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Ourgh

Nowhere Man



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   La dernière chasse de Lord Kershaw, version 1.0 a été posté le : 16/10/06 12:51
LA DERNIÈRE CHASSE DE LORD KERSHAW




Tapi derrière les rochers qui dissimulaient parfaitement sa présence, Jimmy Logan porta ses jumelles à ses yeux et les braqua vers la colonne de poussière qui s’élevait à l’horizon.

Peu à peu, les silhouettes floues de cinq cavaliers émergèrent du nuage de poussière. Logan se concentra sur celui qui chevauchait en tête. C’était un individu plus grand que la moyenne, engoncé dans un imperméable noir. Il était encore trop loin pour que Logan pût discerner ses traits avec précision, mais il pouvait déjà mettre un nom sur cette silhouette : Lord Kershaw.

Une grimace de contrariété se dessina sur son visage émacié. Il ne s’attendait pas du tout à revoir Kershaw dans la région. La dernière fois qu’il en avait entendu parler, c’était il y a trois ans, quand il était reparti pour l’Est. Logan croyait avoir fini par le démoraliser.

Quittant son poste d’observation, Logan retourna auprès de ses deux compagnons qui l’attendaient en contrebas. Hans, un Allemand qui parlait à peine l’anglais, lui tendit en silence les rênes de sa monture. Bill le balafré, le plus ancien ami de Logan, se montra par contre plus loquace :

« Et ben, mon vieux Jimmy, t’en fais une de ces têtes ! On dirait que t’as vu le diable.
- Non, Bill, pas le diable, mais guère mieux. C’est cette charogne de Kershaw. »

Bill opina. Il savait Logan parfaitement capable d’abattre ou de décourager n’importe quel adversaire ordinaire. Mais Kershaw, Logan lui en avait déjà parlé… Lui, c’était autre chose... Avec lui sur leurs talons, il allait falloir jouer serré.

* * *


Un mètre quatre-vingt-dix. La peau hâlée par le soleil. De longs cheveux châtains qui flottaient au vent. Barbe et moustache taillées à la Napoléon III. Perpétuellement vêtu d’un imperméable noir et d’un stetson défraîchi. C’était Lord Kershaw.

Descendant d’une ancienne famille noble du Kent, il avait passé sa jeunesse aux Indes, puis en Afrique du Sud. Comme la fortune familiale était assez importante pour qu’il n’ait pas à travailler, il avait donc pu se consacrer à son occupation favorite : la chasse aux grands fauves. Pendant dix ans, il ne vécut que pour massacrer tigres, lions, léopards, pour ne citer que ses proies préférées. Mais petit à petit, ce passe-temps perdit son attrait. Au bout d’un moment, la chasse aux fauves ne parvint plus à le satisfaire. Il avait besoin de proies plus excitantes, plus imprévisibles… En un mot comme en cent, il lui fallait du gibier humain…

Un jour qu'il errait seul dans la savane, il rencontra un Bochiman qui s'était aventuré loin de son pays natal. Pris d’une impulsion subite, il le tua. Quand il contempla sa victime étendue sur le sol, il sentit une sorte d’extase l’envahir.

Etait-ce un instinct meurtrier qui se réveillait ? Ou tout simplement l’excitation qu’il y avait à enfreindre les règles ? Quoi qu’il en soit, il se mit bientôt à s’attaquer aux Xhosas et aux Zoulous isolés. Mais il avait beau agir avec le plus de discrétion possible, son manège fut finalement repéré par les autorités britanniques. Elles étouffèrent l’affaire, mais lui firent comprendre qu’il valait mieux quitter le pays à tout jamais. Le gouverneur de la colonie du Cap ne voulait peut-être pas traîner un aristocrate dans la boue pour le meurtre d’une poignée d’indigènes, mais il avait encore moins envie de créer des tensions inutiles avec les autochtones.

C’était l’époque où le général Sherman invitait les chasseurs du monde entier à venir exterminer les bisons ; ce militaire qui détestait la guerre comptait ôter aux indiens leurs moyens de subsistance, afin de les soumettre sans avoir à les massacrer. Kershaw s’embarqua donc pour le Nouveau Monde dans l’intention de lui donner un coup de main, et de s’attaquer à quelques-uns de ces fameux peaux-rouges par la même occasion. Mais arrivé sur place, il découvrit qu’il y avait beaucoup mieux à faire…

Oui, le jour où il tomba sur une de ces affiches qui présentaient le portrait d’un homme accompagné d’un chiffre et parfois de la mention “Mort ou vif ”, il se rendit compte que les Etats-Unis étaient décidément un pays merveilleux… Dire qu’il avait cru s’amuser en abattant quelques malheureux Africains sans défense… Ici, il avait la possibilité de chasser les criminels les plus coriaces. Et en toute légalité par-dessus le marché !

Il devint rapidement l’un des chasseurs de primes les plus tenaces et les plus implacables, mais certainement pas l’un des plus estimés, car à la différence des autres membres de cette profession, il ne faisait pas ce métier pour l’argent, mais pour le seul plaisir de traquer et de tuer des êtres humains. Il ne connaissait pas l’échec.

Du moins jusqu’au jour où il se lança à la poursuite de Jimmy Logan…

Au début, Kershaw le prenait pour un truand ordinaire, tout juste bon à lui procurer un peu de distraction entre deux proies de plus grande envergure. Mais il avait été forcé de réviser son jugement dès leur première rencontre.

Il l’avait surpris dans un bordel de Carson City, alors qu’il se payait du bon temps dans les bras d’une charmante mulâtre. Avant que le bandit ait pu esquisser un geste, Kershaw l’avait envoyé ad patres de trois coups de revolver. Travail rapide et efficace.

Mais quelques heures plus tard, alors qu’il fêtait sa nouvelle victoire au saloon, le croque-mort, en état de choc, venait annoncer qu’il avait vu de ses propres yeux le cadavre se relever dans son cercueil et repartir comme si de rien n’était.

Jusque-là, Kershaw n’avait pas prêté attention aux rumeurs qui couraient sur les pouvoirs de Logan. Mais après ces évènements, il en vint à penser que ce qu’il avait pris pour des élucubrations d’ivrognes avait peut-être un fond de vérité, en fin de compte.

Et si, après cette première confrontation, il avait encore du mal à admettre l’existence d’un sorcier en plein dix-neuvième siècle, la deuxième avait définitivement dissipés ses doutes ; lors de celle-ci, Logan ne s’était pas laissé prendre au dépourvu et avait déployé tout son talent. Kershaw ne s’en était sorti que de justesse. Il avait encore des marques blanchâtres sur la poitrine, là où la chose invoquée par le sorcier l’avait touché. Mais une fois encore, le chasseur était sorti victorieux, sans réussir à tuer son ennemi pour de bon.

Ce fut peu après ces évènements que Lord Kershaw retourna dans l’Est. Ce n’était pas par découragement, comme l’avait cru Logan. Au contraire, Kershaw avait la ferme intention de finir ce qu’il avait commencé ; mais pour cela, il lui fallait savoir comment se défendre contre la magie du sorcier, et comment le détruire définitivement. Pendant trois ans, il écuma la Bibliothèque du Congrès, celle de l’Université d’Arkham, et interrogea d’innombrables charlatans, experts en occultisme, sorciers vaudous, et chamans indiens, jusqu’à ce qu’il pense enfin être capable de se mesurer à Logan.

Maintenant, songeait Kershaw, ce damné sorcier n’avait qu’à bien se tenir : il apportait avec lui un baril contenant assez de pétrole pour détruire son corps et empêcher définitivement sa résurrection ; et au fond de sa sacoche, bien à l’abri dans une boîte en fer-blanc, se trouvait le Sifflet du Dragon. Il avait acheté cet objet à l’héritier d’un vieil explorateur, récemment décédé, qui l’avait rapporté d’une expédition dans les régions inconnues d’Asie Centrale. Cela lui avait coûté une véritable fortune, mais Kershaw ne pensait pas avoir jeté son argent par les fenêtres. Le carnet de voyage du vieil homme ne laissait aucun doute à ce sujet : cet instrument avait été façonné il y a des siècles par les chamans du peuple Tcho-Tcho, pour lutter contre les mauvais esprits. Les détails qu’avait noté l’explorateur se recoupaient avec les renseignements glanés ailleurs, notamment dans le Necronomicon. Kershaw en était arrivé à la conclusion que s’il existait au monde un objet capable de contrecarrer la magie de Logan, c’était bien celui-là.

Le chasseur fut interrompu dans ses réflexions par le vieil Andy :

« Patron, le soleil se couche. Il serait temps d’établir un campement.
- Pas question, rétorqua Kershaw en le fusillant du regard ! La piste est fraîche ! On peut les rattraper dès cette nuit ! »

Sa hâte pouvait se comprendre. Ces derniers jours, ils avaient traversés surtout des terrains durs sur lesquels la piste se lisait difficilement, ce qui avait considérablement retardé le groupe. Maintenant qu’ils étaient arrivés sur un sol meuble qui retenait bien les traces, Kershaw était bien décidé à mettre les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu.

« Sauf votre respect, my lord, mieux vaudrait nous arrêter. Les bêtes sont fatiguées, et je nous vois mal combattre en pleine obscurité. »

Kershaw se retourna vers celui qui venait de parler ainsi : Mac Byrne, un Écossais qui avait autrefois servi dans l’armée du Cumberland, sous le général Rosecrans. Un curieux personnage, celui-là. Il ne se départait jamais de son flegme et, c’était sans doute le seul homme à l’Ouest du Missouri à l’appeler toujours “my lord”. Kershaw réfléchit un instant, et, de mauvaise grâce, dut reconnaître que l’Écossais avait raison. Il leva la main pour ordonner au groupe de faire halte.



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* * *


Il faisait encore nuit, mais à l’est, l’obscurité du ciel commençait à se teinter d’une clarté rougeâtre. C’était le moment que Logan avait choisi pour attaquer le campement : un peu avant le lever du soleil, le guetteur serait probablement fatigué et les autres, encore endormis, ce qui assurerait un effet de surprise maximal.

Kershaw et ses compagnons avaient mal choisi l’endroit où installer leur bivouac. En effet, Hans et Bill, en profitant du terrain accidenté, avaient pu venir à portée de tir sans être vus. Maintenant, à leur poste, ils attendaient que leur chef envoie le signal de l’attaque pour remplir le rôle qu’il leur avait donné : abattre les montures de leurs poursuivants. Sans elles, ils ne pourraient pas continuer la poursuite.

Logan farfouilla dans une des poches de son manteau et y prit un étui de cuir fatigué. Il en sortit une cigarette mal roulée et la porta à sa bouche. Quand il l’alluma, une senteur étrange se répandit dans l’atmosphère. Ce n’était manifestement pas du tabac. Le sorcier tira avec avidité sur sa clope et exhala une bouffée de fumée, qui restait en suspension au lieu de se dissoudre dans l’atmosphère. Il répéta l’opération jusqu’à obtenir un nuage de dimensions conséquentes.

Alors, il se mit à agiter ses mains devant son visage, tout en marmonnant une incantation dans une langue inconnue. La température de l’air ambiant chuta brusquement, signe que la magie répondait à son appel.

Peu à peu, le nuage de fumée prenait une forme inquiétante…

* * *


Kershaw ouvrit les yeux. Il venait de se réveiller en sursaut. Sans raison apparente. Le chasseur regarda autour de lui. Tout semblait normal. Le vieil Andy montait la garde avec vigilance, la nuit était calme et tranquille. Mais il y avait un je-ne-sais-quoi qui le mettait mal à l’aise, une sorte d’impression de danger imminent. Le chasseur se leva, bien décidé à découvrir ce qui clochait.

Brusquement, un bruit attira son attention : non loin de là, les chevaux s’étaient mis à piaffer et essayaient de se libérer de leurs entraves. Eux aussi semblaient ressentir quelque chose d’inquiétant. Réveillés par le vacarme, Jeff et Tom se levèrent à leur tour. Mac Byrne, quant à lui, se contenta de rabattre son chapeau sur ses oreilles. Le chasseur de primes sentit ses battements de cœur s’accélérer : la sensation de danger se faisait de plus en plus grande. Soudain, il se rappela : il avait déjà ressenti cette impression auparavant. C’était il y a trois ans, lors de sa dernière rencontre avec Logan, quand il avait fait usage de sa magie…

Un cri d’alerte monta dans sa gorge, mais c’était déjà trop tard. À la seconde même où Kershaw réalisait la nature de la menace, une silhouette fantomatique bondissait au milieu du campement. Entièrement composée de fumée blanchâtre, elle était vraiment horrible à voir. Elle avait un torse difforme et ballonné, duquel partaient des membres longilignes terminés par des pattes griffues. Sa tête n’était qu’une masse informe, avec un point de fumée rougeâtre en guise d’œil unique. Et elle était absolument silencieuse. Et dans une certaine mesure, ce silence mortel qui l’accompagnait était plus terrifiant que le rugissement le plus effroyable.

Kershaw se précipita sur sa sacoche pour y prendre le sifflet du Dragon. Mais dans sa hâte, il trébucha et s’étala de tout son long sur le sol. Pendant que le chasseur perdait ainsi de précieuses secondes, le monstre se dirigea vers les montures, toutes griffes dehors.

Jeff et Andy restaient paralysés par la terreur. Mac Byrne venait à peine de se relever et n’avait pas encore saisi son arme. Mais Tom, qui s’était ressaisi plus rapidement que les autres, empoigna son revolver et fit feu sur la chose. La balle traversa la créature sans lui faire le moindre dommage ; elle acheva sa course dans le gras de la jambe de l’Écossais, qui s’affala en poussant un juron.

La créature se retourna et se dirigea vers Tom ; s’il avait échoué à la blesser, il avait tout de même réussi à attirer son attention. En quelques foulées, elle fut sur lui et lui enserra la gorge de ses mains spectrales. Tom poussa un hurlement de douleur. Le démon de fumée était impalpable, et ne pouvait donc déchirer les chairs, mais son contact causait d’atroces brûlures.

Kershaw arriva enfin à mettre la main sur le sifflet du Dragon. Il courut se placer à quelques mètres de l’invocation qui s’acharnait sur l’infortuné Tom et porta l’objet à ses lèvres. Au même instant, des coups de feu éclatèrent ; Bill et Hans se joignaient à la bataille et s’efforçaient d’exterminer les chevaux de leurs poursuivants. Sans s’en préoccuper, Kershaw souffla de toutes ses forces dans son instrument, en priant pour qu’il soit efficace. Le son suraigu qu’il en tira déchira les tympans de toutes les personnes présentes. Jeff et Andy se plaquèrent les mains sur les oreilles, et Mac Byrne poussa un gémissement pitoyable ; même Hans et Bill, qui pourtant étaient assez éloignés, furent incommodés par le son strident, au point de cesser leur fusillade pendant un moment.

Mais le sifflement eut un effet immédiat : le démon de fumée interrompit subitement sa besogne, et se retourna d’un bloc vers Kershaw. Il semblait furieux, pour autant qu’une telle monstruosité pût laisser transparaître des émotions. Lentement, la créature éthérée avança un de ses bras interminables pour saisir le chasseur qui continuait de siffler, de plus en plus fort. Mais le pouvoir du sifflet du Dragon fut plus puissant : des volutes de fumée s’élevèrent du corps de la chose qui sembla se tordre de douleur, puis elle se mit à se désagréger. Kershaw ne s’arrêta pas de siffler avant qu’elle se soit complètement dissipée dans l’air.

Alors, il tomba à genoux, à bout de force ; ses lèvres s’entrouvrirent et laissèrent le sifflet tomber par terre. Le chasseur avait dû retenir sa respiration pendant un long moment pour pouvoir vaincre l’invocation. Et d’une certaine manière, le sifflet du Dragon tirait son pouvoir de l’énergie de celui qui l’utilisait. Tout en avalant bruyamment de larges goulées d’air, il ramassa le précieux objet et le rangea dans une des poches de son imperméable.

De nouvelles détonations se firent alors entendre. Un instant déstabilisés par le son du sifflet du Dragon et par la défaite soudaine du démon de fumée, le balafré et l’Allemand reprenaient maintenant leur attaque. La monture de Kershaw s’écroula, frappée mortellement de plusieurs tirs. Andy et Mac Byrne, qui avait fini par se relever, ripostèrent avec leurs carabines, mais sans grand succès, tandis que Jeff allait porter secours à Tom.

Maintenant, il fallait s’occuper des deux tireurs. À peine remis de ses efforts, Kershaw courut en titubant jusqu’au cadavre de sa jument, et sortit son fusil de son étui. C’était un fusil Sharps, à un coup, conçu pour la chasse au bison, qui pouvait foudroyer un bestiau d’une tonne à un quart de mile. Probablement le fusil de chasse le plus puissant qu’on pût trouver au monde.

Un nouveau coup de feu claqua dans le lointain. Andy s’écroula sur le sol. Kershaw se retourna vers l’origine du tir, et aperçut les deux hors-la-loi qui les canardaient, à un peu moins d’une centaine de mètres de là. L’un d’entre eux était plus exposé que l’autre. Il épaula son arme monstrueuse, visa soigneusement et fit feu sur lui.

Le balafré s’écroula, frappé en pleine poitrine. L’Allemand lui jeta un regard rapide puis sauta sur son cheval, sans s’attarder à secourir son camarade. En voyant le trou béant qu’avait fait la balle, il avait tout de suite compris qu’il n’y avait plus rien à faire pour lui. Éperonnant sa monture, il rejoignit son chef à bride abattue.

Kershaw ouvrit la culasse de son fusil et remplaça la douille par une nouvelle cartouche. Plissant les yeux, il fouilla le paysage désertique du regard. Les silhouettes fugitives de deux cavaliers apparurent au sommet d’une petite butte. Vif comme l’éclair, Kershaw tira au jugé dans leur direction.

En pleine course, le cheval de Logan s’écroula, transpercé par la balle du fusil à bison. Son cavalier fut projeté vers l’avant et s’étala la tête la première sur le sol parsemé de cailloux pointus. Aussitôt, l’Allemand fit demi-tour et revint à la hauteur de son chef. Le sorcier se releva en un clin d’œil et sauta en croupe. Il s’était remis de sa chute à une vitesse stupéfiante.

Kershaw tira une troisième fois, mais la balle s’écrasa à quelques pas de sa cible. Le chasseur rechargea rapidement son arme et l’épaula à nouveau. Mais cette fois-ci, il ne tira pas. Même pour un tireur de son acabit, atteindre une cible mouvante à cette distance relevait de l’exploit. De rage, il jeta son fusil à terre et regarda les fuyards disparaître dans le lointain.



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* * *


Une demi-heure plus tard, au campement, on faisait le bilan de l’attaque : la blessure de Mac Byrne était sans gravité, mais Andy était mort, le crâne fracassé, et Tom, sur lequel l’invocation s’était acharné, avait sombré dans un semi-coma. De plus, trois chevaux gisaient sur le sol, fauchés par les balles adverses. Et même si Mac Byrne avait pu récupérer la monture du bandit mort, c’était une lourde perte. Sans paraître se préoccuper de ces pertes, Kershaw réfléchissait à haute voix en se caressant la barbe :

« Ils n’ont plus qu’un seul cheval. Il s’épuisera vite. Nous les rattraperons rapidement… Cette fois, nous les tenons !»

En entendant ces paroles, Jeff, qui fouillait les poches d’Andy à la recherche d’objets de valeur, releva la tête :

« Les poursuivre ? Comment ? Nous n’avons plus que trois chevaux. »

Kershaw leva un sourcil interrogateur.

« Moi, toi, et l’Écossais, dit-il en comptant sur ses doigts. Ça fait trois hommes pour trois chevaux. Où est le problème ?
- Et Tom ? On ne va quand même pas le laisser là ? »

Sans un mot, Kershaw descendit de cheval, s’avança jusqu’au blessé qui gémissait doucement, et se pencha sur lui. Il l’observa un instant en silence, puis déclara :

« Tom est condamné. Je suis bien placé pour le dire ; j’ai été blessé par une créature de ce genre il y a trois ans. J’ai souffert comme un damné pendant deux semaines, et pourtant, j’étais dix fois moins atteint que lui. Alors, au point où il en est, mieux vaut abréger ses souffrances… »

Joignant le geste à la parole, Kershaw dégaina son Smith & Wesson, l’arma et l’appliqua sur la tempe du moribond. Mais alors qu’il s’apprêtait à appuyer sur la détente, la voix de l’Écossais l’interrompit :

« À votre place, je ne ferais pas ça… »

Kershaw se retourna. Mac Byrne le tenait en joue avec son revolver. Jeff se tenait derrière lui, sa Winchester prête à l’emploi.

« Jetez votre arme sur le sol, my lord, et reculez de quelques mètres, poursuivit-il. »

Kershaw jaugea les deux hommes du regard. Si Jeff semblait hésitant, le visage de l’Écossais annonçait clairement sa détermination. Il n’y avait pas d’autre alternative que de s’exécuter. Kershaw laissa tomber son revolver dans le sable et s’en éloigna de quelques pas. Mac Byrne esquissa un sourire de satisfaction et alla ramasser l’arme. De son coté,

« Bien. Maintenant que vous êtes devenu raisonnable, nous allons pouvoir discuter. D’abord, laissez-moi vous dire qu’il est hors de question d’abandonner Tom. Vous nous dîtes qu’il n’a aucune chance, mais je vous crois bien capable de mentir pour vous débarrasser d’un poids mort. Et même si c’était vrai, je m’y opposerais aussi. Pas question d’abandonner un blessé, c’est un principe. »

Mac Byrne fit une pause, à la fois pour reprendre sa respiration et pour observer les réactions de Kershaw. Celui-ci restait impassible. Apparemment, il avait compris qu’il était inutile de discuter avec l’Écossais.

« Ensuite, je n’aime vraiment pas la tournure que prennent les évènements, reprit-il. Quand vous nous avez engagés, vous n’aviez pas précisé que nous allions affronter des invocations insensibles aux balles. Je veux bien affronter des bandits sanguinaires, des indiens déchaînés ou n’importe quoi de naturel, mais des choses pareilles, plus jamais. Je ne voudrais pas passer pour un froussard, mais même à Chickamauga, je n’avais pas eu aussi peur que cette nuit. Bref, libre à vous de continuer cette chasse à l’homme, mais Jeff et moi, nous repartons pour Salt Lake City. Et nous emmènerons Tom, par la même occasion. Ce pauvre diable a besoin d’un docteur. »

Il fit une nouvelle pause. Kershaw était toujours silencieux, mais on pouvait lire une fureur croissante dans son regard.

« Et donc, my lord, vous m’en voyez navré, mais nous allons être obligés de vous laisser sans monture. »

Cette fois, Kershaw laissa éclater sa rage. Même si le Grand Bassin n’était pas l’endroit le plus inhospitalier au monde, c’était tout de même un territoire vraiment hostile. Par le passé, dans cette région, des explorateurs n’avaient survécu qu’en buvant le sang de leurs montures, et un convoi de colons avait même dû recourir au cannibalisme. Alors, abandonner un homme seul et sans cheval… C’était pratiquement un meurtre…

« Si tu veux vraiment te débarrasser de moi, espèce d’écossais galeux, pourquoi tu ne me descends pas tout simplement ? C’est moins douloureux et c’est plus rapide.
-Vous abattre comme un chien ? Désolé, ce n’est pas mon genre. Mais ne soyez pas si ingrat : nous allons vous laisser quelques réserves d’eau et votre damné baril qui nous a encombré inutilement depuis le début. Nous allons même vous laisser vos armes… Une fois que nous nous serons suffisamment éloignés, bien entendu. Nous ne voudrions pas qu’il vous prenne l’envie de vous en servir avant que nous soyons hors de portée. Mais un cheval, ce n’est pas possible. »

Mac Byrne se tut. Kershaw ne répondit rien. Sur un signe de l’Écossais, Jeff attacha Tom sur l’un des chevaux et le recouvrit d’une couverture pour lui éviter la brûlure du soleil. Ensuite, il se mit à charger leur équipement. Pendant ce temps, Mac Byrne surveillait étroitement Kershaw. Celui-ci observait une stricte immobilité depuis la fin de la conversation. Impassible, fièrement dressé, il semblait défier les deux hommes du regard.

Quand ils levèrent le camp, il était toujours immobile. Quand ils s’arrêtèrent pour déposer ses armes comme promis, ils se retournèrent et virent qu’il était toujours au même endroit, pour autant qu’ils pouvaient en juger à une telle distance. Il resta sans bouger d’un cil jusqu’à ce qu’ils soient complètement hors de vue.

Alors, il hurla de rage.


* * *


Indifférent aux vautours qui tournoyaient dans le ciel, Kershaw continuait inlassablement sa route, marchant aussi vite que son barda le lui permettait. Il n’avait emporté que ce qu’il avait jugé indispensable pour mener à bien sa traque : ses armes, le sifflet du Dragon, les réserves d’eau disponibles, et le baril de pétrole. Porter ce strict nécessaire était pour lui une vraie torture. Mais il devait continuer à tout prix.

La piste laissée par l’unique monture des hors-la-loi indiquait qu’elle aussi était à bout de force. Ils seraient bientôt obligés de faire halte pour qu’elle ne meure pas d’épuisement. S’il parvenait à les rattraper et à les tuer, il pourrait s’emparer de leur monture, et ses chances de survie s’amélioreraient. C’était un espoir bien maigre. Mais c’était la seule option possible, à part attendre un miracle.

Il s’arrêta un instant pour reprendre son souffle et boire quelques gorgées d’eau. Malgré le soulagement que cela lui procura, il se sentit gagné par une lassitude invincible. La chaleur du soleil le cuisait à petit feu ; ses pieds, endoloris par la marche harassante, n’étaient que souffrance. Pendant un instant, il eut envie de se laisser tomber sur le sol et d’y attendre la mort.

Kershaw se reprit rapidement. Il ne fallait pas céder au découragement. S’il avait atteint les limites de son corps, et bien, il allait les dépasser. Si la douleur le torturait, et bien il allait l’ignorer. Il se remit en route, plus décidé que jamais. Tout son être se concentrait maintenant sur un seul but : avancer encore et encore le long de la piste. Il ne fallait pas penser aux vautours qui volaient en cercle au-dessus de sa tête, ni au soleil qui le rôtissait lentement, ni à la distance qui le séparait de la ville la plus proche, ni aux réserves d’eau qui s’épuisaient. Il ne fallait penser qu’à la piste ; le reste n’existait pas.



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   Réponse au Sujet 'La dernière chasse de Lord Kershaw, version 1.0' a été posté le : 16/10/06 12:57
* * *


Logan scrutait l’horizon avec ses jumelles. Derrière lui, Hans donnait à boire à leur bête complètement épuisée. Après deux heures de chevauchée, ils avaient fait halte dans un petit massif rocheux, signe qu’ils approchaient des montagnes de la Sierra Nevada. Du point de vue du sorcier, ils étaient encore trop proches de leurs poursuivants pour s’arrêter sans risque, mais leur unique monture ne pouvait vraiment pas aller plus loin. S’attendant à chaque instant à voir surgir les cavaliers, il était complètement absorbé par sa tâche. Quand la voix de l’Allemand retentit dans son dos, il sursauta.

« Chef… dit-il d’une voix mal assurée.
- Quoi ? rétorqua le sorcier, irrité d’avoir été dérangé si brusquement.
- Je suis presque à court de munitions…
- Et bien, prends-en dans la réserve, idiot !
- Oui, mais c’est que… C’était Bill qui la transportait… Et sur le coup, je n’ai pas pensé à la récupérer… »

Logan retint un cri de rage. Lui-même n’avait qu’une faible quantité de munitions, tout juste suffisante pour sa consommation personnelle, qui n’était pas très élevée. Sans la réserve que transportait le balafré, ils n’auraient certainement pas assez de cartouches pour soutenir un combat. Bien sûr, Logan pouvait toujours recourir à la magie, mais Kershaw avait montré qu’il disposait d’une défense assez efficace. Et de toutes manières, faire appel à ses pouvoirs magiques l’épuisait.

Pas de doute, si les poursuivants survenaient, la situation deviendrait critique. Heureusement, il n’y avait rien à signaler. Peut-être avaient-ils renoncé à la poursuite, en fin de compte.

Logan commençait à s’en persuader quand un point sombre apparut tout à coup à l’horizon. Le sorcier se figea, comme un chien tombant en arrêt. Après quelques secondes d’observation, l’anxiété qui se lisait sur son visage s’effaça au fur et à mesure que s’y inscrivait un petit sourire cruel. Enfin, il laissa échapper un petit ricanement.

« Le diable m’emporte si j’y comprends quelque chose, mais on dirait bien que le destin nous fait un cadeau royal ! »

Et pour cause : à la place des cavaliers qu’il redoutait, il n’y avait que Lord Kershaw, seul, à pied, et épuisé par sa longue marche. Il suffisait juste de s’installer confortablement dans les rochers et d’attendre patiemment qu’il arrive à portée de tir. Il serait une cible idéale pour les hors-la-loi embusqués dans les rochers. Un vrai jeu d’enfant.


* * *


Kershaw n’échappa à la mort que grâce à une chance extraordinaire. Le hasard voulut qu’au moment opportun, il relevât la tête et aperçoive alors un éclat de lumière parmi les rochers. Il réalisa en un quart de tour qu’il s’agissait d’une arme sur laquelle se reflétait le soleil. Le chasseur fit un bond de coté une fraction de seconde avant que Logan ne presse la détente. La balle s’écrasa sur le sol à quelques mètres derrière sa cible. Il avait évité le premier tir, mais d’autres allaient bientôt venir. Il lui fallait trouver un abri au plus vite. À une trentaine de mètres sur sa droite, un grand rocher rouge, un peu moins haut qu’un homme de taille normale et long d’environ trois mètres, lui offrait une protection acceptable. Rassemblant toute son énergie, il s’élança dans sa direction. Quelques secondes plus tard, après une course effrénée sous une grêle de balles, il s’écroula derrière le roc providentiel, à bout de force.

Là, il put se reposer en toute quiétude, en s’étonnant d’être encore indemne. Après avoir repris son souffle, il risqua un bref regard par-dessus le rocher. Les deux hors-la-loi étaient eux aussi parfaitement à couvert ; il lui fallait donc gagner une nouvelle position pour pouvoir les atteindre. Il jeta un coup d’œil aux alentours. Il n’y avait aucun abri possible à proximité du rocher rouge ; impossible de le quitter sans s’exposer au feu adverse. Kershaw songea un moment à tenter le coup, puis renonça ; il avait suffisamment tenté le diable pour aujourd’hui. Et même en admettant qu’il réussisse à se mettre à couvert, rien ne lui certifiait que Logan allait sagement attendre qu’il vienne lui régler son compte.

Mais il ne pouvait pas non plus rester indéfiniment à cet endroit. Le rocher rouge le protégeait des carabines de ses adversaires, mais pas de la brûlure du soleil. Au vu de la chaleur et de l’épuisement de ses réserves d’eau, il serait complètement desséché avant le soir. Le chasseur se remit à examiner les rochers où étaient embusqués les deux bandits. Il fallait à tout prix qu’il trouve un moyen de les atteindre.

Il le trouva.



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Ourgh

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* * *


Bien que les évènements ne s’étaient pas déroulés exactement comme il l’avait prévu, Logan était assez satisfait de lui. Bien sûr, ils n’avaient pas réussi à le tuer, mais Kershaw était maintenant piégé derrière son abri. Il n’y avait plus qu’à s’assurer qu’il reste derrière son rocher et à laisser la soif se battre à leur place.

Soudain, il vit quelque chose remuer. Le chasseur avait saisi son fusil et le pointait approximativement dans la direction des deux hors-la-loi.

La balle s’écrasa sur la paroi rocheuse qui se trouvait à quelques mètres sur leur gauche. Logan regarda la trace de l’impact avec perplexité. Kershaw était un tireur d’élite. À cette distance, sa balle allait où il voulait qu’elle aille. S’il touchait cette paroi, c’est qu’il l’avait prise pour cible. Ça n’avait aucun sens.

Le sorcier se remit à observer son adversaire. Il braquait son arme dans la même direction que précédemment, mais il semblait s’être légèrement déplacé. Quand il fit feu, le tir frappa le rocher à moins de vingt centimètres du premier impact. Maintenant, c’était sûr : soit Kershaw devenait fou, soit il avait quelque chose en tête.

Le chasseur recommença son manège, mais cette fois, la balle suivit une trajectoire différente : au lieu d’achever sa course sur la paroi rocheuse, elle ricocha dans la direction des deux bandits et s’écrasa finalement à quelques centimètres de la botte de l’Allemand. Décidément, Kershaw ne manquait pas de ressource. Remarquer que cette paroi avait l’inclinaison adéquate pour faire rebondir les balles sur eux n’était pas à la portée du premier venu.

Logan se mit à réfléchir. Cette tactique était vraiment désespérée : la probabilité qu’une balle parvienne à toucher Hans ou lui-même de cette manière était extrêmement faible. Mais il ne voulait ni abandonner sa position idéale, ni rester là à attendre que le chasseur ait épuisé ses munitions ou ses forces. Le sorcier conclut donc que la meilleure chose à faire était d’essayer d’éliminer Kershaw. Il fit signe à son complice de s’approcher.

« Hans, tu vas descendre par ce coté-ci, dit-il en lui indiquant le chemin du doigt, puis tu ramperas jusqu’à cette petite crevasse, là-bas, en tâchant de ne pas te faire voir. Ensuite, je me chargerai de te couvrir pendant que tu fonceras jusqu’au rocher rouge. Et là, tu me le massacres.»

L’Allemand fronça les sourcils. Il n’avait manifestement pas envie de s’exposer.

« Chef, répondit-il enfin, je crois qu’il vaut mieux filer d’ici. Notre cheval s’est reposé, nous le sèmerons facilement. Il est seul et à pied, il crèvera rapidement de soif. Pourquoi nous en soucier. »

Logan hésita un moment. Ce plan n’était pas vraiment mauvais, mais il ne lui plaisait pas du tout.

« Pas question ! Ce gars-là est un vrai démon et je ne serai pas tranquille avant de l’avoir vu mort. J’en ai marre que ce soit lui le chasseur et moi le gibier. Pour une fois que les rôles sont inversés, je compte bien en profiter pour m’en débarrasser une bonne fois pour toute. Et puis, nous avons besoin de ses munitions. »

Hans n’était guère enchanté, mais se plia tout de même à la décision de son chef. En maugréant, il alla auprès de son cheval et fouilla dans ses fontes. Il en sortit un couteau de chasse à large lame.

« Ah oui ! Une dernière chose : avant de partir, donne-moi ton revolver et les munitions qui te restent. »
Devant l’air intrigué de son complice, il ajouta :
« Réfléchis un peu : tu vas l’affronter au corps à corps. Ton couteau te sera plus utile qu’une arme à feu. Tandis que moi, pour te couvrir, j’aurais besoin de chaque cartouche disponible. »

Et bien sûr, il y avait une autre raison que Logan se garda bien de révéler : il avait finalement décider de se débarrasser de son camarade aussitôt que Kershaw aurait été éliminé ; il lui en voulait beaucoup pour avoir oublié la réserve de munitions, et il voyagerait plus vite sans lui. Ainsi désarmé, il serait facile de lui régler son compte.

Hans hésita un instant, puis délaça son ceinturon et le lança au sorcier, qui l’attrapa au vol. Sa cartouchière presque vide fit le même trajet quelques secondes plus tard. Après quoi, il descendit du massif par le chemin détourné que lui avait indiqué son chef, hors du champ de vision du chasseur. Il arriva à la crevasse qui lui permettrait de passer inaperçu pendant encore quelques mètres. Avant de s’y engager, il abandonna son chapeau, qui risquait de le faire remarquer.

Il évalua la distance qu’il lui restait à parcourir, une vingtaine de mètres environ. Il adressa un signe discret à son chef pour lui signifier qu’il était prêt. Logan ouvrit le feu aussitôt. Il avait un revolver dans chaque main et s’en servait tour à tour, faisant pleuvoir les balles de façon presque continue. Cette grêle de projectiles obligea Kershaw à se recroqueviller derrière le rocher. C’était le moment d’y aller. Le chasseur ne pouvait pas le voir, et avec tout ce raffut, il ne pouvait pas non plus entendre sa cavalcade.

Hans s’élança ; quelques secondes plus tard, il s’aplatissait au pied du rocher rouge. Au même instant, le sorcier cessait le feu. Hans retint son souffle. Dans le silence qui avait fait suite au vacarme, le bruit de sa respiration lui semblait assez fort pour éveiller l’attention de son adversaire.

Il entendit un faible choc au-dessus de sa tête. Levant les yeux, il vit le canon du fusil à bison qui dépassait du sommet du rocher ; maintenant que le feu avait cessé, Kershaw se remettait au travail, sans se douter qu’un de ses adversaires était tapi à moins d’un mètre de lui. Pendant un instant, l’Allemand fut tenté de lui arracher l’arme des mains, puis, il changea d’avis. Mieux valait contourner le rocher et attaquer le chasseur par surprise. Il rampa avec de grandes précautions jusqu’à l’une des extrémités du rocher oblong. Dans son dos éclata une détonation assourdissante. Kershaw venait de décharger son fusil. C’était le moment idéal pour passer à l’assaut.

Poussant un hurlement féroce, Hans bondit sur sa proie, poignard en main. Instinctivement, Kershaw brandit son fusil pour se protéger. Le geste était mal ajusté, mais il parvint à dévier le coup de couteau. Sans laisser à son adversaire le temps de souffler, l’Allemand enchaîna aussitôt par une autre attaque, tentant de lui trancher la gorge. Kershaw se baissa et la lame ne fit que transpercer son chapeau. Il riposta ensuite par un coup d’épaule, dans lequel il mit toute sa force. Hans le reçut dans le thorax et tomba à la renverse.

« Schweinhund, siffla-t-il rageusement en se relevant »

Lâchant son fusil, Kershaw tenta de saisir son six-coups, mais son adversaire fut plus rapide. À peine sa main s’était-elle refermée sur la crosse de son arme qu’il reçut de plein fouet l’Allemand qui s’était jeté sur lui de tout son poids. Tous deux roulèrent à terre.

Une lutte féroce s’engagea. Hans s’efforçait de poignarder Kershaw dans le flanc, et Kershaw s’efforçait de dégainer son revolver. Tous deux se tortillaient sur le sol, sans que l’un ou l’autre parvienne à prendre l’avantage. En temps normal, le chasseur, plus grand et plus musclé, se serait débarrassé sans problème de son adversaire ; mais après sa marche éreintante, il lui restait à peine la force de résister.

Au hasard de la bagarre, Kershaw aperçut du coin de l’œil une forme sombre qui bondissait dans les rochers. Logan accourait prêter main-forte à son camarade. Pour l’instant, il était ralenti par le terrain rocailleux, mais il arriverait bientôt sur une surface moins accidentée. Il était donc vital se débarrasser de l’Allemand au plus vite.

Dans un effort surhumain, il se releva, projetant Hans à terre. Maintenant libéré de son emprise, il dégaina son revolver. L’instant d’après, il le braquait vers le visage de l’Allemand qui repartait déjà à l’assaut. Implacablement, il appuya sur la détente. Tirée presque à bout portant, la balle fit exploser la boîte crânienne de l’infortuné, projetant sang et bouts de cervelle à la ronde.

Juste à temps. Le sorcier était maintenant tout proche. Pour lui faire face, Kershaw s’avança en rampant vers l’une des extrémités du rocher rouge. Une douleur cuisante lui élança soudain la jambe droite. Il baissa les yeux et y découvrit, profondément enfoncé dans sa cuisse, le poignard de l’Allemand. Avant de mourir, il le lui avait lancé dans un ultime effort.

Surmontant sa souffrance, il se redressa de toute sa hauteur. Logan fit feu sur lui, mais, dans sa précipitation, son tir manqua sa cible de quelques centimètres. Ce fut ensuite au Smith & Wesson de Kershaw d’aboyer. À cinq reprises. Lorsque les détonations se turent, cinq trous écarlates ornaient la chemise du sorcier. Mais celui-ci se tenait toujours debout, impavide, son Remington pointé sur son ennemi juré, comme si les balles n’avaient fait que l’effleurer. Pendant un court moment, Kershaw crut l’avoir raté.

Mais au bout de quelques secondes, le bras de Logan fut agité de tremblements, de plus en plus violents. Un instant plus tard, sa main s’ouvrait, laissant glisser son arme par terre. Puis le sorcier tomba sur ses genoux, le visage convulsé. Le goût de la victoire revint dans la bouche du chasseur.

Ce fut alors que Logan se mit à crier.

C’était un hurlement rauque, inhumain, qui ne ressemblait à rien de connu. Kershaw se sentit défaillir ; ce cri lui vrillait l’âme et le faisait souffrir au plus profond de son être. Selon toute vraisemblance, le hors-la-loi tentait un dernier coup de magie.

Son revolver était vide, son fusil trop loin, et Kershaw se sentait trop faible pour utiliser le sifflet du Dragon. Il se rabattit sur la seule arme qu’il avait à sa disposition. Il extirpa le poignard de l’Allemand de sa cuisse, où il était encore planté ; le sang coula à flots redoublés aussitôt que la lame fut retirée. Indifférent à la douleur qui lui engourdissait la jambe, il s’élança en boitillant sur son adversaire, qui criait toujours. Un seul coup lui suffit pour lui trancher la gorge. Le hurlement s’acheva dans un gargouillement écoeurant, et Logan s’écroula sur le sol, inerte, le regard vide. Il était temps. Kershaw était à deux doigts de perdre conscience.

Enfin, le sorcier était mort. Du moins, pour l’instant.



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   Réponse au Sujet 'La dernière chasse de Lord Kershaw, version 1.0' a été posté le : 16/10/06 13:02
Délaissant le cadavre de son ennemi, Kershaw se mit à examiner sa jambe meurtrie. La blessure était profonde et saignait beaucoup. Il déchira un pan de sa chemise pour se confectionner un garrot de fortune. C’était tout ce qu’il pouvait faire. Si la gangrène le laissait tranquille, il pouvait s’en tirer.

Maintenant que ce problème était résolu, Kershaw. Il fallait maintenant procéder à la crémation du corps. Le chasseur de primes retourna en boitant derrière le rocher rouge. Le baril de pétrole était toujours là, intact. Une chance qu’il n’ait pas été percé au cours de la bataille. Il aurait suffit d’une seule balle mal placée pour que tous ces efforts eussent été vains.

Il le souleva, mais le reposa presque aussitôt ; il était tellement exténué qu’il n’avait plus la force pour le porter. Il le fit donc rouler jusqu’à la dépouille du sorcier. Il fit sauter le bouchon et répandit une bonne rasade de pétrole sur le cadavre ; si cela ne suffisait pas pour détruire le corps, il recommencerait l’opération. Il fouilla ensuite ses poches à la recherche d’allumettes et se souvint brusquement les avoir laissées au campement. Pendant quelques secondes, il maudit sa négligence, croyant n’avoir aucun moyen de mettre le feu à la dépouille. Puis, il lui vint à l’esprit que Logan possédait certainement de quoi allumer ses cigarettes. Il fouilla frénétiquement les poches de son ennemi et mit rapidement la main sur un briquet.

Quelques secondes plus tard, le corps flambait joyeusement. Kershaw recula de quelques pas, s’assit par terre, et se mit à contempler les flammes d’un œil morne. Maintenant que l’euphorie de la victoire s’était dissipée, le chasseur se sentait gagné par une extrême lassitude. Bien sûr, les efforts qu’il avait déployés avaient épuisé toutes ses ressources physiques. Mais il y avait plus que de la fatigue.

Logan s’était révélé être la proie la plus coriace, la plus dangereuse, et la plus excitante qu’il ait jamais rencontré. Pendant trois ans, le traquer avait été son seul objectif. Maintenant qu’il était enfin anéanti, Kershaw se sentait déboussolé. Sa volonté semblait l’avoir totalement abandonné.

Perdu dans ses réflexions, le chasseur ne remarqua pas que les flammes qui rongeaient lentement la dépouille du sorcier avaient pris soudainement une curieuse teinte. Ni que la fumée qui s’en élevait formait un nuage de forme inquiétante, qui ne se déplaçait pas dans le sens du vent.

Il ne le remarqua pas avant qu’il soit sur lui.

* * *


Deux semaines plus tard, Kershaw, amaigri, épuisé, meurtri, mais vivant et en bonne santé, était de retour à Salt Lake City. Les habitants l’accueillirent en héros : non seulement, il avait débarrassé le pays d’un de ses plus grands gibiers de potence, mais encore, le fait qu’il ait survécu à de telles épreuves en étonnait plus d’un.

Mais ce qui était le plus surprenant, du moins pour ceux qui le connaissaient, c’était les changements qui s’étaient opérés en lui. Il était plus enjoué, plus convivial ; il n’avait plus rien de commun avec l’être asocial qu’il était auparavant. Tous s’accordèrent à dire qu’il était maintenant un autre homme.

Et ils avaient raison.


C'EST FINI



Voilà donc ma contribution au PLC III, telle qu'elle fut présentée au jury. A mon sens, certaines parties mériteraient d'être plus développées, mais vu que j'ai un poil dans la main et que je manque de temps libre, ce remaniement n'est pas pour tout de suite, et il faudra vous contenter de la version 1.0, qui était finalement pas si mal que ça vu qu'elle a réussi à décrocher la troisième place.

Quoiqu'il en soit, bonne lecture à tous et n'oubliez pas de lâcher vos coms.



Dernière mise à jour par : Ourgh le 16/10/06 13:10

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   Réponse au Sujet 'La dernière chasse de Lord Kershaw, version 1.0' a été posté le : 16/10/06 16:30
Très sympathique, avec de gros morceaux de destinée dedans. Les combats ont une vrai ambiance "western", pas les western cinématographique mais les pulps de la collection WESTERN, justement, entre autres. Tu en as déjà lus ?

Les personnages sont bien vus et bien tranchés, du tout bon.

Je t'envoie un MP avec quelques remarques que les autres n'ont pas besoin de lire.



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   Réponse au Sujet 'La dernière chasse de Lord Kershaw, version 1.0' a été posté le : 17/10/06 08:10
Non, je n'ai jamais lu de pulps de western. En revanche, j'ai lu les aventures de Jake Bird par Mark Sumner (dont j'ai parlé ici), qui m'ont diablement inspiré pour l'occasion (ceux qui connaissent relèveront même un ou deux détails qui en sortent tout droit).


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   Réponse au Sujet 'La dernière chasse de Lord Kershaw, version 1.0' a été posté le : 17/10/06 09:14
J'aime beaucoup.
Et puis, y'a du Mythe dedans.
Et des zombies.
Et des flingues.

Tiens, tu a joué à Deathland, à tout hasard ?
Cela me parait un univers idéal pour ce genre de récits... Enfin, je crois, j'ai jamais joué à Deathland pour ma part, juste lu quelques alléchant descriptifs.

Amusant comme le western se mèle bien au fantastique (citons Le Pistolero de King, pour un autre auteur du Maine...)
J'adore la conclusion, même si elle est un poil prévisible pour les Lovecraftiens.


--------------------
"L'Infini ?
...Prenez la taille de mon ego et ça vous paraîtra petit..."

Aerth, récits fantastiques
...Et en plus il écrit et il blog...


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   Réponse au Sujet 'La dernière chasse de Lord Kershaw, version 1.0' a été posté le : 17/10/06 10:25
Citation :
Tiens, tu a joué à Deathland, à tout hasard ?
Cela me parait un univers idéal pour ce genre de récits... Enfin, je crois, j'ai jamais joué à Deathland pour ma part, juste lu quelques alléchant descriptifs.


Malheureusement, je n'ai jamais joué à Deadlands, le western-spaghetti avec supplément tentacules. Je me suis bien mis à la recherche du livre des règles il y a quelque temps de cela, mais pour se procurer un jeu de rôle épuisé à Mulhouse (et je ne parle pas de Belfort), il faut se lever tôt, voire même ne pas se coucher du tout. Maintenant que je suis à Strasbourg, j'aurais sans doute plus de chance.

Citation :
Amusant comme le western se mèle bien au fantastique (citons Le Pistolero de King, pour un autre auteur du Maine...)


Le Western-fantastique est en effet un genre que je trouve succulent, bien que malheureusement assez peu répandu. En matière de romans, je n'ai lu que la Tour Sombre et les aventures de Jake Bird, et du coté de la bande dessinée, les aventures de Jim Cutlass ou encore la série W.E.S.T. (dont le troisième tome récemment paru ne m'a pas semblé à la hauteur des deux premiers albums).

En dehors de ça, je n'ai rien trouvé. Si quelqu'un connaît d'autres oeuvres de ce genre, je suis preneur.



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Membre Lord of Graveyards   Réponse au Sujet 'La dernière chasse de Lord Kershaw, version 1.0' a été posté le : 17/10/06 19:20
Ouai'p ! Pour sûr, c'est un western fantastique pas piqué de hannetons ! C'est rythmé, c'est enlevé, c'est bourré des bons vieux clichés du genre western, avec des vrais morceaux de sorcier dedans... ça sent la poudre et le vaudou. C'est très dépaysant.

Merci Ourgh.


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:dem3
L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !


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