Ajouter le Forum à vos Favoris
- - - -
Vous êtes ici : Forum Pen Of Chaos > Horreur sur le web > Littérature fantastique - BDs, Mangas, Comics ... > Nouvelles, essais, écrits divers d'entre nous > [PLC 2006] The DHPS
Sujet : 

Dernier Message - Message le plus récent
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   [PLC 2006] The DHPS a été posté le : 16/10/06 22:45
Puisqu'on me le réclame à grands renforts de supplications larmoyantes... voici ma nouvelle. En même temps, les trois personnes qu'elle intéressait l'ont déjà lue, mais bon. Les critiques sont les bienvenues, naturellement. Et toute demande d'explications aussi.

--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 22:48
The DHPS



Haletant, l’homme parvient à la porte de la maison, à laquelle il frappe trois coups. Il fuit dans la nuit une menace invisible. A l’intérieur, le père et sa fille écarquillent de grands yeux émerveillés : sur le petit écran d’un projecteur d’un autre siècle, ils regardent Charlot faire le pitre. Le père serre dans ses bras sa fille fébrile, riant en silence, bienveillamment. D’étranges ombres lumineuses dansent sur les murs couverts d’affiches aux couleurs défraîchies.
Aux trois coups, il dresse l’oreille et, rapide comme l’éclair, interrompt le film, va ouvrir, fait rentrer l’homme, jette un regard circonspect au-dehors et referme la porte. Puis il offre l’accolade à son hôte, un sourire soulagé aux lèvres.
- Alors, quoi cette fois ?
L’homme tire précautionneusement de sous sa djellaba une boîte de métal ronde, un peu bosselée.
- La Nuit du Chasseur.
Le père rit. De petites rides se forment au coin de ses yeux pétillants. Il se penche vers sa fille silencieuse.
- Ah ! La Nuit du Chasseur ! H-A-T-E… L-O-V-E…
Il désigne tour à tout chacun de ses doigts. Puis il les entrecroise et mime un combat miniature. La fille sourit devant la fantaisie de son père. Pendant ce temps, l’homme se baisse vers le plancher, soulève un tapis et y ouvre une trappe sous laquelle scintillent majestueusement des dizaines d’autres boîtes de fer blanc. Il y place la sienne comme un trésor et referme la cachette. Puis il offre une nouvelle fois l’accolade à son hôte et ressort dans la nuit noire, hantée par la peur.
A peine a-t-il fait quelques mètres que les soldats surgissent. Heureusement, ils ne l’ont pas vu. Ils ont une autre cible en tête. Le chef se dirige vers la porte et entre sans frapper. Le père se lève d’un bond et se place devant sa fille, protecteur. Le projecteur continue de disperser dans la pièce ses lueurs pâles mais c’est désormais la terreur qui habite deux paires de pupilles. La fille se réfugie dans la chambre en courant.
- C’est quoi ça ? demande le chef en désignant le petit écran.
Le père regarde furtivement par la fenêtre : les soldats encerclent la maison.
- Charlie Chaplin, répond-il en un sourire crispé qui se veut complice. Puis d’un geste maladroit, il se baisse et tourne vers le chef la boîte où s’agite Charlot en faisant le pitre. Il chantonne d’une voix timide, mimant piteusement les amples mouvements de l’acteur. Le chef ne regarde pas l’écran. Il fixe le fond des yeux du père, sans ciller, sans sourire. Il sort son arme et l’abat froidement d’une balle dans la tête. De la chambre surgit un cri déchiré.
Un soldat entre, un bidon à la main. Comme le chef incline la tête, il commence à en répandre le contenu un peu partout. Puis le chef attrape une feuille de papier, l’enflamme avec son briquet et la jette. Ils sortent. Les soldats s’éloignent sans même prendre la peine de regarder brûler la maison.
Trois femmes accourent en criant. L’homme surgit de derrière un arbre et se précipite à nouveau dans la maison, sans frapper cette fois. L’incendie fait rage. La lumière couleur sang se mélange à la lumière d’argent que le projecteur diffuse encore. La fille est à terre, hurlant, pressant de ses bras son père au regard vide. L’homme se jette sur elle et l’arrache au cadavre. Il la fait sortir puis, dans un geste désespéré, dévoile la trappe une nouvelle fois. La cave est déjà en feu. Il saisit la première boîte, au hasard. Elle est brûlante, elle lui brûle les mains, il sens sa chair brûler, mais il ne lâche pas. Il sort en courant, le visage contracté par la douleur tandis que le petit projecteur fond silencieusement.
Les trois femmes tentent vainement de consoler la fille qui hurle et crie. L’homme l’enlace, serrant entre eux la boîte encore chaude de la seule bobine rescapée : La Nuit du Chasseur.


--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 22:51
La première fois que je rencontrai Dorian, c’était au cours d’une de ces « soirées » branchées merveilleusement organisées par les plus fortunés de nos condisciples dans leurs immenses lofts du treizième arrondissement. Sous le fallacieux prétexte d’une convivialité qui restait de toute façon hypocrite, elles servaient principalement à boire et à baiser, deux des majeures activités de notre jeune génération dorée et désoeuvrée, en manque de repères dans cette société déshumanisée par l’incommunicabilité entre les êtres.
J’y étais allé avec Julien et Benjamin et nous formions comme d’habitude le clan des pauvres, exilé sur un sofa rouge sang où nous enchaînions les clopes et les martinis sans prendre part le moins du monde à l’agitation ambiante. Notre hôtesse, Kate, paradait superbement parmi la foule dans sa robe Gucci noire ; elle ne nous avait pas adressé un mot de la soirée, preuve s’il en fallait une que nous n’avions été invités que par politesse et que nous aurions dû, si nous avions été fort urbains comme il convient, décliner, bien entendu. Mais non. Nous nous faisions le devoir et l’honneur de nous empiffrer de petits fours et de vider les réserves d’alcool de la respectable Kate, ce qui ne nous distinguait que fort peu, après tout, des autres convives. A peine y mettions-nous un peu plus de cœur.
- Encore une chemise que tu as achetée en soldes chez Célio, constatai-je en palpant le tissu rose qui couvrait le torse de Julien.
- Eh oui… répondit-il. J’en avais de plus chères à me mettre, mais j’ai une réputation à tenir.
Nous ricanâmes en silence.
- Hey ! s’exclama soudain Benjamin. Ca fait trois fois que Dorian regarde dans notre direction ! J’avais d’abord cru à une erreur, mais…
- Qui ça ?
- Dorian… Le Dorian ? s’étonna Julien.
- Lui-même, répondit Ben avec une once de fierté dans la voix.
- Qui ça ? répétai-je.
- Ne me dis pas que tu ne connais pas Dorian, le gars le plus hype und trendy de toutes ces décadentes sauteries !
- Oh, tu sais, répondis-je, ça fait longtemps que je ne me renseigne plus sur cette bande de ploucs bien habillés.
- Oui mais Dorian, quand même ! On raconte des tas de trucs incroyables sur lui.
- Oh ? Du genre ?
- Eh bien, déjà, on dit qu’il aurait… vingt-neuf ans !
- Dingue !
- On dit aussi que depuis trois ans, on ne l’a jamais vu deux jours de suite avec la même coiffure ou la même veste. On dit que c’est lui qui organise secrètement toutes les soirées et que si tu as un jour le malheur de lui déplaire tu ne le reverras plus jamais de ta vie car il s’arrangera pour que les portes ne s’ouvrent plus devant toi. On dit qu’il habite une immense demeure toute tendue de pourpre avec sa maîtresse, une richissime veuve qu’il a séduite par ruse, mais qu’il n’a pourtant rien contre les jeunes garçons. On dit que c’est le meilleur coup de la ville, voire du monde, et crois-moi ce « on » est expert. On dit enfin qu’il a voué ce qui lui sert d’âme à une seule et unique chose : la beauté.
Un court silence suivit ce petit portrait flatteur et nous nous tournâmes de concert vers le fond de la pièce ; un rideau de convives s’écarta comme par enchantement, dégageant la vue. Nonchalamment appuyé sur le manteau de porphyre de la cheminée éteinte, le Dorian en question contemplait d’un air rêveur et détaché le contenu cristallin de son verre à cocktail outrageusement évasé dans lequel flottait une cerise confite trop rouge pour être crédible.
Comment avais-je pu le rater ? Tout en lui respirait l’inaccessible, que d’ordinaire je ne manquais jamais de convoiter : de ses mocassins outrageusement vernis à la pointe de ses mèches gelées, l’évidence de l’être-là tourbillonnait et projetait ses postillons à des kilomètres à la ronde. Les motifs spiralés blancs et noirs de sa chemise Dolce & Gabbana accentuaient le flou de sa personne, mais les noirs de sa veste parfaitement cintrée et de son pantalon impeccablement coupé étaient comme les chenets de sa flamme frénétique.
Pour la quatrième fois, il tourna la tête dans notre direction. Même s’il était à dix mètres je pus percevoir l’intensité de son regard ; il but d’un trait son alcool clair et d’une démarche nonchalante et décidée fendit la foule jusqu’à notre sofa. Nous étions tétanisés, mais moi plus encore, car c’était bien moi qu’il regardait. Sans se soucier du monde qui tournait vainement autour de sa propre pulsation et comme si nous n’avions été que tous les deux dans une immense salle vide, claire et silencieuse, il me demanda de sa voix profonde et veloutée :
- Si nous marchions un peu ?


--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 22:59
Alors l’homme entre dans le camp. Tout n’est que noir et chaos. Des néons hideux pendent à des fils raccommodés de scotch et leur lumière grésille. Les mouches tournent et dansent, partout. A l’infini s’étendent les cubes des baraquements, peut-être ont-ils été blancs un jour. Partout, des visages, pâles et cadavériques, émaciés. Des yeux qui le suivent tandis qu’on le conduit. Vers où ? Mais vers où ? Il ne comprend pas les langues qu’on parle ici.
On ouvre une porte devant lui et on le fait entrer. La pièce est presque propre, les draps sont presque neufs. On lui explique à l’aide de grands gestes où se trouve le nécessaire strict : toilettes, lavabo, chaise, table. On lui donne une bouteille d’eau, un sandwich et on le laisse seul. Que faire ? Il s’assied et pleure. Il revit les chemins, les nuits de fuite, les arrestations, l’incessante traque, la peur. Les larmes coulent sur ses joues sales. Il n’a pas la force de se relever.
Après un long, très long moment, il redresse la tête. Où est-il ? Il pose sur la tablette de formica son petit baluchon, son misérable et ridicule baluchon de toile de jute grossière. Puis il retrousse sa djellaba : contre sa poitrine, maintenue par des bandelettes, la bobine du film réveille ses propriétés réfléchissantes et renvoie immédiatement les rayons du néon hideux qui pend au plafond à des fils raccommodés. Il la caresse avec l’amour d’un père et se remet à pleurer, dans les crevasses que les cicatrices des brûlures ont laissé sur ses mains.
Une ombre l’observe à travers la vitre : elle ne peut pas connaître, non, la raison de ces larmes, elle ne peut pas savoir que leur source est désormais si loin que seul son souvenir continue de les alimenter.


--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 23:02
On m’avait fait de Dorian un portrait très flatteur, qui ne cessait de flotter dans ma tête tandis qu’assis à ses côtés je l’écoutais délirer. Tout en lui m’intriguait, même si une persistante sirène d’alarme retentissait lointainement.
C’était la deuxième fois que je le voyais. Après la soirée, nous étions sortis et nous avions longuement marché dans les rues obscures. Il avait mené la conversation avec la maestria que confère l’habitude des mondanités et des discours, alternant questions triviales ou loufoques et confessions plus ou moins intimes. Il m’avait par exemple avoué que son prénom officiel était Denis mais que, peu à son goût, il l’avait abandonné pour un autre plus littéraire. Quand je lui avais demandé ce qui le poussait à pareille confidence, il avait simplement répondu avec un sourire :
- Je sais que tu es de ces êtres vaniteux qui garent les secrets comme un puissant talisman.
Malgré l’apparence désobligeante de cette vérité, j’avais compris en rougissant qu’il s’agissait d’un compliment.
Dorian parlait beaucoup mais on ne savait rien de lui. Il se délectait de considérations philosophiques et de citations alambiquées et glosait sur les sujets nombreux que lui inspiraient ses associations d’idées avec la régularité d’un métronome rhétorique. C’était un monstre d’érudition et de sensibilité mais il y avait en lui une sorte de confusion qui rendait souvent inintelligibles les sons qui s’échappaient de ses lèvres et que sa langue avait formés. Le mot « beau » ou l’un de ses nombreux synonymes étaient dans chacune de ses phrases.
Il me parla de tout, de théories esthétiques griffonnées par des moines athées du quatorzième siècle dans les marges de manuscrits enluminés, de représentations exceptionnelles d’opéras oubliés dans d’étroits boudoirs vénitiens, de tableaux mystérieux dont le sens allégorique changeait quand on les regardait dans un miroir, de statues creuses dissimulant une âme d’or, de temples païens miraculeusement conservés depuis des millénaires dans l’obscurité de grottes basaltiques, de nouvelles dont les initiales de chaque partie formaient de significatives acrostiches, de poèmes inaudibles dédiés à des dieux improbables, de partitions classiques recelant en langage codé le sens de l’univers… Il avait le ton et les yeux d’un mystique en extase et j’avais bien du mal à démêler le fantasme de la réalité. Je ne pouvais m’empêcher d’admirer le conteur brillant qui sommeillait en lui, et qui aurait été un bien médiocre écrivain.
Passionné, je le regardais plonger son immense cuillère dans la coupe transparente que son chocolat liégeois depuis longtemps fondu colorait de marbrures noires et blanches. Je me posais mille questions. Comment un individu né parmi tant d’autres et de la même manière avait-il pu se développer jusqu’à se détacher du lot et le survoler finalement avec autant de grâce et d’élégance ?
Mais ce qui me plaisait le plus en lui, ce n’était ni sa grâce ni son élégance, c’était sa profonde foi, sa ferveur. Il parlait de la beauté non comme d’une sensation fugace ou d’une impression passagère, ni même comme d’un pressentiment confus, mais comme une réalité tangible et concrète, une objectivité palpable et omniprésente. Il ne me décrivait ses expériences que pour mettre en lumière leurs points communs et me montrer à quel point elles avaient été édifiantes. Je commençais à le considérer avec respect, comme un grand humaniste convaincu de l’immense pouvoir de la beauté et de l’impact positif qu’elle pouvait avoir sur qui savait la percevoir. Sans doute l’épithète qu’on lui attribuait, celle de « chasseur de beauté », décrivait-elle sa méticuleuse quête de la moindre particule de cette volatile matière qu’il souhaitait recueillir soigneusement avant de la livrer au monde entier. Sa présence me faisait tenir de bien étranges raisonnements intérieurs.
- … et c’est ainsi que je l’ai rencontré. Il organise un vernissage la semaine prochaine, ça te dit de m’accompagner ?


Dernière mise à jour par : Anonymus le 17/10/06 08:00

--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 23:05
Tétanisé, l’homme court dans la friche industrielle. Il ne sait pas comment il a réussi à sortir du camp, il s’est contenté de suivre son passeur, à qui il a donné beaucoup d’argent pour avoir le droit de tenter sa chance ce soir. Il a économisé de longs mois le fruit de petits trafics, de services rendus au mépris de sa fierté et de ses principes. Mais qu’importe, il le fallait, il devait fuir.
Le passeur s’arrête au pied d’un grillage derrière lequel on distingue les rails d’une voie ferrée. Quelques individus louches mais bien habillés le rejoignent, et lui parlent dans une langue que l’homme ne comprend pas. Le passeur sort des billets de sa poche, beaucoup, qu’il donne, et une paire de cisailles avec lesquelles il commence à sectionner le grillage avant de le retrousser jusqu’à former un trou de belle taille.
Beaucoup de clandestins, que l’homme a déjà vus dans le camp, surgissent des fourrés alentours et se précipitent dans l’ouverture. L’homme se demande ce qu’il doit faire, mais le passeur le prend par son blouson et le pousse vers l’autre côté, avec violence. L’homme court vers la voie ferrée et se cache sous un tas de ferraille. Il y a déjà quelqu’un, qui lui explique ce qu’il va falloir faire : attendre que le train passe, ralentisse, et se jeter dessus, s’agripper fermement à quelque chose, et ne plus bouger jusqu’à ce qu’il s’arrête. Il y aura le tunnel, le noir, longtemps, mais il ne faudra pas bouger. Attendre, c’est très important. L’homme acquiesce en silence et se tourne vers les voies, luisantes et menaçantes.
Il manque à plusieurs reprises de s’endormir, mais il tient bon. Il ne veut pas louper le train, il a payé sa place très cher. Il écoute, attentif au moindre bruit. Soudain, à quelques pas de là, il entend les voix de plusieurs hommes, des cris et des hurlements : les soldats délogent les clandestins de leur cachette. L’homme ne bouge pas, essaie de se faire tout petit, se recroqueville pour mieux se cacher. Les soldats passent devant lui sans le voir, et finissent par repartir. L’homme soupire, soulagé. Mais il ne cesse pourtant pas de trembler.
Soudain, des lumières aveuglantes : c’est le train ! Comme prévu, il attend qu’il ralentisse, mystérieusement, comme s’il invitait tout le monde à monter. L’homme s’élance alors, vite, et se jette sous les roues. Il s’agrippe à la première barre qu’il trouve, une barre fixe et immobile, une barre qu’il ne lâche pas, qu’il ne lâchera plus avant d’être arrivé, avant que le train s’arrête. De cette barre dépend sa survie, il le sait. Le train repart à grande vitesse dans la nuit incertaine.


--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 23:14
Vint le jour du vernissage. Nous nous étions donné rendez-vous au coin de la rue et je l’attendais, engoncé dans une veste que j’avais emprunté à un ami et qui ne m’allait que très peu. J’étais passablement nerveux car c’était ma toute première fois. Il arriva avec une demi-heure de retard, naturellement ; ça faisait chic, sans doute. J’aurais préféré avoir fait chic avec lui, mais je m’abstins de le lui dire.
- En chasse, lança-t-il, et nous nous mîmes en marche.
Il s’était vêtu pour l’occasion d’un ensemble en velours violet qui aurait été parfaitement ridicule sur n’importe qui, mais pas sur lui. Les tons dégradés d’orange de sa chemise rappelaient subtilement ceux de ses cheveux blonds qu’il avait plaqués et gominés. Je soupirai en me disant que, lors de notre dernière rencontre, il était brun.
Sans avoir échangé plus de trois mots, nous entrâmes dans la galerie largement ouverte sur la rue déserte et monotone par trois immenses baies teintées de couleurs farfelues. Il régnait dans la succession de salles surpeuplées une atmosphère étouffante que j’attribuais à la chaleur humaine. Mais j’eus tôt fait d’être détrompé : il s’agissait en fait de la lourdeur suffocante de la prétention et de la superficialité.
Je garde un souvenir très précis de l’événement : je me rappelle y avoir croisé toutes sortes de personnages loufoques, fausses bonnes sœurs, drôles de vieilles dames toutes emplumées, troupeaux de gays caricaturaux dont les chaussettes fluo étaient assorties aux cravates, sinistres critiques aux allures guindées prenant quelques notes distraites, jeunes étudiants des Beaux-Arts en quête de sensation fortes et sans doute de substances illicites, riches mécènes étrangers qui semblaient les maharadjas de cours improbables et froufroutantes, touristes entrés là par hasard égarés dans un océan de perplexité, cuistres qui savaient tout mieux que tout le monde et artistes confirmés ou inconnus qui échangeaient selon leur caractère leurs commentaires à voix basse ou haute.
Et puis il y avait Dorian, moi, et sa décoratrice. Il l’avait tout de suite repérée parmi la foule, ce qui n’était pas une mince affaire, et il avait tant bien que mal tenté de l’éviter. En vain ; elle aussi semblait dotée d’un sixième sens. Elle s’était subtilement retournée, faisant admirablement osciller, dans un mouvement tellement calculé qu’il paraissait naturel, ses pendants d’oreilles de diamants véritables ou de faux zirconiums, et s’était approchée avec la grâce et la prestance d’une panthère diplomate dans un troupeau de gazelles belliqueuses.
- Eh bien, tu ne me présentes pas ? avait-elle lancé pour tout bonjour. Sa voix était grave et rauque, elle avait quelque chose d’extrêmement sensuel, traînant et provocateur.
- Bien sûr que si, avait-il répondu. Et d’un mouvement dédaigneux du pouce il me l’avait désignée : madame ma décoratrice.
Puis il s’était éloigné rapidement vers le bar, car il ne manquait à son impeccable panoplie de néo-dandy qu’une coupe de champagne, laissant le loisir à la présentée de me détailler des pieds à la tête avec un petit regard narquois, comme si j’avais été l’une des œuvres exposées, ou plutôt comme si j’avais été une affreuse maison en ruine à restaurer au plus vite. Je n’avais rien trouvé de mieux que de lui sourire timidement, ce qui n’était pas du tout une bonne idée.
- Méfie-toi, m’avait-elle murmuré juste avant de tourner les talons aiguille Dior, sans que je puisse définir si c’était de lui, d’elle ou bien d’autre chose encore.
L’exposition n’était pas inintéressante. L’un des artistes, qui travaillait la vidéo, avait eu l’idée de passer à l’envers mais en vitesse normale des grands classiques en noir et blanc du cinéma hollywoodien des années cinquante, afin d’en modifier la morale sans doute trop lourde à son goût et largement dépassée dans notre société entièrement tournée vers le progrès, la technologie et les lendemains qui chantent. Parmi eux, La Nuit du Chasseur qui commençait donc, avec un peu d’imagination, quand deux horribles gamins volaient à une vieille dame innocente dix mille dollars. Puis ils remontaient le fleuve suivis par un étrange pasteur à cheval, sans doute figure allégorique de la conscience ou de la justice, jusqu’à ce qu’ils s’installent dans un paisible petit village, dans une paisible petite famille, dont le père finissait par découvrir le pot aux roses et par rendre l’argent à la police pour que tout rentre dans l’ordre. Ce n’était pas idiot, mais ce n’était pas non plus l’idée du siècle. D’autres exposants, à la technique plus statique, avaient badigeonné d’acrylique pure de grands formats qui reposaient directement sur le sol. Je restai longtemps en méditation devant une immense plage rouge qui me happait comme un gouffre. Le souvenir de sensations lointaines me revenait, et je crus même ressentir durant quelques courtes secondes l’intensité extatique que Dorian m’avait dit considérer comme une parfaite preuve de la présence d’une beauté palpable.
Mais Dorian ne la palpait pas. Il papillonnait de-ci de-là, accordant une attention frivole aux écrans plasma accrochés aux murs et aux toiles posées à terre à chaque fois que la foule de ses « amis » lui laissait suffisamment de répit. C’est-à-dire pas souvent. Il trouva néanmoins le temps de répandre sur ma misérable personne la lumière et la grâce de ses considérations critiques :
- C’est toujours la même chose, avec les artistes contemporains. Ils ont tous des discours qu’ils imaginent révolutionnaires mais qui ne font que mettre en lumière l’immensité de leur inculture et la profonde vacuité de leur imagination. Même s’ils ne te diraient rien, naturellement, je pourrais te citer quarante noms d’œuvres centenaires qui ont déjà brillamment exploité le concept du détournement, dada de notre vidéaste ci-exposé. A quoi bon refaire en pire ce qui a déjà été très bien fait ? C’est le problème majeur de notre époque, si tu veux mon avis : de nos jours, tout le monde se croit artiste. N’importe qui ayant deux mains et parvenant à coller ensemble deux morceaux de papier crie à l’œuvre d’art et se prend pour le nouveau génie réformateur. Il y a sérieusement de quoi ricaner. Quand on observe la formation de ceux qui se prétendent artistes, on constate avec horreur que pas même le quart ne sait construire une perspective ou croquer une pomme, un nu. L’art s’est vraiment trop éloigné du dessin. Ainsi que de la beauté, évidemment, mais ça… associer dans la même phrase les mots « art » et « beauté », de nos jours, c’est presque indécent. Alors que, entre nous, je ne vois pas ce que l’art pourrait servir, sinon la beauté. Les gens manquent vraiment de lettres, d’une solide base de lettres classiques. Tu en connais beaucoup, toi, qui aient lu Platon ? Aristote ? Cicéron ? Sénèque ? Plotin ? Saint Augustin ? Saint Thomas ? Alberti ? Marsile Ficin ? Et ils prétendent s’y connaître en art, et ils viennent exposer dans les galeries ou s’y pavaner en poussant des « c’est géniaaaal ! » et des « révolutionnaire ! » ridiculement outrés. Le monde a sombré dans une décadence spirituelle, un marasme intellectuel dont il ne se relèvera jamais. La stupidité et la bassesse, la vulgarité et la bêtise se sont emparées de la norme : la société se meurt, l’art pourrit et la beauté agonise. Je me demande à quoi peut bien encore servir le goût.
Puis la foule le happa. Il n’avait pas remarqué qu’au fil de ses paroles, qu’à mesure que le mépris se déversait de sa bouche en cataracte souillant l’émotion que j’avais éprouvée, mon regard avait changé. Il ne remarquait jamais rien, de toute façon. Ce n’était plus le regard admiratif et envieux, modeste et timoré que j’avais eu lors de la soirée ; ce n’était plus le regard étonné et curieux, intéressé et attentif que j’avais eu au glacier ; c’était devenu le regard déçu et froid, cassant et désabusé de celui qui découvre que derrière le prince charmant ne se cache que l’immonde crapaud pustuleux. Je l’avais pris pour un philosophe esthète d’une grande ouverture d’esprit et d’une grande finesse de jugement, il n’était en fait qu’un petit être bouffi d’orgueil et de condescendance, mythomane en quête d’un monde illusoire, comme un junkie de sa dose quotidienne.
Brusquement, l’éclat que j’avais cru déceler en lui s’éteint et ses vêtements parfaitement coupés devinrent ternes, comme s’il n’avait plus utilisé ces lessives magiques qui préservent l’éclat des couleurs. Le brouhaha de la pièce me sembla soudain insupportable, et les gens d’affreux monstres coassant. Sans attendre une seconde, je m’en allai.


--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 23:18
Enfin il a gagné. L’homme inconfortablement couché dans la machine infernale regarde le jour qui se lève et la ville qui approche. Enfin il a trouvé un pays libre où il pourra vivre heureux, où il pourra ouvrir un cinéma. Le train ralentit et finit par s’arrêter dans une gare sinistre, vide de monde et pleine de ferraille.
D’un bond engourdi, l’homme saute de sa cachette et s’éloigne à pas rapides. La terre a une odeur de rouille. Il sent contre sa poitrine la boîte de fer blanc qui contient son précieux film, le premier de nombreux à venir, celui qu’il projettera le jour de l’ouverture de sa salle de cinéma. Il repense à son ami et à sa fille, qu’il n’a pas pu prendre avec lui mais qu’il fera venir quand il aura assez d’argent, cette enfant si douce et si aimable, riant devant Charlot avec innocence et respect.
Il trébuche contre un rail désaffecté. Il tombe, son genou lui fait mal. Mais qu’importe, ce n’est rien, il se relève et se remet en marche. Bientôt il sera sorti de cette gare sinistre et la ville l’accueillera à bras ouverts. Il n’entend pas derrière lui le pas précipité des soldats chargés du contrôle de l’immigration clandestine. Il n’entend pas plus leurs injonctions. Ce n’est qu’au premier coup de feu qu’il se retourne et les regarde d’un air affolé avant de prendre la fuite en courant.
Mais son genou lui fait mal, il ne peut courir qu’en boitant. Il n’entend pas le second coup de feu, car au moment où le son parvient au tympan de son oreille, la balle a déjà traversé sa colonne vertébrale. Cette balle qui semble la jumelle de celle qu’il fuyait, le prolongement du même jet de haine envers l’amour et la beauté, l’espoir et la liberté. Il ne tombe ni lentement, ni majestueusement comme dans les films, mais il s’écroule dans un bruit mou. La boîte de fer blanc s’échappe de sa djellaba, roule chaotiquement quelques secondes et s’ouvre, laissant fuir des centaines de mètres de bande qu’aussitôt le vent glacé fait serpenter au milieu des feuilles mortes.


--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 23:23
Evidemment, je ne revis jamais Dorian. Il sortit de ma vie comme si je m’étais réveillé d’un rêve affreux. J’appris quelques années plus tard qu’il était mort ; qu’il s’était suicidé dans la suite Bernstein du Crillon et que le service d’étage l’avait trouvé baignant dans un jacuzzi de sang. J’ignore si cet épisode fantasmatique est vrai ou s’il s’agit du dernier de sa longue mythologie.
Avec le temps, j’ai fini par trouver les réponses à mes questions. J’ai fini par comprendre pourquoi, si éloigné de moi qu’il était, il avait un soir tenté de me séduire : il avait perçu bien avant moi, du premier coup d’œil, que j’étais de parole où il était d’image et qu’à nous deux nous pourrions faire un très bon film. Il avait pressenti ma soif d’écrire bien avant qu’elle ne se manifeste et il avait voulu l’abreuver de sa propre substance romanesque. Il avait également entrevu que c’était par moi qu’il gagnerait l’immortalité, que de l’image dont il m’avait nourri, je nourrirais à mon tour mes lignes, fixant pour jamais sa légende, en docile instrument. Mais tout ne s’était pas exactement passé comme il l’avait prévu.
J’ai repoussé autant que j’ai pu l’accomplissement de ce destin, en vain. J’ai perdu. Dorian m’a vaincu, malgré la pourriture qui le ronge, malgré les tonnes de terre qui alourdissent le couvercle de son cercueil dont j’ignorerai toujours l’emplacement. Par-delà la mort il est venu me hanter, ce chasseur de beauté, ce tueur de beauté, toutes les nuits, sans exception. Mon orgueil a fini par céder et j’ai couché sur le papier, comme un exorcisme, des mots trop longtemps contenus. Puissent enfin la noirceur de mon encre et les barreaux de mes lettres retenir à jamais mes démons.

Fin


--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
JWRK

Chaos Legions



-= Chaos Legions =-
Inscription le 07-08-02
Messages : 2931



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 16/10/06 23:30
Des "grottes basaltyques", heyn ? En tout cas, en voylà un dont je comprends myeux la crytyque sur Marye-Antoynette.

Pour ma part, j'ayme assez, même sy, byen sûr, beaucoup tyqueront aux deux partyes d'apparence très séparées. Mais quoy ? Qu'yl me soyt permys d'applaudyr (avec retenue, cela va de soy), un sy succulent dandisme (évydemment)



      Retour en haut de la page IP Cachée  
Septa

boulet



-= Chaos Legions =-
Inscription le 09-06-02
Messages : 2471



Femme  Age : 42 ans
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 17/10/06 10:08
Citation :
Anonymus dans une contemplation à Dlul a dit:


Puisqu'on me le réclame à grands renforts de supplications larmoyantes...


Rhoo l'autre et...

Hmm... Bref... Forcément le style est bon mais le contraire eu été étonnant.:p
Les deux histoire "se tiennent" si je peux m'exprimer ainsi... Et sont assez plaisante...

Par contre je serais curieux de savoir pourquoi tu as voulu les associer ainsi... On a le droit de poser la question, histoire de bien passer pour un plouc ?


--------------------
"I'd really rather you didn't act like a sanctimonious holier-than-thou ass when describing my noodly goodness. If some people don't believe in me, that's okay. Really, I'm not that vain. Besides, this isn't about them so don't change the subject."
Premier commandement Pastafarien

Les Biscuits Nantais éloignent la moreausité !


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Jormugaund

Elite Troups



-= Chaos Elite Troops =-
Inscription le 06-07-02
Messages : 1574



Homme  Age : 42 ans
Lieu de résidence : Sur la Frontiere

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 17/10/06 17:11
J'aurais dit par effet de contraste et pour opposer deux visions d'une oeuvre unique, sacralisee a mort d'une part et detournee pour des raisons artistiques d'autre part.

Je me demande quadnd meme ce que signifie le sigle DHPS.

Citation :
Sous le fallacieux prétexte d’une convivialité qui restait de toute façon hypocrite, elles servaient principalement à boire et à baiser, deux des majeures activités de notre jeune génération dorée et désoeuvrée, en manque de repères dans cette société déshumanisée par l’incommunicabilité entre les êtres.


Cette phrase m'amuse beaucoup.

J'aime bien le dandysme decadent, alors forcement j'apprecie beaucoup le tout.



      Retour en haut de la page IP Cachée  
tiltizzz

Zombie



-= Chaos Legions =-
Inscription le 24-09-04
Messages : 947



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 17/10/06 17:29
Waaa ! Le chapitre XI du Portrait de Dorian Gray ! :D

Autrement, c'est cette phrase que j'aime beaucoup moi:
Citation :
... de nouvelles dont les initiales de chaque partie formaient de significatives acrostiches, [...]


(et donc oui, très beau style, très cultivé, très très...)

:7



      Retour en haut de la page IP Cachée  
Lutinou

Modérateur de la repousse des poils



-= Chaos Elite Troops =-
Inscription le 01-09-03
Messages : 2093



Homme  Age : 47 ans
Lieu de résidence : Lutingrad

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 17/10/06 20:03
Citation :
Jormugaund dans une contemplation à Dlul a dit:

J'aime bien le dandysme decadent, alors forcement j'apprecie beaucoup le tout.


Ah, toi aussi, tu es snob et tu assumes ?


--------------------
Burnlok, lutin bourrin
Ethylique mauvais
Mais néanmoins Joyeux
Nainberbe, pour ces dames
Enfant de choeur du chaos
"Adhérez au MAD !" Le balrog de Gregendale
"Tel le nain, il veille sur l'or" Krom !, Le fanzine des guerriers.
Club des T-shirt orange, des T-shirts de bon goût
Ex-capital : Signature souscrite, appelée, versée
Vendu pour 3798 Po à Dame Eklipse


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Jormugaund

Elite Troups



-= Chaos Elite Troops =-
Inscription le 06-07-02
Messages : 1574



Homme  Age : 42 ans
Lieu de résidence : Sur la Frontiere

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Chaos Elite Troops   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 17/10/06 20:28
Je crains que ce ne soit malheureusement vrai.

Ceci dit, j'aime aussi beaucoup Doc Savage.

Il y a un concept a creuser la, le pulp snob.



      Retour en haut de la page IP Cachée  
Anonymus

Très Gros Bill



-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-12-02
Messages : 692



Homme  Age : 39 ans
Lieu de résidence : Combray

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 18/10/06 14:29
Voici donc quelques petites explications, puisqu'on me les réclame en pleurant.


-------------------------------------



Apostille au DHPS, par le professeur H. Toupet




C’est le professeur K. Moll de la Stadtuniversität von Basel qui étudia le premier l’œuvre d’Anonymus le Pompeux (1986 – 2006), inconnue en son temps mais qui livre aujourd’hui de précieux renseignements sur la création littéraire du début du XXIème siècle.
Malgré un matériel limité (on n’attribue à Anonymus, en raison de sa courte vie, qu’une seule nouvelle achevée, une trentaine de textes courts, une cinquantaine de débuts avortés, une vingtaine de poèmes en vers libres ou stricts et trois cent soixante messages sur le forum de Pen of Chaos), il parvient à des conclusions brillantes et fondamentales sur l’auteur et son appartenance à ce qu’il théorie lui-même sous le nom de « Courant des Historiens de l’Art Infatués » (Infätuäten Kunstwissenschaftern Strömung).
Cependant, malgré l’habileté objective de ses analyses et sa grande honnêteté intellectuelle, il semble être passé à côté de données particulièrement cruciales, notamment dans l’étude du DHPS, considéré pourtant comme le plus abouti des textes d’Anonymus. C’est en nous basant sur l’analyse de sources précises, tant écrites qu’orales, en épluchant les archives personnelles de l’auteur et en explorant minutieusement le contexte artistique, économique et historique de l’époque, méthodes chères à l’Ecole des Annales fondée par Lucien Febvre et Marc Bloch mais que le professeur Moll a semblé dédaigner, que nous nous proposons de donner quelques nouvelles clefs d’interprétation de ce texte obscur mais néanmoins riche et foisonnant.

Le récit se fonde sur deux histoires, distinctes en apparence : la première est celle d’un « homme » anonyme fuyant son pays natal et ballotté sur les chemins de l’exil, dans un camp de réfugiés et finalement tué alors qu’il parvenait à la destination qu’il convoitait tant (parties 1, 3, 5 et 7) ; la seconde est celle d’un jeune garçon, anonyme lui aussi, que nous nommerons par commodité « le narrateur », et de sa rencontre avec Dorian, dandy entouré d’une mythologie assez considérable (parties 2, 4, 6 et 8).


I- La chasse : thème, antithème, synthème.

Nous savons avec la plus grande certitude que cette nouvelle, sobrement intitulée The DHPS, fut écrite entre juillet et septembre 2006 (soit quelques mois seulement avant le suicide de l’auteur), à l’occasion d’un concours littéraire dont le thème était « Chasseur(s) ». Le sujet devrait donc précisément y être la chasse, et l’y est, mais une lecture superficielle ne permet pas de s’en convaincre ; comme souvent avec les textes d’Anonymus, il faut creuser, plonger sous la surface des mots et des phrases pour déceler le concept général.

Un simple petit Ctrl+F montre que le mot « chasseur » revient six fois dans le texte, quatre fois dans le titre récurrent de « La Nuit du Chasseur », film dont nous aurons l’occasion de reparler plus loin dans la présente étude, et deux fois dans la formule « chasseur de beauté » qui semble être la clef d’interprétation de l’ensemble, et dont découle tout le reste. En effet, c’est bien d’une chasse de la beauté qu’il est ici question.
Personne n’ignore qu’il existe deux sortes de chasses, une chasse pour tuer et une chasse pour capturer ; les deux histoires parallèles semblent dans un premier temps illustrer tour à tour ces deux aspects d’une même activité : là où l’homme fuit les soldats, bras armé d’un gouvernement visiblement hostile à la culture, un gouvernement qui chasse la beauté pour la détruire, Dorian, lui, chasse la beauté en parfait dandy, afin à première vue de s’en délecter et de la capturer dans sa formidable mémoire. Mais bientôt les choses se gâtent : si en effet l’homme est bel et bien abattu dans la dernière partie de son histoire par des soldats qui semblent eux aussi un instrument de haine et d’intolérance vis-à-vis des cultures étrangères, Dorian par ses discours nihilistes et réactionnaires finit bien par « tuer » la beauté qu’a éprouvée quelques fugaces secondes le narrateur de la seconde histoire. Ainsi, l’auteur montre bien que tout aussi cultivé qu’il soit, quiconque veut s’approprier seul le droit de définir la beauté la tue et la sclérose : la beauté et la culture sont deux biens fragiles et précieux qu’il faut laisser fleurir et s’épanouir.

Parallèlement à ce thème principal, on pourrait trouver deux autres types de chasse, la première étant la chasse de l’idéal. L’homme de la première histoire, contraint à l’exil, espère qu’il trouvera dans un autre pays au gouvernement censément plus ouvert et moins autoritaire une terre d’asile où il pourra en toute liberté exercer sa passion du cinéma ; le narrateur de la seconde histoire projette sur Dorian son fantasme d’absolu, espère trouver en lui son idéal (« tout respirait en lui l’inaccessible que d’ordinaire je ne manquais jamais de convoiter »).

La seconde étant la chasse des illusions et des démons. La recherche d’idéal dans les deux histoires se révèle finalement vaine : dans les deux cas les espoirs insensés sont cruellement déçus. L’homme est abattu par le gouvernement qu’il espérait ouvert et accueillant ; Dorian se révèle au narrateur un petit fat stupide et prétentieux. La nouvelle se termine d’ailleurs sur un paragraphe consacré à l’exorcisme des démons : nul doute que le narrateur fut au moment des faits très épris de Dorian qui lui causa de grands troubles dont il mit de nombreuses années à se guérir. N’avoue-t-il pas lui-même qu’il écrit cette histoire pour chasser ses démons ?

Nous ne pouvons que rendre hommage à la grande sagacité du professeur Moll qui avait déjà dans son ouvrage consacré à Anonymus saisi tous ces aspects de son ultime œuvre. Cependant, il lui manquait quelques références que nous avons retrouvées et dont nous proposons d’éclairer la suite de cette étude.


II- Le cinéma : fil conducteur en celluloïd mouvant.

Le cinéma est omniprésent dans la nouvelle : adulé et protégé comme un trésor par l’homme, détourné par l’artiste contemporain exposé dans la galerie dans laquelle se dénoue la relation narrateur-Dorian, il revient comme un leitmotiv wagnérien. Et nous verrons par la suite qu’il constitue en fait le pivot central du propos.

Mais commençons par les références mineures. L’inventaire dressé à sa mort de la bibliothèque d’Anonymus nous donne de précieuses indications quant à ses goûts et connaissances cinématographiques. On y trouve par exemple le dvd du fameux Diamants sur canapé (Breakfast at Tiffany’s) de Blake Edwards, adapté de Truman Capote, car il était visiblement un grand admirateur d’Audrey Hepburn. Ceci permet de confirmer une intuition qui saisit le lecteur, à savoir que la « décoratrice » de Dorian est en fait sa maîtresse. En effet, dans Diamants, George Peppard incarne Fred Varjak, un gigolo qui par pudeur appelle « décoratrice » la femme qui l’entretient.

Autre information livrée par l’inventaire, mais qui a ici bien plus d’importance : Anonymus connaissait et admirait beaucoup le Rocky Horror Picture Show de Jim Sharman. Or, dans sa correspondance et dans ses manuscrits, le titre de cette œuvre est souvent abrégé en « RHPS ». Ce qui ne manque pas de rappeler le titre de la nouvelle que nous étudions : DHPS. Le seul prénom de l’œuvre commençant par D est bien entendu Dorian, ou Denis, ce qui nous donne comme explication au titre « Dorian Horror Picture Show » ou « Denis Horror Picture Show », tout ceci revenant tout compte fait pratiquement au même. Pourquoi ce détournement ? La raison en est simple : « Picture Show » renvoie d’abord à l’aspect cinématographique de l’intrigue ; de plus, cette référence met en lumière un aspect important de la nouvelle, celui de la création. Dans le film, Frank N-Furter est un extraterrestre qui parvient à créer un homme, Rocky ; dans la nouvelle, le narrateur est un écrivain qui parvient à créer un personnage, Dorian. Car sans doute le Dorian décrit dans la deuxième histoire n’est pas le Dorian que le narrateur a réellement rencontré et connu, sans doute le filtre de sa mémoire, de son imagination, de sa créativité et de ses frustrations le déforme-t-il, sans doute le Dorian décrit est-il plus un fantasme qu’un être ayant réellement vécu. C’est donc dans les deux cas la création de toute pièce d’un homme idéal, parfait, qui finit par s’avérer moins parfait et moins idéal qu’il aurait dû être. Cela rejoint la chasse à l’idéal et la chasse des illusions évoquées dans la première partie de cette étude. Ce titre, tout aussi arbitraire qu’il puisse paraître, est donc un élément crucial d’une certaine interprétation de l’œuvre, une interprétation que certains n’ont pas hésité à qualifier de platonico-borgésienne*.

Une autre référence extrêmement importante, mais dont la connaissance n’est pas nécessaire pour apprécier et comprendre l’œuvre, est celle de la première histoire au film d’Ariane Mnouchkine, Le Dernier Caravansérail, que l’auteur avait vu lors du Festival d’Avignon de l’année 2006 (un talon de ticket retrouvé dans ses archives personnelles en est la preuve indiscutable). Il semble d’ailleurs avoir été le point de départ de la réflexion de l’auteur sur la dichotomie pouvant exister entre la perception de la culture par un passionné résidant dans un pays dictatorial et par un jeune homme arrogant embourgeoisé dans un pays démocrate protégeant en théorie la liberté d’expression et de création. En effet, on y retrouve entre autres deux des scènes de la première histoire : assassinat du père et incendie de la maison – fuite du camp de réfugiés par la voie ferrée ; les scènes de l’arrivée au camp (que l’on peut sans doute identifier, par le film, à Sangatte) et de l’arrivée dans la dernière ville (Londres ?) sont elles totalement inventées. L’œuvre cinématographique est en outre éclairante : elle se présente en effet sous l’aspect artificiel du théâtre filmé, artificialité qui se retrouve bien dans l’intemporalité et l’utopie (en grec a-topos : absence de lieu) des deux histoires de la nouvelle.

Toutes ces allusions cinématographiques constituent donc le fil conducteur du récit, et mettent en évidence l’aspect profondément illusoire des quêtes des deux personnages principaux. Cependant, il convient désormais de mentionner ce qui est sans doute la clef ultime de l’interprétation de l’œuvre, clef que le professeur Moll n’avait hélas pas trouvée, et qui pourrait se résumer en quatre mots : La Nuit du Chasseur.


III- La Nuit du Chasseur : une clef en forme de fusil.

Comme nous l’avons dit plus haut, le titre de ce film ne revient pas moins de quatre fois dans la nouvelle. On connaît le goût d’Anonymus pour les périphrases et les détours, tout aussi ampoulés qu’ils soient, évitant les répétitions. Pourquoi ce titre reviendrait-il quatre fois s’il n’avait une importance cruciale dans l’histoire ?
Et encore, nous disons quatre fois, mais de nombreux indices nous y renvoient sans cesse. L’auteur parle bien souvent de motifs « noirs et blancs » (chemise de Dorian, marbrures du chocolat liégeois), la nuit est « noire » et non « enténébrée », le fer de la boîte de la bobine est « blanc », la lumière de la première partie est « d’argent » et joue avec les « ombres »… Malgré l’évocation de quelques couleurs, qui semble contingente et purement stylistique, il semble au lecteur que le monde dans lequel se déroule l’action est un monde en noir et blanc, exactement comme le film dont nous nous occupons désormais, La Nuit du Chasseur (The Night of the Hunter, 1955, de Charles Laughton). Le film ne se contente d’ailleurs pas d’être évoqué, il est physiquement présent dans le vernissage de l’exposition dans laquelle Dorian et le narrateur se retrouvent dans la troisième partie de la deuxième histoire. Il est en outre passé à l’envers, détail incongru mais qui pourrait mettre la puce à l’oreille. Certains lieux, enfin, sont communs aux deux univers : est-il nécessaire de rappeler que Icey Spoon de La Nuit est glacière et que la seconde scène de la deuxième histoire montre Dorian et le narrateur en train de manger précisément une glace ?

Tous ces indices tendent à montrer que le film joue un rôle prépondérant dans l’affaire. On sait qu’Anonymus ne l’avait pas vu en juillet 2006, moment où il commence à écrire la nouvelle, mais qu’il en connaissait un élément fondamental, celui de la bataille de main gauche et main droite (décrite d’ailleurs dans la toute première partie, car présente dans le film d’Ariane Mnouchkine). On sait aussi, de par le témoignage d’une de ses amies à qui il l’avait empruntée, qu’il avait visionné l’œuvre courant août, sans que cela n’ait en rien changé la trame globale de son récit (tout au plus peut-être certains points de détail comme le glacier évoqué ci-dessus). Il semble donc que c’est sur la base même de cette œuvre cinématographique et plus précisément sur ladite bataille entre main gauche et main droite que repose toute l’histoire du DHPS.
Cette « bataille » symbolique est en effet le moment le plus fort du film : le révérend Harry Powell (Robert Mitchum), démoniaque assassin de veuves et d’orphelins, a sur la main droite tatoué les lettres du mot LOVE (amour) et sur la main gauche celles du mot HATE (haine) ; a plusieurs reprises, il mime ainsi symboliquement le combat entre le bien et le mal en entrecroisant ses doigts et en singeant une lutte de laquelle la main droite sort heureusement (et ironiquement mais de manière prémonitoire) toujours victorieuse. Nous noterons également, pour information, que les mêmes tatouages se retrouvent sur les mains du personnage de Eddie dans le Rocky Horror Picture Show.

Or, un morceau de phrase de la nouvelle d’Anonymus devrait mettre la puce à l’oreille de tout lecteur attentif (on pourra ici à ce propos évoquer l’excellent premier roman d’Amélie Nothomb, Hygiène de l’Assassin, dans lequel le héros, épouvantable écrivain, prétend que les gens ont perdu la capacité de comprendre ce qu’ils lisent et que n’importe qui pourrait écrire les pires horreurs, jamais elles ne seraient crues) : « Il me parla de tout […] de nouvelles dont les initiales de chaque partie formaient de significatives acrostiches […]. » Pour quelle raison Anonymus parlerait-il ici de nouvelles, au milieu d’évocations de richesses et de merveilles bien plus conséquentes, si ce n’était que cet élément a une profonde et capitale importance ?
« Il ne coûte rien d’essayer », dit l’adage populaire : lorsqu’on essaye d’isoler les premières lettres de chaque partie de l’histoire, on obtient l’amphigourisme suivant : HLAOTVEE, ce qui a première vue n’a pas de sens. Mais si l’on le sépare en prenant une lettre sur deux, alors tout s’éclaire : la première histoire a pour initiales HATE et la seconde LOVE, judicieusement entremêlées dans le tout. La première histoire, rappelons-le, parle de la haine de la beauté qu’éprouvent un gouvernement fasciste et ses sbires ; la seconde histoire parle, rappelons-le également, de l’amour que porte apparemment Dorian pour la même beauté. Haine d’un côté, amour de l’autre, entrecroisés en un combat qui serait bien manichéen si finalement tout ne se terminait pas de la même façon : par la mort et la désillusion.


Ainsi, contrairement à ce que l’on pourrait penser et à ce que certains commentateurs ne se sont pas privés d’écrire, les deux histoires ne constituent pas deux récits isolés que rien ne lie, bien au contraire ! La densité des références peut donner le tournis et passer totalement au-dessus des lecteurs inattentifs ou distraits. La faute ne leur revient pas, toutefois, car le récit est parfaitement hermétique, comme bien souvent le sont les œuvres d’Anonymus le Pompeux. D’un naturel pédant, il avait l’habitude bien visible dans ses autres textes de citer, parodier, pasticher, détourner, reprendre la foultitude de livres, films, musiques, œuvres d’art qui formaient son horizon culturel qu’il avait bien du mal à ne pas croire partagé par tous.
Nul doute que s’il avait vécu quelques années de plus, il aurait entrepris un travail de correction ou de clarification de ses textes qui n’étaient pas toujours reçus de la manière qu’ils auraient mérité selon lui.
C’est en quelque sorte pour lui rendre justice que j’ai aujourd’hui entrepris cette étude, probablement incomplète mais j’espère suffisamment éclairante. Avec mes froufroutements pailletés, je la dédie à Luis Mariano.

Mexicoooooo, Mexi-iiiiiiii-icoooooo !




* Pour de plus amples informations, cf. Mouchami, Anna. Anonymus and the neo-ancient thought. Cambridge Press.


Dernière mise à jour par : Anonymus le 18/10/06 14:40

--------------------
.: Militant proustien :.
"Longtemps, j'ai fait chier tout le monde avec Proust."


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Septa

boulet



-= Chaos Legions =-
Inscription le 09-06-02
Messages : 2471



Femme  Age : 42 ans
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 18/10/06 15:05
Snif

* Septa range son mouchoir

Merci


--------------------
"I'd really rather you didn't act like a sanctimonious holier-than-thou ass when describing my noodly goodness. If some people don't believe in me, that's okay. Really, I'm not that vain. Besides, this isn't about them so don't change the subject."
Premier commandement Pastafarien

Les Biscuits Nantais éloignent la moreausité !


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Saerince

Rayon de soleil



-= Chaos Legions =-
Inscription le 26-04-03
Messages : 3466



Femme  Age : 41 ans
Lieu de résidence : Lyon

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 18/10/06 20:49
Donc c'etait normal qu'a la fin de l'histoire je me disse qu'il y avait des trucs que j'avais pas compris :D

J'ai toujours ete super nulle en francais, c'est ptet pour ca.

Mais ca va mieux avec l'explication quand meme ^_^


--------------------
Les livres et les hommes, c'est comme des boîtes de chocolat : on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

"Give people a second chance, not a third."
"You gave your heart to this boy ? He's gonna waste it, break it, lose it. They all do." (Neil Gaiman, Stardust)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
JWRK

Chaos Legions



-= Chaos Legions =-
Inscription le 07-08-02
Messages : 2931



Inconnu  Age : ???
Lieu de résidence :

Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 18/10/06 22:36
Un appendyce quy s'avère effectyvement des plus nécessayres ! Mes plus syncères félycytatyons pour la pertynence de votre auto-analise, cher anonamy (sy j'ose dyre)


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Théodoric

Primus inter paresse



-= Lord of Graveyards =-
Inscription le 20-09-02
Messages : 5971



Homme  In Memoriam
Lieu de résidence : itinérant

Pourquoi vous regardez ca ?
Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet '[PLC 2006] The DHPS' a été posté le : 19/10/06 10:07
Effectivement, les intrigues ne se rencontrent pas. J'avais bien préssenti que, figurant les deux faces d'une même pièce de monnaie, elles n'avaient pas de raison particulières de se rencontrer. Les acrostiches m'avaient effectivement échappés. J'ai tendance à croire que ces astuces de composition doivent servir à l'auteur de traits de construction, pour guider son écriture, plus qu'au lecteur pour guider sa compréhension.

L'Oulipo, fort friand de telles astuces, ne cherche cependant pas à les rendre apparentes. Il importe peu d'ailleurs qu'elles apparaissent, l'essentiel étant qu'elles aboutissent bien à l'écriture d'une oeuvre intéressante par elle-même.

C'est bien le cas ici. Tout juste objecterai-je que la dictature est peut-être trop ostensiblement "une" dictature, la dictature-type, un modèle interchangeable de dictature. Le récit n'aurait sans doute pas perdu à la nommer, à la situer dans le temps et l'espace et à la documenter... Mais sans doute n'était-ce pas aisément réallisable dans le cadre imparti du PLC.

J'accroche moins à l'autre face. Peut-être est-ce aussi une caricature trop archétypique d'une bourgeoisie mondaine. J'ai du mal à croire qu'on puisse encore être crédible en adorateur du beau. Cela fait déjà trop longtemps que l'art s'enrichit de peindre la laideur... Du coup, je suis resté très extérieur au magnétisme de Dorian et à la fascination qu'il exerce sur le narrateur. Quand Dorian tombe de son piédestal, personnellement, je ne l'ai pas vu tomber de très haut.

Ces considérations mises à part, j'aime bien le principe, la construction, et l'art avec lequel, anonymus, tu varies ton propre style pour épouser le contexte de chaque partie. Et si je n'ai pas été aussi touché que je l'aurais dû par les moyens mis en oeuvre, je le suis par l'engagement, l'intention, la finalité poursuivie par le récit.

Il faudra que je m'intéresse de plus près à tes autres écrits.

Cordialement,
Théodoric



Dernière mise à jour par : Vieillodoric le 19/10/06 10:09

--------------------
Jeune depuis plus longtemps que vous !
:dem3
L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !


      Retour en haut de la page IP Cachée  
Ajouter aux favoris - Envoyer ce Sujet par E-Mail - Imprimer ce Sujet
Dernier Message - Message le plus récent
Pages: [ 1 ] 2

Open Bulletin Board 1.X.X © 2002 Prolix Media Group. Tous droits réservés.
Version française, modules et design par Greggus - enhancement par Frater