Ma Saucière Bien Aimée

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[PLC-2006] Chasseur d’héritiers a été posté le : 16/10/06 14:42
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Chasseur d’héritiers
PLC - 2006
Au pied du podium : p
Cette histoire commença par un toc. Pas du genre obsessionnel compulsif, mais tout simplement le bruit d’un heurtoir sur une porte. Un seul et unique coup.
Je m’apprêtais à recommencer quand la porte s’ouvrit. Une gamine blonde à l’air renfrogné se tenait dans l’encadrement. Elle me dévisagea.
« Oui ? C’est pourquoi ? »
Je fis mon sourire le plus charmeur en lui tendant ma main.
« Hum bonjour. J’ai appelé hier. Je viens voir mademoiselle Diane Chasseur. Je suis S. J. Laurent, Généalogiste successoral. »
Elle regarda ma main, puis leva les yeux et répondit sans la prendre.
« Ah oui c’est vrai. Entrez »
Je la suivis à l’intérieur du studio. Elle alla vers un canapé, pris les affaires qui étaient posées dessus et les posa par terre. Elle me désigna la place puis partit vers ce qui semblait être la kitchenette vu l’amoncellement de tasses et d’assiettes sur le comptoir.
J’enjambai divers objets et linges plus ou moins définissables et allai m’installer sur le canapé. J’ouvris ma mallette et sortis le dossier.
Elle revint une tasse de breuvage à la main, regarda autour d’elle, posa sur sa tasse par terre, dégagea une chaise, reprit sa tasse et s’assit.
« Oui donc, vous aviez parlé d’un héritage » dit-elle en me regardant d’un air blasé.
Je pris le dossier, m’éclaircis la gorge et commençai mon exposé.
« Oui. Votre grand père est mort sans héritier. Enfin euh sans héritier légitime. En faisant quelques recherches nous avons découvert qu’il avait reconnu votre mère peu avant la mort de celle-ci. Ainsi que deux autres de ses enfants euh naturels. Votre mère étant décédée, c’est à vous que revient sa part d’héritage. Un tiers des biens de feu votre grand père moins la part due à l’état et euh ma commission. »
Elle sirota sa tasse, les yeux dans le vide. J’allais lui demander si elle avait compris quand elle prit la parole.
« Ma mère m’avait toujours raconté que son vieux était bourré de fric mais je l’avais jamais crue. Elle racontait de ces choses, faut dire. Cet héritage, il se monterait à combien environ, sans les frais ? »
Je pris ma liste et commençai à réciter.
« Et bien, l’héritage est actuellement composé d’une propriété en Provence d’une quinzaine d’hectares non encore évaluée, un appartement à Nice, un appartement à Paris, une villa dans le sud-ouest de la France, sans compter les divers placements monétaires. Le tout est à diviser entre vous et vos deux oncles bien entendu, il faudra sûrement vendre les biens immobiliers pour payer les frais de succession mais bon euh on peut dire que vous n’aurez plus trop de souci à vous faire pour payer le loyer. »
Elle posa sa tasse, prit sa tête entre ses mains et jura.
« Et ********. »
Ce qui m’étonna sur le coup et que je ne compris que bien longtemps après.
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Assis sur une chaise, je me remémorais le jour de notre rencontre en te regardant allongée sur ce lit d’hôpital. Je souris à ce souvenir, à la mauvaise impression que j’avais eue de toi, si seulement j’avais su, si seulement tu m’avais parlé ce jour là…
Je me replongeais dans mes souvenirs, me remémorant tout ce qui avait suivi. La conclusion du contrat sur ma commission pour « révélation de succession », les démarches administratives que j’avais dû effectuer. Comme il en avait décidé par contrat, je m’occupais de tout, en te consultant bien sûr, nos échanges étaient essentiellement téléphoniques. En te questionnant sur ce que tu voulais faire de cet argent j’en appris plus sur toi.
Tu avais dû abandonner tes études à 17 ans, après le bac, pour raisons financières et tu le regrettais aujourd’hui, tu voulais donc aller à l’université. Je te suggérais des études dans une université à l’étranger. Tu as dit que tu ne voulais pas pour l’instant quitter la France et que tu voulais aller à la fac à côté de chez toi. Je n’insistai pas.
Tu voulais une maison avec une histoire, tu voulais en savoir plus sur la propriété de tes ancêtres. Je trouvais qu’une aussi grande propriété pour une gamine n’était pas l’idée du siècle mais je ne comprenais que trop bien ta soif de tes origines. J’entrais en négociation avec tes « oncles » pour le rachat de leurs parts de la propriété. Ils me firent savoir que cela ne devrait pas poser de problème. Ils semblaient plus intéressés par de l’argent frais plutôt que par une vieille maison.
Tu voulais la voir. Je me chargeai de récupérer les clefs. Ce fut notre deuxième rencontre.
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C’était une belle journée de printemps. Je me garai devant l’immeuble qu’elle n’avait pas encore quitté. Je me dirigeai vers sa porte quand elle ouvrit, elle avait dû guetter mon arrivée. Elle était vêtue d’une robe blanche et légère qui la faisait paraître jeune et vulnérable. Elle ferma derrière elle, se retourna et me sourit. Elle avait un sourire qui l’illuminait de l’intérieur. Qu’elle me parut belle à cet instant. Prise de je ne sais quelle inspiration je me mit à réciter.
« Quand ton nom je veux faire aux effets rencontrer
De la soeur de Phébus, qui chaste, et chasseresse
Est tant au ciel qu'en terre, et aux enfers Déesse,
Elle fort dissemblable à toi se vient montrer.
Diane les chiens mène, et aux pans fait entrer
Ses cerfs : tu peux mener les grands héros en laisse,
Ains les prendre en tes rets ; son arc le seul corps blesse,
Tes traits peuvent au fond des âmes pénétrer.
De son frère elle emprunte en son ciel la lumière :
Dedans tes yeux flambants et rayonneux son frère
Prendrait ce qui croîtrait sa lumière et ses feux.
Aux enfers elle n'a que sur les morts puissance :
Sur nous, ains sur les Dieux, par rigueur et clémence
Faire en la terre un ciel, ou un enfer tu peux. »
Elle se ferma d’un coup, sa lumière s’éteignit comme on souffle une bougie. Se renfrognant elle prit la parole.
« Je savais pas que ça faisait partie de votre boulot de réciter des poèmes aux clientes. »
Je pris un air contrit. Elle s’adoucit.
« En tout cas vous avez fait preuve d’originalité au moins. C’est la première fois qu’on me le sort celui-là. D’habitude les hommes se contentent de faire des allusions vaseuses sur Diane chasseresse, vierge immortelle et tout le tralala. Vous avez fait des recherches jusqu’à ce que vous trouviez un poème qui vous convienne ? »
Je rougis.
« Hum non désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris. C’est un poème de Etienne Jodelle, un poète du 16ième siècle. Je l’ai étudié au lycée, il y a longtemps de cela. Il m’est revenu en tête à l’instant je ne sais pas pourquoi… »
Elle m’interrompit d‘un geste.
« Bon bon vous avez une très bonne mémoire en tous cas » Son ton se fit plus ironique. « Se souvenir d’un poème appris en classe 30 ans plus tôt. »
Je savais bien qu’elle se moquait de moi. Par vengeance sûrement du fait de mon habitude de la traiter comme une gamine. Je n’avais que 10 ans de plus qu’elle et je ne les faisais pas. Ce n’était pas une vantardise de ma part de penser ça. Au contraire, j’aurais bien voulu faire mon âge et même plus pour qu’on me prenne enfin au sérieux. Mais tous les gens, qui me demandaient mon âge pour les sondages et autres, pensaient que j’avais moins de 25 ans. J’étais un peu vexé quand même et je dus me retenir de lui tirer la langue. Ça n’aurait pas été une attitude très professionnelle.
Je fis le tour de la voiture, lui ouvris la portière et l’invitai d’un geste à monter. Elle prit place et je refermai sa portière. J’allai rejoindre la place du conducteur. Je bouclai ma ceinture quand elle commença à babiller, ce qu’elle allait faire durant tout le trajet.
« C’est marrant, c’est la première fois qu’on m’ouvre la porte de la voiture. Ça me donne l’impression d’être une dame. Vous êtes du genre aussi à tenir la chaise d’une fille pour l’aider à s’installer à table et touti quanti, hein ? Vous avez l’air d’un petit garçon bien élevé quand vous faites ce genre de trucs vous savez… Je me demande comment votre mère a réussi à faire ça… C’est vrai quoi je vois bien la mienne, ouais bon je sais c’est pas un bon exemple, mais bon déjà m’obliger à manger avec une fourchette elle avait du mal…
…
Vous savez l’autre jour à la télé, je suis tombée sur une émission où ils parlaient de gens comme vous, sauf qu’on les appelait « chasseurs d’héritiers ». Je trouve ça autrement plus classe que « généalogiste successoral » vous savez… On les voyait rechercher les lointains cousins anglais d’un type qui avait laissé un immeuble parisien et aucun héritier direct. Ils faisaient des recherches dans les archives de l’Etat, dans les contrats d’assurance tout ça. Une vraie traque c’est vrai. Vous devriez vous présenter comme ça : S.J. Laurent, Chasseur d’héritier. Ça c’est la classe.
…
Vous savez j’ai encore rien dit à mon copain, j’ai peur que ça lui monte à la tête. En plus déjà quand il a quelques euros en poche, il dépense à tord et à travers, alors là… Puis on n’est pas ensemble depuis longtemps, vous voyez. Alors je ne saurais pas si il m’aime pour moi ou pour tout ce fric… »
Au bout d’une demi-heure à ce rythme, je n’en pouvais déjà plus. Je décidai donc de contre-attaquer.
« Hum j’ai comme l’impression que vous êtes un peu nerveuse, non ? »
« Ouais un peu, avant c’était un peu un rêve tout ce qui arrive là et puis tout d’un coup la maison là, ben c’est la réalité vous comprenez ? »
« Oui, tout à fait, si ça vous intéresse, j’ai quelques papiers sur vos aïeux dans un dossier sur la banquette, dont ceux qui ont fait construire la maison. »
« Ah ? Ouais pourquoi pas. »
Elle se mit à lire et se tut a peu près jusqu’à notre arrivée.
La maison n’était pas facile à trouver. Au bout du village une piste caillouteuse de quelques kilomètres y menait. Elle se situait sur un petit plateau, tout à côté d’un ravin, comme une forteresse miniature. Fermée depuis plusieurs années, elle avait à mon goût un aspect un peu sinistre. Mais pas de l’avis de Diane visiblement puisqu’elle me laissa à peine le temps de me garer pour me prendre les clefs et se précipiter à l’intérieur.
La visite se passa sans problème. Elle était fascinée par tout ce qu’elle voyait. Elle s’extasiait sans retenue comme une enfant. A la fin de l’après-midi elle voulait emménager tout de suite. Je lui signalai qu’elle n’avait pas emporté grand-chose et qu’il valait mieux revenir plus tard surtout que la nuit n’allait pas tarder à tomber.
Je refermai la maison, retournai à la voiture, tentai vainement de démarrer. Une fois, deux fois, trois fois. Non rien n’y faisait, la voiture semblait en panne.
« Vous savez c’est pas la première fois qu’on me fait le coup de la panne, mais je pensais pas que c’était votre genre. » dit-elle ironique.
« Diane si jamais c’est vous qui… »
Le tonnerre retentit. Coincé par une panne, dans une vieille maison abandonnée, avec une jolie fille, un orage qui allait m’empêcher d’aller demander de l’aide au village, de nuit, tout à fait le scénario d’un mauvais roman.
J’allai ouvrir le capot en pestant. Étant donné que je n’avais absolument aucune connaissance en mécanique automobile c’était un peu vain, mais j’avais l’impression ainsi de garder une certaine contenance. Je regardai le moteur d’un œil dubitatif espérant une divine inspiration. Il n’en fut rien.
Je refermai donc le capot et rentrai dans la maison où Diane m’attendait en souriant. J’étais prêt à parier qu’elle avait quelque chose à voir avec cette soudaine panne mais n’ayant aucune preuve je dus me contenter de fulminer intérieurement.
Je lui annonçai qu’il valait mieux rester ici pour la nuit et que demain matin j’irai chercher de l’aide au village. Au bout d’une heure Diane déclara qu’elle en avait marre de me voir bouder et qu’elle allait se coucher. Je fis de même peu de temps après.
La nuit se passa sans problème. Bon, je ne dis pas que j’irais jusqu’à le regretter, mais l’image d’une Diane nue dans son drap venant en pleine nuit me demander de la réconforter à cause de l’orage me trotta dans un coin de la tête.
Je l’imaginais aussi très bien se glissant dans mon lit, s’accrou*******ant sur moi et prononçant des phrases telles que « Oh mon beau chasseur, ce soir c’est moi la chasseresse et tu es ma proie », phrases parfaitement ridicules je sais, mais c’est la faute de ma mère.
Non pas ici d’inceste ni de complexe oedipien mal résolu, mais tout simplement sa manie de lire quantité de romans à l’eau de rose remplis de ce genre de scène, et bien sûr étant jeune j’en avais lus un certain nombre, plus que je n’oserai jamais l’avouer à qui que ce soit, par curiosité ou le plus souvent durant les longues périodes d’ennui des vacances scolaires. En tout état de cause je passai une très mauvaise nuit.
Le lendemain dès mon réveil je partis au village sans chercher à savoir si Diane était réveillée ou non. Il me fallut une bonne heure. J’allai au café et demandai après un garagiste. La patronne fit ce qu’il faut et un type arriva avec sa dépanneuse au bout d’une demi-heure. Nous nous rendîmes à la propriété.
Il jeta un coup d’œil à la voiture, la démarra et déclara que j’avais dû noyer le moteur hier. J’étais extrêmement dubitatif. Je payai le type. Puis, tout en lançant des regards que je jugeais lourds de reproche à la jeune fille, je déclarai qu’il était temps de partir. Je ne desserrai pas les lèvres du trajet et mis la radio à fond pour signifier que je n’avais pas envie de discuter.
Je la déposai chez elle et rentrai chez moi prendre une douche froide et dormir.
Peu de temps après commencèrent les coups de téléphone. Tout d’abord elle commença par appeler sous prétexte de renseignement concernant son héritage, ses ancêtres, l’arbre généalogique que je lui avais fourni. Elle m’engagea pour faire des recherches et bien que ce ne soit pas ma spécialité j’acceptai et me consacrai à la découverte de ses ancêtres.
Puis elle continua de m’appeler régulièrement pour juste parler, d’elle, de ses craintes, de ses espoirs, de sa vie quotidienne. Elle me fit parler de moi aussi. Peu à peu je me confiais. Je lui racontai mon enfance, bringuebalé au gré des humeurs de ma mère, le vide immense que représentait le fait de n’avoir jamais su qui était mon père, comment cela m’avait rongé et me rongeait encore, comment la recherche généalogique pour les autres me servait de dérivatif.
Je lui confiai mon prénom, Séraphin. Elle rit en dépit de sa promesse de ne pas se moquer de moi. J’aurais dû m’en douter, elle adorait se moquer de moi. Elle me dit que ce prénom me correspondait parfaitement, un vrai petit ange. Je protestai que j’avais rien d’un ange et que de toute façon un séraphin n’avait rien d’un paisible angelot dodu, mais que « séraphin » venait de l'Hébreu « seraphim » ou « sarafim », du mot « saraf » signifiant tour à tour « brasier », « enduire de résine », « dragon », l'opinion des biblistes divergeant quant à la signification de ce mot qui signifierait « les brûlants », ce qui montrait bien que c’était des puissantes créatures, rien à voir avec des chérubins.
Je lui parlais de mon métier et pour cela je reprenais les mots d’un de mes collègues :
« Si retrouver la trace des ancêtres est le métier des généalogistes familiaux qui travaillent pour les particuliers curieux de leurs origines, les généalogistes successoraux travaillent eux pour les notaires. Leur mission : retrouver les descendants : les héritiers qui s’ignorent en raison de leurs liens très éloignés avec les défunts. : Ils consultent les fiches de décès, de naissances, les listes électorales, les annuaires des professions, sites web... Le nez dans les archives, la majorité du temps, il faut en permanence, se déplacer, entreprendre parfois des démarches à l’étranger, recouper des informations, et franchir pas mal d’obstacles, notamment quand les documents font défaut. Perspicacité, patience, rigueur et discrétion sont indispensables pour exercer ce métier. Exerçant en libéral, le généalogiste doit se constituer sa clientèle. Le relationnel est très important. Il se rémunère en prélevant un pourcentage allant de 15% à 40% du montant de la succession. Mais en cas d’erreur ou de recherches infructueuses certains dossiers leur coûtent de l’argent. »
Je lui expliquais en quoi retrouver des héritiers s’apparentait à une véritable chasse. Comment il fallait traquer les personnes en recherchant la moindre piste qu’elle avait laissée derrière elle, des heures de préparation pour enfin dénicher la personne, puis sa capture plus ou moins rapide suivant la qualité de l’appât.
Elle me racontait que son petit ami s’était enfin décidé à lui déclarer son amour et son envie de vivre avec elle, et qu’ainsi elle avait pu tout lui raconter sur son héritage, il en était ravi, ils avaient plein de projet. La jalousie me titillait. Je persiflais donc sur le fait qu’il semblait étrange qu’il n’ait rien remarqué sur son changement de mode de vie. Elle rit de moi en me traitant de paranoïaque.
Les semaines passèrent. Les coups de fil se firent quotidiens. Des rencontres s’y ajoutèrent. Par un beau soir d’été elle me demanda si je n’avais rien à faire le week-end suivant et si ça me tentait de l’accompagner à Fontaine de Vaucluse. J’acceptai.
J’avais toujours adoré Fontaine de Vaucluse, je ne sais toujours pas pourquoi. Ma mère, les années où elle allait bien, m’y emmenait fréquemment une journée pendant les vacances. C’était une petite ville très touristique qu’on ne pouvait vraiment apprécier que hors saison touristique. Au fond de la vallée se trouvait la résurgence de la Sorgue. Un immense puits de plusieurs centaines de mètres, encore partiellement inexploré à ce jour. Cette source était un lieu de culte depuis millénaires et on avait récemment découvert des milliers de pièces antiques en l’explorant. C’était aussi une énigme scientifique pour savoir d’où venait toute cette eau et comment pouvait-elle ressortir avec tant de force.
Cette ville avait été le lieu d’ermitage du célèbre poète Pétrarque après la mort de sa bien aimée. Je le comprenais fort bien, mais si il avait vu ce qu’on avait fait de son cher lieu de repos il aurait fui. Une horde de touristes, des dizaines de restaurants sur les bords de la rivière, des boutiques, des musées… Plus vraiment un lieu de recueillement et de méditation.
Le soleil tapait fort. Les cigales crissaient de toutes leurs forces. La rivière me narguait de sa fraîcheur. J’étais assis à une table d’un des nombreux restaurants, sirotant un jus de fruit tout en regardant d’un œil vague les truites et les canards se disputant les morceaux de pain que les touristes jetaient. On était encore au début de la saison, les restaurants n’étaient pas encore bondés, j’avais pu donc sans difficulté obtenir une table au bord de l’eau.
Elle arriva, toujours vêtue de sa petite robe blanche, à croire qu’elle savait combien je l’adorais, m’embrassa et se mit à me raconter les petits détails insignifiants de sa journée. Elle était comme à son habitude très joyeuse et très bavarde, rien à voir avec la gamine maussade que j’avais rencontrée la première fois. Nous bavardâmes tout en mangeant, nous rîmes beaucoup, puis nous décidâmes de nous rendre à la source comme tout bon touriste que nous étions.
La source, qui est en fait une grande cavité au fond de laquelle la Sorgue vous contemplait de loin en cette saison, se trouvait à quelques centaines de mètres de la fin du village. Un petit chemin sableux y menait. Nous grimpâmes le chemin avec les quelques autres touristes. Puis nous arrivâmes en face de la falaise au pied de laquelle la source se trouvait.
M’approcher de la cavité m’avait toujours mis mal à l’aise. D’ailleurs la cavité elle-même me mettait mal à l’aise. Savoir qu’il y avait plusieurs centaines de mètres d’eau en dessous de ce qui ressemble à une mare… Puis l’atmosphère y était différente. La falaise protégeait du soleil, l’eau qui sort faisait environ treize degrés, été comme hiver, le fond de l’air était donc considérablement rafraîchi. Fini la rivière joyeuse et verdoyante, pleine de vie, sous un chaud soleil. Là la mort régnait. Les rochers étaient nus, en attente que l’eau sorte de son trou pour se déverser sur eux. On aurait dit un monstre tapi au fond de sa grotte qui n’attendait qu’une chose, de bondir sur vous.
Je m’assis sur un gros rocher, assez haut pour que je puisse distinguer la source mais assez loin pour me rassurer, pendant que Diane s’approchait du trou en même temps que d’autres touristes. Je restais assis, les yeux dans le vague, en pensant à ma mère elle-même assise sur un rocher semblable à contempler l’eau d’un air qui me faisait bien plus peur que le lieu lui-même. Plongé dans mes pensées, je ne me rendis compte de l’agitation que quand une femme se mit à crier.
Je relevai la tête, et me rendis compte que toute l’attention des touristes était fixée sur le côté de la falaise. Je regardai et vis avec horreur qu’ils regardaient tous Diane en train d’escalader la paroi. Je me levai d’un bond et me figeai. Je ne savais pas quoi faire. La peur me stupéfiait. Autour de moi les gens s’agitaient, criaient. Je regardai cette minuscule silhouette blanche en train de progresser sur la falaise au-dessus du gouffre.
Qu’est-ce qui lui avait pris ?
Je restais là à la regarder sans arriver à rien faire. La peur me prenait les entrailles. La panique grimpait inexorablement. Je me promis de la tuer dés qu’elle serait passée de l’autre côté.
Tout à coup, arrivée au milieu du chemin, pile au dessus du gouffre et en face de moi elle s’arrêta, s’agrippa aux pierres et se retourna pour nous faire face. Elle me sourit, du moins c’est ce qui me sembla à cette distance. J’étais en train de penser que j’allais la tuer pour m’avoir fait faire un ulcère quand je la vis lever les bras. Durant un instant qui me sembla durer une éternité elle resta là puis je la vis tomber. En même temps qu’elle tombait je sentis mes jambes céder sous moi. Ça ne pouvait pas être possible. Ça ne pouvait être qu’un cauchemar.
J’ai entendu des gens crier et j’en ai vus d’autres se précipiter vers le gouffre. J’ai su que quelques courageux avaient plongé pour la sortir de l’eau et tenter de la réanimer. Je ne me rappelle pas quand les secours sont arrivés et comment j’ai réussi à la suivre jusqu’à l’hôpital. Tout m’apparaît comme flou. Je sais juste que j’étais là quand le médecin est venu me dire d’un air désolé qu’ils avaient tout tenté mais qu’ils n’avaient rien pu faire. J’étais sous le choc.
On me donna un calmant et on m’emmena près d’elle, sûrement parce que je l’avais demandé même si je ne me souviens pas de l’avoir fait.
Je ne comprenais pas. Je n’arrivais pas à pleurer. Je m’assis et je la regardai allongée sur ce lit d’hôpital. Elle avait l’air endormie. Pris d’une soudaine impulsion je me levai et posai mes lèvres sur les siennes. Elles étaient froides. C’est alors que je me mis à pleurer.
J’avais toujours son sac à main qu’elle m’avait confié avant d’aller, avait-elle dit, voir cette source de plus près. Je l’ouvris pour chercher un mouchoir et au lieu de ça je tombai sur une lettre qui m’était adressée. Reniflant je l’ouvris.
Mon cher Séraphin,
J’espère que tu auras eu l’idée d’ouvrir mon sac à main et que tu trouveras cette présente lettre avant que d’autres ne la trouvent. Il ne serait pas bon qu’un autre que toi la lise. Si tu lis cette lettre c’est que j’ai eu le courage de faire ce que j’avais décidé de faire. Je ne sais pas si tu comprendras mon geste. J’espère qu’un jour tu le pourras. Je n’ai jamais eu vraiment de chance dans la vie, si tu sais. En général, à chaque fois que quelque chose de bien m’arrivait, peu de temps après ma vie devenait encore pire. Je ne sais pas à quoi c’est dû mais c’est ainsi. Ces derniers temps, il y a trop de choses biens qui me sont arrivées. Bien trop. Je sais qu’une chose horrible va sûrement se passer pour compenser. Je ne vois pas trop ce que ça pourrait être mais je le sais, je le sens. Alors j’ai décidé de mettre un terme à tout ça. Je l’ai décidé le jour même où tu m’as appris à quel point mon héritage était important. J’ai donc décidé de faire la nique au destin, de profiter de cet héritage et de mettre moi-même un terme à tout ça avant que quelque chose d’autre le fasse. Je sais bien que ceci doit te paraître absurde et ridicule, mais je sais ce que je fais, je ne suis pas folle. Je sais que tu mettras longtemps à comprendre mon point de vue, que peut être tu le comprendras jamais… Il n’y a pas que ça, il y a d’autres raisons, j’y ai toujours songé au fond de moi, il me manquait juste le courage. Je ne sais pas exprimer avec des mots ce que je ressens mais depuis que j’ai pris cette décision je me sens libérée. Je suis à toi à jamais.
Diane.
J’étais comme abasourdi par ce que je venais de lire, je n’y comprenais rien, j’étais encore plus dans le brouillard qu’avant. Je la traitai mentalement d’idiote en me mettant de nouveau à pleurer. J’essayais de comprendre, de voir ce qui avait pu m’échapper.
Assis sur une chaise je me remémorais le jour de notre rencontre en la regardant allongée sur ce lit d’hôpital. Je souris à ce souvenir, à la mauvaise impression que j’avais eu d’elle, si seulement j’avais su, si seulement elle m’avait parlé ce jour là…
Je ne connaissais personne de ses amis ou de sa famille, je ne savais pas qui contacter. Je finis par appeler un de mes amis, le notaire qui s’était occupé de l’héritage de Diane et qui m’avait engagé pour la retrouver, Guillaume Blanc. Il me dit de pas m’en faire et qu’elle lui avait laissé des instructions. Je raccrochai encore plus sonné, elle semblait avoir tout planifié. Comment n’avais-je pu rien voir ?
Je m’occupai de tout comme un automate jusqu’à son enterrement. Quelques personnes s’y trouvaient, aucune que je connaissais. Je serrais des mains. Puis quand la cérémonie prit fin Maître Blanc s’approcha de moi et m’annonça qu’il avait quelque chose d’important à me dire. Nous décidâmes d’un rendez-vous le lendemain à son bureau.
Ce qu’il m’apprit me sonna plus encore. Diane m’avait légué tout son héritage. Tout était calculé déjà, la somme que j’aurais à payer au fisc était sur un compte spécial. Elle avait spécifié que tout devait être fait pour que je garde la maison. Je demandai des explications. Le notaire me dit qu’il n’avait fait que suivre les ordres de sa cliente.
Tout alla très vite et peu de temps après le notaire me fit remettre les clefs. Je restai quelques semaines à travailler mais je n’avais plus le cœur à ça. Toute cette histoire me travaillait. Un matin, n’y tenant plus, je décidai de me rendre dans cette maison pour y chercher les réponses aux questions qui me torturaient.
Je pris la route le cœur serré en pensant que la dernière fois elle m’accompagnait. J’arrivais à la maison sans problème. Elle me parut tout aussi imposante et sinistre que la première fois. J’errai dedans à la recherche d’indices et ne trouvai rien de particulier. Je finis par m’étendre sur son lit pour pleurer et je m’y endormis.
Elle était là dans mon rêve, pâle fantôme argenté, vêtu de sa petite robe blanche, les cheveux déliés. Elle s’approcha de moi en me prit dans ses bras en murmurant « enfin ». Je me réveillai en sursaut. Je me sentais plus triste encore.
Pourquoi était-elle morte ? Je ne comprenais pas. Je me sentais coupable de n’avoir rien vu, de n’avoir rien fait. Je m’imaginais que si j’avais fait telle ou telle chose elle serait encore là. Je me disais que c’était ma faute. Que je n’avais pas su montrer à quel point sa vie était importante pour moi. J’avais mal et les larmes ne m’apaisaient pas.
Je rêvais d’elle chaque nuit que je passais dans sa chambre. Je ne pensais qu’à elle dés que je me réveillais. Je n’arrivais pas à me la sortir de la tête. Rien ne me consolait.
Des fois je me sentais coupable, à d’autre moment j’étais terriblement en colère contre elle, de m’avoir abandonné, de ne pas avoir lutté, d’être parti si bêtement, de m’avoir infligé tant de douleur.
Plusieurs jours passèrent ainsi à penser à elle le jour et à rêver d’elle la nuit. Je me laissais dépérir. Je ne pouvais faire le deuil.
Une nuit je m’éveillai et je la vis. Elle était assise à côté de mon lit et me souriait. Elle était comme dans mes rêves mais quelque chose était différent. Elle prit la parole.
« Non, tu ne rêves pas. » dit-elle
Sa voix n’avait pas changé.
« Je ne crois pas aux fantômes » lui répondis-je
« Moi non plus et pourtant je suis là. »
« Pourquoi ? »
« Je ne sais pas trop. Peut être parce que tu sembles avoir besoin que je sois là. »
« Non, pourquoi es-tu morte ? »
« Oh ça. C’est la question à mille euros. Peut être que mon heure était venue. Peut être que non. »
« Tu t’es suicidée ! C’est toi qui as choisi de partir ! De nous abandonner ! »
Ma gorge était tellement serrée par la peine et la colère que j’avais du mal à parler. Elle semblait calme et sereine.
« Je ne voulais pas vous faire de la peine. Mais je n’avais pas le choix. »
« Pas le choix… ! A cause des conneries que tu as mis dans ta lettre ! Mais c’est n’importe quoi ! »
Elle soupira.
« Je pensais bien que tu ne comprendrais pas. Mais ce qui est fait, est fait. Et maintenant tu dois avancer. Je ne peux pas t’en dire plus. C’est déjà beaucoup que je sois là à te parler. Maintenant dors et sache que je serais toujours là si besoin. »
Je voulus protester mais elle fonça vers moi et je sombrai dans l’inconscience.
Le lendemain matin je me sentais étonnement mieux. Je ne savais pas si c’était un rêve. Je n’avais eu aucune réponse à mes questions. Malgré ça j’étais bien. J’avais quelque chose à régler, quelqu’un à rechercher. Je me mis en chasse.
Tout finit par un toc. Le bruit d’un heurtoir sur une porte. Un jeune à l’air maussade m’ouvrit. Il me dévisagea et dit :
« Oh c’est vous. »
Je répondis d’un sourire mauvais.
« Oui et je suis pas tout seul. »
FIN
Voilà ^ ^ vous avez le droit de me dire ce que vous en pensez, si vous avez aimé ou pas, ce qu'il faudrait améliorer etc etc je suis ouverte à tous commentaires ...
*nheureuse* *contente* *je vous aime les gens*
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Dernière mise à jour par : Askaléna le 18/10/06 22:08
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Cachée
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Zombie

-= Chaos Legions =-
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Réponse au Sujet '[PLC-2006] Chasseur d’héritiers' a été posté le : 17/10/06 17:09
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J'ai adoré ! Bien que subsistent quelques petites fautes d'étourderie. 
Non, vraiment, je trouve ça très chouette ! J'ai suivi la lecture de bout en bout, je n'ai pas décroché un instant, et ça ne m'arrive pas trop souvent, ça. C'est agréable à lire, accrocheur et tout, je pense que ça fait partie des textes que je relirai dans la section.
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Bourreau

-= Chaos Servants =-
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Réponse au Sujet '[PLC-2006] Chasseur d’héritiers' a été posté le : 17/10/06 20:28
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Moi j'ai trouvé ça très beau...
C'est émouvant, ça évoque des souvenirs, ça sonne bien, les émotions sont bien retranscries, mais je trouve la fin un peu rapide...
Du côté du style, c'est fluide, agréable à lire et comme Tiltizzz je l'ai lu d'une traite.
Et en tant que membre du jury, je t'avais classée troisième.
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Basement Cat

-= Chaos Lieutenant =-
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Réponse au Sujet '[PLC-2006] Chasseur d’héritiers' a été posté le : 18/10/06 12:34
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Personnellement, j'ai trouvé que l'évocation fantômatique n'avait aucune valeur ajoutée pour l'histoire. Les points de suspension, je les aurais abandonné un rien avant, dans le récit.
Détail.
Parce que voici mon coup de coeur du PLC 2006, en toute sincérité. D'une part, l'histoire aborde un autre type de chasseurs que ceux qui font des trous dans des êtres vivants. D'autre part, est fait mention de certains lieux auxquels je suis attaché, même si je ne les ai visités que très peu.
Un avis 100% partial, mais j'ai aimé cette histoire, mi-bluette, mi-souvenir. Askaléna, pour une première tentative, j'ose affirmer que c'est une très belle réussite.
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Cachée
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Primus inter paresse

-= Lord of Graveyards =-
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In Memoriam
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Réponse au Sujet '[PLC-2006] Chasseur d’héritiers' a été posté le : 18/10/06 15:23
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J'aime bien l'écriture en elle-même. Pour l'histoire, je ne suis pas sûr d'avoir tout compris. Je ne vois pas, par exemple, en quoi le "toc" de fin est une fin...
Mais peut-être que je suis resté un peu bêtement extérieur à cette nouvelle à cause d'une gêne au début, qui m'aura pollué dans la lecture : l'emploi du mot "gamine" pour une fille de 17 ans. C'est idiot, mais ça m'a obligé à reprendre le début deux fois pour m'assurer que la "gamine" et l'héritière étaient bien la même personne... Pour moi, à 14 ans, on n'est déjà plus une gamine... (une sale gosse, peut-être, mais déjà plus une "gamine")...
Sinon, vraiment, rien à redire sur le style, le rythme, la construction et le rendu des personnages. Pour l'ambiance, j'ai cru un moment que j'entendais la BO de la première partie de Vertigo (Sueurs Froides) d'Hitchcock (probablement composée par Bernard Hermann... ) : une sorte de tension languide où plane une inquiétude qui n'est pas encore un mystère mais qui ne demande qu'à prendre forme... Je comprends que le jury l'ait apprécié.
Amicalement,
Théodoric
-------------------- Jeune depuis plus longtemps que vous !

L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !
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Schtroumpf du Chaos

-= Chaos Servants =-
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Réponse au Sujet '[PLC-2006] Chasseur d’héritiers' a été posté le : 18/10/06 19:31
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Je trouve ce texte interessant dans le fait qu'il se rapproche de La Relève à la fin du récit (puisqu'on parle d'au delà et d'"héritage") ainsi que dans la description précise de lieux réels.
Le rythme de lecture est fluide et progresse lentement vers une fin brusque et originale.
Un bol frais de lecture trés enrichissant!
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Cachée
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Il suffira d'un Cygne...

-= Chaos Legions =-
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Réponse au Sujet '[PLC-2006] Chasseur d’héritiers' a été posté le : 23/01/07 16:56
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Bizarrement je n'ai pas plus accroché que ça.
Au niveau du style ça allait, sauf deux choses : premièrement certaines phrases assez longues n'étaient à mon avis pas assez ponctuées de virgules, ce qui faisait qu'elles ne s'articulaient pas assez et étaient des successions de mots sans trop de forme...
Ensuite, peut-être que le récit à la première personne et au passé simple manquait de naturel...
J'avoue avoir lu en diagonale certains passages, ce qui m'arrive quand je n'accroche pas totalement à un texte. La fin, certes, nous retourne, mais je ne vois pas trop la finalité de tout ça, ni même les phrases de fin.
Je ne sais pas, il y a comme un goût d'inachevée... Désolée 
-------------------- Les racistes, c'est comme les arabes : ça ne devrait pas exister. (Coluche)
Propriétaire et inventrice des concepts suivants : TPMG, CNAQA, JITVB
(Tout Pour Ma Gueule, Ca N'Arrive Qu'aux Autres, Jusqu'Ici Tout Va Bien)
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Cachée
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