Saignant

-= Chaos Servants =-
Inscription le 06-07-06
Messages : 21
Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Imaginaire
|
|
|
|
|
Lovecraft et ses adeptes a été posté le : 06/07/06 12:38
|
Salut, je suis nouveau ici, je trouve le forum vraiment interessant... Et pour le coup, je suis obligé de noter que vous êtes plusieurs à aimer écrire et lire ...
Alors pour ne pas déroger à la règle, je vais vous faire part d'un texte que j'ai trouvé un jour dans une maison abandonnée. Je ne sais pas de quoi il s'agit, s'il est un texte de fiction ou s'il est vraiment les pensées, le carnet de bord d'un homme... Quoi qu'il en soit, je vais vous faire part d'un extrait de ce texte, et selon vos réactions je mettrai la suite, qui reste aussi intriguante ...
Depuis quelques jours, il y a ces choses qui m’intriguent. Des ambiances et des atmosphères ont fait ressurgir des souvenirs que j’aurais voulu oublier. Mais rien n’y fait, il se passe quelque chose… Je le sais, je le sens ! Et il faut qu’il reste une trace de ma lucidité.
J’ai le sentiment que je vais être submergé par les ombres qui dansent sans cesse autour de moi, et qui assombrissent mes nuits et mon esprit depuis quelques jours déjà.
Mais il me semble que lorsque je n’étais qu’un enfant, ces ombres ont été là partout avec moi, tapies dans chaque forme et objet de la réalité. J’avais vainement tenté d’oublier leur existence, mais la vague angoisse qui m’a submergé il y a peu de temps, me les rappelle à la conscience.
Tout cela doit avoir un sens. C’est le jour où j’ai trouvé mon trésor, ma relique, que tout a commencé…
Je n’étais qu’un gamin à l’époque. Je me souviens du terrain vague, près de la tour HLM où vivaient mes parents. Ce jour là, j’y étais seul. Il devait être dix-sept heures, c’était l’été, et tous les autres enfants étaient partis en vacances. Le ciel avait une belle couleur bleue où couraient plusieurs nuages moutonneux. Une bise fraîche me faisait saliver d’avance l’esquimau glacé que je comptais acheter. Et le vent dans les feuilles des arbres faisait parvenir de mes fantasmes, les consonances de la mélodie du marchand de glace. Je patientais au milieu de mauvaise herbes et d'objets divers, creusant avec l’aide de ma pelle en plastique rouge, un trou, à la recherche d’un trésor. Et bientôt, je le trouvai là où je pressentais qu’il était. A ce moment, je me souviens que mon cœur s’était gonflé de la fierté des grands archéologues. Et baigné par la douceur de l’atmosphère, je posai cérémonieusement un genou à terre pour récupérer ce qui m’était destiné.
Le visage radieux, alors que la mélodie du marchand de glace me parvenait cette fois-ci réellement, je découvris mon trésor, une sculpture d’ivoire qui tenait dans ma main. Elle représentait une curieuse chaîne de montagnes dont les contours acérés me fascinèrent. Un halo de mystère s’échappait de l’objet, et exerça sur moi, un incroyable hypnotisme. Emerveillé et à la fois intrigué, je le glissai dans ma poche, et courus à la rencontre de la camionnette pastelle qui venait d’arriver sur le parking en face. Lorsque je rentrai chez moi plus tard, je ne dis rien à mes parents, redoutant de leur part, une mauvaise réaction à la vue de l’objet. La nuit même, à la lumière d’une ridicule lampe torche, je restai éveillé à regarder les contours intrigants de la sculpture.
Ce fut l’unique fois où ma fascination pour elle, me poussa à ce genre d’extrémité. Et ce ne fut que quelques années plus tard que mon trésor bouleversa à nouveau mon intérêt, lorsque je découvris dans des circonstances qui me demeurent curieusement encore, sa nature réelle.
C’était un mercredi, il pleuvait. J’étais chez mon ami d’enfance, Aèder Sétique…
Je me souviens de l’atmosphère de ce moment. Nous étions seuls dans sa maison. Nos devoirs étaient faits, et nous n’avions aucune raison de redouter quoique ce soit. Nous passions une après-midi paisible. Nous étions installés dans sa chambre. Il me montrait un gros livre illustré de sauriens terrifiants, et autres espèces animales vieilles comme le monde.
J’entends encore la branche d’arbre qui grinçait contre la vitre de la fenêtre battue par la pluie cinglante. Je sens encore l’odeur acidulée du jus d’orange dans le verre posé à côté de moi. J’ai encore le goût tendrement beurré du morceau de quatre-quarts que je mangeais avec gourmandise. Je me souviens de tous les détails de l’instant fatidique où mon regard tomba sur un dessin qui ébranla mon imagination au point que je sursautai.
Subitement, prétextant une incroyable raison, j’enfilai mon ciré bleu, et quittai Aèder pour rentrer chez moi. La pluie n’avait pas cessé de tomber, et maintenant dehors, je devais braver le fouet de l’eau et du vent. Et pourtant aujourd’hui je sais que ce fut autre chose qui me fit courber l’échine tandis que je marchais rapidement. Il ne me fut pas possible de le décrire à l’époque, mais j’avais le sentiment qu’un regard accablant était braqué sur moi. Et lorsque je longeai une longue haie de cyprès courbés par les rafales du temps, je fus certain de déceler dans leurs flexions, des mouvances agressives, cependant que les nuages gris dans le ciel, me semblèrent de plus en plus sombres, et de plus en plus bas.
Lorsque j’arrivai enfin chez moi, je me précipitai dans ma chambre. Fermant la porte derrière moi, je pris la chaise en face de mon bureau, et entrepris de dénicher une petite boite de fer dans un coin en haut de mon armoire.
Quand mes doigts rencontrèrent le métal cabossé, une bouffée de chaleur m’envahit, tandis que mes oreilles se mirent à bourdonner. Fébrile, j’ouvris la boîte que je venais de poser sur mon bureau.
Au même moment, j’entendis le bruit d’une clef tourner dans la serrure de la porte d’entrée.
Mais à cet instant là, ce son eut une autre signification pour moi. Car alors que l’horreur de la véritable nature de mon trésor me sautait aux yeux, j’eus l’intuition profonde que je venais de franchir un seuil de conscience du Monde que je regrette en ces heures sombres.
Ce que j’avais pris durant des années pour une chaîne de montagne sculptée, s’avéra être une effroyable dent. Et je me souviens encore des questions qui assaillirent mon esprit alors que j’entendais ma mère m’appeler du salon. Car aussi incroyable soit-il, dès l’instant où je vis le dessin dans le livre de Aèder, le fait que mon trésor soit une dent, s’était révélé à moi comme une horrible évidence. Et ce qui m’avait tant perturbé à ce moment, c’est que j’eus l’immédiate certitude que cette dent dont je ne pouvais me défaire, n’appartenait pas à une créature connue des hommes.
Alors que j’écris ces mots, je me rends compte de leur ridicule. Pourtant en considérant les impressions de mes dernières journées, il semble que ce qui suivit ces événements, tente à me donner raison. Je le pressens, bientôt la lumière sera faite sur les mystères qui ont assombri mes pensées…
Dés l’instant où mon regard se posa à nouveau sur le funèbre objet, il me sembla que je m’ouvris peu à peu à d’autres sensations, d’autres impressions qui m’effrayèrent pendant une longue période. Durant celle-ci, il arriva parfois que j’eusse le sentiment de sentir et voir le monde avec d’autres organes que mon nez et mes yeux.
A ce jour, je redoute que mon obsessionnelle attirance pour le vestige d’une époque occultée, ait réveillé en moi, des facultés de perception, atrophiées sciemment par la volonté génétique de l’Homme qui ne voulait plus appréhender ce qu’elles lui révélaient.
Au cours de mon adolescence, plusieurs fois j’eus le sentiment de me tenir au devant d’une porte d’où sortait un courant d’air glacial suivi d’une nuit noire et épaisse. Cela se passait toujours de la même manière, dans un lieu quelconque, seul ou accompagné. Alors que tout était normal, subitement je ressentais un indicible malaise. Une crainte inflexible envers une chose qui m’observait, là parmi ce qui m’entourait. Et c’est alors que cette odeur révoltante que je pourrais qualifier aujourd’hui, comme étant l’illustration olfactive d’une morbide décadence, me parvenait.
Jamais au cours de ma vie, il m’a été donné de sentir cette chose en dehors de mes hallucinations de jeunesse. Et je remercie le Ciel de m’avoir épargné cette terrible épreuve. Car j’appris à cette époque que suivait toujours à cette odeur, un autre phénomène tout aussi troublant.
Tous les contours, toutes les couleurs du Monde, semblaient ensuite se couvrir d’un voile nébuleux et sinistrement obscure. Et à ce moment, de regarder le sol à mes pieds, me terrifiait. Il demeurait invisible sous une épaisse couche de brume opaque qui observait des mouvances de reptation révoltantes au regard. Et c’est alors que devant moi apparaissait une déchirure sur le Monde. Et je restai pétrifié sur le seuil de cette porte béante qui s’ouvrait sur une autre vérité, une réalité nue et affreuse dont les images les plus pernicieuses, me parvenaient plus tard, dans les arabesques de la noirceur de mes songeries nocturnes.
A cause des ambiances malsaines que je ressens autour de moi depuis quelques jours, il m’est revenu le souvenir de l’un de ces cauchemars. Et maintenant, alors que j’y repense, il semblait être la prémonition de l’état d’esprit qui m’habite actuellement…
Je me trouvais seul et abandonné dans une ville désertique et silencieuse. Le ciel au-dessus d’elle, n’était qu’une chape trouble à travers laquelle je pouvais deviner la rondeur accablante d’une énorme lune. Les bâtiments sombres qui m’entouraient, étaient autant de désolantes murailles qui menaçaient à tout instant, de s’effondrer dans des ruelles baignées par des ténèbres mouvantes.
Le silence était total...
Cheminant à travers les rues vides, je prenais rapidement conscience de mon incapacité de me sortir de ce labyrinthe citadin. Et tandis que je déambulais aveuglement au milieu de ce décor apocalyptique, je pouvais sentir la présence d’une entité maligne, tapie dans les recoins insondables de l'inquiétante cité. Je pouvais deviner les courbes incertaines et fluides de son immatérielle enveloppe corporelle. Son regard invisible me brûlait la nuque et comprimait mon cœur, tandis que l’angoisse de cette traque stérile m’étouffait. Et c’est alors que je le voyais. Tel une lance anachronique, un vieux réverbère vert s’élevait fièrement au-dessus d’un trottoir gris, défiant le temps et les époques qui se succédèrent sans que jamais ne s’éteigne sa lumière...
Cette édifiante vision m’accapara l’esprit de nombreuses semaines. Bientôt, il me sembla voir au coin de rues quelconques, ce réverbère vert, tandis qu’un voile obscurcissait les formes autour de moi en occultant également les bruits familiers de l’effervescence de la ville. Immergé entièrement dans cette nouvelle atmosphère, j’entendais surgir du sol, les bruits les plus angoissants qu’il me fut permit d’écouter. Ils étaient la répétition d’un son que ma raison se refusait violemment d’interpréter, mais dont les sombres dissonances me faisaient vibrer, et me bouleversaient.
Ce fut à cette époque que le temps tissa autour de moi un indicible trouble de craintes dont je réussis à m’accommoder peu à peu. Bientôt, mes hallucinations et les sensations qui m’épouvantaient traîtreusement au cours de banales journées, disparurent au profit de préoccupations plus en rapport avec la vie sociale que j’avais tant bien que mal, réussi à préserver. Et lorsque je déménageai à Paris, la routine de l’étudiant que je devins me fit oublier peu à peu mes peurs irrationnelles. Puis, je vieillis avec les années, et me mariai. J’eus la joie d’être le père d’un enfant, une fille, avec une charmante femme qui me quitta des années plus tard. Mais cela ne me morfondit pas. Au fond, je crois avoir été heureux d’avoir eu cette vie qui cadrait parfaitement avec l’air du temps. Et mon travail d’instituteur me permit de ne pas sombrer dans une inexorable dépression.
Néanmoins, ces derniers jours, il m’a semblé revivre quelques une de ces appréhensions passées. Je ne sais pourquoi les souvenirs de cette partie de ma vie ont ressurgi. Je ne sais pourquoi depuis quelque temps, ce que j’ai tenté d’oublier, malmène ma conscience. Mais je suis certain au plus profond de moi, que tout cela a un sens…
|
|
Dernière mise à jour par : Stoner le 07/07/06 12:56
|
-------------------- Perdu dans les voiles mystiques d'une brume blanche suspendue entre les troncs d'arbres sombres...
|
|
|
|
Cachée
|
|
|
Bourreau

-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-06-06
Messages : 179
Age : 34 ans
Lieu de résidence :
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Lovecraft et ses adeptes' a été posté le : 07/07/06 15:39
|
Je viens de lire ce texte et ma première impression est plutôt positive.
On se pose de nombreuses questions sur l'objet de ton personnage, mais je trouve qu'il n'y a pas assez d'action ou de description pour s'attacher au personage principal, ainsi, il faudrait peut-être que tu décrives un peu plus le milieu et le physique de ton héros afin qu'on en sache plus sur lui et que l'on comprenne ses réactions éventuelles.
Sinon, le premier volet est très réussi, j'ai bien apprécié quoique encore une fois le manque d'action endors un peu.
Cependant, je remarque que, comme dans tes autres textes, tu manipules avec beaucoup d'adresse les figures de style et un beau registre de langue. Et ça fait des textes qu'ils sont bien, ça !
Donc, je répondrai que la suite m'intéresse...
|
|
|
|
Cachée
|
|
Saignant

-= Chaos Servants =-
Inscription le 06-07-06
Messages : 21
Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Imaginaire
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Lovecraft et ses adeptes' a été posté le : 07/07/06 18:51
|
Il ne faut pas que tu oublies que c'est un texte à la première personne, alors les descriptions du perso, ne compte pas dessus ... D'autant plus que c'est de la littérature d'ambiance, à la Poe, Baudelaire, Hoffman et bien entendu Lovecraft, alors de l'action comme je me doute que tu l'entends, il n'y en aura pas ... Enfin pas de combat ni de sang, rien de tout cela, juste un mystère qui s'épaissit ou se découvre, ça dépend comment on voit les choses .... lol
mais bon, comme tu as lu, tu dois être la seule d'ailleurs, et que tu as aimé, je vais te mettre à la suite la seconde partie, en espérant qu'elle t'intrigue autant que la première ....
--------------------------
Je suis désormais convaincu que je vis actuellement une intrigante aventure. Cependant j’émets quelques réserves quant à la nature de ce que je retiens de mes dernières journées.
Etait-ce bien réel ? N’ais-je pas halluciné ?
Pourtant, j’ai conscience que mon occultisme ne me sauvera pas de ce qui semble, depuis toujours, me menacer. Car plus le temps passe, plus j’ai le sentiment de m’échapper de la réalité. Des forces m’attirent vers d’inquiétants tourments. Je le sais, je le sens. Tout ce qui m’entoure est suspect. Et le sentiment que les ténèbres m’encerclent n’a jamais été aussi présent.
Dehors, le soleil se couche, et les ombres grandissent.
Le ciel est en feu, la nuit sera noire…
Je vois le monde sous un voile d’obscurités, tandis que grandit mon anxiété. Je commence à percevoir la signification de certaines évidences dont je ne voulais pas m’avouer l’existence. Oui, je l’ai vu en ce monde, le signe de mes cauchemars. Et j’ai essayé durant plusieurs journées de me convaincre que je délirais. Pourtant je continue à scruter autour de moi pour accrocher son image qui signifie tant…
Il y a quelques jours, je marchais près du canal St Martin, ravi par l’atmosphère particulière de cette fin de journée, embellie par les couleurs rosées et orangées d’un magnifique coucher de soleil. Les récentes réminiscences de mon enfance avaient continué de me harceler durant les jours précédents. Mais lors du crépuscule de celui-ci, rien du mystère qui planait autour de ces douloureux souvenirs, ne vint ternir la légèreté du moment. C’est alors que j'empruntai une rue encadrée par des échoppes qui m’étaient familières.
Unique badaud, je marchai seul en regardant les boutiques fermées et éteintes. Le vent faisait voler devant elles des papiers blancs et froissés. Bientôt profila devant moi, un intriguant paysage. Et avant même que je ne fusse capable de me le représenter, mon cœur se mit à battre plus rapidement.
A la fin de la rue, se trouvait une étrange librairie à la peinture verte décrépie. Elle était posée là, dans un décor moderne, tel le mirage jauni de la photographie d’une vieille époque. Un incroyable malaise mit à mal mes passions, et mes jambes se mirent à flancher. Et pourtant, ce ne fut pas sa devanture qui bouleversa ma raison cependant que je m’en rapprochais. Soudainement interdit, je m’arrêtais. Car je le vis tel un message à mes peurs endormies, s’élevant sur le splendide fond céleste, le réverbère vert qui luisait d’un éclat nauséeux. Mais plus révoltant encore, fut d’accepter ce que je vis au pied de l’objet témoin de mes pérégrinations dans la vastitude des sinistres songes. Car je vis un homme misérable qui l’embrassait comme s’il eut s’agi d’une bouée de secours. Ses jambes comme ses bras étaient enroulés autour de la lance d’acier verte et rouillée.
Tout à coup, le vieillard tourna la tête vers moi. A ce moment, ses yeux pétrifièrent toutes mes pensées. Car au comble de l’horreur, je fus certain de deviner dans son regard attisé par la folie, le sentiment qu’il me reconnaissait. Mais ce ne fut que lorsqu’il se mit à ricaner en me toisant que je sortis de ma torpeur, et fis demi-tour en courant, voulant à tout prix quitter cette rue hallucinée.
La nuit qui suivit, fut prétexte à une épouvantable prise de conscience. Désormais, j’étais persuadé que je venais de m’ouvrir effectivement à des phénomènes que j’avais vainement tenté d’oublier. Et durant toute la nuit, j’eus le sentiment que mes yeux captèrent plus de noirceur, tandis que mes oreilles vibrèrent aux sonorités outrageantes surgissant des caveaux sinueux de mon imagination sinistrée.
Le lendemain midi, prétextant un vif intérêt pour la vieille librairie, je demandai à mon ami d’enfance, Aèder, averti de maintes phénomènes que la science commune ne pouvait expliquer, de m’accompagner là où il m’avait semblé voir l’hérétique apparition. Mais faisant toutes les rues adjacentes au canal St Martin, il ne nous fut pas possible de retrouver l’endroit où pointait fièrement l'incroyable réverbère.
Et je sens depuis que je développe peu à peu un délire de paranoïa qui m’est tout de même salvateur. Ainsi mon entourage ne me verra pas sombrer dans la folie de ce qui me tourmente. Parfois, je vois dans la nuit, luire comme si les murs n’étaient pas, comme s’il était près de moi, le réverbère vert qui éclaire la vision cataclysmique de ce qui m’entoure. Néanmoins, aussi effrayant que cela puisse paraître au moment où je réalise ce que je vais écrire, il est la seule chose qui m'attire. Et il me faut à tout prix le retrouver, ailleurs que dans mes épouvantables nuits…
-------------------- Perdu dans les voiles mystiques d'une brume blanche suspendue entre les troncs d'arbres sombres...
|
|
|
|
Cachée
|
|
|
|
Bourreau

-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-06-06
Messages : 179
Age : 34 ans
Lieu de résidence :
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Lovecraft et ses adeptes' a été posté le : 08/07/06 15:51
|
Encore une fois j'ai bien aimé.
L'intrigue et le suspence restent présent.
Pour de la littérature d'ambiance, c'est plutôt bien réussi.
Ce genre littéraire n'est vraiment pas facile à traiter ( ni à lire d'ailleurs, enfin ça dépend quels livres...) et tu t'en sors vraiment bien !
Bonne continuation et j'espère prochainement trouver la suite de ce récit.
|
|
|
|
Cachée
|
|
Saignant

-= Chaos Servants =-
Inscription le 06-07-06
Messages : 21
Age : 46 ans
Lieu de résidence : l'Imaginaire
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Lovecraft et ses adeptes' a été posté le : 08/07/06 16:34
|
Merci merci à vous ... c'est cool que vous ayez aimé, j'en suis ravi, vraiment ...
je vais vous mettre la suite, par contre, il faut que vous sachiez qu'à la fin, il y a des dessins normalement, que je ne peux pas mettre, mais je les ai retranscrit en texte de manière à ce que la lecture n'en patisse pas... Je vous invite par ailleurs, si vous appréciez cette prose d'allez jeter un coup d'oiel au chapitre de mon roman Sous-venir de Vétona, c'est de la Fantasy, dite-moi ce que vous en pensez....
bon, voici la fin ...
-----------------
L’obscurité m’entoure, le mystère m’étouffe… L’indicible menace que je sens, me tue un peu plus chaque heure qui passe. Mon hérétique fascination envers mon macabre trésor, m’a ouvert la conscience sur des choses qui peuplent les ombres du Monde. Mais je redoute chaque jour ce que mes sens vont bientôt pouvoir me révéler.
Et je tremble de découvrir trop de noirceur…
Plus rien n’a d’importance puisque tout m’effraye… Je ne sais plus quoi vraiment penser.
La disparition du réverbère me perturba plusieurs jours durant lesquels mes nuits empiétèrent sur la clarté des journées.
Depuis hier je m’égare dans le trouble de mes réflexions, et la nuit est plus noire autour de moi. Le silence bourdonne dans mes oreilles, tandis que mon cœur perçoit les sons effrayants du cauchemar qui sommeille dans les entrailles du Monde. Je l’ai dit, depuis hier je m’égare, mais il y a deux jours, j’ai revu le réverbère vert et le vieillard…
Plusieurs jours durant, je marchai aux abords du canal St. Martin, tentant de retrouvé la rue qui m’avait tellement perturbé. Mes tentatives furent vaines. Cependant, au cours de mes expéditions citadines, je ressentis plus fortement une menace environnante. Et bientôt, parcourir les rues bruyantes qui mènent à des lieux définis et précis, commença à m'effrayer.
Les règles et canons régissant notre mode de vie, sont comme nos rues, des chemins tracés et balisés qu’il ne faut pas quitter sous peine d’être abandonné, ignoré ou rejeté.
Que redoute l’Homme pour occulter tant de possibilités, et déterminer son espace de mouvement ? A quoi l’humanité échappe-t-elle en respectant les mêmes principes, en ne considérant qu’une infime partie des réalités du Monde, et en n’ayant foi qu’aux mêmes choses ?
Telles furent les questions qui m’assaillirent durant mes promenades dans les rues de Paris. Mais à la lumière des après-midi ensoleillées, j’essayais à chaque fois de rationaliser et de contrôler l’angoisse qui naissait malgré ma volonté.
J’ai toujours conscience que, comme à l’instant où j’écris ceci, lors de cette période, je me trouvais dans un état physique et mental qui pouvait altérer mon discernement.
Mais que puis-je y faire ?
J’appréhende les pires nuits qu’il m’ait été donné de vivre jusqu’à ce jour. Et je pressens que cela peut empirer encore.
Lorsque tout, autour de moi, revêt la robe foncée d’un sommeil devenu angoissant, il semble me parvenir des plus obscurs souvenirs du Monde, les sonorités d’un battement sombre. Et cette succession de bruits me révolte par son indécente familiarité. Il est ce battement qui m’avait souvent accablé lorsque je n’étais qu’un enfant. Lugubre et régulier, il est semblable aux pulsations lentes du cœur d’une épouvantable créature. Et tandis que mes poils se redresse sur tout mon corps, ma raison reste pétrifiée à l’écoute de ces sons blasphématoires. Les yeux ouverts dans les ténèbres indécemment étendues autour de moi, je vois que naît des contours obscurs de la réalité de la nuit, une noirceur palpitante et angoissante. Une entité nihiliste qui occulte toute forme, toute couleur et toute existence...
C’est certainement à cause de la succession de ce genre de nuit que je ne puis correctement raisonner.
Mais il y a deux jours, je me trouvais à Montmartre. Le ciel au-dessus du Sacré Cœur, était une palette pastelle de bleu et d’orangé, à cette heure de la journée où le soleil a déjà bien entamé son coucher. Gravissant les marches longeant le funiculaire, je tentai tant bien que mal, de calmer mes pensées en focalisant sur l’effort que j’effectuais. Arrivé enfin au sommet, je pris la rue (…) vidée des touristes qui y grouillaient habituellement toutes les journées. Maintenant que j’y repense, j’ai le sentiment qu’une puissance guidait mes pas afin de me conduire en un lieu particulier.
Tandis que je goûtais avec extase au remarquable coucher de soleil, mes habituelles et angoissantes réflexions se turent peu à peu. L’atmosphère du crépuscule respirait encore de l’effervescence touristique de la journée, et cette futilité autour de moi, commença à alléger mon cœur. Mes pensées se firent moins envahissantes. Et il me plut de rester assis longuement sur un banc installé sur une place ronde et pavée, au milieu de laquelle un majestueux bouleau avait prospéré. Les minutes passèrent rapidement, et pendant que je m’égarais dans d’éphémères songeries, le vent se mit à souffler. L’air se rafraîchit rapidement, et me tira de mes rêveries après un certain moment.
Regardant autour de moi, je ne vis pas âme qui vive...
Peu à peu, je perçus à nouveau l’atmosphère d’engeance trouble et pesante, tissée dans mon environnement. Et les bâtiments autour de moi, semblèrent se pencher pour me susurrer à l’oreille, de sinistres révélations que mon imagination avait déjà devinées. De nouveau victime de cette crainte qui accompagnait depuis quelque temps déjà, mes fins de journées, je décidai de rentrer rapidement chez moi.
Me levant du banc, je pris conscience à cet instant, d’une chose que je ne puis encore aujourd’hui, m’expliquer. Mais je me dois de l'admettre comme je l’ai vécu, la place où je m’étais installé, avait changé d’aspect.
J’observai alors le bouleau. La cime de l’arbre bougeait au gré du vent comme une algue dans la mer. Et je perçus dans sa danse narcotique quelques mouvances qui me mirent immédiatement mal-à-l’aise. Je fus convaincu que le végétal remuait par volonté, et non sous la puissance de l’air, car plusieurs fois, l’arbre se pencha vers moi alors que le vent me soufflait dans le dos.
Je sus alors, être à nouveau dans cette réalité du Monde que j’aurais voulu toujours ignorer. Et mon attention fut ensuite happée par l’aspect énigmatique du ciel. Comme tout, autour de moi, celui-ci s’était rapidement assombri, et des nuages effilés et gris le parcouraient à une vitesse surnaturelle. Mais je fus plus effrayé par ce que je vis à mes pieds. Car je baignais littéralement dans une brume noirâtre et frémissante. Et de voir ses infâmes arabesques s’enrouler autour de mon corps, bouleversa mon cœur. J’eus le sentiment d’être léché par l’abominable langue de la créature qui épouvantait mon sommeil.
Refusant catégoriquement d’admettre l’irraisonnable, je décidai immédiatement de quitter la place. Je fus certain, et je le suis encore à ce moment, que je partis dans la direction dans laquelle j’étais arrivé. Malgré cela, je m’égarai dans des ruelles sombres et désertes. La pluie se mit à tomber, et participa à mon découragement. Ayant perdu espoir de retrouver mon chemin dans un quartier qui n’était vraisemblablement plus celui que je connaissais, je marchai droit devant moi, tentant de percer les ténèbres du regard, à la recherche d’une station de métro dans laquelle je pourrai m’engouffrer. Mais plus les minutes passèrent, plus les ombres s’épaissirent. Par chance, la pluie qui tombait jusque là, ne se résuma finalement qu’à un désagréable crachin.
C’est alors que je vis cette lumière me parvenir malgré les nébulosités de la brume. Je supposai que se trouvait à cet endroit, l’enseigne lumineuse et salvatrice d’une bouche de métro. Mais me précipitant dans sa direction, à mesure que la distance s’amenuisait, je réalisai que je m’étais fourvoyé quant à l’origine de cette clarté. Car il me fut bientôt possible de discerner à travers le trouble du crachin et du brouillard, la silhouette élancée du fantasmagorique réverbère. Et à son pied, dans le disque incertain de son nauséeux halo lumineux, était un tas informe de vêtements, que je savais être le misérable homme dont le regard m’avait si fortement ébranlé.
Hypnotisé par la vision de ce que j’avais vainement cherché durant plusieurs journées, je me sentis irrésistiblement attiré par le vieillard qui relevait la tête et me regardait arriver.
« Tu n’avais donc rien vu ? » fut la première phrase qu’il prononça.
Je le regardai interdit sans qu’un mot ne puisse sortir de ma bouche. Il ricana, et se rapprocha du réverbère en collant son corps contre son fer.
« Alors, qu’est-ce que c’est ? » me demanda-t-il ensuite.
Curieusement, je ne m'interrogeai pas au sujet de ce à quoi il faisait allusion. La réponse s’était posée clairement à mon esprit. Et je n’hésitai pas lorsque je lui répondis : « Une dent ! »
Le vieillard se contenta de glousser comme un enfant.
Plongé dans cette atmosphère angoissante, de voir son corps misérable pris de soubresauts dans la lumière du réverbère, me fit admettre que je venais d’accepter la réalité de cette dimension occultée.
Alors le vieil homme releva à nouveau son visage vers moi, et je vis dans ses yeux qu’il allait enfin tout m’expliquer…
Et voilà où j’en suis depuis, je tremble au moindre bruit. Et tout est de plus en plus noir au-delà de mes cauchemars…
Ma relique est une preuve qui ouvre la conscience sur des réalités interdites à l’Homme. Ce que je ressens, est la vraie nature de ce qui m’entoure. Nous sommes mystifiés dans nos villes et le carcan de nos croyances. Le Monde est peuplé de créatures et de forces qui nous trompent par notre futilité. Nos craintes profondes, et nos peurs les plus primales ne sont que de morbides relents de l’atmosphère véritable du monde dans lequel nous vivons.
Voilà ce que je retiens de mon entretient avec le vieillard. Et je ne me souviens plus de rien.
Je me réveillai plus tard chez moi, sans savoir comment j’y étais arrivé. Je crus un moment à une absence, un cauchemar, ou un tout autre phénomène dont j’étais familier depuis plusieurs semaines déjà. Mais lorsque je me vis encore habillé de ma parka détrempée par la pluie, je ne pus plus mettre en doute la véracité de mes sentiments.
Depuis je n’ai qu’une idée en tête, quitter Paris, fuir la ville. J’en suis convaincu, m’éloigner le plus loin possible de ce lieu où grouillent les ombres et les peurs, sera une décision salvatrice pour ma raison. Car Matthieu, le vieillard, m’a prévenu, comme il l’a fait avec son réverbère vert, il me faudra aussi trouver ma lumière. Et la ville est trop sombre pour qu’il y ait un espoir qu’il s’y trouve ce qui brillera à nouveau, à l’horizon de mon monde…
Je ne sais plus quoi penser, si tant est que je puisse encore le faire. Le vent fait bruisser les feuilles des arbres, et les poutres de bois de mon refuge campagnard grincent poussivement.
Le maigre éclairage électrique illumine timidement, mais assez pour que viennent à lui, les adorateurs de la lumière qui, après une ultime transe spasmophilique, brûlent leurs ailes et s’abandonnent à une rayonnante mort.
Par ma fenêtre je vois que la nuit est tombée, et que le Monde dort…
Cependant, il est une complainte qui me parvient de dehors.
Mais ne serait-ce pas mon esprit ?
Non, la symphonie est trop compliquée pour que mon imagination puisse en être l’auteur. Et il y a autre chose encore, une indéfinissable sensation qui émane de cette litanie.
Mon cœur bat fort dans mon corps. Et ses battements s’accordent effroyablement aux murmures que j’entends.
Il me faut sortir... Il me faut voir ce que cela peut être.
Je viens de voir une sinistre procession passer devant ma fenêtre…
Vignette 1 :
Un homme sort d’une petite cabane qui se trouve au milieu d’une clairière baignée par un sombre et bas brouillard. La lune au-dessus de lui est une énorme boule blanche et menaçante. Une sombre forêt s’étale devant lui. Et sur un sentier qui s’y enfonce, l’homme a le temps de voir la lueur du flambeau de la dernière ombre de la procession.
Vignette 2 :
Au milieu de la sombre forêt, l’homme suit à distance la sinistre procession dont les milliers de flambeaux n’illuminent pas la sombre silhouette des milliers d’ombres qui entonnent toujours leurs murmures.
Vignette 3 :
Le sentier qui traverse la forêt débouche sur un chemin qui coupe à travers une plaine balayée par un vent violent. La procession continue son cheminement tandis qu’au-dessus d’elle, la lune dans le ciel est partiellement cachée par de longs et fins nuages. L’homme suit toujours les ombres.
Vignette 4 :
La procession arrive à une fourche, et emprunte le chemin qui descend le long d’une falaise, mais l’homme qui la suivait, emprunte l’autre chemin qui mène sur la falaise.
Vignette 5 :
Le ciel est totalement dégagé à présent, et la lune est plus brillante et ronde que jamais, au-dessus de l’homme sur la falaise. Ce dernier recule d’effroi lorsqu’il constate en aval, que la procession emprunte un pont éclairé de centaine de réverbères verts, qui se perd à travers une gigantesque mer sombre.
« Ces...réverbères ! » s’exclame l’homme à ce moment…
Voilà deux jours que je suis retourné de cette troublante nuit. Et depuis, lorsque je me rend au village, là où ne devraient être que des constructions de l’Homme, je vois la terrible falaise. Et je devine, baigné par une brume fluide et éthérée comme le fantôme fugace d’une image désolée, le pont aux milliers de réverbères à la lumière dorée. Mais curieusement cette vision ne m’effraye pas. Au contraire, je ressens une sensation de plénitude lorsque désormais, je crois entendre le vent chanter dans les branches des arbres, alors que le Monde revêt sa robe silencieuse et noire.
Alors qu’il y a peu de temps, je voyais poindre de ses ombres cataclysmiques, les faciès grimaçants des succubes de la terreur, mes dernières nuits ont été la période de toutes mes espérances. J’ai essayé plusieurs fois de retrouver la falaise durant la journée. Mais je ne puis le faire dans cette réalité. Ainsi, je guète depuis le moindre bruit, le moindre souffle de la nuit. Et je prie d’entendre encore, la procession murmurer sa mystérieuse mélodie. Mais cette fois-ci, je ne resterais pas en arrière, j’irai sur le pont éclairé.
Oui, j’irai voir ce qui se trouve de l’autre côté de cette insupportable réalité…
-------------------- Perdu dans les voiles mystiques d'une brume blanche suspendue entre les troncs d'arbres sombres...
|
|
|
|
Cachée
|
|
Ca germe?
-= Chaos Servants =-
Inscription le 08-07-06
Messages : 4
Age : 38 ans
Lieu de résidence : Paris
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Lovecraft et ses adeptes' a été posté le : 09/07/06 13:41
|
Heu ... ben moi je ne suis pas une connaisseuse de ce genre de littérature ... Mais en tout cas c'est très bien écrit . C'est fou comme tu peux changer de style ne changeant de registre, ça n'a rien à voir avec Sous-venir de Vétona qui est de la fantasy, mais c'est aussi bien maitrisé. On est tout de suite plongé dans l'histoire, et même s'il ne s'y passe pas grand chose, parce que c'est simple et fluide, on est comme happé par l'atmosphère...
par contre il y a un truc que j'ai pas compris, c'est qui Lovecraft ? c'est quoi le rapport avec la nouvelle ?
|
|
|
|
Cachée
|
|
Bourreau

-= Chaos Servants =-
Inscription le 21-06-06
Messages : 179
Age : 34 ans
Lieu de résidence :
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Lovecraft et ses adeptes' a été posté le : 14/07/06 17:39
|
Très très bien écrit. 
La fin est même encore meilleure que le début.
Vraiment le texte est très agréable à lire.
Limpide, il se dévore facilement et avec plaisir.
Dommage qu'on n'en sache pas plus sur la dent, même si c'est le genre littéraire qui veut ça... Je ne connaissais pas bien ce style de nouvelles mais tu m'en as donné goût et je vais de ce pas me renseigner sur les récits de Poe & Baudelaire.
|
|
|
|
Cachée
|
|