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Stoner

Saignant



-= Chaos Servants =-
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Pourquoi vous regardez ca ?
   Sous-venir de Vétona a été posté le : 06/07/06 13:05
Après avoir osé vous faire part d'un texte que j'ai trouvé, mais que je trouve interessant tout de même, je vais mettre en ligne le premier chapitre d'un roman que j'ai écrit... Le style est la fantasy, mais il n'est pas question d'elfs de nains de gnomes et autres créatures qui pullulent dans ce genre littéraire. Par contre les sorciers et les dragons y sont présents, mais plutôt que de détailler les protégonistes de cette longue et ô combien passionante histoire, lol, je vais vous en donner à lire, ce sera plus simple ....
bonne lecture, j'espère ....

_______




Ce fut d'abord une odeur aux saveurs de terre humide et de calcaire. Puis, un bruit régulier qu'il associa inconsciemment à la sensation d'être mouillé. Soudain, une fraicheur le surprit, et le fit frissoner.
Dans une excavation souterraine, tandis qu’une stalactite gouttait sur son crâne rasé, un jeune homme sombre comme les ombres, se réveillait. Vêtu d’un vieux pantalon de cuir usé et noir, tenu par une ceinture de lamelles de cuir tressées, il portait un veston de peau tannée aux manches mi-longues, sur une chemise blanche en coton épais.
Levant la tête, il grimaça douloureusement. Il effleura son crâne, et y sentit une bosse significative.
Les ténèbres, couverture opaque et épaisse, soulevaient un silence pesant. Et seul le "ploc" des gouttes d'eau qui tombaient à présent sur son pantalon, troublait l'atmosphère crépusculaire de la sombre gorge. La voûte au-dessus de lui, était percée par endroit, par des javelots de lumière diffuse qui se perdait dans les obscurités.
Où se trouvait-il ? Il l’ignorait.
Comment était-il arrivé là ? Il l’ignorait également.
Après un instant qui se dilua dans le temps, l'étranger se leva enfin.

Alors qu'il cheminait dans le sombre tunnel entravé parfois par un faisceau lumineux, le jeune homme s'arrêta brusquement. Il venait de dépasser sur sa droite, un renforcement dont il ne pouvait voir le fond, quand tout à coup, il perçut un étrange bruit qui semblait en provenir.
A cet instant, son coeur dans son corps se mit à battre plus fort. Et ses tempes se mirent à bourdonner sournoisement. Et pourtant, lorsque le grattement intriguant cassa à nouveau le silence régnant, l'étranger se rendit d'un pas décidé dans le renforcement qu'il avait dépassé.
Faiblement éclairé par un trou dans la voûte, une grosse pierre de couleur claire se découpait dans les obscurités. Mais alors qu'il s’en approchait, le jeune homme réalisa qu’il s’agissait d’un œuf monstrueux.
Ce dernier se mit brusquement à gigoter, et l'étranger discerna à cet instant de troublants grognements. Il resta à l'écart de l'éclosion, et attendit que la créature s’extirpe de l’incroyable oeuf. Il aurait pu suivre son chemin et fuir, mais quelques forces supérieures semblaient lui dicter de rester. Cependant, lorsque la coquille de l’œuf se brisa subitement, il ne put s'empêcher d'hurler d'effroi. Car à sa vision pleine de l'atmosphère de ces antres lugubres, se découvrit la créature la plus abominable qu’il y put rencontrer.
Sans lui prêter la moindre attention, cette dernière déplia ses ailes à l'envergure redoutable malgré son jeune âge, et étira son cou élancé. La bête toussauta en laissant échapper de sa gueule épouvantable, une volute de flammes qui grillèrent la coquille brisée.
Ce fut à cet instant que le dragonet le vit, esseulé au milieu d'ombres troublées. Ses yeux étaient des petites flammes d’intelligence et de vile conscience. Et parmi eux, un troisième œil rouge brûlait plus fort encore.
Avant qu'il ne le réalise, le dragon posait déjà ses pattes avant sur sa poitrine. Et le sombre jeune homme ferma inconsciemment les yeux sans esquisser le moindre mouvement. Mais la créature qui l’écrasait de son corps puissant et brûlant, la bête qui lui soufflait une haleine torve et irritante au visage, grogna de contentement. Alors l'étranger osa ouvrir les yeux.
Le dragonet s'écarta de lui, et se dressa sur ses deux pattes arrière en faisant claquer ses ailes contre ses flancs.
Le jeune homme le regarda longuement, et tendit timidement la main dans sa direction. Sous ses doigts, la peau de la créature lui parut proche d’un croisement entre une épaisse peau de crapaud sèche et des écailles de lézards. Sa couleur dans la pénombre était difficile à définir. Pour le moment, sous les dernières flammèches de la coquille grésillante, elle oscillait entre le vert et un violet étrangement chromatisée, selon le sens où il se mettait. Il observa sa face naturellement méprisante. Et intrigué, il constata que ses deux yeux brillaient d’une couleur de feu. Pas de troisième oeil rouge.
Le regardant intensément, le jeune homme entreprit de baptiser son compagnon. Mais tandis que les ténèbres les baignaient de mystères, il ne trouva aucun nom. Finalement il se dit qu'il n'aurait qu’à l’appeler dragon. Mais cela lui parut immédiatement ridicule. La contraction du mot dragon en Gon lui sembla une bien meilleure idée.
A cette pensée, le dragonet gronda comme s’il avait deviné ce à quoi son maître songeait. Alors il se mit à marcher dans le sombre boyau. Et l'étranger le suivit, et ne put s’empêcher de sourire en regardant son dragon...

Pendant ce temps, dans un logis fait de bois, un vieillard se réveillait. Aujourd’hui était un grand jour. Il avait rendez-vous avec les enfants de la cité. Aujourd’hui était un grand jour, on célébrait l’Alliance. Et comme la tradition de l’Île-aux-sorciers voulait que l’on conte à la jeune génération, l’histoire du messager de l’Ordre, il leva son corps frêle pour se rendre à son rendez-vous annuel.
Il avait le teint jaune, et les formes froissées de son visage, le faisaient paraître pour un vieux parchemin. Ses petits yeux plissés ressemblaient à deux traits tirés sur un papier jauni, et ses narines s’apparentaient à deux petites taches d’encre. Ses membres noueux semblaient quant à eux, à des branches d’arbres.
Le vieillard fit sa toilette quotidienne. A maintes reprises déjà, on lui avait reproché l'insidueuse odeur acide que son corps dégageait.
Avant de quitter son logis, il mit à tremper dans un grand bol de bois, plusieurs légumes et herbes aux formes incongrues. Après quoi, il fit l’ascension d’un étrange escalier en colimaçon.
Aujourd’hui était un grand jour, il aurait un invité…

Poussant avec difficulté son dragon en dehors de racines noueuses d’un arbre, le sombre jeune homme émergea à la surface.
Ebloui par la clarté, il mit une main au-dessus de ses yeux, et regarda ce qui se présenta à eux. La première chose qu’il remarqua, fut l'immense et haut mur de grosses pierres grises, qui se prolongeait à perte de vue sur sa droite comme sur sa gauche.
Il n’avait aucune idée de l’endroit où son compagnon et lui venaient d’émerger. Se retournant, il constata que l’arbre au pied duquel il venait de sortir de terre, faisait partie d’une forêt à l’atmosphère lourde.
Une force émanait de cet inextricable amas végétal, telle un appel hypnotique aux souffrances, à la peur. Et sans qu’il ne s’en rende compte, le maître-au-dragon s’enfonça peu à peu dans l’ombre malveillante des arbres enveloppés de brume, attiré par les sinistres mystères de la forêt.
Mais un frisson en parcourant son corps, lui fit reprendre ses idées, et il retourna précipitamment sur ses pas.
Sous le soleil, il mit les genoux à terre, harassé.
La fatigue et la faim avaient commencé à attaquer son mental. La bosse qui le lançait à l’arrière de sa tête, lui ruinait le moral.
Son dragon profita de sa position, pour mettre sa tête dans le creux de son épaule. Et l'étranger caressa longuement son cou élancé. Ses doigts éprouvèrent la douceur singulière de la peau de l'animal. Ses yeux s'émerveillèrent de sa couleur sous la lumière du jour. Puis, retirant prestement sa tête de l’épaule de son maître, Gon se mit à courir vers le mur, et s’engouffra dans une brèche. Son maître le suivit le plus rapidement possible.

Lorsqu’ils eurent traversé l’infini mur de fortification, ils se retrouvèrent dans une incroyable cité.
Des maisons sortaient littéralement de terre. Des maisons taillées dans des arbres dont tous avaient de larges feuilles d’un vert foncé, produisant sur les devantures, un parasol naturel du meilleur effet.
Alors qu’il regardait les feuilles d’un arbre-maison, le jeune homme vit dans le ciel, le soleil. Et à côté de l'énorme boule de feu curieusement proche, étaient deux astres fantomatiques.
Deux lunes troublaient l’azur de cette journée ensoleillée !
Mais soudain, il entendit un bruit qui l’intrigua. Un peu plus loin, vers ce qui lui sembla être la place de la cité, il avait perçu le rire caractéristique d'un groupe d'enfants. Il appela alors son dragon qui s’en était allé fureter un peu plus loin, et tous deux se dirigèrent vers la place…

Le soleil au-dessus de Garouhane brillait de tous feux. La cité elle-même, sortait seulement de son repos mérité. Le vieillard avait pris lentement la direction de la place de la cité. Et il écoutait avec bonheur le chant que les oiseaux lui allouaient. Sa canne et ses pieds traînants soulevaient un petit nuage de poussière brune. Derrière lui, poules et poussins qui piaillaient en picorant le sol, suivaient son cheminement.
A un moment, il retentit un léger vrombissement. Le vieil homme leva la tête, et ses yeux fatigués observèrent le vol d’une centaine de papillons. Leurs ailes battaient l’air de leur fragile rapidité, et les emmenaient vers des arbres fruitiers, à l’est de la cité.
Un sentiment de sereine plénitude baignait l'atmosphère. Pourtant au fond de son âme et de sa conscience, le vieil homme savait que le calme apparent cachait de sombres et sinistres tourments à venir.
Mais bientôt la place fut à portée de sa vue. Et excité, il nota que son invité arrivait également…

Sur la place de la cité, grande étendue gazonnée parsemée de fleurs colorées, se trouvaient plusieurs enfants. Tous s’occupaient en se chamaillant ou en discutant passionnément.
Tout à coup, au milieu du brouhaha, une petite fille aux cheveux roux s'écria horrifiée : « Par l’Ordre ! »
Le silence s’installa alors brusquement.
Et tous purent voir arriver sur la place de leur cité, un être qu’ils avaient seulement imaginé. Cette créature n’avait de place que dans les mythes et les légendes des anciens. Et en ce jour particulier, elle était une énigme à n’importe quelle image de leur jeune esprit débridé. Ce fut donc terrorisés, qu'ils regardèrent avancer vers eux, un épouvantable dragonet et son mystérieux maître.

Constatant l’effroi évident que son animal avait jeté au milieu de la troupe d’enfants, l'étranger demanda à Gon de rester près de lui. Les regards des enfants étaient certes fixés sur son animal, mais il eut toutefois le sentiment désagréable que la cause de leur frayeur n’était pas le dragon. Il devina une incrédulité doublée d’une peur mystique et culturelle lorsque son regard croisa plusieurs fois le leur. Et il eut finalement confirmation de ses doutes, lorsqu’il surprit la voix hésitante et fluette d’un petit garçon qui n’avait pas dû voir plus de sept printemps.
_Dis... Est-ce cela un ébènien ? demanda le petit garçon à un adolescent aux cheveux longs et blonds.
_C’est pas sa vraie couleur. Ce doit être un dresseur de Fest-gor, conclut la fille aux cheveux roux.
_Il...il a un vrai dragon apprivoisé, fit un garçon qui se cachait derrière les jambes d'un ainé.
_Et il est vraiment laid, apprécia ce dernier avec une mine dégoûtée.
Cependant l’adolescent blond, avait marché droit vers l'étranger et son dragon.
« Que veux-tu aux honnêtes gens de cette cité ? Es-tu homme ou démon, toi qui es accompagné d’un dragon ? » lui demanda-t-il en le fixant droit dans les yeux.
Le maître-au-dragon le regarda avec les poings crispés et les dents serrées.
« Je suis un homme autant que tu as l’air ahuri. Si je te trouble tant, n’hésite pas à m'en faire part. Alors j’apporterai ma lumière », finit-il par lui dire en reprenant le contrôle de ses nerfs.
L’indiscrétion innocente des enfants à son égard, l’avait irrité. Cependant, ceux-ci ne firent que peu cas de l’état dans lequel il se trouvait, et reçurent ses derniers propos comme une réelle invitation.
Tous se précipitèrent joyeusement à sa rencontre, et s’assurèrent tactilement du naturel de sa couleur de peau. Le jeune homme fut profondément déconcerté par cette situation.
Mais bientôt, les enfants se désintéressèrent de lui, et se rapprochèrent timidement du dragonet resté en retrait. Gon ne broncha pas, et se laissa même caresser. Alors qu’il semblait satisfait d’avoir volé la vedette à son maître, ce dernier regarda autour de lui.
Rien ne lui parut étranger, mais il n’y était cependant pas familier. Il se pencha alors, vers un petit garçon à l’air sympathique qui le regardait avec curiosité et envie. Sa tête tachetée de gros points de rousseur, était ornée de deux immenses yeux verts qui accentuait le brun de ses cheveux bouclés.
_Quelle est cette cité ? lui demanda-t-il.
_Vous êtes à Garouhane! s’exclama le garçon de manière entendue. Venez-vous pour la célébration ? Et le dragon, c'est un vrai ? Il est avec vous ? Êtes-vous un vrai ébènien ? Comment vous nomme-t-on ? s’excita-t-il ensuite, les yeux flamboyant de curiosité.
Mais rapidement son entrain et sa spontanéité moururent tandis qu’il regardait le maître-au-dragon en face de lui.
Le visage de l'étranger s’était brutalement décomposé.
« Mone… Monk… Mont », balbutia-t-il après un moment.
Le garçon le regarda intrigué.
_Je ne connais plus mon nom... Et toi, comment t’appelle-t-on ?
_J’ai pour nom celui du père de mon père. Je suis Basth, fils de Bodrik de Garouhane, répondit-il prestement.
_Ravi de te connaître, Basth fils de Bodrik, fit l'ébènien. Peux-tu me dire ce qu’est la célébration dont tu m’as parlé ? Serait-ce pour cela que vous êtes réunis ici ?
_Non, c’est pour l’histoire… Se...seriez-vous un guerrier du sud ?
_Quoi ?
_Des légendes disent que vers le Bas Du Monde, là où aucun navire ne s’aventure, il existerait des terres où des hommes à la peau sombre, les ébèniens, serviraient les Forces Primales. Seriez-vous l’un d’eux ?
Le jeune homme regarda autour de lui, il observa les enfants qui s’accommodaient timidement du dragonet.
Tous étaient habillés d’une tunique de diverses couleurs.
En plus de leur tunique, les garçons portaient un pantalon qui leur arrivait à mi-mollet. Les filles quant à elles, portaient des tuniques plus longues. Leurs tenues vestimentaires simples, étaient pourtant très élégantes, et cadraient parfaitement avec l'environnement. L'étranger nota que les couleurs utilisées, se mariaient avec les tons du paysage. Tout semblait avoir été étudié pour que rien ne se démarque, pour que tout soit en harmonie.
_Quelle est cette histoire dont tu m'as parlé, Basth ? questionna-t-il le garçon qui ne l’avait pas quitté des yeux.
_Celle que le Doyen va nous raconter.
_Et qui est celui que vous appelez doyen ?
La fillette rousse qui écoutait discrètement leur discussion, s’insurgea de l’ignorance de l’ébènien.
_Vous ne savez pas qui est le Doyen ? D’où venez-vous, vous et ce dragon ? Tous deux avez drôle d’allure… Mon père, commença-t-elle à lui dire en le toisant avec dédain.
_Que t’ont donc appris tes parents justement ? Depuis quelques heures, j’ai le sentiment de devenir fou… On se moque de moi ou quoi ? Je ne demande qu’une chose : je veux savoir où est-ce que je suis tombé ?
_A point, jeune maître ! Vous êtes tombé à point...
A l'écoute de ces mots, une vague de charmes et de merveilles l’enveloppèrent. Suave et enchanteresse, cette voix avait en quelques syllabes, transporté le cœur du jeune homme, et retiré de son esprit toute colère et frustration.
L'ébènien se retourna rapidement vers elle. Toutefois, il sursauta nerveusement quand il vit un épouvantail avancer avec l’aide d’une canne, dans sa direction.
« Le Doyen ! » hurlèrent tous les enfants avant de s’installer en arc de cercle autour d’un banc de bois blanc, comme si ce rite avait été répété plusieurs fois.
Quand le vieil homme fut arrivé à hauteur de l’ébènien, ce dernier s’excusa intérieurement de l’avoir pris pour un épouvantail.
Le Doyen regarda le dragon qui s’était couché aux pieds de son maître. Il lui sourit, et prononça des mots que lui seul comprit. Gon réagit aussitôt, se mettant à pousser de petits grognements. Puis, il se recoucha là où il était quelques instants plus tôt.
_Que s’est-il passé ? Que lui avez-vous dit ?
_Patience, maître, fit alors le vieil homme en souriant à Gon. Il est peu commun de voir un humain en compagnie d’une si jeune créature. C’est une responsabilité que d’avoir été choisi.
_ Que voulez-vous dire ? lui demanda l'ébènien.
_Asseyez-vous, maître, et entendez les réponses à vos interrogations. La journée vient de commencer, la votre est loin de se terminer.
Sur ces mots, le Doyen prit place sur le banc de bois blanc.
Désemparé, le maître-au-dragon s’assit à côté de son dragonet, et imita les enfants. Autour de lui, tous étaient assis, et attendaient patiemment que le vieil homme commence son récit.

Partout dans la cité, les hommes et femmes de Garouhane s’adonnaient à leurs tâches de la journée. Le maître-au-dragon eut le loisir de voir plusieurs citadins chargés de lourds paniers remplis de gros fruits rouges, aller vers ce qui lui sembla être un immense pressoir. Là, de jeunes femmes en tablier, vidaient le contenu des paniers sur une immense table de bois, et s’occupaient de couper les tiges des fruits. Plus loin, l'ébènien entendit le bruit familier, d’un homme qui raclait la terre de son jardin. Sa femme à ses côtés, semait consciencieusement des graines dans les sillons que son mari creusait. Un nuage d’oiseaux passa au-dessus de la cité, et alla se percher dans un gros arbre ressemblant à un cerisier. Dans un concert agréable, ils se mirent à piquer des fruits violets.
Le Doyen prit une grande inspiration, puis sa voix mélodieuse et envoûtante enveloppa l'assemblée assise à se pieds...

« …Imaginez cette époque reculée où vos pères n'avaient pas encore bâti les cités. Ces temps anciens où les Premiers Hommes étaient partis guerroyer en d'autres contrées. Bien avant que n’apparaisse l’Ancienne des Forêts, lorsque les dragons parcouraient encore la Terre Boisée...
Avez-vous pris comme moi, le chemin des songes pour remonter le temps jusqu'à ces moments ? » demanda le Doyen en regardant l'assistance intensemment.
A cet instant, tous les enfants hurlèrent en choeur : « Oui ! »
Puis, le silence s'installa à nouveau, avant que le Doyen ne continue son récit.
« Un jour, le soleil au-dessus de Vétona, se mit à brûler. Et notre île devint rapidement un désert stéril, plus désolant que Sandsòl et ses territoires arides. Rivières et lacs se mirent à sécher, et dans de profondes cavernes, le salut des hommes fut trouvé.
Les sorciers de jadis usèrent en vain leurs sorts, mais Vétona demeura malade malgré leurs efforts. Parmi eux vivait un enfant prénomé Mélane qui avait été receuilli par trois puissants sorciers… »

A ce moment de l'histoire, le vieil homme marqua une pause. Il se leva de son banc de bois, et alla se désaltérer à la fontaine de la place. L'ébènien en profita pour se renseigner auprés de Basth.
Les sorciers de Vétona étaient distinguables des autres sorciers du Monde, par leurs cheveux dorés. Ils n'acqueraient cette particularité que lorqu'ils s'étaient liés avec les créatures les plus sages et les plus vieilles de ce monde.
« Le Doyen ? », plaisanta alors l’ébènien.
Mais le petit Basth lui répondit avec un regard désaprobateur que les Dragons-sage étaient les premiers êtres vivants à avoir foulé le sol du Monde. Certains hommes pouvaient atteindre un niveau de conscience de Nature et de tous ses secrets, et devenir sorc de l'un des Dragons-sage. C’était la réunion de leurs esprits qui donnait aux sorciers, la couleur de leurs cheveux. A une époque, celle d'avant l'Alliance, plusieurs sorciers avaient été parrainés par le même Dragon-sage. Mélane, lui , était né avec ses cheveux dorés.
Cependant, le Doyen avait repris son histoire.

« … Un jour de son quinzième printemps, dans la fraicheur sombre de sa caverne, Mélane eut une bouleversante vision. Il avait vu l’eau tomber du ciel, et vertes et touffues sur la Terre Boisée, ressurgissaient les forêts.
Le lendemain, le ciel était noir. Une désolante atmosphère avait rafraichi l'air, et de sombres grondements provenaient des profondeurs de la terre.
A l’entrée des grottes, hommes et femmes s’amassèrent.
Tous espéraient que ce jour serait le dernier de plusieurs générations de misères. Mais tout à coup, le ciel s’illumina violemment. Et même les fraiches obscurités des grottes furent inondées de lumière. Soudain, une boule de feu s’abattit sur l'immense désert.
Mélane ne comprenant pas ce qui se passait, fit part de son inquiétude aux sorciers.
« Il ne peut en être autrement si c’est ce que l’Ordre entreprend », lui dirent-il d’une seule voix.
Autour de lui, les gens s’agitaient. Les enfants pleuraient, et les mères consolaient. Les pères inquiets, marchaient et pestaient.
A l’extérieur, la surface de Vétona était bouleversée. Des failles s’ouvrirent pendant que des montagnes s'élevèrent pour percer les cieux, et embrocher le soleil de leurs pics aiguisés.
Une soudaine envie de sortir s'empara de Mélane. Et avant qu'il ne le réalise, il parcourait Vétona où poussait hâtivement une immense prairie. Une force mystérieuse l'incitait à atteindre le lieu où la boule de feu était tombée. Alors qu’il courait à travers de vierges et jeunes sylves, un puissant rugissement déchira l’air, et lui glaça le sang.
Levant les yeux sur le sombre ciel, Mélane vit celui qui en était l’auteur, quand il aperçut un terrible dragon qui prenait de la hauteur.
Puis il arriva enfin devant la boule qui était tombée.
Brusquement, les secousses de la terre, cessèrent, et dans un profond sommeil, Vétona se tut. La végétation cessa de croître, et même le vent ne souffla plus.
Angoissé, Mélane regarda autour de lui. Jamais il n’aurait pu croire qu’un jour son monde serait autant bouleversé.
A quoi bon être ce qu’il était, si tout ce qu’il serait susceptible de tenter, dépendait de forces qu’il ne savait maîtriser?
Mélane en était à ces réflexions quand, sans la moindre raison, il fut attiré vers la boule.
La pluie se mit à tomber.
La boule, palpitait d’une faible lueur. Lorsque Mélane la toucha, quelque chose s’insinua en lui.
Des éclairs déchirèrent le ciel, criblé de goutte d’eau. Vétona était entrée dans un temps nouveau. Mythes et légendes s’étaient réveillés, alors que d’autres naissaient.
La boule commença à diminuer, et ce qui entra en Mélane le changeait. Il n’était plus l’être unitaire qu’il avait été, mais la réunion de deux entités. Soudain ses cheveux se dressèrent, et à quelques mètres du sol, il se mit à flotter. Puis il retomba lourdement sur le sol. Alors Mélane-Atrisse se leva, et s’en fut sous une pluie battante, dans la grandeur nouvelle de Nature éclatante.
Une nouvelle ère venait de commencer, et dans l’une des grottes de Vétona, les trois grands sorciers se dépêchaient de se préparer. Ils devaient se rendre au plus vite, là où Mélane-Atrisse les attendrait.
Autour d’eux, hommes, femmes et enfants exprimaient leur bonheur, dans des cris d’allégresse. Ils savourèrent sous la pluie, leur destin et ses changements, en louant l’Ordre, et Nature leur maîtresse… »

A ce moment, le Doyen se tut et sourit. Il se leva péniblement, et dit à son assemblée :
« Et bien à présent, jeunes gens, puisse cette célébration combler vos aspirations, et égayer vos vies comme le soleil comble les journées. Puisse l’Ordre être en votre faveur. »
Aprés les remerciements d'usage, tous les enfants partirent en s’éparpillant dans la cité. Il ne resta que l’ébènien et Gon qui ne savaient où aller. Le vieil homme se tourna vers le maître-au-dragon.
« Accompagnez-moi », l’invita-t-il alors.
Tous deux se mirent à marcher, le dragon les suivant de près.
_Aujourd’hui est jour de fête et je suis le seul à avoir ce dont ce petit a besoin, continua-t-il en regardant le dragon avec des yeux emplis de malice.
_C’est la fête aujourd’hui, en effet. Que fête-t-on au juste ?
_L’Alliance jeune maître. Nous fêtons le jour anniversaire où notre terre fut sauvée de sa misère. Nous célébrons Mélane-Atrisse, celui qui sauva Vétona…



Dernière mise à jour par : Stoner le 07/07/06 15:00

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Haldafang

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Sous-venir de Vétona' a été posté le : 06/07/06 19:56
Début très intéressant avec une bonne intrigue.
Cependant, j'ai trouvé un peu l'étrange que le dragonnet s'attache si rapidement à l'ébénien. En effet, une fois sorti de son oeuf, il devrait avoir faim... :D
Enfin, libre à toi de créer ta propre mythologie...
en tous cas, le dragonnet est particulièrement attendrissant. :7
Je remarque tout de même un passage relativement long avec le récit du doyen qui m'a moins passionée que le reste du récit.
J'attends avec impatience le chapitre 2 !



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Stoner

Saignant



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Sous-venir de Vétona' a été posté le : 06/07/06 21:38
Wouaw ... je commençais à désespérer d'avoir un première avis, et constructif en l'occurence ...
Je suis obligé de remarqué que tu as noté un détail interessant, il est vrai qu'il est étrange que le dragonnet ne mange pas l'ébènien ... ben on saura par la suite pourquoi ... ;)
Ensuite pour ce qui est du passage relatif au récit du Doyen, ben 'faut dire que c'est le premier chapitre d'un roman, et qu'il faille du coup, faire en sorte que le lecteur soit le plus rapidement possible habitué et plongé dans la mythologie de ce nouveau monde qu'il découvre, avec son histoire, ses régles, ses mythes et légendes ... voilà, c'est un passage obligatoire ... mais bon, j'espère qu'il n'est pas aussi désagréable que ça ... lol


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Stoner

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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Sous-venir de Vétona' a été posté le : 06/07/06 22:53
Je voulais attendre l'heure du crime pour mettre en ligne le chapitre 2, mais bon ... pourkoi gacher le plaisir, alors le voici et j'espère que ceux qui lisent, apprécieront ...
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chap. II



Vétona, immense île du Haut Monde, connue selon les âges sous le nom de Terre Boisée, et en ces temps particuliers sous celui de l'Île-aux-sorciers, était située au sud du continent de AeternTerra. Les hommes de ces terres peuplées imaginaient que par delà les mers connues, au nord-est de Vétona, se trouvaient les contrées des Enfants du Monde, les infinies Désolations. Car ce fut de cet horizon que vint le premier dragon.
Les légendes racontent que l’Unique, le père des Dragons-sage, donna jadis à l’Homme, la parole sur la Terre Boisée. Ce fut également sur cette terre que l'Unique instruit l’Ordre à l'humanité. L’Homme invita le dragon à rester si tel était son désir, et retrouva les siens pour leur transmettre le savoir qu’il venait d’acquérir. Ce fut la Première Entente qui perdura de longues générations. L’Unique se plut sur Vétona, et fit venir sa progéniture. Naquirent alors, les premières relations entre les hommes et les dragons...

Le vieil homme marchait d’un pas lent vers un lieu reculé de la cité, en compagnie de l'ébènien. Lorsque le Doyen demanda à l'étranger d’où il venait, le jeune homme lui raconta tout ce dont il se souvenait. Son éveil dans la grotte de la forêt, sa rencontre avec son dragon et son arrivé dans Garouhane.
_Vous prétendez, fit le vieil homme, que vos souvenirs sont confus, et que songes et réalité se mêlent dans votre esprit… Depuis un certain moment, des rôdeurs traînent autour de notre paisible cité, il est fort possible que vous ayez fait une malheureuse rencontre. Puis, ils vous auraient jeté pour mort dans un trou.
_Je ne pense pas. Je ne me souviens plus... observa l'ébènien en regardant le dragonet marcher à ses côtés.
_Expliquez-moi ce qui vous perturbe. Dans les limbes du temps et du réel, qui peut prétendre savoir où l’imagination peut conduire un homme ? dit le Doyen en souriant devant le visage du jeune homme que la réflexion déformait.
_Je…en effet, je dois avouer que tout cela est bien étrange, reprit ce dernier songeur.
_Le temps ne presse pas, les choses reprendront leur cours naturellement. Je vous le garantis maître-au-dragon, il ne peut en être autrement.

Ils arrivèrent bientôt face à un arbre improbable. A son tronc démesuré, l’ébènien estima qu'il devait être âgé de milliers d’années. Ses écorces étaient aussi larges que des planches, et son branchage était comme les flammes livrées aux vents des plaines. Dépourvu de la moindre feuille, il était une incroyable aberration.
Le vieil homme se tourna vers l'ébènien qui admirait le surprenant végétal.
« Me permetterez-vous de vous révéler l'un des secrets de Nature ? » lui demanda-t-il alors.
Le maître-au-dragon baissa son regard sur la petite personne du Doyen.
Ce dernier lui décocha un sourire complice et édenté.
« Pourquoi pas ? » lui répondit l'étranger.
Satisfait, le Doyen se tourna à nouveau vers l'arbre. Puis il prononça d'étranges mots à la consonnance curieusement mélodique qui firent chanter sa voix hypnotique.
Un vent chaud se leva subitement, et siffla violemment dans les branches nues de l’arbre. Le bois se mit immédiatement à craquer. Puis, les branches se mirent à briller, et se couvrirent rapidement de milliers de petites feuilles de lumières colorées. Et les branches nues devinrent des torches de couleurs incroyables. Elles se mirent à danser sous l’effet des ombres que les myriades de flammèches projetaient autours d’elles.
Brusquement, des écorces de l’arbre se rabattirent mystérieusement, de telle sorte qu’elles formèrent un escalier en colimaçon autour du tronc.
« Montez donc, maître. Vous êtes mes invités, vous et votre bête », fit alors le Doyen en gravissant lentement les degrés d’écorce.
L'ébènien suivit sans un mot le vieil homme. Mais alors qu’il arrivait à la dernière marche qui se prolongeait en une sorte de plate-forme en demi-lune, il vit que le tronc de l’arbre était creux. Et un autre escalier en colimaçon descendait en son centre.
_Mais, il y a de la lumière là-dedans ! s'exclama-t-il alors.
_Bien entendu ! Comment voudriez-vous qu’un vieillard comme moi puisse y voir sans ? répliqua le Doyen en descendant dans l’arbre. Allons dépêchons, j’ai hâte de me restaurer... fit-il en regardant le dragonet.
Gon déplia ses ailes et se laissa tomber en tourbillonnant au centre du tronc. Le Doyen ravi lui emboîta immédiatement le pas. Cependant, l’ébènien resta en arrière.

En retrait de l’arbre, vers les murs de Garouhane qu’elle coupait en deux, il était une pierre d’une taille extraordinaire. Semblant être le gigantesque éclat d’une montagne, sa présence au milieu d’une forêt soulevait divers mystères. Telle une langue de granit, elle surplombait la forêt, ses arbres et ses sombres secrets. Le maître-au-dragon songea alors qu’il lui serait possible là-bas, d’avoir un excellent panorama de ce qu’il ne connaissait pas encore.
Devant la pierre, il remarqua que le lierre et la mousse l’avaient enveloppé à sa base. Des ronces et les chardons qui avaient poussé entre ses failles.
A ce moment, le jeune homme remarqua la singularité de sa forme. La pierre ressemblait curieusement à une gigantesque aile déployée. Mais poussé par la possibilité d'avoir une vue imprenable de la cité et ses alentours, il laissa là ses réflexions et grimpa sur le rocher. Malgré son escarpement aigu, il le gravit sans trop de difficulté. Parvenu à sa pointe, là où le vide soufflait dangereusement autour de lui, l'ébènien put à loisir embrasser du regard le paysage édifiant de Garouhane et sa forêt. Derrière lui s’étalait l’incroyable cité. Il vit ses longs et hauts murs et la clairière verte qui la ceinturait. Mais ce fut ce qui se trouvait à une quinzaine de mètres en contrebas qui l'impressiona. Un océan de verdure s’étendait à perte de vue. Une sylve épaisse et mystèrieuse comme une force ensorceleuse. Lorsqu’il réalisa son étrange pouvoir de fascination, la forêt terrifia le jeune homme.
Le vent lui chatouilla le visage en charriant des torrents de parfums inconnus et agréables qui excitèrent immédiatement ses sens. Il écarta les bras, et offrit son corps à ce que Nature lui donnait. Il ne pensa à rien, et apprécia…

Plus tard, le maitre-au-dragon grimpa à nouveau dans l’arbre, et descendit l’escalier en colimaçon à l’intérieur du tronc. Il déboucha dans une pièce qui, bien que souterraine, était baignée de la lumière du soleil. La demeure du Doyen, était une immense salle taillée à l’intérieur même de l’arbre. Des meubles clairs et vernis réfléchissaient la lumière d’une douce manière.
Vaste, la pièce avait dans un coin une cuisine près de laquelle se trouvait une large table dont les pieds étaient encore enfoncés dans l’arbre. De larges bancs étaient sculptés à même la table. Plus loin, il était une immense couche faite d’une seule et même planche qui sortait également de l’arbre. Une multitude de coussins, de couvertures et de draps de toutes sortes, de plusieurs couleurs et épaisseurs ta*******aient ce lit. Sur toute une façade, se trouvait une bibliothèque impressionnante, où une quantité incommensurable de livres étaient rangée.
Le jeune homme nota que la bibliothèque se prolongeait vers une pièce annexe dont le sol penchait étrangement. Cette pièce était bien plus grande que ce que le maître-au-dragon imaginait. Toutes les racines principales du gigantesque arbre, étaient un des rayons de cette bibliothèque.
L'ébènien debout à côté de son dragon couché à ses pieds, regardait le Doyen dans la cuisine qui écrasait quelque chose dans un énorme bol de bois.
_Je serais curieux de savoir… fit le jeune homme à un moment alors qu'il se trouvait près de la large table.
_Oui... fit le vieillard sans se retourner.
_Comment faites-vous quand il vous prend l’envie de tout changer de place ? Utiliseriez-vous quelques incantations ou autres ?
Le Doyen laissa ce qui l’occupait, et se retourna.
Il regarda longuement l’ébènien dans les yeux.
« Chaque chose à sa place dans ce Monde, maître. La sagesse est de savoir laquelle est-elle. Tenez, voilà pour votre dragon. »
Il lui tendit alors une grande gamelle de bois contenant une bouillie de légumes et d’herbes indescriptibles.
L'ébènien et le Doyen assis sur le banc, regardèrent le dragon manger. A un moment, le vieil homme se leva, et se dirigea à nouveau vers la cuisine. Alors qu’il s’affairait au-dessus d’un creuset, le maître-au-dragon lui demanda s'il connaissait quelqu’un qui pourrait lui venir en aide.
_La seule personne susceptible de vous aider maître, est le sorcier de la cité, lui répondit le Doyen. Mais je doute sincèrement, que vous ayez besoin de lui. Tenez, prenez cela pour votre bosse, poursuivit-il en lui tendant un linge imbibé d’une lotion à l’odeur agréable.
_Que voulez-vous dire ? fit le jeune homme en appliquant le pansement sur sa tête.
_Je viens de vous le dire. Chaque chose a sa place dans l’Ordre du Monde. Depuis la fin de la Première Entente, il n’a plus été vu de dragons qu’en présence de sorciers. Et encore...pour les plus sages d'entre eux. Peut-être prendrez-vous part à quelques aventures, lui répondit le vieil homme en le regardant avec des yeux paternels.
_Vous croyez ?
_Seul l’avenir nous le dira. A présent, mangeons !
Le vieil homme avait invité le maître-au-dragon à passer le reste de la journée et la nuit chez lui. Ne sachant où aller, le jeune homme avait accepté.

Durant la soirée, le Doyen conta à son invité, l’histoire captivante de sa cité. Garouhane fut parmi les premières à avoir été construite après l’Alliance. Et quatre siècles plus tard, comme toutes les cités de la Terre Boisée, elle avait participé à la Guerre Intestine.
_La guerre intestine, reprit songeur le maître-au-dragon.
_Quelques siècles après l’Alliance, poursuivit le Doyen, les hommes de BellyGuèr furent frappés de folie meurtrière. Ils avaient constitué une terrifiante armée de fantassins et de cavaliers protégés d’armures sombres. Et comme une peste infernale, ils déferlèrent sur les autres cités de Vétona. Deux d'entre elles tombèrent sous leur brutalité. Ce fut une période très noire. Les deux autres cités de l’île, s’unirent contre BellyGuèr. Garouhane et D’Elphemyte, les cités libres, résistèrent avec ferveur sans jamais perdre espoir. Et les forces nées de leur réunification trouvèrent la solution qui fit qu’elles gagnèrent la guerre. Et l’armée de BellyGuèr fut peu à peu éclatée par des groupes isolés de soldats qui sortant de nulle part, frappaient et s’en allaient sans laisser de trace.
_De la magie, encore... ?
_Non. Cet art n'existait plus. Tous avaient perdu espoir de revoir un jour les puissances dans les charmes des sorciers. Depuis l’Alliance, pas un homme avait prétendu être détenteur d’arcanes fantastiques. La sorcellerie avait disparue en même temps que Vétona avait été guérie. C’est du moins ce que tous pensaient.
A ce moment, le Doyen marqua une pause.
Sa voix sembla cependant toujours emplir les murs de bois de sa demeure. L'ébènien nota que cette partie de l’histoire de l'île, avait mis le vieil homme dans une profonde mélancolie. Mais rapidement, le vieil homme reprit ses esprits, et déposant son verre après s’être désaltéré, continua son récit.
_Les batailles qui virent les hommes s’entretuer empruntaient à peine le sentier des souvenirs, lorsque de sombres tourments ravivèrent de terribles peurs. Huit dragonnades après la Guerre Intestine, des créatures qui vivaient secrètement dans les plus sombres forêts de Vétona, attaquèrent les cités. Aujourd’hui, certains disent qu'elles étaient la descendance de l’ancienne race dont les hommes avaient investi la cité abandonnée, Fest-gor. Elles semblaient aux humains, mais plus imposantes, plus puissantes, elles n’étaient que bêtes cruelles vouées à la guerre. Leurs yeux rouges brillaient dans l’obscurité qui les avait chéri de longues années. Leur peau avait pris ses teintes d’ombres sinistrées. Et les hommes ne purent se défendre contre ces créatures qui chevauchaient garouarks et verveulants.
_Des verveulants… C’est quoi un garouark ?
_Le garouark vit depuis toujours dans les forêts de Vétona. Il immobilise sa victime en croisant son regard. Cette bête n’est que vilenie et frayeur. Les verveulants quant à eux, sont une sous-espèce de dragon pourrait-on dire, même s'ils ne sont pas maîtres de feu. Ils ne sont que de vulgaires animaux comparés aux premiers, quoique leur puissance et leur ténacité restent très impressionnantes, reconnut le vieil homme en secouant la tête.
_Je vois. Mais ensuite… Que s’est-il passé ? s'enquit l'ébènien.
_Ce fut une période trouble où les humains perdirent espoir, et se résignèrent à l’esclavage des armées des ombres.
_Mais après ?
_Parmi nous, ils revinrent...
_Qui ?
_Aux portes des cinq cités des hommes, se présenta un sorcier. Armé d’un bourdon où brillait une pierre sacrée, ils défirent les hordes ennemies. Et quand on leur demanda d’où ils venaient, tous répondirent qu’ils venaient de la cité d’O.
A cet instant, le maître-au-dragon réalisa à quel point la voix du Doyen pouvait être étrange. Ce mot, « O », qu’il venait d’entendre, avait sonné à son oreille comme un enchantement. Le jeune homme avait parfaitement perçut un grondement incroyablement mélodique et sous-jacent dans la voix du Doyen. Comme si cette langue n’appartenait pas à l’Homme, mais à d’autres entités plus vieilles, plus puissantes encore ; et que l’une d’elle utilisait sa bouche vénérable pour prononcer l’un de ses mots sacrés.
Cependant le petit homme maigrichon en face de lui, continua son récit. Et l'ébènien se laissa à nouveau surprendre par le son de sa voix.
_En ce lieu sacré, continua-t-il, ils avaient reçu l’enseignement dispensé par le Grand Mage Mélane-Atrisse qui leur avait remis la pierre de pouvoir qu’ils arboraient à leur bâton de sorcier. Personne n’imaginait que Mélane-Atrisse puisse vivre encore sur cette terre. Mais tous reçurent cette nouvelle comme une bénédiction.
_Et les sorciers…ils existent encore aujourd’hui ?
_Oui, mais ils diffèrent de ceux de l’ancienne génération, les sorciers d’avant l’Alliance, précisa le Doyen. Il n’existe plus de confréries. Les sorciers qui protègent les cités de Vétona sont unique sorc de leur Dragon-sage. Des dragons qui se sont éveillés, il n’y a pas encore mille cinq cent année. Ils sont cinq comme autant de cités où vivent les hommes. Le Dragon-sage Makos parraine maître Masty-lö, Protecteur de Marimena, continua le Doyen. La cité de Malvigne a changé de sorcier depuis quelques temps déjà, le précédent ayant disparu sans que l’on sache où il est parti. Personne ne sait où il se trouve. Il aurait même abandonné sa fille.
_Malvigne… répéta songeur l’ébènien.
Le nom de cette cité lui parut curieusement familier. Quelque chose dans ce que le Doyen lui racontait à ce moment, lui sembla intimement proche.
_On raconte que durant ses derniers jours dans la cité, il semblait terrorisé par un mal qui se rapprochait inexorablement, continua le vieil homme. Il était le sorc d'un Dragon-sage déchu. Enfin… soupira le Doyen désolé. Le nouveau sorcier, reprit-il après un moment, est parrainé par Iskanobo. Maître Alam-Beck de D’Elphemyte est le sorc de Jay-dò. Le sorcier-guerrier de BellyGuèr, maître Fy-Rhyn, a pour Dragon-sage, Athémars. Et enfin, le Protecteur de Garouhane la verte-et-touffue, maître An-Drena, est le sorc de Fòwood.
_Quel sombre histoire, apprécia l'ébènien en secouant la tête. C’est incroyable !
_Il semblerait que les obscures volontés des ténèbres aient de nouveau décider de s’acharner sur notre île.
Le vieil homme exposa alors au maître-au-dragon, les terreurs nouvelles auxquelles Garouhane devait faire face.
Après l’Alliance, Vétona fut en grande partie recouverte d’une épaisse végétation née de sa terre mais aussi de son passé. Ainsi des créatures des Âges Premiers que les hommes n’auraient jamais dû connaître, furent éveillées en même temps que les forêts. A ce jour, le danger se trouvait aux portes de la cité. Et il n’était plus rare que la forêt vomisse une horrible bête qui massacrait un homme avant de s’enfoncer à nouveau au milieu de l’inextricable et maudit enchevêtrement végétal.
Garouhane ne pouvait plus lutter, de sombres puissances oeuvraient à leur perte. A la dixième victime, le conseil de la cité avait pris la décision de mener une expédition afin de quérir de l’aide, auprès des anciens sorciers de la cité d’O. Tous espéraient que Mélane-Atrisse pourrait leur venir en aide.
« L’expédition doit partir demain », conclut le vieil homme.

Durant la nuit, les événements de cette étrange journée ne cessèrent d’accaparer les pensées du maître-au-dragon. Mais au milieu de ses reflexions, il eut une question qui revint sans cesse dans son esprit.
Qui était-il, vraiment ?
Car plus le temps passait, plus il se sentait répondre à une force mystique, à un instinct naturel ou encore à une vérité inconsciente...


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   Réponse au Sujet 'Sous-venir de Vétona' a été posté le : 07/07/06 15:03
Chap. III
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Quand le maître-au-dragon se réveilla le matin suivant, les oiseaux dans les branches de l’arbre au fond duquel il avait dormi, le submergèrent d’une douce et agréable mélodie. Après ses craintes nocturnes qui l’avaient empêché de dormir une partie de la nuit, son sommeil avait été profond et bienfaiteur.
Le Doyen, alors qu’il se levait seulement, était déjà dans la cuisine et préparait de quoi manger.
_Avez-vous bien dormi, maître ? s’inquiéta le vieil homme quand il le vit debout à ses côtés.
_Agréablement… Je n’ai même plus mal à la tête, apprécia-t-il en caressant son crâne rasé.
Le vieillard prit sa réponse pour un compliment, et vanta les vertus du bois de son domicile.
Le bois de gosseyen avait sur l’homme des qualités bienfaisantes. Celui qui en suçait un morceau ne pouvait être fatigué. Le jeune homme qui avait dormi dans une sorte de cocon régénérant, commença à comprendre pourquoi et surtout comment, un homme aussi vieux que son hôte, pouvait se déplacer comme il le faisait.
Tandis que le vieil homme continuait sa leçon de botanique, il lui donna un grand bol de nourriture que le maître-au-dragon toisa avec suspicion.
_Hum…je n’ai pas envie d’abuser plus longtemps de votre hospitalité, finit-il par dire l’air embêté.
_Vous ne devriez pas vous restreindre ainsi. Votre corps à besoin de forces nouvelles. Prenez donc exemple sur lui, fit le Doyen en désignant le dragon.
Gon en effet, venait de terminer sa seconde gamelle, et réclamait déjà une autre portion.
_Merci beaucoup, mais non merci, reprit son maître ennuyé.
_C’est une bien mauvaise habitude. Comment croyez-vous qu’un homme comme moi ait pu vivre aussi longtemps ?
Le jeune homme s’apprêta à lui exposer son opinion sur la question lorsque le Doyen imperturbable, lui présenta des fruits.
« Tenez, goûtez moi ça ! Ne pas manger le matin… » fit-il exaspéré.
L'ébènien prit un fruit que lui tendait gentiment le Doyen, et le porta avec prudence à ses lèvres. Le jeune homme l’huma longuement à la manière d’un animal. Le fruit avait un parfum de sucre et de fleurs. Timidement, il écarta les lèvres et croqua dedans. Quelques gouttes de jus coulèrent sur son menton. Finalement, il mangea plusieurs autres fruits, ce qui fit plaisir au vieil homme.


Sur le chemin qui les ramenait au centre de la cité, le jeune homme trouva une branche d’arbre longue et droite. Guidé par l’instinct, il ne put s’empêcher de la saisir et de donner des coups dans le vide. Quand le Doyen le vit tournoyer le bâton, il lui demanda où il avait appris à se battre de la sorte.
_Cela me semble naturel. C’est comme si j’avais appris dans mon passé. Enfin je crois…
_Hum… C’est intéressant. C’est très intéressant, fit le Doyen penseur. L'Ordre du Monde n’a qu’un chemin qui ne se révèle qu’à ceux qui le veulent bien.
_Comment ?
_Rien, maître. Simple égarement d’un esprit sénile. Je ne saurais expliquer pour quelle raison votre mémoire vous fait défaut, et comment vous êtes venu à nous. Ni même pourquoi autre chose accapare vos pensées et ronge vos souvenirs. Mais je vous plains, maître.
_Je ne dirais pas que ce n’est pas grave, tant que le sorcier peut m’aider à y voir plus clair, moi ça me va, conclut le jeune homme.
« Cet ébènien et son dragonet sont ceux que nous attendions, sans savoir ce qu’ils sont », songea le vieil homme.
Le dragon regardait son maître avec curiosité et attention. A un moment, plusieurs papillons l’encerclèrent. Alors il sembla au Doyen que l’ébènien était entouré d’une aura éphémère. Et il eut la vision d'une fresque vivante de ce que serait certainement son destin…

Lorsque le Doyen, l’ébènien et son dragon arrivèrent à la maison du sorcier, il y avait une foule importante devant son domicile. L’assemblée silencieuse l’écoutait donner ses dernières instructions, au groupe qui s’aventurerait dans les sombres forêts. Quand on vit l'étranger et son dragon s’approcher, les gens s’écartèrent avec méfiance.
_C’est l’ébènien !
_Ma fille a dit qu’il est arrivé hier, au moment où le Doyen racontait son histoire…
_Son dragon est effrayant !
_Moi qui croyais que tous étaient sages et vieux, renchérit un autre homme.
_Il…il est pénétré de la marque du mauvais. Regardez-le bien… Le malheur transpire de sa peau. Par l’Ordre, gardons-nous de croiser son regard, il nous maudirait…
_Il est le sombre messager du malheur qui touche nos forêts. Boutons-le hors de nos murs… Mieux encore, pendons-le ! persifla un dernier.
_Messieurs, s’il vous plait ! s'exclama le sorcier en rappelant fermement à l’ordre l’assemblée.
Puis, il reprit ses recommandations aux intéressés.
L’ébènien s’amusa de la crainte qu’il suscitait chez ces gens, et peut-être que cela participa à la méfiance qu’il provoquait. Dans la foule, il vit Basth. Ce dernier le remarqua également, et se précipita à sa rencontre.
_Alors ? C’est pour quoi tout ça ? demanda-t-il au garçon.
_Maître An-Drena n’a pas pu situer la cité sacrée.
Le jeune homme fut désolé d’apprendre la nouvelle. Il espérait néanmoins que le sorcier sache l’aider personnellement.
Aussi se contenta-t-il d’attendre que la petite réunion se termine pour aller demander l’aide au sage homme. La foule s’écarta d’elle-même, afin d’éviter tout contact avec son dragon ou lui. Ce geste de méfiance n’émut pas plus le jeune homme qui s’en accommoda. Il chercha des yeux le Doyen, mais ne le vit pas.
« Bizarre » fit-il intrigué.
Puis il tourna son regard vers le sorcier de Garouhane.
Comme tous les sorciers de cette partie du Monde, maître An-Drena avait appris sa science dans la légendaire cité d’O. Sa barbe grise et longue trahissait son grand âge cependant que dans ses yeux brillait une puissante lueur. Ses traits doux respiraient la sérénité, et les expressions de son visage étaient aimables. Sa tunique ressemblait à une longue robe faite d’une épaisse étoffe brune foncée, liserée de vert en la qualité de motifs de lierres, signe de son appartenance à la cité d’O. Sinon rien n’aurait pu le différencier d’un autre homme de Garouhane, exceptée sa chevelure d’un ton or flamboyant qui encadrait son visage d’un halo de lumière.
Depuis que sa silhouette s’était mêlée aux ombres des arbres de la cité, jamais un homme n’avait eu à se plaindre du sorcier. Dés l’instant où maître An-Drena avait franchi les portes de Garouhane pour mener ses guerriers à la victoire sur des créatures malfaisantes, pas un homme n’avait arrêté de le bénir. Depuis ces sombres journées, des générations étaient passées, et maître An-Drena veilla sur elles comme sur leurs descendances. Il était comme l’un de ces arbres séculaires qui abritaient en son sein une famille entière. Il était des histoires que contaient les parents à leurs enfants, et devait certainement être un héros de celles qu’ils raconteraient plus tard aux leurs.
Or en ce jour, pas même lui, ne pouvait aider les jeune gens qui allaient traverser les forêts de Vétona. Le matin même, maître An-Drena avait appris que maître Hermice-desol, Protecteur de Malvigne, n’avait plus de nouvelles de l’expédition qu’il avait envoyée. La malfaisance qui rongeait les sylves de Vétona semblait être plus noire et terrifiante que ce que tous avaient imaginé.

A un moment, alors qu’un homme s’écartait, le maître-au-dragon aperçut la silhouette d’une jeune femme qui se tenait près du sorcier. Il crut voir alors l’inaccessible et fragile déesse de la beauté.
Elancée et fine, sa silhouette rappelait une tendre brindille bourgeonnante. Des cheveux noirs mi-longs, encadraient son visage d’une rare délicatesse au teint semblable aux plus belles porcelaines. Cependant ses yeux vert-noisette rehaussés par de très longs cils, stoppaient toute ardeur. Car rien en ce monde n’aurait pu paraître aussi austère, aussi sévère. Une inflexibilité glaciale sévissait dans ses magnifiques pupilles.
Gon se mit soudainement à grogner, ce qui succita chez les chez les hommes et femmes qui lui étaient proches, un léger mouvement de panique matérialisé par un pas de fuite instinctif. Alors la jeune femme se retourna. Lorsqu’elle remarqua l’ébènien, elle nota qu’il ne pouvait détacher ses yeux de sa personne. Elle marmona alors quelques mots discrets. Puis elle lui sourit, et le maître-au-dragon fondit.
Plus elle le regarda, plus il se sentit transporté par un courant de douceur. Ses jambes commencèrent à trembler. Autour de lui, tout se brouilla à l’exception du visage souriant de la jeune femme.
Soudain, Basth lui donna un violent coup de coude dans les côtes, et extirpé violemment de son délire, l'ébènien gémit de douleur.
_Vous avez été pris, lui dit alors le garçon en lui souriant.
_De quoi parles-tu ? fit le maître-au-dragon encore étourdi.
_Elle, c’est dame Avanna, la fille du Protecteur. Elle sait lier quelque sort.
_J’ai été ensorcelé ?
_Vous auriez pu vous mettre à baver ! lui répondit Basth en se moquant ouvertement de lui.
_Et à part user de ses charmes, que sait-elle faire?
_Rien ne peut échapper à ses flèches. D'ailleurs, maman pense qu’il n’est pas convenable qu’une jeune femme prenne autant de plaisir à tirer à l'arc ou chanter des sorts.
_Et qui sont les autres ? demanda l'ébènien en pointant du menton deux hommes qui se trouvaient aux côtés de la gracile fille du sorcier.
_Maîtres Athis et Boucq-Meter, répondit Basth avec fièvre. Plus grand, je serais comme eux, reprit-il le feu dans les yeux.
Athis était le meilleur guerrier de la cité, et il était le chef de l’expédition. Son visage très agréable à regarder, affichait un sérieux et une sagesse évidente. Ses yeux avaient la même couleur que ses cheveux, un marron très clair, entre le châtain et le blond.
Il parut immédiatement antipathique au maître-au-dragon. L'étranger avait cru déceler une certaine suffisance dans sa posture et son regard. Pourtant, à Garouhane, Athis était très apprécié des mères des jeunes femmes encore célibataires. Mais seulement deux choses le passionnaient dans la vie : l’aventure et l’escrime, art auquel il était devenu malgré son âge, maître incontesté, et qu’il avait développé dans l’espoir que l’Ordre lui permette de prendre part à sa première passion.
Il était un autre à Garouhane qui partageait avec lui, ce penchant aventurier. Boucq-Meter, celui qu’il considérait comme son grand frère.
Boucq-Meter était une montagne de muscles si développés que sa carrure et sa stature avaient fini par être grotesques. Ses pieds larges et grands dans ses bottes en cuir dur, semblaient meurtrir fortement le sol à chacun de ses pas. Ses mains qu’il avait passées dans sa ceinture, étaient larges et monstrueusement démesurées.
« C’est pas humain d’être comme lui ! » souffla l'ébènien discrètement.
A cette remarque, Basth lui fit fermement remarquer que Boucq-Meter n’était pas vraiment un humain. Bien que ceci put expliquer son impressionnante masse musculaire et tous les poils blonds qu’il venait de remarquer sur tout son corps y compris sur le visage, le maître-au-dragon resta stupéfait.
« Qu’est-il, s’il n’est pas un homme ?» demanda-t-il à Basth.
Selon ce que son père, Bodrik de Garouhane, lui avait raconté, il y a une trentaine d’années, le père de Athis trouva dans les bois qui entouraient la cité, un enfant seul et abandonné. L’homme le prit avec lui. Selon le Protecteur de Garouhane, cet enfant était un bon présage, et il les conseilla de le garder, de le chérir et de l’éduquer du mieux qu’ils puissent.
Ce ne fut que plus tard que tous remarquèrent qu’il n’était pas un enfant ordinaire, sa force dépassant de loin celle d’un homme normal. Mais le plus surprenant fut qu’il eut été capable un jour, d’avoir avec maître An-Drena, une conversation dans la langue des dragons sans que jamais il n’ait eu à l’apprendre.
Entre temps, Athis vint au monde, et les deux enfants ne se séparèrent jamais. Boucq-Meter protégeait Athis comme une mère, et Athis apprenait beaucoup de ce grand frère peu ordinaire.
Mais il vint une année, à la période où les nuits grandissent et les journées s’amenuisent, à l’époque où les arbres revêtent leurs vêtements d’or et d’ambre ; un malheur assombrit les jours de leur famille. Un matin, Athis devait avoir sept ans, alors qu’il s’amusait vers les bois, une arakneïde vint l’attaquer. Poussée par l’hiver approchant, elle avait parcouru l’île dans l’espoir de trouver de quoi se nourrir. La bête était grosse comme huit hommes, et pesait quatre fois leurs poids. Trop rapide sur ses quatre pattes osseuses, elle avait saisi le jeune Athis de ses quatre mains. Avant qu’il puisse fuir, elle l’avait paralysée avec sa toile, et s’apprêtait à l’emporter.
Alerté par les cris de son enfant, son père se précipita sur elle, armé de son épée, et livra un combat sans merci contre la créature. Malheureusement, l’arakneïde fut bien plus rapide que l’infortuné homme, et le blessa mortellement quand elle le coinça contre les murs de la cité. Elle lorgna le cou de l'homme de ses trois yeux verts, avant de lui enfoncer ses crocs dans la jugulaire. Quand, sortant de nulle part, surgit Boucq-Meter armé d’une terrible hache de guerre qu’il abattit sur son buste infâme de femme. La hache de Boucq-Meter fendit l’air avec une vitesse et une force si singulière que la créature fut tuée en moins de temps qu’il ne faille pour le dire.
On ne réussit pas à guérir le père de Athis, et ce malgré les pouvoirs du Bris de la Perle d’O de la cité.
Plus tard lorsque le corps de Boucq-Meter se couvrit de poils blonds, il fut évident pour maître An-Drena qu'il était un Premier Homme.



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   Réponse au Sujet 'Sous-venir de Vétona' a été posté le : 07/07/06 15:05
Chap. IV
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A Garouhane, sous le ciel illuminé d'une journée ensoleillée, devant la maison du soricer, la foule se dispersait. Maître An-Drena posa son regard sur l’étranger en retrait sous un rayon de soleil qui filtrait sous les feuilles vertes d’un arbre.
« D’où peut-il bien venir ? » se demanda-t-il alors.
Il le vit écouter attentivement ce que lui racontait Basth le fils de Bodrik. Il nota son attention particulière à la parole naïve d’un enfant, il remarqua son regard concentré sur n’importe quel détail, il devina son besoin d'information. Il sut alors qu'était là un homme en quête.
« Il cherche un chemin », pensa le sorcier alors que l'horrible dragonet le regardait avec insistance.
Son regard l’intrigua. Jamais il n’avait vu de race de dragon quel qu’elle soit, s’allier aussi intimement à des hommes, même si celui-ci était un ébènien.
« Cet homme a dû parcourir les sombres mers du Bas Du Monde pour arriver sur notre île. Mais pour quelle raison ? » se demanda-t-il alors.
Et alors qu’il s’égarait dans ses réflexions, son regard se posa à nouveau sur le dragonet. Soudain, le sorcier fut frappé par son apparence. Ce dragon avait quelque chose qui lui était étrangement familier. Cette impression nette qui s’était figée clairement à son esprit, lui fit abandonner immédiatement les suppositions qu’il avait pu faire sur l’origine du maître-au-dragon. Quelque chose en lui semblait le rattacher de près ou de loin à l’histoire de Vétona.
« Le Doyen semble une nouvelle fois, avoir vu juste » songea-t-il en s’approchant du sombre jeune homme.
_Ainsi vous êtes le maître-au-dragon, fit-il en s'accrou*******ant pour regarder attentivement Gon allongé à ses pieds.
_Je…vous me connaissez ?
_Cela ne saurait tarder, répondit le sage homme de manière sibylline en se redressant en face de lui.
L'ébènien observa longuement le sorcier.
Jadis, cet homme avait affronté les armées originaires de forêts obscures où les cauchemars perdurent. Il avait suivi un enseignement dans une cité sacrée où les mages et Nature s'étaient alliés. Il avait certainement dû voyager dans le Monde, et surmonter de nombreuses épreuves avant d’être digne de se lier à un Dragon-sage et de devenir maître sorcier. Tout cela, le jeune homme se l’imaginait.
Peut-être était-ce sa voix calme et creusée par les générations de sa vie qui l’entourait de mystère ? Ou peut-être était-ce son incroyable chevelure d’or qui lui donnait sous les rayons d’un soleil qui perçait à travers les feuilles de l’arbre, ce rayonnement mystique ?
Le maître-au-dragon ne put qu’être impressionné par la sagesse et le pouvoir qui resplendissaient chez cet homme.
_Je…je, balbutia-t-il après un moment. J’ai conscience que je tombe mal, mais le Doyen m’a dit que vous seriez capable de m’aider.
_ Viendriez-vous des terres du sud ? lui demanda le sage homme.
_Je ne pourrais l’affirmer…
_Peut-être auriez-vous fait une malheureuse rencontre en nos forêts, et la mémoire vous aurait été subtilisée en compagnie d’autres trésors ? Êtes-vous venu de Fest-gor ? Vous seriez-vous contrarié avec des sorciers de foires ? Certains, les meilleurs d’entre eux, arrivent à chanter ce genre de sorts, s’inquiéta maître An-Drena.
_Je ne me rappelle pas, fit l'ébènien pensif.
L'observant, maître An-Drena ressentit toute la confusion de son esprit. Mais il surprit autre chose en lui, comme un secret scellé depuis de très nombreuses années.
« Le Doyen a raison, il y a autre chose », songea-t-il alors qu’en face de lui l’ébènien continuait de parler.
_Je…je ne sais plus quoi penser, je ne sais plus qui je suis. Je crois que plus le temps passe, et plus la confusion grandit. Je ne veux pas devenir fou...
_Hélas jeune maître, je ne puis rien faire.
Ces mots le maître-au-dragon les avait inconsciemment redouté depuis qu’il savait qu’il irait voir le Protecteur.
Ils occultèrent tout espoir. Personne ne saurait éclairer la chape sombre et sinistre qui avait envahi son esprit. Tout devint flou autour de lui, tout devint noir.
« J’ai beau être sorcier, je suis dans l’incapacité d’exaucer votre souhait » fit maître An-Drena en baissant les yeux devant son impuissance.
Lorsqu’il releva la tête, il invita le jeune homme à entrer chez lui.

La maison de maître An-Drena était ordonnée, et respirait l’amabilité. La seule pièce que l'ébènien put voir, fut le simple et très large couloir d’entrée, lambrissé des murs au plafond. Une large bibliothèque lui faisait face. Un parfum de fleur émanait d’une porte sur sa droite. Il supposa immédiatement qu’était là, la pièce où le Protecteur faisait ses potions. Mais quand il vit la mystérieuse guerrière en sortir en prenant bien soin de refermer la porte derrière elle, il comprit que cette pièce était sa chambre à coucher.
Quand Avanna le vit, elle le nargua d'un sourire, puis alla au fond du couloir pour disparaître à gauche en pénétrant dans une pièce que le maître-au-dragon ne pouvait voir.
« Racontez-moi donc tout, depuis que vous vous êtes éveillé », fit à ce moment le sorcier.
Et une nouvelle fois, le jeune homme s’exécuta.
Assis sur un banc qui faisait toute la longueur du couloir, maître An-Drena l’écouta attentivement sans cesser de regarder le dragonet. A la fin de son récit, il convia l’ébènien à s’asseoir à ses côtés.
_Maître, je dois vous rappeler des choses primordiales que vous semblez avoir également oubliées, fit gravement le sorcier.
_C'est-à-dire ? lui demanda le jeune homme intrigué par son évident changement de ton.
_Tout ce qui existe fait parti d’un tout : l’Ordre. Ce qui manifeste et caractérise le mieux l’Ordre en ce Monde, c’est Nature.
_Le Doyen m'en a parlé...
_Or, en ces lieux et temps, poursuivit le sage homme, Nature s’est peu à peu chargée d’horreurs et de peurs.
_Je vois, fit alors l'ébènien qui en fait ne voyait rien du tout, et commençait même à perdre patience.
_Ce que je veux vous faire comprendre, c’est que le fait que vous soyez arrivé hier et non pas demain, n’est pas dû au hasard. Maître, la seule personne qui puisse satisfaire vos aspirations, se trouve être la seule personne qui puisse à nouveau nous sortir de cette malveillance croissante.
_Et ça m’amène où tout ça ? demanda le jeune homme soudainement suspicieux.
_Si vous tenez à apprendre la vérité sur qui vous êtes et ce qui vous arrive, il vous faudra partir avec ceux qui se préparent à la quête de la cité sacrée.
Le maître-au-dragon fut tout étourdi par ce qu’il venait d’entendre. Il n’avait jamais été question qu’il s’en aille dans la forêt affronter des dangers dont il ne voulait même pas imaginer les tourments. Son aventure sembla prendre des tournures réellement désagréables.
« C’est l’Ordre qui a voulu que vous soyez de cette expédition. Il s’agit maintenant de savoir pourquoi. Une chose est certaine, la quête de la cité sacrée n’est pas vote but, elle sera votre départ » continua de dire le sorcier à côté de lui.
« Qu’est-ce qu’il raconte ? » se demanda le jeune homme en le regardant lui tenir des propos dont il ne voulait pas mesurer la portée.
_Comprenez-vous ? continua ce dernier. Il n’y a rien de contingent dans l’existence.
_ Je ferais partie d’un plan universel, où je ne serais qu’un pion qui a déjà sa destiné toute tracée et qui, quoiqu’il fasse, ne fera que ce qu’il doit faire ? demanda avec l’air stupide le jeune homme. Je partirai avec les autres, si c’est la seule solution pour moi. Mais jamais je n’avalerai cela.
Quand le maître-au-dragon eut terminé de parler, le sorcier le regarda paternellement.
Maître An-Drena était sans conteste, le sorcier le plus aimable qu’une cité de Vétona ait eu à accueillir. Mais cela, l’ébènien l’ignorait, et le voyant ne pas le prendre au sérieux, le jeune homme se renfrogna.
Le sorcier fixa Gon couché à ses pieds. Le dragon bailla en ouvrant sa gueule effrayante pour découvrir une langue de feu. Des volutes de fumée s'échappèrent de ses naseaux, et se dispersèrent dans le couloir. Soudain, le Protecteur releva la tête.
_Je sais ce que vous valez. Puis-je me permettre de vous parler avec franchise ?
_Pourquoi pas ? hasarda le jeune homme.
_Peut-être, n’êtes-vous pas prêt à entendre certaines choses, fit alors An-Drena. Seriez-vous sorcier ?
_Je ne sais même plus qui je suis, alors savoir ce que je suis…
_Pourtant un dragon est votre compagnon. Si vers vous, il est venu, c’est que vous êtes indubitablement promis à de grandes choses, que vous le vouliez ou non, dit-il en regardant l’ébènien dans les yeux.
Son regard fut à ce moment si intense que le jeune homme ne put le soutenir, et baissa les yeux.
« Enfin, le plus important est que vous ayez pris la décision de partir avec l’expédition. Suivez-moi, maître-au-dragon », fit le sorcier en se levant et en passant la porte d'entrée.

Dehors, le Protecteur conduit l'étranger et son dragonet vers un débarras aux abords d’un grand pressoir que des jeunes filles s’évertuaient de nettoyer la cuve. Boucq-Meter, Athis et Avanna semblaient les y attendre.
_Nous voilà, cria le sorcier à sa fille qui semblait patienter depuis un long moment déjà. Nous voilà mon enfant, point de précipitation. L’impatience est origine de bien des fautes…
_Et les retards de bien des tracas… soupira-t-elle.
_Voici le maître-au-dragon ! s’exclama le sorcier. Il vous accompagnera, et vous sera certainement d’une aide très précieuse.
_Si vous le dites ! lança le jeune homme d'un air désabusé.
_Bref... Regardez, et choisissez celle qui conviendra le mieux à votre personnalité. On ne vous aurait pas envoyé dans nos forêts sans être armé !
Devant l'ébènien était étalée une multitude d’armes.
Des épées, des couteaux, des poignards de toutes formes et de tout âge. Il y avait également des arcs et des arbalètes de toutes les longueurs. Et des haches et des masses d’armes étaient posées dans un autre coin. Certaines armes avaient certainement dû servir pendant la Guerre Intestine et aux terrifiantes batailles qui menèrent les hommes contre les ténèbres. Ces armes-ci avaient l’aspect sinistre de souvenirs emprunt de malheurs et de mort. D’autres au contraire, neuves, étaient plus belles les une que les autres.
Timidement, le maître-au-dragon soupesa plusieurs épées.
Athis sourit en le regardant faire.
Depuis qu’il avait entendu dire qu’un ébènien accompagné d’un dragon était arrivé dans sa cité, le jeune homme avait éprouvé une certaine jalousie à son égard. Lui qui avait toujours voulu être autre chose que le gendre idéal pour les mères attentionnées de Garouhane, lui qui avait nourrit ses rêves et son avenir d’images épiques d’un glorieux et périlleux passé, avait vu l’opportunité de partir à la quête de la cité d’O comme une réponse de l’Ordre à ses prières. Mais quand il avait appris qu’un étranger allait partir avec ses compagnons et lui pour la cité sacrée, il s’était senti irrémédiablement menacé. Toutefois, de le voir en ce moment, tourner maladroitement devant un étale d’armes, le fit sourire avec condescendence.
« Il n’est rien de plus qu’un pathétique voyageur qui a perdu son chemin et son histoire ! » songea le beau guerrier en regardant l’ébènien devant les armes.
Celui-ci continuait consciencieusement son inspection. Mais il s’arrêta brusquement. Il avait aperçu deux épées qui avaient éveillé en lui, un étrange intérêt.
Voyant cela, le Protecteur sourit, et songea immédiatement au Doyen qui était allé les prendre dans une réserve particulière. Il s’était manifestement douté que ce serait vers elles que le choix du jeune homme se porterait.
Le maître-au-dragon prit les épées jumelles, et les soupesa. Elles lui parurent étrangement légères pour leur longueur. Leurs gardes étaient très courtes mais leurs poignées étaient si longues qu’on aurait pu les saisir avec quatre mains. Plus courtes que celle d’une épée commune, leurs lames courbées et étincelantes brillaient au soleil. Leurs pommeaux présentaient de curieuses encoches. Ainsi les deux épées pouvaient s’encastrer l’une dans l’autre afin de devenir une double lame maniable et meurtrière.
A ce moment, Athis s’approcha de l'ébènien pour le conseiller. Les épées étaient son domaine, et il avait jugé qu’il n’était pas certain que l’ébènien puisse se servir de deux épées en même temps. Même s'il était plus intrigué par cette armer original qu'il n'avait encore jamais vu.
« Tu as fait un très bon choix. Je possède moi-même, une épée faite du même métal. C'était celle de mon père. Es-tu certain de pouvoir te servir de ces deux épées ? » reprit Athis en lorgnant consciencieusement les deux lames étincellantes.
Mais l'ébènien ne fit pas attention à ce que disait l’épéiste. Rapidement, il emboîta les deux épées, et il fit tournoyer son arme de façon à ce que tous réalisent qu’il était capable de s’en servir.
Le sorcier sortit de sa poche, des gants faits d’un étrange matériau.
« Prenez ceci, jeune homme. Ils vous aideront à manier cette arme comme elle se doit de l’être. Ne les quittez jamais, il pourrait vous en coûter pour votre sécurité» fit-il en les lui tendant.
Le maître-au-dragon accepta le présent, et les enfila prestement.
Les gants que lui avait offerts le Protecteur, étaient faits de la soie d’un papillon qui vola jadis dans les forêts de Vétona à l'époque où les Premiers et les Dragons-sage entretenaient la Première Entente. Les papillons qui s’abritaient dans ses cocons de soie, étaient les seuls à connaître le chemin du légendaire Champ des Arches, au-delà des Grandes Colonnes. Cette soie particulière avait comme propriété de devenir tissée, l’étoffe la plus impénétrable connue, depuis que l’homme avait dompté le fer. Seuls quelques guerriers avisés de la cité de BellyGuèr, étaient encore en possession de tels trésors.
« Aucune lame, d’aucune sorte ne saurait dés à présent, blesser les mains qui tiennent la Double Epée » reprit alors le sorcier.
« Rien n’arrive pas hasard » songea l'ébènien en plongeant son regard dans les yeux de maître An-Drena.
Le jeune homme sentit que cette arme avait été forgée pour lui, il n’aurait pas pu rêver mieux. Et si ce que Athis disait, était vrai, il saurait se défendre sans trop de mal si un problème se présentait.
Finalement, il prit les deux épées et un poignard qu’il attacha à sa jambe.
A ce moment, il remarqua la tenue de ses compagnons de voyage, et nota alors que sa propre tenue était étrangement proche de la leur.
Athis portait un ensemble également de cuir noir, mais son veston avait des manches longues. Il portait son épée à la taille, et de chaque côté de son gilet étaient deux poignards. Boucq-Meter avait quant à lui, une sorte de pantalon mi-long qu’il portait avec une tunique de couleur caramel, une épaisse ceinture de cuir rouge soutenant le tout. Le Premier Homme s’était armé d’une grosse hache qu’il portait en bandoulière dans le dos, et d'une hachette passée en travers de sa ceinture. Avanna portait avec un goût certain, un ensemble de cuir bordeaux, composé d’un pantalon et d’un justaucorps qui épousait timidement ses formes délicates. Elle portait son arc en bandoulière, et à sa ceinture était attachée, une dague dorée. Ses cheveux noirs et longs étaient maintenus par un ruban écarlate.
Le Doyen leur apporta des pèlerines qu'ils enfilèrent tous, et prirent chacun une besace de provisions. Ainsi, furent-ils prêts à partir.
Les gens de Garouhane ne voulant voir partir ceux qu’ils pensaient condamner par les forêts, avaient préféré pour la plupart ne pas les regarder franchir la porte de la cité.
Ainsi, Athis l’épéiste, Boucq-Meter le Premier Homme, Avanna l’apprenti sorcière, et l’ébènien accompagné de son dragon s’enfoncèrent dans l'une des mystérieuses sylves qui couvraient cette région de Vétona, sans que personne ne sache dire, s’il les reverrait un jour…


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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Sous-venir de Vétona' a été posté le : 07/07/06 15:11
ben voilà c'est tout pour le moment ...
lol
j'espère au moins avior attisé votre curiosité, et j'attendrais vos réaction avant de mettre la suite ... J'avoue qu'il me tarde de lire vos critiques, j'ai besoin de savoir ce que vous pensez de mon histoire...
Je vous promet pour la suite, de grands moments ... mdr :d


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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Sous-venir de Vétona' a été posté le : 08/07/06 19:16
Salut, je suis nouvelle... et j'ai passé toute l'après midi à lire cette histoire, tout simplement parce que de la Fantasy écrite par un noir, ça me paraissé un peu étrangé, en tout ka, j'ai les yeux détruit maintenant lol
ton histoire elle est superbe, c'est fluide, bien construit, l'intriugue vient petit à petit, on rentre dans l'univers comme on rentre dans un lit, on est merveilleusement submergé...
j'ai lu plein de truc déjà en fantasy, et ton histoire à l'air vraiment travaillé, ça m'a beacoup plu
on retrouve pas du tout le schéma classique c'est super interessant
j'ai hâte de lire la suite en tout cas ....
salut :7 :7



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Pourquoi vous regardez ca ?
   Réponse au Sujet 'Sous-venir de Vétona' a été posté le : 09/07/06 12:42
ben merci c'est coool ...
ça fait plaisir de savoir que ses histoires peuvent plairent..
La suite je la mettrai certainement quand il y aura eu un peu plus de commentaire, j'espère alors ne pas devoir trop patienter ... lol
merci en tout cas !


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