Mercenaire du Chaos

-= Chaos Servants =-
Inscription le 16-10-02
Messages : 121
Age : 47 ans
Lieu de résidence : Normania, Empire de l Est
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Fax a été posté le : 30/01/06 22:42
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(Mort, moi ? Nooon, certainement pas !)
Petit fragment d'un récit qui, peut-être, sera étendu plus avant. Donnez votre avis sans pudeur ni retenue !
I. Fax
"L'Homme vint alors, menaçant, l'épée à la main, la fureur au visage.
Et tous furent saisis d'effroi, car tous comprirent alors qu'était venu pour
eux le temps de la défaite et de l'exil."
- La Geste des Fenx, XXXXIVème siècle.
"Idiot. C'est totalement idiot."
Comme à son habitude, le visage de Fax n'exprimait rien d'autre qu'une désinvolte condescendance et une absolue certitude d'avoir raison.
"Idiot, Fax ?" répondit la vieille Garudah, "Jacasse" Garudah, éducatrice du village dont beaucoup parmi les jeunes estimaient qu'elle avait depuis longtemps déjà dépassé l'âge raisonnable d'une sage retraite. "Idiot ? Sais-tu au juste de quoi nous parlons ?"
Tous les regards dans la classe étaient désormais fixés sur lui, mais Fax s'en moquait. Haussant les épaules et soutenant le regard de l'enseignante avec tout l'aplomb de ses quinze ans, il répondit :
"Oui, madame Garudah. Nous parlons - une fois encore - de la Geste et en particulier des Dangereux et Redoutables Hommes.
- Et qui sont donc ces Hommes, d'après la Geste ?"
C'était une question de pure rhétorique. Quiconque ayant dépassé l'âge de deux ans le savait - tous les jeunes étaient abreuvés jusqu'à plus soif de ce stupide texte.
"Les Hommes sont Notre Pire Cauchemar, qui Contraignirent le Peuple à l'Exil du Paradis Par-Delà les Montagnes".
Alors qu'il récitait de mémoire ce court passage de la légende, il ne put s'empêcher de noter le mouvement silencieux des lèvres de quelques-uns de ses camarades qui, comme lui, l'avait entendue encore et encore. Son regard croisa aussi brièvement celui de Tia, la jolie Tia à la chevelure de feu... Ah, tenir tête ainsi à cette bique de Garudah, c'était en soi un acte héroïque qui ne pouvait sans aucun doute que l'impressionner.
- Certes, je m'aperçois que ton cerveau de la taille d'une noix de Katti à tout de même enregistré une infime partie de mes leçons ! Les Hommes qui vinrent autrefois et détruisirent la civilisation de nos ancêtres, les forçant à quitter leurs terres pour se cacher à l'abri de la Grande Forêt. Nombre d'entre-eux y ont laissé la vie. Selon toi, seraient-ils morts pour rien ? Ne devrions-nous pas conserver en mémoire le danger que représentent les Hommes qui vivent par-delà les cols ?"
- Sauf votre respect, madame Garudah, personne n'a jamais vu ces fameux Hommes depuis l'époque à laquelle cette légende a été écrite - plus de dix siècles. Si nos ancêtres, des gens pauvres, vaincus par des adversaires bien plus puissants qu'eux, ont pu traverser les cols, pourquoi les Hommes ne l'auraient-ils pas fait, eux aussi ? Et pourquoi n'est-il jamais question des Hommes dans aucun de nos autres livres, certains pourtant bien plus anciens ? Je crois que la réponse est simple : ils n'existent pas.
- Voilà une idée bien étrange, mon jeune ami ! Et quelle raison logique la noisette qui vous tient lieu de cerveau donne-t-elle à l'invention des Hommes par nos ancêtres ?"
Fax y avait longuement réfléchi à cette question, sans pour autant pouvoir y apporter de réponse pleinement satisfaisante.
"Je crois... Peut-être avaient-ils peur de l'inconnu ? Une légende forte, voilà un bon moyen pour garantir une population obéissante et soumise, non ?"
Jacasse Garudah pinça ses lèvres minces, le regard empli de colère.
"Je vois en tout cas qu'en ce qui vous concerne, Fax, les anciens n'ont pas atteint leur objectif, aussi vais-je les y aider quelque peu. En vous mettant, une fois de plus, en retenue. Ainsi comprendrez-vous peut-être mieux la valeur de l'obéissance et de la soumission ?
- Mais...
- Fax !
- Oui ?
- Les textes que j'enseigne sont peut-être des légendes pour vous, mais mon martinet, lui, n'a rien de mythologique. compris ?"
Tout autour de lui, il n'y avait que sourires étouffés et regards amusés. Tia elle-même semblait se moquer de lui. Jacasse Garudah l'avait humilié devant toute la classe - encore une fois.
Vraiment, quelle vieille idiote !
****
Si Fax n'appréciait guère l'inflexible Garudah, vieille fille acariâtre et qui croyait en savoir plus que tout le monde, il raffolait tout au contraire de la compagnie de Toburas.
Toburas était un individu étrange, atypique, un véritable mystère à lui tout seul. Nul hormis lui-même ne semblait connaître son âge exact, bien qu'à en juger par son apparence, il devait être de la même génération que Garudah. Fax avait entendu bien des rumeurs circuler à son sujet : d'aucuns le disaient magicien, gardien d'anciens et obscurs pouvoirs qu'il conservait dans la besace dont il ne semblait jamais se séparer ; d'autres prétendaient que ce n'était là qu'un vieil abruti, dont l'esprit dérangé par le poids des années était désormais prisonnier de ses récits chimériques.
Car Toburas était surtout connu pour ses talents de conteur. Il savait certes la Geste par coeur, mais sa mémoire semblait contenir une interminable collection de récits étranges et passionnants dont il était l'unique dépositaire. A la fête annuelle de la Venue, seul jour de l'année où le vieillard semblait jouir d'une certaine considération, il égayait la soirée d'un conte toujours inédit, même aux oreilles des adultes.
Aussi Fax ne manquait il jamais une occasion de rendre visite à ce fascinant personnage, car là où les autres voyaient un radoteur à l'esprit perdu par l'âge, il percevait, lui, le souvenir d'un ancien aventurier, un explorateur, peut-être même un héros. Ils aimaient à se retrouver - au grand désespoir de la mère de Fax, qui estimait que passer la soirée en compagnie de ce gâteux de Toburas n'était pas une occupation très saine - autour d'une bonne soupe de Dunar, le vieux faisant découvrir au jeune les trésors cachés de sa mémoire.
"Alors comme ça, cette bique de Garudah s'est moquée de toi, hein ? Voilà qui ne m'étonne guère de sa part - elle a toujours été très collet-monté. Un peu coincée, même du temps de sa jeunesse ! Mais tu ne devrais pas la brusquer ainsi ! Sois plus subtil voyons !
- Comment ça ? Elle n'a pas écouté un traître mot de ce que j'ai essayé de lui
expliquer !"
Petit sourire amusé de Toburas ; il se perdit quelques instants dans la contemplation du plafond, comme si il se remémorait d'anciens souvenirs depuis longtemps oubliés.
"Aaaah, pourquoi faut-il que les jeunes commettent toujours les mêmes erreurs..." son regard retomba sur Fax, avec une brutalité telle que ce dernier faillit en tomber de sa chaise.
"Tu sais réfléchir, mais tu n'es qu'un jeune renard que l'impatience et la colère aveuglent.
- Un quoi ?
- Un renard. C'est une ancienne expression - un animal aujourd'hui disparu. Peu importe. Ce que je veux dire, c'est que tu n'as pas pris le temps de penser à ce que t'a dit Garudah. T'a-t-elle à un quelconque moment contredit ? Déclaré que tu avais tort ?"
Dans la demi-obscurité que procurait la faible lumière du feu de la cheminée, le regard de Toburas semblait profond, oppressant, presque menaçant. Pourtant, son vieux visage conservait ce petit sourire paternel et rassurant. Que voulait-il dire ? Bien sûr que cette vieille bique l'avait dit ! Elle avait dit... elle avait dit...
"Alors ?
- Et bien, en fait... Bon, c'est vrai, elle ne l'a pas fait. Et après ? Quelle différence ?
- Quelle différence ? Je vais te le dire. Il y a de cela bien longtemps, un garçon comme toi s'interrogea un jour sur les Hommes d'au-delà les Montagnes dont la Geste parle tant. Mais son maître d'école ne pouvant - ne voulant - répondre à ses questions, il entreprit d'éclaircir le mystère par lui-même."
Le vieillard se leva alors, prit un ouvrage dans la sombre bibliothèque qui étalait ses rayonnages dans le fond de la pièce, et vint le déposer sous le nez de Fax. Ce n'était pas l'un de ces anciens grimoires tout poussiéreux auxquels Toburas se référait souvent pour la description de tel monstre ou de telle contrée imaginaire. Tout au contraire, de manière assez surprenante, ce n'était là qu'un banal petit carnet à la couverture délavée et écornée, comme il en utilisait tous les jours lui-même à l'école.
"Et bien, ouvre-le ! La couverture n'est pas si passionnante que cela, tu sais !" fit le vieux en riant.
A l'intérieur, des notes pâlies rédigées d'une main nerveuse mais sûre en recouvraient les pages. Ça et là, elles étaient agrémentées de schémas et de dessins, croquis pris sur le vif de telle ou telle curiosité locale. Et puis, glissée dans le premier tiers du livret, une étrange image.
Ce n'était plus là un trait de plume qui avait servi à représenter le jeune garçon aux yeux brillants et au sourire malicieux - un sourire que Fax connaissait si bien - qui avait pris la pose.
"Amusant. C'est vous, n'est-ce pas ? Mais qui est la jeune fille de cette curieuse gravure ?
- Euh, peu importe, peu importe," gromela Toburas, "mais ne remarques-tu rien ?"
Fax contempla plus attentivement l'image. Il ignorait quelle technique l'artiste avait utilisée, mais le résultat respirait la réalité en dépit de l'absence de couleurs. Toburas ne devait pas être beaucoup plus âgé qu'il ne l'était lui-même maintenant. Il posait, souriant et farceur, aux côtés d'une jeune fille qui levait les yeux au ciel dans une expression qui semblait dire "il est impossible !" à travers les années. Tous deux se tenaient debout contre ce qui semblait être une vieille fontaine, comme il en existait des milliers à travers la Grande Forêt. Le paysage était découvert et, en arrière-plan, on pouvait deviner l'ombre que dessinaient les premiers contreforts de la Grande Barrière.
"C'est juste vous et une copine devant quelques vieux cailloux.
- Hehe, c'est vrai, mais pas n'importe quels vieux cailloux ! Ceux-ci sont particuliers. Ils m'ont longtemps intrigués à l'époque, parce qu'il lui manque certains détails, vois-tu ?
- Moui. Mais bon, j'imagine qu'avec le temps, des morceaux fragiles comme le sont en général les oreilles se sont brisés et ont disparu.
- Peut-être, mais alors, pourquoi n'y avait-il pas de trace de cassure ? Je vais te le dire : parce que c'est l'un de ces monstres qui hantent la Geste qui est représenté ici. Cette statue est ancienne, plus ancienne que notre propre histoire. Elle n'est pas l'oeuvre des nôtres, mais de l'un de ces Hommes des Montagnes dont tu cherches tant à percer le mystère.
- C'est ridicule ! Vous êtes fou !"
Face à l'éclat de rire moqueur de Fax, le petit sourire de Toburas demeurait inébranlable.
"Vraiment ? Pourquoi ne pas aller y jeter un oeil ensemble la semaine prochaine, de sorte que tu puisses te faire ta propre opinion sur la question ?"
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Dernière mise à jour par : Lauwenmark le 30/01/06 22:58
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-------------------- Au Nom de Son Auguste Majesté,
Lauwenmark Kadensanni Hento Akkendrittae
Général en Chef de l'Armée de l'Ouest.
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