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-= Chaos Servants =-
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Musique : chocs esthétiques et valeurs sures a été posté le : 23/05/06 17:26
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C'est étonnant, un raton et un qumran parlaient tout à l'heure de choques esthétiques sur irc, et je me suis avisé que ce sujet n'était point traité séant. Après une rapide recherche, toujours rien. Il n'incombe ainsi de poser la première pierre.
Je vous invite donc à donner des albums (pas des musiciens, pas des chansons...) qui pour vous, produisent des chocs esthétiques. Qui vous rendent dingues quoi. Pas juste vos préférés, mais ceux qu'en plus, vous ne pouvez pas imaginer manquer leur cibles - et faites un petit effort en ce sens, s'il vous plaît.
Bon, au pire on obtiendra une liste des albums préférés des uns et des autres, ça n'est pas bien grave. Et puis n'hésitez pas à causer, que je ne me retrouve pas seul à poster avec Qumran (qui va nous parler de "23 minutes over Brussel" je pense) ! De toute maniere le choc esthetique s'explique par l'histoire, donc ça demande un dévelopement.
Bon, voilà ma liste avec ses petits commentaires. Il y en a d'autres bien sur, mais ceux là sont ceux à qui je colle la note ridicule de 20/20. Et je suis sévère.
Cash, Johnny 1969 Johnny Cash At San Quentin
Pour sa chaleur. J'adore les live brute et réalistes, où le groupe joue vraiment et où le public fait partie du disque. Et en la matière on ne peu pas faire tellement plus fort qu'ici, avec un homme en noir en pleine forme qui manipule son audience comme un prêcheur ses oilles. La force brute qui se dégage du lien entre la scène et la salle est presque unique (à l'oposé : Metallic KO des Stooges).
Clash, The 1979 London Calling
J'adore les Clash pour un peu plus que la musique, c'est à dire le discours et la continuelle recherche de sens qu'ils ont conservé au cour de leur carrière. Avec London Calling la richesse musicale entre en résonance avec ces idées. Le fond et la forme coïncide, pourrait on dire, et ça, c'est particulièrement fort.
Coltrane, John 1964 A Love Supreme
Moi qui ne peu pas supporter les culs bénits, avec ce disque je deviendrais presque mystique... presque, faut pas déconner non plus. Même Siné l'avait adoré dès sa sortie, c'est dire le génie qui se cache derrière les bondieuseries du Trane ! Je ne me risquerais jamais à le décrire, mais c'est un grand moment du jazz, personne ne dis plus le contraire à ce qu'il me semble. Choc mystique, choc esthétique, album monde... tout ce que vous voudrez.
Davis, Miles 1959 A Kind Of Blue
Moins intime que le chef d’œuvre de Coltrane, celui de Miles Davis (première période) me touche par sa maîtrise du passé et du futur. A la croisée des chemins entre le hard-bop et le jazz des années 50, et tout ce qui va arriver par la suite avec le jazz modal, il est peut être simplement parfait. Et puis quelle inspiration : pas besoin de l'apprivoiser, les musiciens ont eu un moment de grâce qui vient conquérir l'auditeur sans effort. Disons que la force est autant dans l'histoire qu'autre chose, mais tout de même indéniable (et c'est pourquoi je le place ici plutôt qu'un Mingus bien plus puissant à mon avis).
Deep Purple 1972 Made In Japan
J'adore Deep Purple en général... Guitare, chant, orgue, rythmique canon, le tout joué pour la performance, pour le son et le plaisir, sans se soucier du fond... Le groupe de scène parfait, et son double live mythique, comme on dit dans ma crémerie. Du pur plaisir sensoriel (je ne dirais pas sensuel, faut pas déconner non plus, c'est pas Marvin Gaye !), et encore une fois dans l'histoire, un disque qui a définit une approche du concert.
Dylan, Bob 1965 Highway 61 Revisited
Sais pas pourquoi j'ai mis ce Dylan là au dessus des autres. Peut être parce que j'ai une âme d'historien, et que par delà mes goûts un disque charnière m'attire toujours plus que les autres une fois que je connais son histoire. Mais bon, il n'y a pas à mégoter sur la qualité du truc. La richesse des arrangement nous a donné ce son foisonnant que tout le monde connaît par la chaleur de l'orgue de Like a Rolling Stone. L'électricité fourni le chauffage au Zim, finalement. Et il trouve donc bien plus de force directe que dans le folk précédent, plus hermétique aux non anglophones.
Gallagher, Rory 1974 Irish Tour
C'est vachement bien le blues... ici Rory Gallagher - qui fait toujours du blues vachement bon - enregistre une série de trucs (compos et solos) évidents. Pour moi le disque se résume au solo de Tatood Lady : long, riche, et pourtant coulant de source, chaque note à sa place, au bon moment. Gorgé de feeling on dit. Perso ça me rend dingue : on a l'impression de connaître certains passages sans jamais les avoir entendus !
Higelin, Jacques 1981 Higelin à Mogador
A ma connaissance le meilleur live français, et le meilleur album de rock français. Higelin délirant, tenant la scène comme un grand théâtre d'improvisation, pousse un groupe impressionnant (des guitares blues-rock, des cuivres...) dans de longues envolées lyriques où textes et musiques s'enchevêtrent sans fautes de ton. J'isolerais le premier disque : le choc du rire et de la poésie au milieu du rock classique.
Jackson, Joe 1994 Night Music
Voilà un disque que j'ai découvert dès sa sortie. C'est assez rare, d'autant plus que j'étais tout môme. Que dire... il porte bien son nom, et les mauvaises langues diront qu'il est soporifique. Mais la complexité que l'écriture de JJ trouve ici parvient à toujours servir des chansons écrire avec un sens du texte et du chant formidables. Il y a des vers parmi les plus beaux que je connaisse ici (la chanson The Man Who Wrote Dany Boy en particulier), et la capacité évocatrice du tout produit une esthétique constante sur tout le disque assez unique.
J. Geils Band, The 1976 Blow Your Face Out
Le groupe de blues-rock ou rhythm and blues, ou ce qu'on veut, a longtemps échoué à transcrire sur le vinyl son génie de la scène. Le live de 72 était déjà leur meilleur album, celui-ci le surpasse encore, élevant la prestation à l'état d'unité indivisible, les morceaux plutôt courts s'enchaînant sans répit de soli en impros, de délires vocaux de Peter Wolf en passages poignants (putain de bordel de ********, le pont de Chimes est à se taper le tete contre un mur). Made Loud To Play Loud qu'ils ont marqués sur la pochette : comme pour le premier disque de cette liste, on a affaire à un vrais concert, pas à un simple disque. Il y a quelque chose qui sonne différemment à l'oreille.
J. Geils Band, The 1977 Monkey Island
Ca, c’est le disque ou le J. Geils Band parviens à trouver un vrais son en studio, sans simplement reproduire ses performance live. C’est le dernier enregistrement de leur contrat avec Atlantic et ils jouent donc le tout pour le tout : un mélange de blues, jazz, soul, un swing terrible et des compositions beaucoup plus variées qu’a l’accoutumée, culminant dans le long morceau titre et ses percutions entêtantes. Mais le vrais sommet pour moi est le final : un de mes solo de gratte favoris, amené par un crescendo du genre Stairway to Heaven black. Avec ça, si Jay Geils n’est pas un des meilleurs gratteux du genre, je veux bien manger mon chapeau... mais je m'égare, c'est le foisonnement musicale qui est marquant dans Monkey Island. Ecoutez l'instrumentation de I'm Not Rough (repris du hot five d'Armstrong !) pour vous en convaincre : ce disque contient un bout de chaque décénie de musique populaire afro-americaine.
Led Zeppelin 1971 Led Zeppelin IV
Bha, c’est Led Zep quoi. Parfois rien que l’idée de ce disque m’em******** profondément. Et pourtant il reste un des tous meilleurs. On ne peu pas y faire grand chose. Je n'ose en parler plus.
Morrison, Van 1968 Astral Weeks
J’ai découvert Van Morrison très tardivement. Avant cette année je ne connaissais de lui que T.B. Sheets, Caravan, et sa performance dans the Last Waltz (et Them, of course). J’avais l’intention de m’y intéresser depuis des années, mais le hasard m’a toujours mis sur d’autres rails. Et pourtant, maintenant que j’ai sauté le pas, Astral Weeks bas tous les records de vitesse pour entrer dans mon classement des disques parfaits, des 20/20. Ca doit bien indiquer que le disque est particulier... Il me laisse muet d’admiration, je ne peux donc pas dire grand chose à son propos. Simplement : quelle richesse, quelle subtilité, quelle profondeur…. ! Allez lire la critique de Lester Bangs !
Nine Below Zero 1980 Live At The Marquee
NBZ c’est la jeunesse, la fougue et l’énergie punk, alliée à la phrase “je voudrais être américain, noir, et octogénaire”. Un peu comme les Stray Cats avec le rock and roll, ils revitalisent le blues de façon admirable, et en live qui plus est ! Petite gloire des clubs londoniens, le groupe sort donc ce premier album enregistré dans un Marquee bouillant. Un récital de classiques balancés à toutes berzingue. Le choc du truc tient dans sa capacité à altérer la réalité... mais ça ne tient peut etre qu'à moi.
Rainbow 1976 Rising
Un des disques qui m’a ouvert les portes de la mélomanie. Mon père m’a fait écouter ça vers 1994, je n’en ai pas décroché depuis. Le son dépasse tout ce que Richie Blackmore a fait auparavant en envergure : des claviers utilisant la création synthétique sans contredire le duo guitare/voix qui domine le disque, et derrière le batteur fou Cozy Powell. En matière de hard rock, on a jamais vu un line-up aussi parfait. En plus, pour une fois ça n’est pas qu’une question de musiciens et de technique : ils ne se moquent pas de nous avec un matériel parfaitement écrit, et surtout deux morceaux épiques de 8 minutes chacun sans la moindre seconde creuse.
Reed, Lou 1972 Transformer
Un disque d’humeur. Il en a beaucoup et a tendance à me les faire partager. Surtout la nuit (Qumran contestera). Une excellente psychothérapie pour qui est prêt à écouter la voix de Lou.
Reed, Lou 1973 Rock 'n Roll Animal
Un des meilleurs disques de guitares (notez le pluriel) qui soit. Et en plus, des remises à jour des meilleurs titres du Velvet dans un style où le feeling prend beaucoup plus de place. Heroin et Rock and Roll sont sans commune mesure.
Stooges, The 1973 Raw Power
J’ai longtemps préféré Fun House... jusqu’à découvrir tardivement la version de Raw Power remixée par Iggy Pop. Magma en fusion, ce disque crache son venin sans interruption du début à la fin. Rien à dire, rien à redire. Enfin si, le SON. L'esthetique de l'ampli fondu et des enceintes cramées, c'est particulier.
Ultravox 1977 Ultravox!
Selon moi l’acte de naissance de l’attitude new-wave (en ce qu’elle a de bon) avec la citation de Warhol « I Want to Be a Machine ». Ce titre s’achève avec un solo de violon long et criard du plus bel effet. Sinon, on y trouve une des plus belles ouvertures que je connaisse avec « Saturday Night in the City of the Dead », sa basse galopante, son harmonica, ses cris. Un esprit torturé que le disque conserve sur toute sa longueur jusqu’à la conclusion sous prozac, « My Sex ».
Et le super bonus :
Reed, Lou 1977 Metal Machien Music
Le plus grand disques dans l'histoire du tympan humain. Quatre fois 16 minutes de bruit pure. Du feedback sur quatre face. Du rien. Du vide remplis de sons. Lou Reed avait déjà produit une oeuvre de démence remarquable avec le velvet underground : Sister Ray. La légende dit que celle-ci avait rendu Lester Bangs (cf un sujet de moi ici même) si furieux qu'il en avait saccagé le mobilier autour de lui... Et bien MMM est pire. Nihilisme total ou blague cynique, la question n'a pas vraiment besoin d'être tranchée, et encore moins si l'on se cantonne à la question du choque esthétique. Le résultat sur l'auditeur est indéniable. En général du dégoût, mais avec une telle force que le choc esthétique ne peut être nié. Et puis, parfois, un réel intérêt... C'est déjà pas si mal.
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Dernière mise à jour par : ZiGGy le 23/05/06 17:44
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Réponse au Sujet 'Musique : choques esthétiques et valeurs sures' a été posté le : 23/05/06 17:46
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Et là, c'est le fanboy en moi qui parle :
Citation :ZiGGy dans une contemplation à Dlul a dit:
je me suis avisé que ce sujet n'était point traité séant
[...]
ce sujet n'était point traité séant.
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"Ca y est ! Encore des histoires de cul qui commencent !"
...
Historiquement, l'album qui m'a le plus choqué est une anthologie de Brassens que j'avais entendu chez ma tante, à seize ans. C'est là que j'ai réalisé que l'on pouvait écrire des chansons avec des paroles intelligentes ! Vous aprlez d'une révélation, quand elle arrive par surprise. Du coup, cela m'a un peu réconcilié sur le tard avec la musique.
Mais aps trop, du coup je n'ai pas subi d'autres chocs du même acabit depuis.
Je vais chercher le titre de l'album, mais je suppose que tout autre du même aurait pu jouer le même rôle, en fait... Le choc était peut-être moins dans le disque que dans celui qui l'écoutait. Tant mieux au fond, c'est fragile les disques.
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Primus inter paresse

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Réponse au Sujet 'Musique : choques esthétiques et valeurs sures' a été posté le : 23/05/06 18:13
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J'ai peut-être une autre notion du choc esthétique.
Il me semble qu'on arrive vite à se spécialiser dans un genre, dans un type d'écoute, dans un confort... Le choc esthétique, c'est, par définition, ce qui vous chahute, ce qui vous propulse dans une incompréhension, dans l'étrange, dans l'inconnu, dans l'inconfortable, loin de vos bases, de vos habitudes, de vos modèles...
Il y a un genre de musique dont c'est l'essence même : la musique dite contemporaine.
Je ne sais pas combien d'entre vous subiraient encore un véritable choc esthétique en écoutant "le sacre du printemps" de Igor Stravinski. Vous savez, dans Fantasia, de Disney, c'est quand on voit les dinosaures... Sauf que bon... ceux qui ont vu fantasia peuvent maintenant essayer d'écouter la musique en oubliant les images... Ils découvriront une musique assez révolutionnaire, même encore maintenant.
Mes premiers chocs esthétiques, ce fut avec "Tzigane" de Maurice Ravel. Pourtant, l'oeuvre date de début du vingtième siècle. Elle est pourtant d'une fascinante laideur, d'une effroyable dissonnance, d'une captivante horreur harmonique... Depuis, je tiens toute la musique Française qui lui est postérieure pour fascinante de subtilité pour peu qu'on daigne surmonter l'étrangeté apparente de l'oeuvre. Mais les compositeurs russes depuis Prokofiev me font presque le même effet.
De telles dispositions vis à vis de la musique décrassent pas mal l'esprit de tous ses conservatismes. Mais c'est résolument un engagement progressiste dans l'écoute...
En tout cas, ça ouvre à tout. Notamment à l'écoute de musiques (traditionnelles ou savantes) extra-européennes. On peut dire que ces musiques d'autres cultures sont des viviers de chocs esthétiques violents.
On y rencontre des gammes pentatoniques, l'usage de micro-intervalles, l'incroyable complexité de certains rythmes, l'étrangeté totale de timbres mystérieux comme ceux du gamelan, du sarod, de la cornemuse, de la cytare, etc. Le seul fait, par exemple que la musique arabe utilise une façon différente (et plus juste) d'accorder les instruments, peut produire un choc culturel incroyable, aux oreilles occidentales habituées aux approximations vulgaires de la gamme tempérée occidentale. Celui qui ne surmonte pas ce choc esthétique est prompt à verser dans la suffisance, dans l'arrogance imbécile d'un avis colonialiste : "décidément, ces sauvages ne savent même pas accorder leurs instruments ! Ils jouent faux !... " Même au 21ème siècle, je connais encore des crétins pour réagir ainsi. C'est dire si le choc esthétique est indispensable et salutaire, quand on cherche à le dépasser. C'est contre les préjugés qu'on lutte, grâce qux chocs esthétiques.
L'électronique aussi est une source incommensurable de chocs musicaux. Mais bien entendu, je ne parle pas que de l'usage qui en est fait dans les musiques "populaires" (je le dit sans mépris), de Vangelis à l'électro-indus moderne... Mais je vous invite à vous confronter à des études plus surprenantes encore, qui s'effectuent par exemple au GRM (groupe de recherche musicale liée à l'INA) ou à l'IRCAM... Il y a quelques émissions tardives qui sont consacrées à ce genre... je ne sais plus si c'est sur France Musique ou sur Vivace (qui occupe la même fréquence pendant l'interruption nocturne France Musique).
Mais même avec nos bons vieux instruments "classiques", il reste un nombre important de créations modernes intéressantes, dont la vivacité est assez bien restituée par "le bel aujourd'hui", une émission qui me semble hebdomadaire et qu'anime l'excellent Jean-Pierre Derrien, toujours sur France Musique...
On y découvre toute la richesse de la création musicale d'aujourd'hui, avec son histoire récente : la rupture sérielle, qu'on considère maintenant comme une impasse, le courant "spectral"... les minimalistes américains, dont je crains qu'ils ne soient qu'une impasse eux aussi, etc.
Je pense que beaucoup d'entre vous ont eu la chance d'être un peu exposés à la création musicale contemporaine pendant leurs études. Ma génération n'a pas eu cette chance, et c'est par moi-même que j'ai dû me confronter à l'insécurité des chocs esthétiques. J'en souffre encore, car la plupart des oeuvres contemporaines me sont encore d'un accès dificile, nécessitant des efforts importants. Mais que de satisfactions en contrepartie...
En tout état de cause, le choc esthétique devrait être déclaré d'utilité publique. Et je ne parle même pas de l'effet du concours de l'Eurovision sur les capacités de compréhension de Monsieur Drucker...
Cordialement vôtre,
Théodoric
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Dernière mise à jour par : Vieillodoric le 23/05/06 18:20
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-------------------- Jeune depuis plus longtemps que vous !

L'abus de modération est dangereux pour la santé.
Merci de jeter votre dévolu dans les réceptacles prévus à cet effet.
Restons fer-plaie !
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Hippo light

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Réponse au Sujet 'Musique : chocs esthétiques et valeurs sures' a été posté le : 23/05/06 18:25
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Han ! Ca va être dur...
Bon Ziggy à déjà parlé du London Calling des The Clash, et du Kind of Blue de Miles Davis. Je pourrais en ecrire une tartine aussi, mais je vais plutôt me concentrer sur d'autres disques.
Je vais parler des CDs qui me font encore un effet monstre aujourd'hui. Ceux qui me remuent encore les tripes à l'heure actuelle. Sinon j'aurais parlé de certains CDs très important à une période de ma vie (et qui ont été des chocs) mais dont je me suis plus ou moins éloignés depuis (Storm of the Light's Bane de Dissection, Electro-Shock Blues de Eels, Death Cult Armageddon de Dimmu, ou encore Porcupine d'Echo & the Bunnymen)
Let the Killing Begin... (et non ça ne veut pas dire que je vais citer du Vital Remains)

Pulp - This is Hardcore
En 1995 arrive le single Common People, tube disco-pop en puissance qui propulse Pulp en idole de la Brit-pop alors qu'ils existent depuis presque 10 ans.
Arrive 1998 et le nouvel album de Pulp.
Les gens croient innocemment avoir droit à une nouvelle offrande d'hymnes pop jubilatoires. Erreur !
Ce serait oublier la nature profondemment cynique d'un Jarvis Cocker survolté. Ses textes, montagnes de poésies sous acides, ont toujours été d'une profondeur peu commune aux autres groupes pop de l'époque. Surement saoulé par leur succès et leur nouvelle image pleine de paillettes, ils décident de sortir This is Hardcore, monument sinistre qui utilise toutes les accroches de la pop pour faire ressortir toute la peur, et la vacuité de la vie quotidienne.
This is Hardcore est un album malade. Effrayant. Mais en même temps tellement attachant.
"This is the sound of someone losing the plot. Making out that they’re OK when they’re not. You’re going to like it, but not a lot."
On est prévenus.
Un album pour les fins de soirées, feutrés, après une grande fête. Le retour à la réalité, mélancolique, isolé, effrayante, avec ses sursauts d'espoir et d'illusions. Un album chlostrophobe avec des soudaines envolées lyriques qui viennent briser toutes les barrières.
The Fear, le premier morceau en est le meilleur exemple. Un rythme assez lent, des paroles un brin nihiliste, des ensemble de cordes plaintives. Mais d'un coup une envolée de guitare et de clavier qui fait chavirer le coeur.
La suite est du même accabit. Avec ses morceaux cyniques mais toujours drôles (Help the Aged), ces moments d'émotion calmes (TV Movie, Dishes), et ces sursauts de bonheur qui rapelle que la vie n'est pas qu'une gouttière, mais contient mille et une expériences différentes à vivre : L'album finit avec l'enchainement Glory Days, The Day After The Revolution. Deux monuments d'espoir qui nous aident à sortir de la nuit avec le sourire au coin des lèvres.
"The meek shall inherit absolutely nothing at all. If you stopped being so feeble, you could have so much more."
Tout est dit !
Mais je dois, avant de finir, parler du morceau titre. La cerise sur la gateau. L'eclair de génie qui rend tout le reste bien petit.
Pourtant ce n'est pas le morceau le plus facile d'accès, et on lui préférera aux première écoutes des morceaux plus accrocheurs.
Mais le morceau This is Hardcore est un des plus beau joyau noir de la musique populaire.
Une ambiance feutrée, sortie d'un film de Lynch. Avec ses lumières tamisé, son ambiance moite, le côté désespéré presque invisible, on sent sa présence sans jamais pouvoir la voir.
Le morceau crée des ambiances cinégéniques et décadentes qui culminent quand Jarvis crie "This is Haaaaaardcore" à 3 min42. Passage magique limite mystique. Sommet de cette oeuvre folle et géniale.
Bon faut que je m'arrête là pour le moment, je dois manger... ******** je n'ai parlé que d'un album...
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Dernière mise à jour par : Qumran le 23/05/06 19:06
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Les formules n'ont pas changé le monde, elles ont lavé les mots.
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Réponse au Sujet 'Musique : chocs esthétiques et valeurs sures' a été posté le : 23/05/06 18:26
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Citation :Vieillodoric dans une contemplation à Dlul a dit:
J'ai peut-être une autre notion du choc esthétique.
Il me semble qu'on arrive vite à se spécialiser dans un genre, dans un type d'écoute, dans un confort... Le chox esthétique, c'est, par définition, ce qui vous chahute, ce qui vous propulse dans une incompréhension, dans l'étrange, dans l'inconnu, dans l'inconfortable...
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Et c'est la définition juste. Enfin, si tant est qu'il y ait justesse bien sur. Mais si l'on s'en tient là, on aura vraiment aucune réponse. Il faut meanstreamiser son discours si l'on veut être lu ici.
Mais pour rester dans ton propos... j'ai en tête une autre création de Stravinksi qui a su choquer en son temps mais me semble oubliée aujourd'hui (pas moyen de mettre la patte sur une copie à un prix raisonnable !), c'est son Ebony Concerto. Plus que de choc je parlerais de clash, entre les formes afro-américaines et l'esthétique savante européenne. Cette oeuvre avait été une sorte de bible pour le jazz third stream, qui avait tenté à une époque alliance avec le classique, avant de se fondre dans le style west coast (plus doux, plus ouvert que la rudesse des hard boppers de NY). Il existe une version dirigées par le grand homme lui même, j'adorerais entendre ça mais la dernière fois que je l'ai trouvé vendue sur le net, elle dépassait les 30 euros (ajoutons à ça le fait que je sois contraint de me priver de tout achat de musiques dites classiques ou de tout ce qui est underground pour me concentrer sur les musiques populaires (qui m'intéressent plus et que j'"étudie" auxquels mon budget ne suffit déjà pas).
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