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[PLC 2006] Les spectres n'existent pas a été posté le : 15/10/06 23:52
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LES SPECTRES N’EXISTENT PAS
Un vent léger soufflait des cimes lointaines, et le soleil d’automne versait à travers les branchages dénudés une pâleur jaune. Sous les hauts arbres du bois, d’un pas calme et encore résolu, s’avançaient trois chasseurs, leurs carabines à la main. Aucune gibecière ne battait leurs flancs, mais l’un d’eux portait une sacoche lourde de provisions. Ils allaient nu-tête, les doigts serrés fermement sur leurs armes, sans chercher à dissimuler leurs pas sous lesquels le tapis de feuilles sèches craquait continûment. Leur proie, ils le savaient, n’avait pas peur d’eux. Et ils savaient aussi qu’elle avait raison.
En tous les trois se lisait une jeunesse angoissée et fébrile, dissimulée sous un courage emprunté. Ils entraient adolescents dans la forêt d’où ils ressortiraient homme, ou ne ressortiraient pas. Le plus jeune pouvait avoir quinze ans, l’aîné dix-sept ans à peine. Ce dernier était aussi le plus grand et le plus fort, un robuste garçon aux épaules puissantes, aux muscles épais. La veille son père lui avait confié, en privé " Tu es fort, Andrew. Et brave. Dieu sait que je suis fier de toi. Mais écoute-moi : pendant la chasse…"
Andrew s'était tu, gêné, il s'était réfugié dans un silence attentif, aussi lourd et obstiné qu'il l'était. Personne ne parlait de la chasse d'habitude. Le vieux paysan aux cheveux gris avait baissé la voix pour continuer.
" Pendant la chasse, c'est sur ton fusil que tu dois compter. Tu n'es pas assez fort contre ces créatures, non, pas assez fort. Souviens-toi toujours que vous ne pouvez espérer les tuer qu'avec un fusil. Vous êtes trois, protégez-vous les uns les autres, regardez tout autour de vous parce qu'ils peuvent surgir de n'importe où. Ne commets pas d'imprudence, mon fils. Fais attention à toi."
Il n'avait rien répondu. Il n'avait jamais su quoi répondre, surtout à son père. Parfois lorsque personne ne pouvait l'entendre, il avait envie de crier pour chasser de lui tout ce qu'il avait toujours eu au fond de son cœur sans jamais pouvoir le faire comprendre à personne ni même à lui-même. Mais il n'avait jamais su quoi crier non plus.
Jesse, qui était presque aussi âgé que lui, avait toujours su dire ce qu'il fallait dire, dans n'importe quelle situation. Face aux adultes ou parmi les autres enfants, d'un seul mot adroit il aboutissait toujours à ses fins. Et à l'école, quand les autres peinait, il comprenait tout dans l'instant ; aucune question du maître ne le laissait muet et honteux comme Andrew. Un jour peut-être serait-il lui-même instituteur, un homme important aux gestes graves et aux paroles sévères.
" Jesse, appela Andrew doucement, presque à voix basse, Jesse…"
Jesse regardait les branches, de longs rameaux fins qui dessinaient sur le gris pâle du ciel des formes lentement mouvantes. Dans leur maigreur enchevêtrée il était facile d'imaginer des formes terrifiantes, des spectres attentifs. Les spectres n'existent pas, se rappela Andrew. C'était autour d'eux qu'il fallait regarder, attentivement, dans toutes les directions. Sinon les créatures qu'ils chassaient se glisseraient silencieusement dans leur dos, s'approcheraient lentement et ils ne ressortiraient jamais de la forêt, comme certains groupes de chasseurs, parfois.
" Jesse, ne regarde pas les branches. C'est autour de nous qu'il faut regarder.
- Je ne les regardais pas, mentit Jesse.
- Peut-être qu'ils montent aux arbres, gémit Jack. Peut-être qu'ils montent aux arbres et qu'ils peuvent se laisser tomber sur nous pour nous tuer.
- Je ne pense pas, répondit Jesse.
- Tu ne penses pas ? Tu n'en sais rien,moi non plus et Andrew non plus ! Ils nous envoient dans cette chasse où l'on risque de mourir et ils ne nous ont rien dit, rien. Juste d'en tuer un et de revenir. Ils ne nous ont même pas dit à quoi ils ressemblent…"
C'était pour ne pas nous effrayer, avait deviné confusément Andrew. Un frisson courut le long de son dos.
" Ils ne nous ont rien dit ! Nous sommes en sécurité dans la vallée. Ils nous envoient ici pour rien, ils veulent nous faire mourir."
Jesse coula vers Andrew un regard consterné. Qu'allaient-ils pouvoir faire si Jack commençait à paniquer si près de la lisière du bois ? Parce qu'à quinze ans ce dernier était haut de six pieds et d'une audace qui confinait à l'insolence, les adultes avaient pensé qu'il pourrait accompagner Jesse et Andrew, pour lesquels il était plus que temps de devenir des hommes. Mais le danger, l'inconnu révélaient déjà chez lui la profonde et dégoûtante lâcheté que dissimulaient ses fanfaronnades adolescentes.
" Tu exagères, Jack. Il n'y a pas de raison que nous mourrions. Nos pères y sont arrivés, eux."
Eux, oui. Mais dans ce village tout le monde avait trois ou quatre tantes, et en général pas un seul oncle. C'est pour cela que les hommes avaient plusieurs épouses.
" Et Clifford ?"
Clifford était le frère aîné de Jack, l'un de ceux que personne n'avait jamais revus après qu'ils fussent entrés dans les bois.
" De toute façon ce n'est pas possible de rebrousser chemin. Peut-être qu'on le retrouvera, lui ou une trace de ce qui a pu lui arriver."
Bizarrement l'argument parut convaincre Jack. Il rajusta sur son épaule sa lourde besace et continua d'avancer. Andrew adressa à Jesse un remerciement muet auquel se mêlait une certaine inquiétude, et se remit lui aussi en marche. Jesse, avant de suivre ses deux compagnons, observa une dernière fois l'orée des bois qui se distinguait encore à cent mètres derrière eux, fenêtre gris acier du ciel entre le plombage des troncs dépouillés. Si près de la vallée et du village, il n'avait pas encore peur. Mais il savait que la peur viendrait, qu'elle grossirait à mesure qu'ils se rapprocheraient de son épicentre, à mesure que les nuits passeraient, à mesure qu'ils s'éloigneraient de tout aide, de toute humanité. Un instant le vertige de la peur à venir lui fit entrevoir la panique qui pourrait être la sienne, une terreur monstrueuse, énorme et noire, à la gueule béante. Puis il se ressaisit et avança vers l'épicentre de la peur. Si près de l'orée des bois, ils ne risquaient encore rien.
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Dernière mise à jour par : Nyxl le 25/03/07 20:43
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 15/10/06 23:53
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Derrière eux, de tronc en tronc, se coulait une ombre lourde mais discrète, extrêmement attentive. Ils croyaient progresser vers le danger mais c'était le danger qui se rapprochait d'eux, il les avait encerclés comme un cercle noir de nuit et de mort et il se resserrerait peu à peu. Si près de l'orée des bois, ils étaient encore en sécurité, mais déjà ils avaient refermés sur eux leurs mâchoires de pénombre brune, des mâchoires qui jamais ne lâchaient prise.
Les bois étendaient autour d'eux un silence extrême, comme si toute vie en eût été absente. Aucun autre pas que le leur ne faisait craquer les feuilles sèches sur le sol, aucun autre chant ne peuplait les branches décharnées que le murmure perpétuel du vent glacé. Malgré lui, Jesse se demanda ce dont se nourrissaient les créatures qu'ils chassaient. Elles mangent les imprudents qui s'aventurent dans les bois, pensa-t-il sans savoir si c'était vrai ou non.
" Nous ne savons même pas de quoi il ont l'air, glapit Jack brusquement, comment sommes-nous sensés les trouver ?
- Ce sont eux qui nous trouveront, répondit Jesse. Les adultes nous l'ont dit. Ils nous attaquerons et il faudra nous défendre."
Jack garda un silence craintif, hostile, et Andrew se mordit la lèvre pour ne pas le frapper. C'était déjà assez difficile de veiller sur soi-même sans qu'il complique encore les choses. Même dans son esprit dur, solide, imperméable, la peur commençait à s'infiltrer irrémédiablement ; et il lui semblait sentir qu'elle était plus forte encore chez Jesse, même si ce dernier parvenait à la dissimuler.
" Il faut avancer, lâcha-t-il d'un ton rauque.
- Andrew a raison, ajouta Jesse. Plus nous resterons ici, plus nous aurons peur."
Les bois tout autour d'eux étaient d'un aspect effrayant, avec leur silence immobile et leurs branches décharnées qui dessinaient sur le ciel glacé des spectres furtifs. Mais les spectres n'existaient pas. Le seul vrai danger était la peur.
" Il faut en trouver un, poursuivit-il ; il faut l'abattre ; et ensuite nous pourrons rentrer dans la vallée. Je suppose que nous devrons en rapporter une preuve ou…"
Sa phrase resta en suspens, dérisoire. Andrew, sans un mot, était reparti et il lui emboîta le pas.
" Jack, viens," lança-t-il en se retournant. Jack, qui était resté en arrière, sursauta et se rapprocha de ses compagnons, suivi au loin par un regard d'or roux.
Ils étaient encore trop proches de l'orée de la forêt, et leur proie, du profond de son instinct fauve, ressentait le danger de leurs armes. Mais elle n'avait qu'à attendre la nuit et la nuit suivante, et la nuit d'après. Peu à peu, sans le comprendre jusqu'à ce qu'il fût trop tard, les chasseurs deviendraient proies, et les proies prédateurs.
Quand le soir s'approcha, ils étaient encore loin des véritables contreforts de la montagne, loin des grands blocs rocheux qui, là où la pente s'accentuait, faisait surgir au milieu des arbres leur nudité grise de forteresses. Ils durent établir leur camp au milieu d'une assez vaste clairière ; les restes d'un vieux foyer leur firent juger qu'une expédition précédente s'y étaient arrêtée.
" J'ai peur, déclara Jack lorsque la nuit fut tombée, dans la pénombre ocre.
- Nous avons tous peur, répondit calmement Jesse. Mais justement nous devons vaincre et dépasser cette peur pour devenir des hommes, il n'y a aucune raison que nous n'y arrivions pas. Quand nos grands-pères sont arrivés toute la vallée appartenaient à ces créatures. Ils les en ont chassés avec les fusils, et elles se sont enfuies au cœur de ces bois. Avec les fusils nous ne courons aucun danger. Il faut juste que nous restions ensemble et que nous soyons attentifs."
Ils se partagèrent les tours de garde et, chacun à son tour, s'endormirent tandis qu'autour d'eux le danger éveillé attendait patiemment.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 15/10/06 23:54
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La matinée suivante fut silencieuse, longue, effrayante. Au rythme de leur pas hésitants, les branches lointaines se croisaient, tordant sur le ciel des silhouettes de spectres dont le regard ne parvenait pas tout à fait à dissiper l'illusion.
L'incident éclata vers midi, comme ils s'étaient arrêtés pour déjeuner sur les bords pierreux d'un petit ruisseau, surplombés par un de ces éperons de pierre qui commençaient à poindre en des arbres plus petits et plus noueux. Jesse, pour l'astiquer, avait démonté le magasin de son fusil, il replaçait désormais dans leur logement les cinq balles, bien alignées. Pourvu qu'Andrew soit au moins capable de compter jusqu'à cinq, pensa-t-il avec amertume. Andrew à dix-sept ans était déjà d'une force peu commune, mais il savait à peine parler. Encore le plus grand problème était-il Jesse, qu'il ne faudrait pas laisser lâcher prise au moment fatidique. Pourvu qu'Andrew sache compter jusqu'à cinq, songea-t-il. Pourvu que Jack tienne bon. Pourvu que je tienne bon aussi, ajouta-t-il en levant les yeux vers les trouées des arbres dénudés. Par-delà leurs cimes grêles, il distingua au loin les grands monts des Rocheuses, noirs frangés de blanc, détachés sur le ciel glacé d'automne.
" Nous sommes vraiment au cœur de la forêt, annonça-t-il, nous ne devrions pas avoir à aller beaucoup plus loin."
Cette phrase lui procura un soulagement étrange, dont la violence l'étonna. Il lui semblait que se superposaient en lui plusieurs épaisseurs de peur, la peur qu'il connaissait et qu'il avait prévue, et une autre peur plus profonde, qui lui était inconnue, mais qu'il sentait tapie, prête à surgir comme une bête aux aguets ; et sous celle-ci encore une autre peur, et une autre, et encore une autre, de plus en plus noires, de plus en fortes. Un instant il manqua défaillir à la seule crainte de la peur, de cette immensité insondable de peur qui le rongeait loin, très loin au-dessous de ses sentiments conscients. Il se força à ne pas penser à ce monstre remontant des abîmes de sa pensée, s'imposa un calme brutal et considéra ses deux compagnons. Jack était livide, tremblant, il secouait désespérément la tête pour chercher une résolution qu'il ne trouvait pas. Andrew gardait un visage buté, violemment imperturbable, mais il se balançait d'un pied sur l'autre, regardait à chaque instant vers une direction différente. Tous deux, il le comprenait, étaient en proie comme lui à la crainte, ils sentaient comme lui le danger les enserrer et les étrangler. Au profond de lui-même Jesse souhaita que tout cela finît, vite, et alors l'incident éclata.
Soudain, avec une précipitation contrainte, Jack se leva mal assuré et leur cria, d'une voix d'enfant : "Je retourne dans la vallée."
Jesse tenta, malgré sa propre inquiétude, de formuler des paroles rassurantes, tandis qu'Andrew articulait "non", en barrant la route au fébrile adolescent. Quand celui-ci tenta de le contourner, il chercha dans son esprit rigide les mots d'un commandement efficace, mais il ne parvint pas à les rassembler à temps et dut saisir vigoureusement le bras de Jack qui tentait de lui échapper. Jack se débattit, leva sa main petite et la lança de biais, sans force, sur le visage d'Andrew. Alors Andrew sentit qu'il ne pouvait plus essayer de réfléchir, que soudain la possibilité de ses actes se rétrécissait, se réduisait à son poing fermé, jeté en avant vers Jack.
" Andrew" voulut crier Jack. Mais Andrew s'était déjà figé, colosse hésitant au pied duquel Jack rampait et se tordait. C'était déjà fini, crut-il. Jack fit la même erreur et cracha : "Salaud."
Le pied botté le frappa brutalement à l'épaule, recula, retomba. Ouvrant une bouche émue, Jesse s'avança vivement vers eux, mais s'arrêta soudain dans un cri, ses yeux s'étant posé derrière ses deux camarades, dans une direction qu'aucun d'eux ne regardait.
" Là ! Il y en a un !"
Il chercha son fusil au sol, s'agenouilla pour le ramasser. Andrew avait déjà le sien à la main, et scrutait avec application l'immobilité alentour.
" Tu en as vu un ?
- Oui."
Andrew chercha ses mots un instant.
" A quoi est-ce que ça ressemblait ?"
Jesse ne savait pas il n'avait vu, fugitivement, que le passage d'une ombre indistincte, noire, ou peut-être brune, entre les troncs bruns et noirs de la forêt noire et brune. Mais dans ces lieux où rien ne bougeait, rien hormis les spectres narquois et menaçant qui frémissaient toujours dans l'entrelacs des branches, chaque mouvement révélait un danger, trahissait une proie. Un coup de vent souleva la veste d'Andrew, qui avait fait quelques pas dans la direction de l'apparition.
" Peut-être que tu t'es trompé." suggéra-t-il, perplexe.
Il se retourna et dépassa en affectant de ne pas le voir Jack, relevé avec l'aide de Jesse, sa chemise tâchée d'un filet de sang coulant au côté droit de sa lèvre rompue ; il s'arracha de la poitrine, l'un après l'autre, deux mots de commandement, nécessaires et salvateurs : "On repart".
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 15/10/06 23:55
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Sous le couvert des arbustes et des rochers, déployées tout autour d'eux, des proies les regardaient d'instant en instant plus nombreuses et plus intrépides. Des profondeurs de la montagne et de la forêt, répondant à des appels que les hommes de la vallée ne pouvaient ni entendre ni comprendre, elles s'étaient lentement rassemblées, rapprochées. Prudentes encore, hésitantes devant le danger des fusils qui avaient chassé leur sorte du fond tiède de la vallée, elles sentaient aussi par un très vieil instinct combien ces armes, peu à peu, se faisaient une menace moins grande. Elles ressentaient, aussi nettement qu'une certitude, la peur et l'égarement des intrus qu'ils cernaient ; il ne leur restait plus qu'à attendre la nuit…
" Pourquoi est-ce qu'il nous donne des ordres ?" demanda Jack à Jesse, alors qu'ils bivouaquaient sous un grand rocher, sombre et rugueux "Tu as l'air d'être d'accord avec lui". La lueur rouge du feu ensanglantait à moitié leurs visages. Adossé à la paroi, Andrew faisait semblant de ne rien entendre.
" Tu sais, nous sommes tous effrayés, lui comme les autres et c'est normal. Mais il faut surpasser cela même si c'est difficile ; et, surtout, il faut absolument que nous restions ensemble, parce que notre réussite dépend de chacun de nous, de toi comme de moi ou d'Andrew…"
Les mots calmes, raisonnables, rassurants, lui venaient avec leur facilité habituelle ; mais ils avaient perdu leur force limpide de séduction, il sentait trembler sous eux une peur ignoble, bestiale, qui remontait invinciblement vers ses lèvres. Quand cela finirait-il ? La nuit, tout autour d'eux, ne lui répondait que par une ténèbre opaque, frissonnante de danger.
Le froid, au matin, réveilla Andrew et Jesse. Jack avait disparu lors de son tour de garde, emportant son fusil et une partie des provisions. Derrière le feu éteint, ses traces distinctes rebroussaient chemin.
" L'imbécile !" Les mains en porte-voix, Jesse hurla, désespérément : "Jack, reviens ! Jack, reviens !"
Il lui sembla qu'un murmure, un écho, lui répondait dans une direction vague.
" Il faut le retrouver, expliqua-t-il à Andrew, silencieux et hébété. A deux ce sera beaucoup trop dur, pour se protéger, pour les spectres… "
Pourquoi avait-il parlé des spectres ? Les spectres n'existaient pas.
" Pour les tours de garde, pour tout."
Pendant que le solide jeune homme rassemblait leurs affaires, Jesse se pencha vers le foyer gris, caressa du dos de sa main les cendres. Elles étaient presque froides, Jack devait avoir plusieurs heures d'avance.
Sa piste était d'abord facile à suivre, puis elle devenait moins visible, moins nette, se perdait sur des sols pierreux, au fond de rivières traversées. A l'estompement progressif de ses traces, que recouvraient les feuilles mortes roulées par le vent, ils comprenaient que le fugitif les distançait. Vers midi, il devint évident qu'ils ne le rattraperaient pas avant la nuit.
" Il ne va même pas dans la bonne direction ! ragea Jesse. Il s'enfonce dans la forêt, par là ; et la vallée est…"
Il tendit son bras vers sa gauche, hésita, le tourna dans un autre sens, poussa un cri étouffé.
" Le chemin du retour…"
Dans l'inquiétude de leur poursuite ils n'avaient pas prêté attention aux lieux qu'ils traversaient, ni aux voies qu'ils prenaient. Et désormais la forêt étendait tout autour d'eux, comme un piège, sa farouche uniformité.
Il sentit une panique invulnérable le submerger, éclater dans son ventre comme une fleur sordide, serrer sa gorge avec des doigts d'acier.
" Il faut repartir en arrière… Regagner le village, trouver un chemin…
- Non, rétorqua Andrew fermement.
- Sans Jack…
- Non !"
Andrew, lui aussi, ressentait le terrible instinct de la fuite, le désir désemparé de retrouver le foyer et la sécurité. Mais une autre force en lui, plus brutale, plus entêtée, lui faisait confusément comprendre qu'il n'existait pas d'échappatoire, que revenus près des leurs ils seraient tôt ou tard renvoyés dans les bois et que tout recommencerait, qu'il devait continuer et se battre et en finir. Avec un effort, il articula : " Jusqu'à la nuit… Et si nous ne trouvons rien…"
Jesse lui jeta un regard angoissé. Il ne voulait pas, ne pouvait pas continuer, il l'éprouvait dans chaque fibre de son âme salie par le dégoût et la peur. Mais comment, sans Andrew, aurait-il pu regagner la vallée, à plus d'une journée de marche ? Il se sentait trop épuisé pour résister ou renoncer, pour se battre contre le seul homme sur lequel il pouvait compter. Inexorablement, la marche reprit, lente, inhumaine, dans le piège étouffant des bois immobiles.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 15/10/06 23:55
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Ce soir-là ils se pelotonnèrent sous un petit escarpement, séparés de la nuit par un large feu, au-delà duquel ils ne pouvaient s'empêcher d'apercevoir des va-et-vient dérobés, des glissements d'ombre.
" Si nous descendons la pente, nous retrouverons la vallée, non ?" demanda Andrew en regardant leur rempart précaire flamber en tremblant contre la nuit. Jesse hocha tristement la tête.
" Non, il y a des combes et des ravins et d'autres petites vallées… Je pense, ajouta-t-il, que nous sommes au nord-est de notre point de départ… Presque sur les versants des Rocheuses. Il faudra suivre le soleil pour revenir."
Leurs veilles furent épuisantes, épouvantables, leur sommeil court et fiévreux ; quand le matin se leva, ils étaient harassés et écoeurés. L'appétit comme les forces leur manquaient. Ils avançaient au creux d'un rêve sinistre, où chaque pas malgré leurs efforts de lucidité, détachait plus nettement des branches croisées la danse folle des spectres familiers.
Jesse, par ailleurs, préoccupait grandement son compagnon. Comme s'il eût toujours fallu un lâche parmi eux, il se montrait depuis la disparition de Jack paniqué, réticent.
" Tu avais dit encore un jour… lui reprocha-t-il lorsqu'ils reprirent la route.
- J'avais dit encore deux jours." répliqua Andrew, mais il n'avait pas sa facilité pour le mensonge. Jesse le suivait, certes. Toutefois il se répandait en propos inquiétants, répétait avec insistance qu'ils devaient rebrousser chemin, cessait d'avancer. Les signes de faiblesses se multipliaient chez lui. Et Andrew frémissait à la seule pensée d'une défaillance de son camarade, car sans lui, il savait n'avoir aucune chance de regagner la vallée, ni même de survivre à l'instant fatidique. Et de plus il sentait que la peur, la peur féroce s'agrandissait déjà au fond lui ; elle avait dévoré Jack et maintenant elle dévorait Jesse et lorsqu'elle en aurait fini avec Jesse il serait seul avec elle et elle le dévorerait à son tour.
Ils longeaient une zone de grands blocs erratiques et de taillis hauts, où s'ouvraient des passages tortueux. Désormais montait autour d'eux un menaçant murmure, un mélange de pas étouffés et de respirations sourdes. Ses proies, il le comprenait même s'il n'était pas aussi intelligent que Jesse, les avaient trouvés et s'ils s'engageaient dans ces parages dangereux c'est ici qu'elles les attaqueraient. Il fallait en finir, se répéta-t-il lentement. Il se rappela les propos de son père. Il se rappela qu'il avait droit à cinq coups, et qu'il fallait les compter. A l'école, dans la vallée, il n'y était jamais parvenu, il ânonnait "un, deux", et puis les chiffres se confondaient, formaient dans le désespérant monde des idées un enchevêtrement inextricable, semblaient ne plus rien signifier. Paralysé, tremblant, il les voyait l'attaquer, le submerger, l'étrangler et il paniquait en hurlant leur nom n'importe comment, dans le désordre, faisant ricaner les plus petits écoliers pendant que le révérend Brand le regardait fixement, les yeux pleins d'une sévère tristesse. Mais désormais il savait qu'il pourrait compter, s'il le faisait lentement. Il se répétait, à voix basse "un, deux, trois quatre, cinq", les doigts serrés sur la crosse du fusil qui devait le protéger. Il n'avait qu'à penser les chiffres dans cet ordre, c'était facile, c'était possible. Il fallait en finir. Même Jesse l'avait également compris, qui s'était avancé à son niveau et tendait droit devant lui son arme entre ses mains tremblantes.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 15/10/06 23:56
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Sans un mot ils s'avancèrent. A quarante pas, d'étroites trouées s'ouvraient entre les masses imposantes de grands rochers. Ils n'en avaient pas parcouru vingt-cinq qu'un ricanement monstrueux éclata à leur droite. Andrew se retourna mais ne vit rien, et le cri horrible, animal, s'était déjà tu. A la limite de son regard, Jesse reculait lentement, en roulant des yeux affolés.
" Jesse !"
Il chercha les mots pour lui crier qu'à tout prix ils devaient rester réunis et se protéger l'un l'autre, que séparés ils étaient vulnérables et perdus ; mais au même instant un mouvement se produisit à l'autre limite de son regard. Dans un réflexe il épaula et tira. La forme avait disparut derrière un grand arbre.
" Un", compta-t-il. Il lui restait quatre coups.
Jesse reculait toujours, tournant le dos à un rocher écarté. Andrew s'apprêtait à le rejoindre mais soudain une clarté traversa son esprit, une inspiration. L'arbre était isolé. S'il s'approchait en surveillant ses deux côtés ce qui se cachait derrière ne pourrait pas s'enfuir sans s'exposer à son feu. Lentement, il s'avança en répétant "un, un, un", pour ne pas perdre son compte. Il avança jusqu'à pouvoir toucher le tronc du bout de son canon, sentant distinctement, de l'autre côté, une présence ; il crut même entendre un souffle rapide et prudent se mêler au sien. Avec une lenteur précautionneuse, à pas petits et sûrs, il commença à le contourner. Derrière l'arbre, un second bruit de pas répondit au sien, tentant de lui échapper. Il accéléra mais déjà le simple pas s'était transformé en course et il ne vit qu'une silhouette sombre disparaître entre deux rochers. Sa deuxième balle se perdit, le frappant d'une déception douloureuse.
" Deux." Il lui restait quatre balles, moins une, trois balles qu'il tenta d'imaginer, alignées impeccablement dans leur magasin d'acier, ordonnées, bien disposées, prêtes à tuer. Un craquement de branches le fit se retourner. Mais derrière lui la forêt était toujours immobile, immensément vide. Loin, trop loin, Jesse semblait avoir aperçu une cible qu'il visait en silence, avec une infinie application.
Du passage où avait disparu la créature fugitive s'élevait maintenant un murmure entre feulement et soupir, un son étrange. Un sentiment violent de victoire incrédule réchauffa son cœur battant ; s'il s'agissait d'un cul-de-sac, elle était à sa merci. Prudemment, il s'engagea entre deux parois hautes, qui faisaient retomber sur lui une ombre inquiétante. A vingt pas la passe s'incurvait à gauche, derrière une avancée du roc, et juste devant se coude une forme noire l'attendait narquoisement. Il tira et elle s'en fut, non sans lui paraître étrangement familière, comme s'il avait reconnu ce dont il s'agissait sans pouvoir le nommer. Ce n'était pas même les mots qui lui manquaient, mais la méthode pour rassembler dans un sens connu les morceaux de cette forme allongée et mystérieuse, aux pourtours étroits et tordus. En vain dans sa mémoire il cherchait l'aspect de ce qu'il chassait, l'ombre seule lui en apparaissait, l'ombre seule, présence noire et sans contour. Il fallait mieux regarder, se dit-il. Quand la créature revint, il se forcerait à mieux la regarder, à mieux la viser pour ne pas gâcher une balle de plus. Et c'est alors qu'il se rendit compte qu'il ne savait plus s'il avait tiré deux ou quatre fois, s'il lui restait cinq balles ou aucune. Il tenta de se rappeler le nombre qu'il avait dans la tête avant d'essayer de réfléchir, mais plus il s'efforçait de rattraper son souvenir plus celui-ci lui échappait, et devant lui il vit de nouveau trembler l'ombre.
Alors il cessa de penser et se rua en avant, ses doigts serrant soudain la détente comme s'il avait voulu la briser ; le recul de larme lui fit faire un écart sur le côté, un cri strident se déroba. Lui restait-il une, deux, trois, quatre, sept, cinq balles ? Il ne parvenait même plus à comprendre le sens de la question. Très loin d'autres coups de feu retentissaient, avec difficulté il comprit que c'était Jesse, qu'il devait le rejoindre, mais il se sentait faible et ne comprenait plus rien, pas même la direction qu'il devait prendre pour sortir de ce corridor de pierre étroit et étouffant, pareil des deux côtés. A une de ses extrémités des branchages bougèrent, il épaula et tira ; et un cri d'animal blessé, un cri de souffrance et de terreur s'éleva, tandis qu'à ses pieds tombait un homme aux yeux verts, la cuisse percée d'un trou rouge.
" Jesse !
- Imbécile ! Tu m'as tiré dessus…
- Il y en avait un, il y en avait un tout près.
- Je l'ai vu. Tu m'as tiré dessus.
- Non, je l'ai pas fait exprès."
Jesse desserra ses dents sur un long, un déchirant gémissement. Trempant la jambe de son pantalon, le sang s'écoulait rapidement sur le sol. Ses yeux s'emplirent de larmes, il tenta rageusement de repousser le grand homme penché sur lui, avec un poing faible comme celui d'un enfant.
" Tu m'as tiré dessus. Il fallait rester ensemble et nous protéger et maintenant je vais mourir ! Je vais mourir…
- Non, c'est juste la jambe.
- Il y a une artère dans la jambe, imbécile ! Je vais perdre ton mon sang et…"
Par delà les rochers, par delà le buisson bruni par l'automne, la forêt paraissait désormais pleine d'une agitation féroce, d'un tumulte réveillé par le sang. Visant au hasard, pour effrayer les spectres, Andrew appuya sur la détente de son arme mais aucun coup de feu n'en sortit. Il se pencha pour ramasser le fusil de Jesse et vit celui-ci étendu sur le sol, déjà livide, la tête basculé en arrière.
" Jesse, Jesse, appela-t-il."
Si Jesse mourait, il mourrait aussi ; ils devaient se protéger les uns les autres, avait dit son père. Ils devaient rester ensemble et regarder autour d'eux. Sans Jesse il ne pourrait ni survivre ni regagner la vallée. Il fallait l'écarter du danger, trouver un abri, le ramener à lui. Sans difficultés, il le souleva dans ses bras puissants, remonta la passe, surgit à l'air libre. Le corps de son compagnon était en ses mains mous et pantelant. Du sang brûlant trempait sa chemise, coulait sous ses vêtements jusque dans ses bottes ; il distinguait parmi les râles quelques bribes incompréhensibles, reconnut le mot garrot.
" Je vais en faire un. Je vais t'en faire un", promit-il sans cesser d'avancer.
Autour d'eux, partout, s'entendait des démarches à peine dissimilés, des souffles sauvages, qu'il contournait de loin. Tout à fait perdu désormais, il ne se souvenait plus du chemin qu'il devait prendre, mais pour l'instant l'important était de s'éloigner du danger, de ce cercle brutal qu'il sentait refermé et resserré autour d'eux.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 15/10/06 23:56
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Enfin entre les arbres s'ouvrit un espace plus large, une étroite clairière ta*******ée de feuilles mortes. Il posa au sol son fardeau, ce compagnon blessé qui était son seul espoir. S'il survivait, Jesse saurait retrouver le chemin, il le porterait, un fusil pour deux suffirait, ils pourraient retrouver la vallée et le foyer et leurs parents.
Jesse, les yeux vitreux, gémit "mourir…", puis "Tous les trois…" et il se tut. Andrew secoua en vain ses épaules désormais inertes, et se releva lentement.
Devant lui, ils étaient là.
Deux silhouettes presque humaines, un peu voûtées mais très grandes, aux longs bras pendants se dressaient désormais à découvert. Enfoncés dans des mufles camus, abondamment poilus comme le reste de leur corps nus, deux paires d'yeux fauves le regardaient sans peur. Et dans ces lacs de braises il déchiffrait une faim, une haine pareilles à celle des hommes. Ses grands-parents leur avaient pris la vallée, se souvint-il. Ils les avaient chassés au profond des bois sauvages, mais désormais les bois étaient leurs ; très semblables à lui, les deux êtres s'approchèrent, leur torse recouvert d'une fourrure de la chien, leur crâne aplati surmontés d'une crête hirsute.
Tout en reculant, il tendit vers eux le fusil, les doigts pressés sur le bois de la crosse, mais l'arme semblait avoir perdu tout son pouvoir, ne suscitait plus chez ceux qu'il avait cru chasser aucune peur, mais simplement une indifférence prudente. Le sang d'Andrew se glaça lorsqu'il se souvint qu'il ne savait pas si ce fusil était chargé encore.
Il s'écria : "N'approchez pas !"
" Ou je tire", ajouta-t-il après un moment.
A pas lents, il reculait. Les créatures ne tentèrent pas de le suivre. Il sentit même leur présence s'écarter, le laisser s'éloigner vers le soleil tiède d'automne, qui montait au-dessus des branchages dénudés. Jesse, se rappelait-il, avait dit qu'il fallait suivre le soleil pour retourner vers la vallée. Une dernière fois, il se retourna vers lui. Des deux hommes velus, l'un s'était penché vers son ami ; de sa blessure ouverte il arracha tranquillement un lambeau de chair, et le porta à sa bouche ouverte sur des dents carnassières. L'autre, debout, l'observait toujours, un crépuscule d'or brûlant dans son regard étroit. Andrew lui tourna le dos et s'en fut à grand pas, se retournant de loin en loin pour vérifier qu'il n'était pas suivi.
Attentif et impassible, le chasseur le vit s'éloigner, fuir vers la vallée qui avait été celle de son peuple, à plusieurs jours de marche. De l'homme abattu montait une odeur fade de viande chaude, et il savait, au profond de son instinct féroce, que leur dernière proie serait la plus facile. Ils n'avaient qu'à attendre la nuit.
FIN
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 16/10/06 12:23
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Je persiste par rapport à mon classement :
C'est bien écrit, pas de souci, mais :
La mission est un casse pipe prévisible, il y a des limites au respect des traditions, rassembler une équipe qui ai une chance, quitte à attendre six mois de plus, me parait indispensable dès lors que les mâles sont aussi rares, vu que le but est de chasser et non d'écrémer viollement la population.
Le chef est un quasi demeuré. Je ne peux pas croire qu'il n'ait pas été possible de l'insérer en n°2 sur une autre mission. Et vu que la consanguinité n'a a priori pas eu le temps de faire des ravages, sa tare reste rare, donc on ne ressent pas le fait que le peuple de la vallée n'ait pas le choix.
Je suis pas rentré dedans, du coup.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 16/10/06 15:03
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Hihihi, de toute façon tu étais le seul que j'avais reconnu (il n'y en a qu'un sur le forum qui sort "pas crédible" trois fois par phrase).
J'aurai quelques précisions à faire non pour défendre mon papier mais pour clarifier certains point ; mais j'attends d'autres réactions à chaud d'abord.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 17/10/06 20:22
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Pour ma part j'ai trouvé ce texte particulièrement pessimiste.
Mon avis rejoint celui de Burnlok.
L'un d'entre eux aurait pu survivre, non ?
En tut cas, belle rédaction, bon style, l'intrigue est intéressante et m'a tenue en haleine jusqu'à la fin.
J'ai quand même été un peu déçue par la fin...
C'est moche qu'ils meurent...
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 17/10/06 20:31
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Mais non c'est pas moche ! Ils sont tous trop mauvais pour survivre, ca fait meme plaisir qu'ils echouent.
Sinon ce ne serait vraiment pas juste.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 17/10/06 20:44
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Maiiiiiiiiiiis !
Ils étaient jeunes !
Ils avaient la vie devant eux !
Ils auraient pu s'en sortir.
Mais je concède.
Ils étaient nuls.
Sur ce, je sors.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 17/10/06 20:57
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Citation :Haldafang dans une contemplation à Dlul a dit:
Pour ma part j'ai trouvé ce texte particulièrement pessimiste.
Mon avis rejoint celui de Burnlok.
L'un d'entre eux aurait pu survivre, non ?
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Ce n'est pas le pessimisme le problème selon moi, mais bien le fait que c'est biaisé d'entrée, non pas par quelqu'un qui y aurait intérêt, genre grand méchant mais chut c'est un secret, mais par le village, qui a tout intérêt à ce qu'ils reviennent.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 18/10/06 06:38
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En fayt tout cela n'étayt qu'un rêve, même sy je l'ay mal explyqué.
Je doys avouer que je me suys pas un seul ynstant posé la questyon du réalysme... C'est le côté "fable" de l'hystoyre. Pour ce quy est d'être méchant avec mes personnages, il s'agyt un peu de ma marque de fabryque ; je suys, en tant que narrateur, un savant fou quy élabore des spécymens yntéressants puys les soumets à des expéryences cruelles pour étudyer les dyfférentes formes de souffrance phisyque et morale.
En l'occurence, yl s'agyssayt pour moy, ynspyré par ma propre expéryence pendant la guerre du Vyet-Nam, de précysément détayller la progressyon et les nuances de la peur ès une poygnée de malheureux dans une myssyon vouée à l'échec dès le départ. Le cavenas est certes très convenu (j'en convyens ) mais justement je joue sur cela pour créer de la prédestynatyon tragyque ; aucun suspense ny rebondyssement, yl est écryt dès le départ qu'yls vont mouryr. C'est ce que l'on m'a un peu reproché et c'est, en réalyté, justement l'effet que je voulays obtenyr. Et puys j'avays envye d'hommes-singes cannybales rescapés de la préhystoyre, comme une femme enceynte réclamant des frayses en pleyn hyver. C'est mon côté années 30. J'avays aussy envye, entre deux pyèces satyryques et satiryques, de revenyr à une prose un peu plus grave, de changer subtylement de regystre, sans pour autant me renyer. N'est-ce pas le gloryeux colonel de Gaulle quy dysayt jadys : "Il faut surprendre, au rysque de décevoyr" ?
Un symple détayl ; dans mon espryt, Andrew n'étayt pas, au départ, le chef du groupe. Au début, c'est Jesse quy commande, mays son yntellygence ne luy sert à ryen face au danger (ce quy pour le coup est parfaytement réalyste), et comme yl n'a aucune autoryté c'est la brute quy s'ympose par la vyolence. Non sans fryctyons d'aylleurs ; mays enfyn, yl semble byen que je ne l'ayt pas assez clayrement montré.
Je ne dys pas cela, notez, pour défendre bec et ongles une nouvelle où je ne me suys pas engagé outre mesure ; j'ay conscyence d'un relatyf échec, mays, curvatus resurgens, je prépare d'ores et déjà un nouveau pamphlet quy devrayt mettre tout le monde d'accord (hormys les gens de gauche, les centrystes, et la droyte modérée).
Cecy dyt, pour satysfayre Tarondur et Bubu (en revanche, je ne suys pas sûr que cela playse beaucoup à Hadalfang), voycy la fyn alternatyve redux bonus du Dyrector's Cut, supprymée au montage mays quy sera sur le DVD :
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 18/10/06 06:40
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EPILOGUE
Maintenant qu'ils avaient bien mangé, le temps était venu d'autres occupations. Sur un signe d'un grand mâle au dos voûté, les créatures torses amenèrent, les mains liés dans son dos, le jeune Jack, que couvraient de nombreuses echymoses. Titubant, abruti d'horreur, il ne regarda d'abord qu'avec une hébétude angoissée ses tourmenteurs ; mais la vue de son camarade dépecé lui arracha des hurlements inhumains. C'était un autre sort pourtant que lui réservait provisoirement la horde rassasiée. Tirés violemment vers le haut, ses poignets furent attachés à une branche assez haute. Les épaules tordues, le dos cambré, les pieds touchant à peine terre, il ne pouvait pas se débattre, impuissant à se défendre des traitements brutaux que lui infligeaient ses vainqueurs. Les femelles surtout, aussi velues que les mâles, le harcelaient de pinçades et de griffures, déchirant les derniers lambeaux de ses vêtements. Une autre voracité, en effet, poussait désormais leur chair repue vers cette autre chair blanche et tendre, qui frémissait de peur et de désarroi.
Alors, un cri ayant retenti, leur mêlée méchante s'écarta, livrant passage à la prêtresse, qui s'avança entre leurs rangs hululants, d'un pas digne. Elle n'était pas, comme elles, de la race sylvestre. C'était une grande fille blonde au port altier, volée enfant à la vallée. Par des perversions lentes, par des charmes ancestraux et des drogues secrètes, ils avaient fait d'elles l'une des leurs, la maîtresse rituelle de leurs cérémonies païennes. Sans ralentir, elle laissa tomber de ses épaules l'ample manteau de plumes et de fourrures qui les recouvrait, révélant un corps de nacre et d'argent, des membres sveltes, des hanches souples, un corps solide et fin soutenant deux seins au galbe opulents tombant à peine, une toison fine sous laquelle se devinait des trésors mystiques. Arrachant ce qu'il restait des vêtements de Jack, elle caressa ses muscles blessés, encore bien dessinés sous sa peau nue, s'écarta un peu pour que le clan pût voir, entre les jambes sanglantes du prisonnier, un membre qui dépassait en dimension tous ceux du clan et de la vallée. Jack béait, saisi malgré lui de désir pour cette beauté sauvageonne.
Sous une palpation impudique de la prêtresse, sa verge adolescente se raidit malgré lui, ses reins s'animèrent involontairement d'un spasme instinctif. Alors elle saisit à sa base le grand sexe durci, et le tordit impitoyablement tout en guidant son assaut impétueux entre ses cuisses froides à la languide courbe, puis dans l'étroite ouverture de ses parties avides, alternant l'emplacement de cet engouffrement, resserrant autour des avances alternées du membre soumis les subtiles architectures de son ventre de femme. Dans le même temps, car elle semblait malgré la douceur intacte de sa chair rompue à ces cérémoniaux sans merci, elle frottait sur le corps meurtri sa chair souple mais forte, le pliant au-delà des limites de sa souffrance, tout en troublant son captif du tendre contact fugitif de ses seins lourds et fermes, des ses jambes lascives, de sa peau, partout, aussi fine et fraîche qu'un tissu ; et joignant aux voluptés de l'accouplement la joie bestiale du supplice, elle déchirait de ses ongles acérés la racine vulnérable du sexe de Jack, ouvrait sur son torse glabre des sillons de douleur, buvait à même sa poitrine ouverte un sang chaud, plus capiteux que la sève des grands arbres blancs.
L'adolescent blessé, frémissant d'un plaisir atroce et d'une abjecte souffrance, qui se confondaient dans son esprit labouré de tourments implacables, sentit alors soudain une première mort lui dévorer le ventre ; son organe dilaté palpita d'une dernière audace, s'effondra dans une délivrance désespérée. Mais la terrible sauvageonne ne voulut pas lui accorder l'apaisement pâle du repos. Et tandis qu'à son tour elle se cabrait, refermant autant qu'il lui était possible l'écrin de ses doucereuses joies pour retenir en elle le terrible abandon de ses forces, elle parcouru Jack de caresses déchirantes, lécha son visage meurtri et ses lèvres haletantes comme quelque semaines plus tôt il avait encore espéré que le fît une des filles de la vallée. Par des brutalités suaves, elle redressa enfin sa chair blême, rétablit son membre dans sa rigidité et ses dimensions maximales, soulevant chez les autres attentifs un tonnerre de hurlement féroces. Répondant à quelque signal invisible, ils se ruèrent tous sur lui, sans pour autant bousculer la prêtresse qui continuait d'enfoncer dans son ventre tiède, agité de convulsions moites, la fermeté rétabli de sa verge.
Mais dans son dos et sur ses flancs ce n'était qu'agitation de chair velue. De petites femelles agiles, se hissant aux branches de l'arbre, imposaient à son visage des attouchements immondes. Des mains griffues s'accrochaient aux portions de son organe qui, par à-coups, émergeaient du ventre sacré de la prêtresse, se disputaient avec violences la torture de son scrotum livide, zébré de pourpre là où de premières atteintes avaient ouvertes ses veines sensibles. Il se sentit frappé, déchiré, et un sexe d'animal, sale et large, pénétra ses boyaux d'un élan soudain, hostile. Déjà il n'était plus qu'une masse de viande privée de raison, presque privée de conscience, une bête à l'agonie, quand pour la deuxième fois son membre vint à faiblir.
Avec un hurlement, la prêtresse repoussa tout ses congénères, enveloppa par sa langue et la tendre palpation de ses doigts le sexe sali du jeune homme en d'adroites manoeuvres, et pour la troisième fois ranima le phallus frémissant, dont elle s'empara de nouveau en une brutale saillie.
Alors ce fut l'ivresse sanguinaire du rut, la fièvre des bois vénériens. Se jetant sur lui, oubliant dans la transe de leur lubricité infecte leurs estomacs pleins d'un repas abominable, ceux qu'il avait cru chasser commencèrent à creuser dans son corps où continuait de vibrer une volupté animale des blessures profondes, à manger chauds et crus ses muscles tremblant d'amour. La prêtresse elle-même fut assaillie. D'abord les mâles les plus solides, plein d'appétit pour cette peau souple et blanche, pour ces cheveux blonds, pour ces carnations pâles que leur livraient les faiblesses du transport, joignirent leurs sexes hideux, trapus et violents, au grand organe de l'homme véritable, les enfonçant en grognant dans les douceurs béantes de celle devant laquelle ils s'étaient prosternés. Mais déjà leur raison primitive ne jugulait plus en eux les appétits de la bête. Déjà fragilisée par la violence des assauts de Jack, la chair de la prêtresse saigna sous leurs pénétrations farouches. La curée commença ; rendus fous par les râles de la mort et la trépidation de leur sang bestial, d'autres mâles déchirèrent à mains nues, dans les courbes enivrantes de son corps, des fourreaux brûlants où ils glissaient leurs membres raidis. Les deux corps, martyres accouplés, en râles atroces, s'effondrèrent tandis que se déversaient en eux la brutalité des préhumains, le jaillissement sordide de la haine des hommes velus envers le races nouvelles.
Au-dessus de ce tumulte était levé, entre des doigts tors et caleux, couvert de plaies épouvantables et sectionné d'un coup de crocs, l'immense sexe de Jack, trophée épouvantable de la chasse finie. Attirés par cet objet monstrueux et par les échos du massacre, tous les semblables des chasseurs triomphants accouraient vers la combe où se tenaient l'abject festin. Pas un, résistant à l'appel du sang, ne resta dans le profond reculé de son antre.
Et c'était exactement ce qu'avait espéré tous les hommes de la vallée, qui armés chacun d'un fusil se rapprochaient lentement de la combe ; c'était exactement pour cela qu'après de nombreuses expéditions infructueuses ils avaient accepté de sacrifier, en plus d'un imbécile et d'un jeune insolent qui posait trop de questions, le mieux membré de leurs enfants.
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 18/10/06 12:02
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Cher Jean-Wilfried,
C'est avec beaucoup d'intérêt que j'ai pris connaissance de votre nouvelle. Dès les premières lignes, j'ai été capté par une ambiance qui n'était pas sans me rappeler quelque film de quelque réalisateur d'origine hindoue, où apparaît quelque actrice à la capillarité changeante selon la lumière ou le regard des fans.
Les récits de quête initiatique, ou de rituel du même ordre, m'ont toujours beaucoup intéressé. La recherche de soi, d'une place dans la société/la vie par quelque moyen que ce soit a une lourde connotation ironique quand je l'applique à ma modeste personne.
Le côté "classique du récit d'épouvante", où l'on voit disparaître les membres d'un groupe l'un après l'autre, est toujours efficace si l'origine de ces disparitions reste floue jusqu'au dernier moment. J'aime bien, et en ce qui me concerne, l'objectif est atteint.
Par contre, le bonus "montage du réalisateur" me semble être, euh, comment dire, de l'ordre de vos provocations et rodomontades usuelles. J'ai, à ce sujet, une question naïve et sans doute très bête. Qui étai(en)t la ou les cibles de cette saillie (si vous me passez l'expression) ?
Avec mes salutations cordiales,
Votre dévoué,
- Nyxl -
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Réponse au Sujet 'Les spectres n'existent pas' a été posté le : 18/10/06 13:06
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Yl s'agyt juste de prouver qu'adjoyndre au texte un épisode gryvoys, afyn d'augmenter l'yntérêt du récyt, est bel et byen dans mes cordes, quand certayns en doutayent.
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