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Nyxl

Basement Cat



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Pourquoi vous regardez ca ?
   [PLC 2006] La Relève. a été posté le : 16/10/06 18:23
Voici, comme promis, le texte de ma nouvelle. Il s'agit de la version qui fut envoyée à Oph, écrite en un week-end, et relue, revue, corrigée, améliorée en une semaine.

Je remercie mon père, qui a apporté les dernières corrections de langage (étonnamment peu nombreuses, pour une fois) et rectifié mes approximations dans la description de la topologie de Charleroi et environs (il est meilleur en géographie urbaine que moi). Je remercie également : ma mère, qui a enfin daigné lire jusqu'au bout un de mes récits; Sam, un mien collègue qui a fait une remarque déterminante pour le polissage de l'histoire même; Sabine, la secrétaire de mon service, qui a effectué la première relecture avec bonne volonté au début, et enthousiasme à la fin.

Je tiens à préciser également qu'en aucun cas, je n'ai porté le moindre jugement de valeur, sur aucune des minorités évoquées dans ce texte. Je pense que le ton de l'histoire démontrera assez mon optimisme vis-à-vis du genre humain en général.

Les détails géographiques et historiques sont authentiques.

Mais passons aux choses sérieuses, n'est-ce pas ?



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Nyxl

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:23
La Relève.


Jean Tilleux était un homme d'une quarantaine d'années. Sa grande taille, ses cheveux gris taillés en brosse, ses yeux bleus et sa mine enjouée contribuaient à un charisme naturel fort enviable dans sa fonction actuelle. Le jour, il était employé de banque, tantôt guichetier, tantôt conseiller. Pendant ses heures libres, quand il ne participait pas à l'entretien de la maison de la communauté, il parcourait les rues des faubourgs de Charleroi, sonnant aux portes et distribuant de petites brochures. Jean était témoin de Jéhovah, et pratiquait sa fonction prosélyte avec un professionnalisme que ses frères et ses sœurs lui enviaient parfois.

Ce soir-là, il remontait le boulevard Audent. Dans un quart d'heure, il atteindrait la gare et pourrait prendre son train habituel. Dans son costume gris, avec son attaché-case et son parapluie noirs, il avait l'air fringant. La pluie de ce mois de septembre ne l'incommodait pas plus que cela, car le Seigneur avait imposé aux hommes des épreuves plus dures qu'un peu d'eau tombant du ciel. Il n'y avait personne, en dehors de ce piéton qui descendait la rue en sens inverse.

Jean haussa un sourcil. Le passant devait avoir, comme lui, la quarantaine bien froissée. Il avait le genre méditerranéen, avec des yeux sombres, une barbe et une moustache noires. Deux choses retenaient l'attention : l'homme avait de longs cheveux immaculés, et il s'arrêtait périodiquement, examinant les façades du boulevard, comme fasciné par les inquiétantes figures sculptées dans les montants de fenêtres, les frontons de portes, les balcons…

L'homme portait une longue veste brune – cuir ou feutre, Jean n'aurait pu le dire de là où il était. Une besace de toile noire, probablement l'un de ces sacs prévus pour les ordinateurs portables, battait son flanc. Il semblait inconscient de la pluie, qui collait ses cheveux sur son visage en mèches poisseuses. Intrigué, Jean s'approcha et salua l'homme.

"Bonsoir Monsieur, puis-je vous prendre un peu de votre temps ?"
"Bonsoir. Cela dépend, je dois faire une course. Les magasins sont bientôt fermés…"
"Cela ira vite, Monsieur. Je suis témoin de Jéhovah…"
"Ah ! Vous allez perdre votre temps, Monsieur, je suis un mécréant comme il y en a peu !"

Un sourire d'autodérision fleurit sur le visage de l'homme. Jean, sans se laisser démonter, sourit à son tour.

"Contrairement à ce que l'on pourrait croire, nous sommes tolérants vis-à-vis des croyances autres que les nôtres, Monsieur. Mais je voudrais vous poser une question. Savez-vous que la Bible est l'ouvrage le plus édité à travers le monde ?"
"Certes…"

Certes ? Jean n'avait pratiquement jamais entendu ce mot dans une conversation parlée.

"…C'est également le plus traduit."
"En effet ! Est-ce que cela ne vous incite pas à la réflexion ?"
"Ma foi… Pas plus qu'un autre sujet. La Bible est un des plus anciens ouvrages écrits, c'est le premier à avoir été imprimé. Cette forme d'exclusivité explique partiellement cette grande diffusion…"
"Sans doute, et qu'en est-il de son contenu ?"
"Ah, là, c'est une autre question. Il y a beaucoup de choses qui dépendent de la langue, de l'époque de la diffusion et, non des moindres, du lecteur et de son niveau de connaissance en histoire des religions. J'ai bien peur qu'une conversation sous la pluie ne suffise pas à faire le tour de cette énigme. Avez-vous le temps une heure ? Accompagnez-moi au magasin, que je fasse cet achat, et ensuite je vous offre un café, qu'on puisse poursuivre au chaud…"

Décontenancé, Jean s'entendit accepter. L'homme l'entraîna jusqu'à un magasin d'informatique, où il fit l'acquisition d'une batterie pour un ordinateur portable, ainsi que d'une pile de DVD inscriptibles. Tout en concluant la transaction, il continua de bavarder avec le témoin de Jéhovah, qui n'en finissait pas de s'étonner de l'érudition de cet inconnu. Puis ils descendirent vers la gare, s'arrêtant dans un bistrot pour prendre le café promis.

De la Bible, la conversation dériva sur la religion chrétienne, puis sur l'histoire des religions et des textes sacrés en général. De là, insensiblement, Jean fut entraîné sur le terrain de la spiritualité pure. Simon Stregoi – c'était ainsi que l'homme s'était présenté – évoqua les croyances dites païennes, ancrées dans la Terre, et les compara brièvement à celles ancrées dans le Ciel, comme la plupart des religions révélées. Jamais il n'émit le moindre jugement de valeur, parlant avec le détachement d'un scientifique. Jean perçut également une étrange tendresse dans la voix de son interlocuteur. Une profonde tendresse pour tout le genre humain – voire pour la vie dans son ensemble.

Regardant sa montre, le témoin de Jéhovah fit la grimace. Il avait manqué son train à deux reprises, et le troisième allait partir dans moins de dix minutes. Avec regret, il déclara devoir prendre congé. Qu'à cela ne tienne, les deux hommes quittèrent le café. Simon l'accompagna jusque la gare, continuant la conversation.

"Dites-moi, Jean, depuis combien de temps prenez-vous le train pour rentrer chez vous ?"
"Oh, depuis quelques années, déjà. Pourquoi cela ?"

Simon s'était arrêté, alors que Jean passait les portes de la gare.

"Vous ne venez pas ?"
"Je ne peux pas."
"Comment cela, pourquoi ?"
"Je ne peux pas vous suivre. La gare est en travaux, je ne peux pas passer."
"Pardon ?"
"Venez ici et donnez-moi la main, vous allez comprendre."

Intrigué, Jean s'exécuta. À peine avait-il effleuré la main de son nouvel ami que le décor changeait dramatiquement. La gare était en pleine reconstruction, juste derrière lui. L'instant d'avant, il avait vu les portes coulissantes s'écarter sur son passage, et là, plus rien de tel.

"Mais que se passe-t-il ?"
"Ma question va sûrement vous sembler étrange, Jean, mais répondez honnêtement. Quel est le plus distinct de vos récents souvenirs ?"
"Que…"

Jean fronça les sourcils. Dans les yeux de Simon, il perçut son propre reflet, avec une netteté impossible étant donné la pénombre croissante. Son visage était constellé d'hématomes et d'ecchymoses. Et tout lui revint…
"Je me souviens… Je me suis fait agresser. Par trois loubards, à la ville basse, alors que je rentrais chez moi…"
"Vos blessures étaient-elles mortelles ?"
"Pas vraiment… J'ai été conduit à l'hôpital assez vite. Mais j'avais une hémorragie interne. En soi, rien de vraiment grave, on peut soigner ça facilement, en opérant tout de suite et en faisant…"
"Une transfusion, c'est cela ? Vous êtes décédé faute d'une transfusion ?"
"Oui…"

Jean se sentit mal. Comme s'il perdait de sa substance…

"Comment ? Comment est-ce possible ?"
"Je l'ignore, mon ami. Certaines personnes s'attardent, après leur mort. Pour finir une mission, de manière générale. Parfois, elles ne savent pas qu'elles sont mortes…"
"Voilà pourquoi les gens m'ignoraient… Ils ne me voyaient pas… Je pensais qu'ils m'ignoraient parce que j'étais témoin de Jéhovah…"
"Je suis navré, Jean…"
"Je… Que vais-je faire ?"
"Je ne sais pas, c'est à vous de décider, maintenant que vous avez réalisé…"
"Qu'y a-t-il après ?"
"Là, vous m'en demandez beaucoup. Depuis le temps que je chasse les fantômes, je n'ai jamais obtenu de réponse à cette question."
"Mais alors…"
"Vous avez la foi, Jean. C'est là un avantage que je n'aurai jamais…"

Simon avait un sourire triste, alors qu'il tapotait l'épaule de Jean avec compassion.

"Je… Je crois que je vais… Rentrer chez moi…"
"Faites donc. Vous n'avez plus de raison de vous attarder ici…"
"Dieu vous bénisse, Simon."
"Dieu vous protège dans votre voyage, Jean."

Simon se détourna et quitta l'endroit. Quand il fut au milieu du pont qui traversait la Sambre, en face de la gare, il se retourna. Il aperçut une silhouette éthérée, sur le premier quai, qui jetait des reflets irisés avec la lumière des voitures du train qui venait de s'arrêter. Le fantôme leva la main pour le saluer. Il lui répondit vaguement, avant de se remettre en route.



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:25
Simon Stregoi eut un sourire, alors qu'il remontait vers le parc. Il baissa les yeux sur la chatte noire qui l'accompagnait en tout temps, en tous lieux.

"C'est le troisième depuis ce matin. Et un témoin de Jéhovah, cette fois. Ce déni de la médecine moderne, chez ces gens, me sidère et me désole…"

La chatte se contenta de miauler indifféremment, comme si cela ne la concernait pas.

"Je sais, Bastet, je sais, je ne devrais pas me mêler de la foi des autres. Mais ces gens sont si tristes, avec leur façon d'accepter leur sort avec résignation. Et puis, la vie est trop précieuse pour qu'on ne fasse rien pour la préserver…"

Bastet eut un miaulement un peu sarcastique.

"Tu as raison, mon amie. Je deviens pompeux. Il est temps que je trouve mon successeur. Tu es certaine qu'il est dans cette ville ?"

Miaulement affirmatif.

"Je sais, ma belle, il ne faut pas se fier aux apparences. Et moi aussi, je l'ai senti. N'empêche, cette ville est tellement gorgée de mémoire tragique que c'en est difficile de s'y retrouver. Tu as senti cette résurgence spirituelle au sud ? Il paraît qu'il y a eu une grave catastrophe dans une mine, par là, il y a un demi-siècle. Et je ne parle pas des échos de la Seconde Guerre…"

Miaulement dédaigneux. Simon eut un nouveau sourire. Il examina le parc, autour de lui. Apparemment, l'endroit était désert. Malgré la pénombre, les yeux de l'homme distinguaient les formes avec autant de netteté qu'en plein jour. Un effet de bord de ses talents particuliers, ses sens étaient plus aiguisés que ceux d'un homme normal. Suffisamment pour lui permettre de percevoir des phénomènes encore inexpliqués.

Il s'assit sur un banc, avec un soupir de soulagement. Le parc était "vierge", sans écho spirituel. Une espèce de sanctuaire pour les gens comme lui. Il croisa les jambes et leva la tête. La pluie s'était arrêtée et les nuages se dispersaient peu à peu, révélant les quelques étoiles visibles ce soir. C'est alors que la douleur surgit dans sa poitrine. Une douleur lancinante, terrifiante, qui lui coupa la respiration, lui broya le cœur. Avec un grognement à peine audible, Simon s'effondra de côté.

Bastet contempla son ami, félin indéchiffrable, puis partit en galopant, en direction de la ville basse.



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:26
Anouar sortit du fast-food, dépité. Encore une fois, ses potes avaient tourné en dérision ses tics nerveux. Encore une fois, Rachida avait ri de lui. Depuis le temps que ça se reproduisait, un autre que lui aurait changé de crémerie et se serait trouvé d'autres amis. Mais Anouar n'avait pas vraiment le choix. Quand on était un Arabe en Belgique, surtout à cette époque, on ne pouvait guère que fréquenter d'autres Arabes. A moins d'être friqué. Ou alors on restait seul, ce qu'Anouar ne voulait absolument pas faire. Parce que quand il était seul, il voyait des choses qui l'effrayaient et qui lui faisaient douter de sa santé mentale.

Il fourra les mains dans les poches de son sweater, se renfrognant à une nouvelle remarque désobligeante. Sa paupière gauche fut agitée d'un spasme, et il grimaça. Un miaulement attira son attention. Il tourna la tête vers la rue de la Montagne. Il faisait trop sombre pour distinguer quoi que ce soit, en dehors des taches jaunes dispensées par les lampes publiques.

"Qu'est-ce t'as, Anouar ?"
"J'ai ent-ent-entendu un ch-ch-chat."
"Un chat ? T'as dû rêver, mec, après la douche qu’on s’est payée, y risque pas d'y avoir de chat dans le coin…"
"Ouais, t-t-t'as raison…"

Il regarda à nouveau vers la rue piétonne qui montait en pente raide vers la ville haute. Là, bien en évidence sous un lampadaire, un chat noir le contemplait. L'animal inclina la tête sur le côté, comme pour lui montrer qu'il l'avait bien repéré, et qu'il se savait repéré. Il miaula, nettement.

"Là, j-j-j'savais bien qu-qu-que je…"
"Quoi ?"

Anouar déglutit. Un truc qu'il avait, c'est qu'il repérait toujours le détail qui clochait. Au cinéma, ça faisait chier les potes quand il remarquait les incohérences dans un film, comme les erreurs de montage où les objets d'une scène se déplaçaient d'un plan à l'autre. Depuis quelques mois, il se contentait de garder ses observations pour lui. Surtout celles qui n'avaient rien à voir avec le cinéma, comme le fait que ce chat n'avait pas d'ombre.

"Anouar, t'es pas bien, t'es tout pâle !"
"Ça va. T-t-trop de soda. J'dois ro-ro-roter et ça vient pas…"
"Décidément, t'es qu'un loser. Bon, on s'en va, fais gaffe à pas te perdre sans nous…"
"Hé, me laissez pas, les gars ! M-m-******** !"

Les autres s'enfuirent en rigolant. Anouar ne fit même pas mine de les poursuivre. Il savait bien que ça ne servirait à rien, une fois qu'ils avaient décidé de le semer. Mais bordel, ils auraient pu choisir un autre moment ! Le chat miaula encore, impérieux, puis fit mine de remonter la rue piétonne. L'animal se retourna pour surveiller le garçon.

"********, il v-v-veut que j'le suive ? J'hallucine…"

Une sourde colère envahit Anouar, alors que les muscles de son visage échappaient à son contrôle. Il plaqua les mains sur son visage, jurant dans sa langue maternelle en attendant que les spasmes s'arrêtent. Le chat était toujours là, qui le regardait de ses grands yeux bleus. Avec un grognement, le garçon se rua sur l'animal, qui se mit à cavaler, grimpant à toute vitesse en direction de la place Charles II, obliquant à droite au boulevard Audent.

Anouar s'arrêta de courir près de la statue de Jules Destrée. Il haletait comme s'il allait vomir ses poumons. Pas en forme, pour sûr. Et le chat sans ombre le regardait, à l'entrée d'une rue qui remontait vers l'est. Il émit un miaulement pressant, presque plaintif. Le jeune Arabe, intrigué, s'avança, sans courir, cette fois. Entre deux inspirations un peu sifflantes, il se demanda ce qui lui prenait.

Il commençait à paniquer quand le chat l'entraîna jusque dans le parc. Puis il trouva l'homme affalé sur le banc, le visage crispé par la douleur. Il ne fallut pas longtemps à Anouar pour réaliser que le gars était mourant.

"********, ********, ******** ! Qu'est-ce que j-j-je fais, moi ?"

Le chat bondit sur le banc et miaula encore. Farfouillant dans les poches de son sweater, Anouar mit quelques secondes et plusieurs jurons à trouver son portable. L'instant d'après, il appelait le numéro d'urgence et signalait la présence d'un blessé au parc de Charleroi, luttant pour ne pas bégayer. Il coupa la communication avant de regarder autour de lui. Un nouveau miaulement l'obligea à faire attention au chat. La bestiole grattait la toile de la besace du mec étalé, puis le regardait. Comme s'il l'invitait à prendre le sac. Sans réfléchir, Anouar saisit la bandoulière et s'empara de la besace, plus lourde qu'il ne l'avait estimé. Le chat noir hocha de la tête, approbateur.

Une vague de panique submergea le garçon, qui détala en cavalant. Une heure plus tard, il rentrait chez lui, à Marcinelle. Cette fois, les ombres du Bois du Cazier le laissèrent en paix, curieusement. Sa mère l'accueillit avec la mine morose qu'elle arborait quand elle allait se lancer dans une de ces diatribes plaintives dont elle avait le secret. Anouar posa une main sur la bouche de la brave femme, l'empêchant de pousser le hululement initial.

"D-d-désolé de pas avoir t-t-téléphoné. Les p-p-potes m'ont planté, j'ai p-p-pas réussi à les re-re-retrouver. D-d-dérange pas Papa, s'te plaît."
"Bon… Tu me feras mourir d'inquiétude, mon fils."
"Mais non."
"Allez, va te coucher, il est tard."
"Ouais, M'man. B-b-bonne nuit."

Une fois dans sa chambre, Anouar soupira de soulagement. Elle n'avait pas remarqué le sac. Il l'ouvrit aussitôt et en tira un ordinateur portable dernier cri. Quand il alluma l'appareil, il fut confronté à une invite de mot de passe, et ne put rien faire d'autre que l'éteindre et le ranger dans la besace, qu'il dissimula sous son lit. Pour la première fois depuis des années, le sommeil le cueillit sans se faire attendre. Pour la première fois depuis des années, il ne fit pas de cauchemar.



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:26
Joëlle Parmentier poussa la porte de la chambre, s'attendant à trouver le patient toujours inconscient. Un homme étrange, qu'on avait amené au CHU après que la police l'eut trouvé dans le parc voisin. Tout ce que la jeune infirmière savait, en dehors de cela, c'est que l'homme avait survécu de justesse à une vilaine attaque cardiaque. D'après sa carte d'identité, il s'appelait Simon Stregoi, avait trente-trois ans et vivait à Nivelles. Il avait une carte de renseignements médicaux qui signalait qu'il avait le cœur fragile.

L'infirmière étouffa un soupir de surprise en découvrant l'homme parfaitement éveillé. Elle le trouvait séduisant, avec ses longs cheveux blancs, ses barbe et moustache noires. Il avait l'air d'une de ces représentations traditionnelles du Christ. Et là, il lui faisait penser à ces peintures montrant la Passion. Il était pâle, et avait une expression hantée dans ses yeux. Quand il vit Joëlle, son visage s'éclaira d'un sourire magnétique.

"Enfin un être vivant… Et des plus charmants. Bonjour, Mademoiselle."

Joëlle rougit, ensorcelée par la voix mélodieuse.

"B… Bonjour, Monsieur. Comment vous sentez-vous ?"
"Mieux, si vous pensez à mon cœur. Mais je n'aime pas les hôpitaux, sans vouloir vous offenser."
"Pas de problème, vous n'êtes pas le seul, j'ai l'habitude. Mais ne parlez pas trop, il ne faut surtout pas vous fatiguer."
"Ne vous en faites pas pour ça. Mon temps est compté et je suis prêt, personnellement… Mais il me reste quelque chose à faire…"

L'infirmière fronça les sourcils. La plupart du temps, les patients ne pensaient qu'à déguerpir de l'hôpital. Celui-là semblait résigné, c'était triste. En fait, il avait l'air serein, trop serein pour quelqu'un qui affirmait ne pas aimer les hôpitaux. Ses grands yeux sombres s'étaient fixés sur elle, et elle se sentit rougir sous ce regard intense. Cet homme était alité, affaibli, bardé d'électrodes et de tubes divers qui permettaient aux appareils de mesure de monitorer son état, et il parvenait à l'impressionner…

"Pourquoi me regardez-vous ainsi ?"
"Parce que vous êtes réelle. Il y a tellement… Mais je vous mets mal à l'aise. Veuillez me pardonner, je n'en avais pas l'intention. Où suis-je ?"
"Au CHU de Charleroi, dans le service de soins intensifs. A deux pas du parc où on vous a trouvé…"
"Ah, je vois. A-t-on récupéré toutes mes affaires ?"
"Tous vos vêtements sont dans l'armoire, avec votre GSM, votre portefeuille et tout son contenu."
"Y avait-il une besace avec un ordinateur portable ?"
"Non, pas que je sache."

Il fit la grimace, et Joëlle se sentit obligée de s'excuser. Il la rassura d'un nouveau sourire.

"Ce n'est rien, c'était à prévoir. De toute manière, il n'y avait rien de crucial… Oh…"
"Reposez-vous, Monsieur Stregoi. Vous n'êtes pas encore tout à fait remis…"
"Je sais. Merci de votre sollicitude."
"Voulez-vous un somnifère ?"
"Je… Non. J'aimerais…"
"Oui ?"
"Pourriez-vous rester un peu près de moi ? Je sens que je vais vite m'endormir… En attendant, pourriez-vous les tenir éloignés ?"
"Qui donc ?"
"Oh, rien… Je…"

Simon se tut. Il ferma brièvement les yeux, comme quelqu'un qui reprend ses esprits. Joëlle s'installa sur un tabouret, à côté du lit. Elle lui prit la main, recevant en retour un regard éperdu de gratitude. Puis il tourna la tête vers le plafond. Pendant les quelque vingt minutes qui suivirent, l'infirmière nota les étranges mouvements de ses yeux, les plissements de ses paupières, comme s'il cherchait à distinguer des détails çà et là dans la chambre. Elle constata également l'irrégularité de sa respiration. Puis il sembla remarquer quelque chose à ses pieds, sur le lit.

Il n'y avait rien, si ce n'est que le drap formait un pli étrange, comme si un paquet rond était posé là. Sa respiration s'apaisa, et il s'endormit presque aussitôt. Joëlle libéra sa main, intriguée. Elle se leva, prête à sortir, et sur une impulsion, posa les mains sur le lit, là où il avait fixé son regard. Elle eut l'impression que l'air était plus froid au-dessus du drap, mais le tissu-même était chaud…



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:27
Anouar regardait tout autour de lui. Les ruines du charbonnage étaient moins impressionnantes en plein jour. Le puits du Bois du Cazier était fermé depuis bien longtemps, mais pour le jeune Arabe, c'était toujours un lieu hanté. Il y a quelques années, quand il était venu ici avec ses parents, à l'occasion d'une Journée du Patrimoine, il avait dit à sa mère que "Les ombres étaient vivantes", ici. Elle l'avait vertement réprimandé et giflé, devant des tas de gens. Il n'avait plus jamais parlé de ce qu'il voyait, que les autres ne voyaient pas.

A l'occasion de la rétrospective de la catastrophe de Marcinelle, Anouar avait enfin fait le rapprochement. En 1956, par mille-trente-cinq mètres de fond, un incendie se déclare. Plus de deux cent soixante mineurs avaient perdu la vie, dans une mine de charbon presque épuisée. Près de trois cents morts inutiles. La première fois, il était tout gosse, et ne pouvait comprendre la gravité des événements que le guide narrait aux badauds…

Tutti cadaveri.

Cette phrase flottait encore dans l'air. Que des cadavres. C'était ce que ce mineur italien avait dit, après avoir tenté de secourir ses confrères restés coincés au fond. Pourquoi diable était-il revenu ici ? Anouar frissonna. Il voulait juste se persuader qu'il avait rêvé, ce jour-là. Il s'était senti confiant, en se réveillant, ce matin-là. Il pensait qu'il pourrait affronter ses angoisses. Et il était en train d'échouer misérablement, à en juger par le spasme qui agitait sa paupière gauche.

Du coin de l'œil, il perçut un mouvement dans les ombres des casemates. Ça commençait toujours ainsi. Des mouvements perçus au bord du champ de vision.

No voglio morire !

Un murmure provenant du puits. L'air était devenu plus frais. Anouar tourna lentement la tête vers la tour sombre de l'ascenseur. Il plaqua une main sur sa bouche quand il vit les ombres s'étirer au pied de la structure métallique, adoptant la forme de silhouettes humaines, comme tordues de souffrance.

La plupart étaient morts asphyxiés. Une mort horrible.

La pluie se mit à tomber, toujours fidèle au ciel belge. Anouar secoua la tête.

"Putain, mais qu-qu-qu'est-ce qui m'arrive ?"

Un miaulement à ses pieds, un frottement soyeux contre ses chevilles. C'était le chat noir de la veille. L'animal le regarda patiemment, alors qu'il luttait contre le sanglot qui lui tordait la gorge.

"********, j'vais p-p-pas chialer…"



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:29
Simon ouvrit les yeux. Elle était là, assise à ses pieds, là où il l'avait vue avant de s'endormir.

"Hello."
"Bonjour. Ou bonsoir, je ne sais plus."
"Oui, on perd vite la notion de l'heure dans une chambre d'hôpital."

Une grande blonde aux yeux clairs, à peine vingt ans. Pour tout vêtement, elle portait l'espèce de tablier vert que l'on passait à tous les opérés. Sa peau pâle, ses lèvres bleues…

"Je ne comprends pas pourquoi ils vous ont installé ici. Je suis pas encore sortie…"
"Pourquoi êtes-vous ici ?"
"Une péritonite… On m'a opérée en catastrophe. J'ai bien cru que j'allais y rester."
"Et vous vous sentez mieux ?"
"Bah oui, je n'ai plus mal."
"Je m'appelle Simon Stregoi, et vous ?"
"Moi c'est Sophie De Roos. C'est quoi votre problème ?"
"Le cœur fragile…"
"Oh…"
"Ne devriez-vous pas être sortie ?"
"Je ne sais pas. Ça fait un moment que je n'ai plus vu les docteurs. J'attends que Théo vienne me chercher. Théo, c'est mon petit ami. Il avait promis d'être là à mon réveil…"

Elle avait l'air si triste. Simon se dit que c'était terriblement injuste. D'innombrable fois dans sa courte carrière, il s'était dit cela.

"Cela fait longtemps que vous êtes réveillée ?"
"J'en sais plus trop rien. Je dors souvent, ces derniers temps. Un truc bizarre, c'est qu'ils ont mis plein de gens dans ma chambre pendant que j'étais encore là."
"Ça n'est pas très poli."
"Vous pouvez le dire ! Enfin. Au moins, vous, vous êtes sympa. Les autres… Ils m'ont tous ignorée…"
"C'est dommage, une jolie fille comme vous…"

Elle rit. Simon sentit son cœur se serrer. Pourquoi des gens comme elle devaient-ils perdre le droit de rire ?

"Vous êtes un charmeur, vous ! Mais j'aime Théo, hein ? Pas question de me draguer."
"Rassurez-vous, je ne suis guère en état de vous courtiser…"

Ni vous en état d'être courtisée, ajouta-t-il mentalement.

"C'est vrai que vous avez l'air fatigué. Je vous ennuie, Monsieur ?"
"Pas du tout."

La porte de la chambre s'ouvrit, et un médecin fit son entrée, suivi de la gentille infirmière de tout à l'heure.

"Notre patient-mystère ! Bonjour Monsieur Stregoi. Je suis le Professeur H., chef du service de cardiologie ici au CHU."
"Bonjour, Professeur."
"Comment vous sentez-vous ?"
"Beaucoup mieux, même si je suis encore fatigué."
"Mmh… Vous avez de la chance, d'une certaine manière. Dans trois mois, nous devrons sans doute déménager le service dans un autre centre médical. Enfin, là n'est pas la question. Vous n'avez plus mal dans la poitrine ?"
"Pas depuis que je me suis réveillé."
"Voilà qui est encourageant. Faites-vous un métier stressant ?"
"Je suis informaticien à l'ONP."
"Aïe…"
"Pas plus stressant que n'importe quel autre métier, de nos jours."
"C'est hélas fort vrai."
"Quand pourrai-je sortir d'ici ?"
"Je vais vous garder en observation pendant trois jours encore. Grâce à votre First Help Info Card, nous avons pu assurer des soins adaptés. Heureuse initiative de votre part."
"Oui. J'en ai fait l'acquisition lors de ma première attaque. Professeur ?"
"Oui ?"
"Pouvez-vous me parler d'une certaine Sophie De Roos qui aurait fait un séjour ici, dans cette même chambre ?"
"Le nom ne me dit rien, comme ça…"
"Une mauvaise péritonite…"
"Ah, je peux demander à mon collègue gastro-entérologue. Une amie à vous ?"
"On peut voir ça comme ça…"



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Nyxl

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Afifa leva les bras au ciel et poussa un grand cri en voyant l'état de son fils.

"Anouar ! Mon fils, tu es trempé ! Qu'as-tu donc fait ? Où donc es-tu resté ?"
"J'étais à la mine, Maman…"
"Qu'est-ce que tu faisais là-bas, par un temps pareil ?"
"Je voulais savoir… Je voulais savoir…"

La brave femme remarqua alors le regard de son enfant. Les pupilles dilatées, les yeux bougeant de gauche à droite, puis de droite à gauche, Anouar semblait complètement atterré.

"Mais qu'est-ce que tu as ?"
"Ils sont encore au fond… Les mineurs… Ils essayent de sortir du puits depuis cinquante ans… Ils sont toujours coincés au fond, et personne ne peut les aider !"
"Au nom d'Allah ! Tu dis des insanités ! Ces gens sont morts ! Les cadavres ont été remontés, comment peuvent-ils être toujours là en bas ? Les morts ne reviennent pas !"
"Mais qu'est-ce que t'en sais ? Tu vas faire quoi ? Dire à Papa que je suis fou ?"
"Mais tu es possédé !"
"Je suis possédé, et les morts ne reviennent pas ? C'est un peu facile, ça…"

Anouar secoua la tête, dégoûté. Puis il écarta doucement sa mère, qui gênait le passage jusque sa chambre. Il se retourna avant d'entrer.

"J'suis pas possédé, Maman. J'suis pas un mauvais gars. J'suis p't-être pas un bon musulman, mais j'suis pas le pire. J'suis pas méchant, je suis poli avec mes aînés, alors pourquoi ces trucs-là m'arrivent à moi ?"
"Mais quels trucs ?"
"Tout ! Je vois des choses que les autres voient pas ! Je vois des ombres bouger, je vois des silhouettes, des gens qui ne sont pas vraiment là… Je vois des… Et puis ********, de toute manière, tu m'crois pas."

Afifa secoua négativement la tête.

"Non, mon fils… Je te crois… Tu as le don de ton grand-père. Il pouvait parler aux morts…"
"Quoi ? Et il y a un instant, tu disais que j'étais possédé ?"
"Contrôle ta colère, Anouar, Allah te regarde. Et il me regarde aussi. J'ai toujours eu peur… Peur que tu hérites de cette malédiction aussi…"
"Mais pourquoi ?"
"Parce que mon père est mort fou. Je ne veux pas que ça t'arrive… Ne dis rien à ton père ! Il ne le prendrait pas bien…"
"Ouais, ça c'est sûr. Et comment je fais pour chasser les visions ?"
"Je ne sais pas. Ton grand-père n'a jamais pu contrôler son don. C'est une malédiction, te dis-je…"
"Donc j'suis foutu, c'est ça ?"
"Tu dois être fort, mon fils, croire en Allah, il te guidera !"

Anouar se tut, préférant ne pas heurter la sensibilité de sa mère. D'autant que pour une fois qu'elle lui parlait honnêtement, il n'allait pas l'interrompre. N'empêche que cette histoire était complètement dingue. Elle lui expliqua ce que son défunt père lui avait raconté, que le don était héréditaire, même s'il sautait parfois une ou deux générations. Elle avait toujours eu peur qu'il ne l'ait, ce don, parce qu'à leur époque, seuls les fous ou les charlatans clamaient avoir une telle capacité. Parler avec les morts…

"C'est pour ça que tu m'as frappé, la première fois qu'on est allés au Bois du Cazier ?"
"Oui… Oui, je me souviens, maintenant. Pardonne-moi, mon fils…"
"Et maintenant, pourquoi tu me dis tout ça ?"
"Parce qu'il est trop tard. Si la malédiction t'a frappé, autant que tu saches de quoi il s'agit…"
"Ben j'en sais pas beaucoup plus, Maman. Je sais pas parler aux morts. Je les vois, et je les entends, apparemment…"
"Ils finiront par le remarquer, et alors tu pourras leur parler…"
"Mais ********, pourquoi moi ? C'est pas juste ! Tu sais combien de fois j'ai fait des cauchemars ? Combien de fois les autres se sont foutus de moi parce que j'étais pas normal ? Et là, tu vois, j'suis super énervé, et j'bégaie même plus ! Tu comprends ça, toi ?"
"C'est parce que tu as compris, maintenant… Allez, mon fils, va te sécher et te changer. Je vais te préparer un chocolat chaud pour te remettre d'aplomb…"

Bien maigre remède, mais Afifa pouvait au moins faire ça…



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:31
"Comment avez-vous su, pour la fille ?"
"Pardon, Mademoiselle ?"
"Sophie De Roos. J'ai été me renseigner de mon côté, le Professeur H. est fort occupé en ce moment."

Simon observa un bref instant la gentille infirmière. Il répondit évasivement qu'un ami lui en avait parlé.

"Eh bien, cet ami a une bonne mémoire… C'est une histoire vieille de quinze ans. L'opération s'était bien passée, mais elle ne s'est pas réveillée. On n'a jamais su ce qui s'est passé réellement, l'anesthésiste avait fait son travail correctement. Elle est morte en salle de réveil. Son petit ami est arrivé quelques heures après. Il paraît qu'il avait eu une crevaison sur le chemin de l'hôpital, à l'entrée de Charleroi. Il avait perdu du temps à changer sa roue…"
"C'est tellement absurde…"
"Monsieur Stregoi, mais pourquoi vous pleurez ?"
"Je suis désolé… Je suis vraiment désolé…"
"Mais calmez-vous ! C'est de l'histoire ancienne !"

Mais Simon Stregoi ne la voyait plus, il avait la tête tournée vers le côté de son lit. Joëlle réprima une pointe de panique quand l'électrocardiogramme de son patient s'emballa. Elle s'empara de la sonnette d'alarme et l'actionna à trois reprises, puis tenta de calmer le malade. L'homme perdit bien vite connaissance, et son rythme cardiaque se stabilisa. Un docteur arriva à ce moment, et examina rapidement Simon. Il gronda l'infirmière quand elle lui expliqua les circonstances, lui enjoignant de ne plus provoquer l'agitation des patients cardiaques…

Quelques minutes plus tard, Simon ouvrait les yeux. Sophie était toujours là, pleurant à chaudes larmes, serrant sa main.

"Je savais pas… Je savais pas…"
"C'est souvent le cas, Sophie… Les âmes errantes ignorent qu'elles sont mortes, et s'attardent."
"Qu'est-ce que je vais devenir ? Où dois-je aller ?"
"Je n'en sais rien, mon amie…"
"Pourquoi vous m'appelez votre amie ? Vous ne me connaissez pas !"
"Je suis l'ami de toutes les âmes en peine. Je vous vois, je vous entends, je vous parle."
"Je savais pas ! Je voulais tellement me réveiller en entendant Théo m'appeler !"
"Je suis désolé…"
"Pourquoi ?"
"Je l'ignore…"
"Vous pouvez m'aider ?"
"Guère plus que vous faire prendre conscience de votre état, j'en ai bien peur. Ceci dit, je peux sans doute vous tenir compagnie un bout de temps – si vous n'y voyez pas d'inconvénient…"
"Oh vous… Mais…"
"Qu'y a-t-il ?"
"Vous avez l'air… Plus jeune… Vos cheveux !"
"Qu'ont-ils, mes cheveux ?"
"Ils sont noirs !"

Simon sourit à la jeune femme. Puis il s'assit, et désigna les instruments de mesure. L'électrocardiogramme et l'encéphalogramme étaient plats.

"Vous me voyez tel que j'aurais dû être à mon âge, si je n'avais eu un cœur si faible…"
"Vous… Vous êtes mort !"
"Eh oui. Je savais bien que ça ne tarderait pas."
"C'est ma faute ? C'est parce que je vous ai… C'est ma faute…"
"Non, Sophie. Vous ne saviez pas. Laissez-moi un instant…"

Il se leva, et se retourna pour contempler son propre corps, sur le lit. Il pouffa en remarquant les hématomes sur son poignet, là où Sophie l'avait serré.

"Eh bien, voilà une énigme médicale supplémentaire."
"Qu'est-ce que vous allez faire ?"
"Oh, il me reste une chose à régler. Ça vous dirait de me tenir compagnie un moment ?"
"Je… Je ne sais pas… Je suppose que j'ai rien de mieux à faire…"
"Formidable ! Je n'ai jamais eu le temps d'avoir une petite amie…"

Elle le regarda longuement, stupéfaite. Il était tout habillé, avec son étrange veste longue, en feutre brun. Il lui sourit et lui tendit la main. L'instant d'après, elle était dans ses bras, sans bien comprendre pourquoi elle avait envie de rire si tôt après avoir pleuré.

"Monsieur, mais qu'est-ce…"
"Simon."
"Quoi ?"
"Appelle-moi Simon. Ce n'est plus la peine d'être si formels l'un envers l'autre. Si tu te choisissais une tenue plus appropriée pour aller te promener ?"
"Comment je fais ? Comment t'as fait ?"
"Mmh… J'ai pensé à ma tenue habituelle. Apparemment, ça marche…"
"Oh…"
"Oui, ça marche…"

Le tablier vert avait disparu, au profit d'un chemisier bleu clair et d'une minijupe blanche.

"Mince… Simon, c'est…"
"Nous parlerons dehors, Sophie. Je n'aime pas les hôpitaux, trop d'âmes errantes. Je n'ai jamais pu supporter ces endroits que je ne pouvais purger tout seul…"
"Purger ?"
"Oui. Je suis – j'étais – un exorciste naturel. Un chasseur de fantômes, si tu préfères."
"Wow !"

Simon éclata de rire. Fantôme, il avait retrouvé un éclat et une santé qu'il n'avait jamais eue. Avec beaucoup d'aplomb, il passa un bras autour de la taille de son improbable petite amie et l'entraîna à travers le mur, alors que Joëlle revenait en catastrophe, suivie d'un médecin qui se mit en devoir de faire un massage cardiaque au corps inerte étendu sur le lit…



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:32
Anouar regardait la chatte noire roulée en boule sur son lit. Il n'avait plus aucun doute, maintenant : l'animal n'était pas vivant. Il l'avait touchée, caressée, remarquant ainsi que c'était une femelle. Il ne comprenait pas pourquoi la bestiole s'était attachée à lui. Elle avait joué, ronronné, miaulé comme tout autre chat l'aurait fait. Elle était bien réelle, bien tangible sous ses doigts. Il sentait la fourrure, les vibrations dans son ventre quand elle arquait le dos pour se prêter à ses papouilles. Et lui seul pouvait la voir. Il n'avait pas mentionné son existence à sa mère, les chats noirs ayant sinistre réputation…

Là, elle semblait dormir, sa poitrine se gonflant et se dégonflant selon le rythme d'une respiration qui ne brassait plus l'air. Et Anouar n'avait plus peur de la créature. A quoi bon ? La présence de la chatte fantôme, sur son lit, avait quelque chose de réconfortant. Quand elle était là, il ne sentait plus la présence des autres…

"C'est toi qui as fait partir les cauchemars, hein ?"

Pas de réaction.

"Je me demande d'où tu viens, et si tu as un nom…"

La chatte s'éveilla à ce moment. Oreilles pointées vers l'avant, elle tourna la tête et flaira l'air comme si elle avait repéré une odeur agréable. Elle poussa deux miaulements enjoués avant de se dresser, s'étirer langoureusement. Elle vint se frotter contre les genoux d'Anouar et miaula plusieurs fois.

"Qu'est-ce que tu veux me dire ?"

L'animal sauta hors du lit et gratta la bandoulière de la besace, qui dépassait derrière. Anouar tira le sac, comprenant de quoi il retournait.

"Tu veux m'emmener voir ton maître ?"

Miaulement approbateur.

"Et on va où ? Au parc ?"

Nouveau miaulement approbateur. La créature semblait très satisfaite de la vivacité d'esprit du garçon. Anouar se rendait compte, lui aussi, qu'il était plus alerte qu'avant. Comme si, ayant réalisé ce qu'il percevait vraiment, il avait perdu ses doutes, ses blocages. Maintenant, il savait avec certitude qu'il était différent des autres…

Une heure plus tard, il retrouvait le banc du parc où il avait vu l'homme. Celui-ci était là, d'ailleurs, assis nonchalamment avec une jolie blonde qui se serrait contre lui, la tête nichée au creux de son épaule.

"Ah ! La relève ! Bonjour, mon garçon, je vois que tu as apporté mon laptop."
"Euh… Ouais, M'sieur. Votre chatte, là, m'a fait comprendre que j'devais le prendre…"
"Cette chère Bastet… Toujours aussi prévoyante. Je suis content qu'elle t'ait trouvé, finalement. J'aurais été incapable de te dénicher moi-même, surtout dans mon état…"
"Euh… Vous aviez pas les cheveux blancs ?"
"Quand j'étais vivant…"

Anouar digéra la réponse. Sa bouche s'arrondit et un "oh" discret s'en échappa. Il regarda autour de lui, vérifiant si personne ne l'avait vu parler à un banc vide. L'homme éclata de rire s'attirant un soupir indigné de la jeune femme.

"Je m'appelle Simon. Voici Sophie, une amie que je me suis faite à l'hôpital. Quel est ton nom ?"
"Anouar."
"Anouar, écoute-moi bien, parce que je n'ai sûrement plus beaucoup de temps devant moi. Tu as la capacité de voir et de communiquer avec les morts. Tu t'en es rendu compte, sinon tu ne serais pas là. J'étais une espèce de chasseur de fantômes, mais ma constitution fragile m'a empêché de prolonger ma carrière. Toi, tu es mon successeur."
"Mais comment ? J'ai jamais chassé les fantômes, moi ! Et comment on fait pour chasser un truc qui n'est pas matériel ?"
"C'est tout bête, la plupart du temps : on trouve pourquoi ils s'attardent et on s'arrange pour résoudre le hiatus. Sinon, on les expulse de force, pour les moins commodes. Tu trouveras des infos sur mon laptop. Le mot de passe est bastet9sekhmeth, les voyelles en majuscule…"

Il épela le mot de passe calmement, pour qu'Anouar puisse le mémoriser. Puis il lui expliqua que le laptop contenait d'une part des informations générales sur l'activité d'exorciste, et d'autre part une liste de contacts, dont un notaire qui savait que Simon devait mourir bientôt et qui avait pris une série de dispositions à ce sujet.

"Ne t'affole pas, Anouar. Tu auras tout le temps de te familiariser avec tout ça. Maître Glineux te donnera accès à certaines ressources spéciales…"
"Mais comment je vais apprendre à…"
"À exorciser un fantôme ? Oh, tu pourras lire mes petits rapports, sur le disque dur du laptop. Et ceux de mes prédécesseurs. Tu devras apprendre le latin et le grec, et quelques autres langues mortes si tu veux lire les plus anciens en VO. Tu aimes le cinéma fantastique ?"
"Euh, ouais ?"
"Bien ! Au moins, tu seras un peu préparé à ce qui t'attend…"
"Et vous, vous allez m'aider ?"
"Je ne peux rien te promettre, mon garçon. Je ne sais pas ce que je vais devenir… Mais si je persiste… Je tâcherai de te guider, quand je le pourrai. Une dernière chose. Es-tu un bon musulman ?"
"Je… Je crois, pourquoi ?"
"As-tu la foi ?"
"Je ne sais pas."
"Bien. Garde cette candeur, Anouar, elle te tirera d'embarras plus souvent que tu ne l'imagines. Allah, Dieu, Jéhovah, Yawhé, ce ne sont que des noms dans des langues différentes pour un même concept. Ne juge jamais les gens, ou bien sois prêt à être jugé par eux. Et surtout, ne condamne jamais une âme errante. Jamais."

Anouar acquiesça, vaguement conscient qu'il était en train de recevoir une leçon des plus surréalistes.

"Il y a un truc…"
"Oui ?"
"Y'a toujours des paquets de fantômes là où il y a eu des catastrophes, comme chez moi à Marcinelle ?"
"C'est fréquent. Les champs de batailles, les emplacements de tremblements de terre, etc., sont souvent hantés. Les hôpitaux le sont toujours…"

Simon adressa un clin d'œil à la fille blonde, qui lui sourit en réponse.

"Bon, je pense que j'ai dit le principal. Bastet t'accompagnera. Cette gentille demoiselle t'aidera, comme elle m'a aidé. Comme elle a aidé tous ceux qui m'ont précédé…"
"C'est quoi, cette chatte ?"
"Je ne l'ai jamais su avec certitude… Elle était là depuis le début. Elle est mentionnée dans tous les rapports, même les premiers, sur les vieux papyrus. J'imagine que le Premier l'a ainsi baptisée en référence à la Déesse-Chat de l'Ancienne Égypte…"
"Mince… Si ma mère entendait ça…"
"Heh… Un truc, Anouar… Lis. Cultive-toi. Apprends l'histoire. En augmentant tes connaissances, tu feras reculer la peur…"
"D'accord…"
"Ça ira ?"
"Ben, faudra bien…"
"Entendu, nous allons te laisser. Bon courage, Anouar."
"Et si j'ai pas envie de faire ça ?"

L'homme le regarda, une lueur amusée dans les yeux.

"Serais-tu ici à discuter avec nous si tu n'étais pas intéressé ? Au moins, en prenant ma relève, tu te donnes les moyens de gérer ton don. Allez, cette fois, nous sommes partis."

Simon Stregoi se leva, imité par Sophie De Roos. Les deux fantômes lui serrèrent la main, fermement, mais brièvement, pour ne pas l'incommoder de leur contact glacé. Puis ils s'en allèrent, bras-dessus, bras-dessous, le long d'une allée du parc, se confondant petit à petit avec le décor…

Anouar s'effondra sur le banc, complètement anéanti. Il venait de bavarder une demi-heure avec deux fantômes. Il ouvrit la bouche pour jurer en arabe, mais se retint. Non, ça le faisait pas d'être vulgaire, maintenant qu'il avait une responsabilité comme ça. Bastet se hissa sur ses genoux et miaula gentiment, réclamant une caresse. Le jeune homme resta longtemps assis là, caressant un chat que lui seul pouvait voir, quand il était certain que personne ne l'observait…



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 18:33
Un an plus tard. Anouar et Rachida se promenaient dans le Bois du Cazier. La jeune femme se serrait contre lui avec ostentation. Le jeune homme souriait, et son sourire avait une touche subtile d'ironie. Dire qu'elle se moquait de lui, il n'y avait pas si longtemps.

"Alors ça y est, t'es sûr ?"
"Oui, Rachida."
"Eh ben, j'aurais jamais cru que tu ferais le journalisme. Tes parents, ils disent quoi ?"
"Mon père est content que j'aie obtenu cette bourse pour étudier à Bruxelles. J'ai déjà pris des renseignements, je devrais pouvoir me trouver un job d'étudiant à la RTBF pour subvenir à mes besoins supplémentaires."

Il ne mentionna pas l'appui discret de Maître Glineux, pour l'obtention d'un tel job. Il n'en avait pas vraiment besoin, étant donné qu'il avait hérité de la plupart des biens de Simon Stregoi. Mais il avait jugé sage de jouer le jeu de l'étudiant jusqu'au bout. Le notaire avait approuvé, et conseillé de manière avisée quand il avait été question de choisir des études.

"Et ta mère ?"
"Ma mère ? Elle est fière comme pas possible ! Elle n'en croyait pas ses oreilles quand notre prof-titulaire l'a félicitée pour l'amélioration de mon travail en classe…"
"C'est vrai que tu as changé…"
"Tant que ça ?"
"Ben oui, tu bégaies plus, t'es devenu drôlement malin en si peu de temps, tu t'habilles cool, t'es relax et… Enfin."
"Bah, t'aime pas ça ?"
"Si. J't'adore comme ça. Et puis… Si t'avais pas été là, je me serais bien plantée en math et en français…"

Anouar sourit. Ça lui semblait trivial, maintenant, ces histoires de cours d'humanités. Il se pinça mentalement, se souvenant qu'il ne devait pas être méprisant. Et puis, Rachida l'aimait, par gratitude peut-être, mais c'était pas mal, déjà, non ?

"On va plus te voir souvent, alors ?"
"Ben, je reviendrai pendant les congés normaux. Et toi, toujours décidée à faire infirmière ?"
"Oui. Ça fait bondir mon père, mais j'm'en fous, il peut pas m'empêcher. Je veux aider les gens, moi, pas rester enfermée à la maison. J'ai pas envie de finir ma vie avec un voile. Tu voudrais pas ça, hein ?"
"Jamais. Tes cheveux sont trop beaux, faut pas les cacher."
"Quand tu… Enfin, si tu veux…"
"Quoi donc ?"
"Non, rien. Tu m'aimes ?"
"Rachida, je suis amoureux de toi depuis la première fois que je t'ai vue."

La jeune femme se mordit les lèvres, rougissant de plaisir. Comme il avait changé ! Il était si sûr de lui, plus rien à voir avec l'Anouar un peu bête et bafouillant qu'il était au début. Il s'écarta d'elle doucement.

"Attends un instant, je reviens."
"Où tu vas ?"
"Près du puits, j'ai un truc à vérifier."
"Ah ?"

Anouar marcha un moment, jusqu'à arriver en vue du puits du Cazier. La tour noire n'avait pas changé. À moins de faire abattre les ruines, chose improbable, elle ne changerait plus. Le jeune homme resta un long moment à observer le lieu, mains dans les poches de son jeans. Un ronronnement à ses pieds lui apprit que Bastet venait de le rejoindre, discrète alliée de tous les jours depuis qu'il avait accepté sa mission.

Il avait déjà réussi à soulager quelques âmes errantes. Des vieilles personnes qui rôdaient encore près d'une maison de retraite, inconscients de leur état après une mort banale, dans leur lit. Un motard qui s'était encastré dans un mur il y a quelques années, lors d'une virée nocturne. Ce genre de fantômes était assez répandu dans la région de Charleroi. Chaque fois qu'il en libérait un, le jeune homme éprouvait une immense satisfaction, celle d'avoir accompli quelque chose de bien, quelque chose que peu de gens sur Terre pouvaient faire…

Mais Anouar ne pensait déjà plus à ces petites affaires, qu'il avait soigneusement consignées sur l'ordinateur portable que lui avait légué Simon Stregoi. Non, le jeune homme avait un objectif plus ambitieux. Il leva la main, saluant la tour des ascenseurs, non loin de là.

"Je reviendrai, les gars, et je vous tirerai de là. Je vous promets que j'essaierai de toutes mes forces…"

Il se détourna du puits, et rejoignit Rachida. La jeune femme n'était pas spécialement inquiète, mais elle se serra quand même contre lui.

"Il fait drôlement froid, ici…"
"Oui, il y a toujours un courant d'air glacé dans le coin. Allez, on rentre. Maman sera contente de nous faire du chocolat chaud."
"Chouette !"

Un dernier coup d'œil en arrière, comme pour confirmer sa promesse. Anouar entr'aperçut deux silhouettes, dans la pénombre du bois. Un homme aux longs cheveux noirs, et une blonde très mignonne. Les deux fantômes lui adressèrent un signe amical de la main. Le jeune homme sourit, et regarda à nouveau devant lui…

Fin.


A vous les studios...



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Saerince

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 20:03
Pfiou.

Moi bluffee. J'ai meme pas de commentaire mieux que ca a faire. Felicitations :7


--------------------
Les livres et les hommes, c'est comme des boîtes de chocolat : on ne sait jamais sur quoi on va tomber.

"Give people a second chance, not a third."
"You gave your heart to this boy ? He's gonna waste it, break it, lose it. They all do." (Neil Gaiman, Stardust)


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Nyxl

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 21:03
Moi, j'en ai, des commentaires ! :D

D'abord, je me suis permis de corriger une petite faute d'accord que j'avais laissée dans le texte envoyé à Oph. Je confesse, oui, ceci n'est donc plus le texte "intégral"... :p

Citation :
"Tu as raison, mon amie. Je deviens pompeux. Il est temps que je trouve mon successeur. Tu es certaine qu'il est dans cette ville ?"

A l'origine, Bastet n'avait pas de nom, et c'était "un" chat. Il m'a fallu relire plusieurs fois avec l'aide de Sabine (que les secrétaires soient cent fois bénies, chaque jour, partout dans le monde) pour retrouver la plupart des "accrocs" que le changement de sexe a provoqués, si vous me passez l'expression.

Ensuite, mes inspirations sont assez évidentes, et je vous laisserai le plaisir de les débusquer :) !

Quoi qu'il advienne, je suis ravi que cette histoire a plu au jury (ben tiens), et qu'elle plaise à d'autres lecteurs...



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Teocalin

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 22:38
J'aime. Y'a pas d'autre mots. A mi-texte, je me disais que ça ferait un bon pilote pour une serie. mais en fait non. C'est parfait comme ça. Une excellente nouvelle.

Teocali


--------------------
Marx disait "la religion est l'opium du peuple".
Bin, j'ai rien contre les drogués mais je peux pas blairer les dealers.
Dieu

Teocali c'est un genre de Docteur Queen. Mais en plus gros.
Thorgrim

Je connais le secret honteux de Daïna !


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JWRK

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 16/10/06 23:17
J'aime aussi. Les personnages sont bien dessinés, l'inspiration... J'ai une petite idée, mais elle est imprononçable et moins encore orthographiable (et le copier-coller, c'est si vulgaire, n'est-ce pas ?)

Les personnages sont bien dessinés et originaux, tout au plus pourra-t-on observer que la scène avec le témoin de Jéhovah constitue une micro-intrigue sans trop de rapport avec la nouvelle, ce qui écorne un peu sa compacité. Mais elle est si charmante, c'est vrai...

Une autre ! Une autre !



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Théodoric

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 17/10/06 18:18
Style limpide, histoire pleine d'humanité, captivante, mystérieuse, intrigue fort bien menée... C'est beau, et presque apaisant...

L'espèce de rédemption-guérison du marginal qui comprend ses particularités est sans doute l'un des aspects les plus intéressants de cette nouvelle.

Félicitations.

Cordialement,
Théodoric


--------------------
Jeune depuis plus longtemps que vous !
:dem3
L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !


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Vik Leroy

Call me Vik-odine...



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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 17/10/06 19:30
Thème relativement classique mais bien traité, ça se lit formidablement bien.
Marrant, le début me rappelle quelque chose mais j'arrive pas à mettre la main dessus. Je suis persuadé d'avoir déjà vu cette scène quelque part.
A un moment j'ai cru que tu t'étais inspiré aussi d'une aventure de Diablo dans X-Men Extra.
J'aime bien.


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"How much wood would a woodchuck chuck if a woodchuck could chuck wood ?

- A woodchuck would chuck all the wood that the woodchuck would chuck if a woodchuck could chuck wood."
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Nyxl

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 18/10/06 10:34
Alors, si vous me le permettez, je vais expliquer un peu la "genèse" du texte. Mes inspirations initiales relèvent du cinéma, avec Sixième Sens de Night Shyamalan, de la bande dessinée avec Le Prince de la Nuit d'Yves Swolfs, du roman avec les Chroniques des Vampires d'Anne Rice et L'Exorciste de William P. Blatty.

J'avais depuis longtemps envie d'écrire une espèce de saga, présentant une lignée d'exorcistes d'un genre particulier, qui font disparaître les fantômes façon psychanalystes ("Parlez-moi, non pas de votre maman, mais de votre vivant..."). Le contexte initial était un monde fantastique encore nébuleux dans mes méninges, avec un ordre de paladins de type "chasseurs de fantômes" (influence Ad&D²-esque, certes). L'histoire aurait été axée sur un transfuge dudit ordre, peu satisfait des méthodes peu subtiles de ses coreligionnaires, aux résultats non-garantis (esprits récurrents malgré les exorcismes spectaculaires et répétés).

Evidemment, chargé de clichés comme cela était, le projet est tombé dans les oubliettes de mon imagination, déjà sollicitée par d'autres projets...

Puis, le PLC 2006 arrive, avec son thème des "chasseurs". Il arrive peu après la rétrospective sur la catastrophe du Bois du Cazier, non loin de mon bled, à l'occasion des Journées du Patrimoine en Belgique. Il arrive peu après une longue période de stress liée à la fin d'études universitaires à horaire décalé et la soutenance d'un mémoire qui m'aura coûté beaucoup (pas seulement financièrement). Bref, ça se goupille à point nommé, et la vieille idée refait surface lors d'un trajet en train, quelque part entre Charleroi et Bruxelles, alors que je somnole un peu. L'idée fermente toute la semaine, et le week-end venu (le week-end suivant l'annonce de l'ouverture du PLC), je me mets à tapoter sur mon clavier, cherchant mes premières phrases, mes premiers visages...

Le passage du témoin de Jéhovah est quelque chose qui m'est réellement arrivé, à quelques nuances près. Celui que j'ai croisé était bel et bien vivant ! Nous avons réellement bavardé à propos de la Bible, mais pas pendant aussi longtemps. C'était le jour où j'ai été réserver mon ordinateur portable, il y a trois mois de cela. L'homme était très courtois, chose qu'on ne peut pas dire de tous les "bouffeurs de curés" et autres gens prétendument "libres penseurs". Quand j'ai commencé ma nouvelle, il m'a soudain semblé tout à fait opportun d'insérer cette conversation (en brodant un peu) en guise d'introduction, pour présenter le personnage de Simon Stregoi. C'est la suggestion d'un collègue, au boulot, qui a fait de Jean Tilleux un "énième esprit errant à apaiser". L'idée était tellement bonne, pour améliorer l'histoire et justifier davantage cette intro, que je ne pouvais pas ne pas en tenir compte !

Le nom du personnage principal m'est venu assez naturellement, Simon comme Simon le Mage, et Stregoi, comme "sorcier" (racine roumaine, me semble-t-il; Bram Stoker l'utilise dans la bouche de paysans des Carpathes pour qualifier le Comte Dracula). Son aspect physique et sa dégaine devrait sembler familière à mes lecteurs habituels, bien entendu, sans en dire davantage. Bastet était juste un chat noir, initialement, puis l'allusion à la lignée des exorcistes qui remonterait très tôt dans l'histoire (lire "depuis l'invention/la découverte de l'écriture") m'a un peu titillé la fibre égyptophile, et je me suis dit que ça pouvait être amusant d'en faire une chatte nommée Bastet, qui aurait été aux côtés des exorcistes de temps immémoriaux, espèce de fil conducteur intangible et pourtant bien présent.

La "relève", Anouar, m'est venu d'un profond désir de mettre en valeur des "minorités" mésestimées, pour ne pas dire mal aimées. En 1956, à Marcinelle, ce sont des Italiens qui faisaient le sale boulot dans une mine presque épuisée, des Italiens immigrés spécifiquement pour assumer ce boulot dont les "vrais" Belges ne voulaient plus. Voyez l'ironie ? Nombre de Polonais, d'Italiens, de Marocains, sont venus en Belgique et dans le nord de la France pour faire de la sale besogne, récoltant à l'époque la même réaction de rejet et de mépris que subissent actuellement les Arabes, dans des circonstances tout à fait similaire (immigration pour assumer une besogne "sale" ou "dégradante" mais nécessaire : voirie, collecte et traitement des déchets, etc.). Aujourd'hui, ces Italiens, ces Polonais, ces Marocains, font partie de la population belge, intégrés depuis trois ou quatre générations. Le niveau de vie s'est amélioré, ceux qui étaient une minorité alors se sont distillés, métissés. Maintenant, ce sont les Turcs, les Arabes qui nous "envahissent". Demain, Bengladi, Thailandais, autres Asiates ? Quel accueil réserverons-nous à cette immigration nécessaire ?

Je n'ai pas développé cette tirade dans le récit, je n'ai pas la vocation d'essayiste historien/histrion. Mais ceci est un aperçu de la réflexion sous-jacente à cet aspect du récit. Et je NE veux PAS lancer un débat idéologique. Je me contente d'affirmer qu'à titre personnel, je ne cède pas à certaines facilités démagogiques que je ne développerai pas davantage.

D'autres allusions, çà et là dans l'histoire, sont basées sur des faits d'actualité. Le chamboulement peu justifié de l'organisation de la cardiologie en Belgique en est un. Les travaux dans la gare de Charleroi (qui s'éternisent, s'éternisent) en sont un autre.

Les personnages de cette histoire sont tous de ma création. En dehors de Jean Tilleux, toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé serait une coïncidence.

Voilà, j'ai succombé à la maladie des auteurs vaniteux, j'ai blablaté sur un de mes textes... :(


Dernière mise à jour par : Nyxl le 18/10/06 19:37

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Théodoric

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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 18/10/06 10:48
Oui, il me semble bien que l'allure de Stregoi m'évoquait quelque chose... Je me doutais bien que tu n'avais pas choisi le nom pour les initiales que ça donne, au contraire...

Par contre, il me semble que, consciemment ou non, il y a une autre belle référence : La Mort de Pratchett. Lui¹ aussi doit expliquer aux morts qu'ils le sont. Et lui aussi s'interdit de présumer de ce qu'il y a "après". La grande différence c'est qu'il intervient beaucoup plus rapidement que le sorcier...

Je ne sais pas, par contre, si les ressemblances tiennent de la référence ou du fait que les mêmes causes scénaristiques et littéraires produisent les mêmes effets...

En tout cas, ça n'enlève rien au texte. Au contraire...

Cordialement,
Théodoric






¹voir les notes de bas de page dans les annales du Disque-Monde


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Jeune depuis plus longtemps que vous !
:dem3
L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !


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Adorya

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   Réponse au Sujet '[PLC 2006] La Relève.' a été posté le : 18/10/06 19:05
Je ne rajouterais qu'une seule chose aux nombreux éloges qui ont été déjà faites ci-dessus que je ne répèterais pas : avoir un entourage qui vous encourage et vous aide dans votre passion vous motive encore plus à présenter une oeuvre de qualité. Ceux qui ont participé à l'entreprise et ont apporté leur pierre à cet édifice méritent tout autant que notre grand vainqueur un respect et une déférence sans borne.

Chapeau bas!



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