établir dans d'autres villes sans avoir à faire...tout ça."

Ocypète balaya d'un geste la face richement décorée et taillée d'un pilier qui reprit son apparence normale, effondré et fissurée par le temps.

"Le seul masque que nous aurons à porter sera ce vêtement qui pourra voiler ce que nous ne pouvons difficilement dissimuler par les sorts."
Et elle fit mine de dépoussiérer sa propre robe grise, descendant jusqu'au sol et cachant ses serres.

"Des illusions...tout n'est qu'illusion..." Fit Aello, fredonnant les premières paroles d'une ancienne comptine.
"Je sais, Aello. Tu te demandes bien encore et pourquoi une telle mise en scène pour juste un accouplement, mais tu sais trés bien que nous devons ritualiser cette étape de notre vie pour montrer aux harpies son importance. Certes, c'est un peu long et demande beaucoup pour juste un Elu, mais cela nous permet de réguler les portées. Tu sais bien que la Promesse nous interdit d'interférer avec les hommes tant que cela est possible, et nous ne pouvons pas surveiller notre Cercle à trois uniquement."

"Ocypète a raison, il faut que les harpies prennent conscience que notre présence, celle des Hautes, est indispensable pour une procréation."

Une autre Haute harpie apparu dans le pénombre, sa robe blanche se reflêtant à travers les éclats de la lune.

"Aello, Ocypète, n'oubliez pas que vous faites, comme moi, Podarge, partie des Trois. Nous sommes les premières harpies de ce monde. Nous sommes les garantes du savoir qu'il nous a infusé et, en échange de la Promesse, il nous a donné notre liberté. Nous nous devons d'inculquer à notre Lignée des règles et nous devons les faire respecter. Même si elles doivent s'appliquer à nous même. Pour que la Lignée ne dégénère pas comme "eux"."

"Il n'y a pas de Cercle qui ne puisse dégéner. Il n'y a pas de Cercle parfait."

"Eh bien nous nous y efforcerons d'en être un. Je compte sur vous, Aello, Ocypète."

Podarge disparut dans l'ombre aussi rapidement qu'elle était apparue.

"Aello, tu devrais échanger ton rôle avec l'une d'entre nous un jour, je sais qu'être la détentrice de l'histoire des harpies n'est pas chose facile." fit la harpie grise d'un air compréhensif avant de disparaître à son tour.

Il ne resta plus que la harpie noire, qui, seule et dévisageant la lune, soupira avant que les ténèbres ne happent sa silhouette.



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Haldafang

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 17/10/06 20:48
J'ai eu un peu de mal à accrocher sur ce texte.

Cependant, une fois les cinq premières pages passées, on est complétement immergé dans l'univers du récit et il devient intéressant.

Par contre, j'avoue ne pas avoir tout compris...
Notamment le rapport entre le texte et le titre... C'est mal ?
Ensuite, le rapport avec le sujet n'est pas toujours très explicite...

En tout cas, je le répète, les descriptions sont très parlantes, vraiment, on s'y croirait !
Le texte est bien rédigé du début à la fin.
C'est beau.
Mais quand même dur à accrocher... :p

En tout cas, j'ai bien apprécié.
En tant que membre du jury, j'avais classé Ellipse 5ème sur douze.


Dernière mise à jour par : Haldafang le 17/10/06 20:50

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Nyxl

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 18/10/06 12:13
Familier des textes d'Adorya, j'étais déjà et reste fan. Chaque fois que je lis un de ses récits, j'ai l'impression de voir des images au travers d'un de ces miroirs fumés, où seul le coeur de l'action est net, et le reste se perd dans une brume, un flou délibéré. Cela donne aux histoires un équilibre magnifique entre onirisme et surréalisme (ce que je ne peux qu'apprécier, fidèle à certaines valeurs nationales belges ;) ).

J'aime beaucoup. Na.



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Adorya

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 18/10/06 13:05
Le choix du titre de la "nouvelle" s'est portée sur ce mot pour plusieurs raisons :
- D'une part en référence au style narratif choisis, car ce texte est fragmenté en parties qui sont séparées par un certain laps de temps indéfini mais néammoins progressif (une ellipse temporelle). Evidemment, il est hasardeux d'utiliser une telle technique pour une nouvelle, puisqu'elle le rend difficile à cerner voire risque de la rendre incompréhensible, mais le pari a tout de même été relevé.
- D'autre part en référence à l'histoire elle-même, l'ellipse n'est-elle pas une forme géométrique parente du cercle, mais aussi définie par un personnage comme regroupement de personnage?

Il est vrai que cette histoire-ci n'est pas trés facile à aborder avec mon style toujours aussi longuet. Le texte est parsemé de discrètes références à mes écris actuels, c'est quelque chose dont je ne peux pas me passer, et c'est avec un peu de soulagement qu'il n'ait pas été refusé à cause de cela.
Les premières parties sont sensées volontairement être posées sans fil conducteur, liées uniquement par les derniers chapitres qui révèlent enfin la trame. Malheureusement, ce choix peut être mal réalisé en a fait plutot un point négatif que positif pour le lecteur (comme j'ai pu le constater dans le principal reproche qui m'a été fait, à savoir une multitude de personnages "survolés").
Difficile d'aborder globalement un type de personnage indépendant et malgré tout relié par une communauté, mais j'y travailles.

Enfin, on pourrait voir d'autres analogies liées au thème du concours, comme chasser un rêve, le chasseur chassé...mais je laisse le lecteur à ses propres spéculations sur ce niveau là ;)

Merci pour les réactions, qu'elles soient positives ou négatives, cela me motive encore plus pour continuer mes écrits (que j'espère être rédigés à une fréquence un peu plus importante qu'un PLC par an :D )


Dernière mise à jour par : Adorya le 18/10/06 18:57

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Théodoric

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Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet '[PLC 2006] Ellipse' a été posté le : 27/10/06 11:07
J'ai bien aimé aussi. Je n'ai ressenti aucune distance par rapport au thème de la chasse, puisqu'une partie entière porte ce titre et que les parties "mort" et "vengeance" sont également des scènes de chasse... Les Harpies sont visiblement des prédatrices redoutables.

Certaines choses gagneraient probablement à être explicitées. Les harpies revendiquent souvent leur identité, mais ce serait peut-être mieux si le récit s'organisait autour d'un but explicité dès le début et atteint à la fin. Ca ajouterait encore du souffle et de la cohérence, il me semble.

Cordialement,
Théodoric


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Jeune depuis plus longtemps que vous !
:dem3
L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !


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