Egérie Révolutionnaire

-= Chaos Legions =-
Inscription le 05-02-03
Messages : 1244
Age : 37 ans
Lieu de résidence : Brest
|
|
|
|
|
Exilé a été posté le : 17/11/05 19:59
|
Salut à tous!
Ma dernière petite bondieuserie qui, si menée à terme, devrait se transofrmer en une nouvelle d'une taille conséquente. Ca mûrit assez lentement, je n'ai pas toujours le temps d'écrire autant que je le voudrais, aussi, la publication risque d'être furieusement aléatoire. Mes excuses, pardon aux familles tout ça... 
-------------------------------------------------------------------
Exilé
Section Une : (sans titre encore pour l'instant, navrée, ça va venir!)
Ca sent la misère, ça pue le sang et ça empeste la peur. La famine, la mort et les larmes. Il est facile de décimer un peuple. Le regard tourné vers l’ouest, de l’espoir plein les yeux, nous partons vers le Nouveau Monde. Le port grouille de monde. Les yeux tristes, les ongles noirs, les cheveux gras. Nous sommes tous les mêmes, masse informe, plus rien à perdre. Notre vie ne vaut rien, le bétail meurt de faim et nos enfants les suivent. La mort ? Rien ne peut être pire que vivre comme des chiens, traînés dans la boue.
Là bas, c’est la lumière, l’or, la Liberté, une nouvelle vie. Ils disent qu’il suffit de se pencher pour devenir millionnaire. Nous vivrons mieux. Si Dieu le veut.
Exilés. C’est notre destin depuis toujours. Nous sommes un peuple maudit.
Le soleil se lève, mais la différence n’est pas sensible. Le brouillard nous entoure, les nuages font paraître le ciel bien plus bas que d’ordinaire. Ce n’est as que c’est terrifiant, mais j’ai l’impression que nous évoluons tous dans un état second, irréel, tout, jusqu’aux rares rayons de soleil qui traversent les nuages.
Je n’avais encore jamais mis le pied sur quelque bateau que ce fût, et je regardai le navire dans le port avec une sorte d’appréhension mêlée de défi. Sur la passerelle que j’observai depuis la fenêtre du pub, je voyais monter, vers la masse sombre et menaçante, une foule grisâtre qui semblait grouiller comme des fourmis autour d’un pot de miel. D’un air décidé, je posai ma choppe de bière sur le comptoir et envoyai une pièce au tenancier, attrapai mon sac et sortit du pub.
Au dehors, l’atmosphère était chargée d’une odeur de musc, de poissons séchés rances et de l’humidité des embruns. Les dockers travaillaient tant bien que mal en se frayant un chemin au milieu des pauvres diables à grand renfort de cris et de coups d’épaule. Avec un soupir résigné, je me dirigeai en solitaire vers la première passerelle qui croisa mon regard.
Je me retrouvai donc moi-même, perdu, anonyme au milieu de la foule. L’ascension vers le pont me parut durer une éternité. Devant moi, une femme portait dans ses bras un enfant d’une dizaine d’années, si maigre qu’il en paraissait moitié moins, si faible qu’il ne pleurait même plus. Il passa tout ce temps me fixer par-dessus l’épaule de sa mère avec de grands yeux gris soulignés de cernes gigantesques qui, ajoutées à son teint crayeux, lui donnait un air fantomatique qui me fascinait malgré moi. Je fis tout mon possible pour éviter son regard mais cela me fut impossible.
Pas à pas, nous évoluions vers la masse de bois. J’étais de plus en plus angoissé, le bateau n’allait il pas partir avant que nous y arrivions ?
Après tout, nous n’avions pas le droit d’être là. Notre lent exil était toléré, car c’était ce qu’ils voulaient ; nous voir disparaître ; mais nous n’étions tout de même que des clandestins, des moins que rien.
Lorsque nos ancêtres étaient arrivés sur ces terres, leurs jours avaient étés bénis… Les récoltes généreuses, les saisons magnifiques et régulières, ils étaient devenus riches, prospères et par-dessus tout : heureux. Puis, Ils étaient arrivés. Les barbares du nord comme on les avait toujours appelés, avec eux, la guerre… Perdue. Notre peuple, réduit en esclavage sur ses propres terres. Devenus mendiants faméliques, pestiférés pour la plupart, mourrant à petit feu.
Les maisons et hospices et quarantaine s’étaient multipliés. Ceux qui n’étaient pas malades étaient esclaves, travaillant dans des fermes gigantesques jusqu’à épuisement. Ils prélevaient plus des trois quarts des récoltes en guise d’impôts.
Quand, il y a dix ans, nous avions entendu parler de ces « terres nouvelles », l’exil avait lentement commencé. Puis, les bateaux de marchands allant vers l’ouest s’étaient multipliés. Les premiers avaient d’abord essayé de traverser, cachés dans les cales. Mais lorsque les clandestins étaient découverts, ils étaient jetés par-dessus bord. Des courageux commencèrent à signer des accords avec les marchands. Ils participaient à la vie à bord, exécutaient les tâches ingrates, en échange d’un aller simple vers l’ouest.
De temps à autre, les gardes de la cité procédaient à des arrestations sanglantes, pour maintenir leur image de marque. Quelques exécutions sommaires et la foule sur les docks s’éparpillait comme une volée de moineaux. Rien n’était entrepris pour endiguer le flot des chiens qui fuyaient leur misère, personne n’était dupe au point de ne pas s’en rendre compte. Mais tout le monde était suffisamment aveugle pour ne surtout pas poser de questions.
Ils avaient ce qu’Ils voulaient. Ils allaient pouvoir étendre leurs villes blanches sur les cendres de tout ce qui nous avait appartenu. De vulgaires barbares nordiques,Ils étaient devenus marchands richissimes, esclavagistes à la pointe du raffinement vulgaire, une aristocratie aussi nombreuse qu’une armée divine.
Et, moi aussi, je les fuyais. Mais je fuyais tout aussi bien la peste qui revenait et la famine dont j’étais un miraculeux survivant. Pressentant que ma chance ne me suivrait pas éternellement, je profitais de l’occasion inespérée qui s’était présentée à moi pour fuir vers le couchant.
Je m’embarquais sur un navire marchand qui transportait peaux et perles précieuses. J’avais dix neuf ans et personne ici ne me regretterait. J’étais le fils infâme d’une putain et de l’un d’Eux. Méprisé par les uns comme par les autres, autant que je méprisais les uns comme les autres. J’errais depuis cinq ans, chassé de la ferme où je travaillais pour avoir caché un épi de maïs sous ma chemise pour mon repas du soir.
Depuis lors, j’avais appris à gagner ma vie. De manière assez peu reluisante certes, caché comme un rat dans les bas quartiers d’une ville dont j’ai toujours ignoré le nom.
J’avais rencontré ce marchand autour d’une bière dans un tripot quelconque. Nous avions rapidement conclu à un accord : je lui offrait, pour deux nuits, un lit et une fille et il m’embarquait avec lui sur le bateau qu’il menait vers le nouveau monde, trois jours plus tard.
Très tôt ce matin-là, il m’avait demandé de le réveiller. Je frappai donc à sa porte peu avant l’aube. Je le laissai aller se préparer pendant que j’allai jeter dans le fleuve attenant au quartier, le cadavre de la fille avec qui il avait passé les deux dernières nuits. Je ne perdis pas de temps à la rhabiller, fermant les yeux sur les hématomes et autres stigmates sanglantes sur sa peau blanche. Après tout, les poissons n’avaient pas froid aux yeux, et eux aussi, avaient faim.
Je fis un détour par l’endroit où vivait sa mère et lui remit les quelques pièces d’or que je lui avais promises en échange de sa fille.
Je retournai à l’auberge sans plus me soucier de cet épisode. Ainsi allait la vie. Des putains mourraient chaque nuit, une de plus ne ferait pas pleurer ses congénères.
Voilà toute notre vie en ville, manger ou êtres avalé par les eaux noires du fleuve. De toutes manières, la vie dans les fermes ne valait pas mieux. La corruption citadine avait au moins le mérite de nous offrir un semblant de liberté, et surtout, de quoi manger presque tous les jours. On apprenait vite à vivre avec le risque de se faire poignarder dans le dos, il suffisait de comprendre rapidement qu’il fallait toujours frapper en premier.
Je fuyais. Ce mot, ce concept, cette idée ne me donnait qu’une envie : vomir. Je me méprisais pour ma lâcheté, mais quelque chose en moi avait toujours craché sur la vie que je menais. Peut-être ai-je, un jour, eu une bonne conscience. J’avais décidé d’essayer de ne plus nier cette partie de moi, peut-être était-elle plus facile à vivre que celle que j’avais connue jusque là.
----------------------------------------------------
Commentaires bienvenus, comme dh'ab! Et comme d'hab, j'suis pas tout à fait satisfaite de ce début, il sera retravaillé dans les prochains jours, je pense...
Bizous
Nihi
-------------------- Wokety pokety wokety wok ! Abracabracabranack ! Higitus figitus wigitus woum
Prestidigitorium !
Wooow !
-----------
Sucrier vous êtes bien trop brutal ! Madame théière est déjà assez félée !
|
|
|
|
Cachée
|
|
|
intermitant

-= Chaos Legions =-
Inscription le 27-01-02
Messages : 1588
Age : 49 ans
Lieu de résidence : Bruxelles
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Exilé' a été posté le : 18/11/05 01:24
|
très sympa, et le style est tres propice a la novelette. C'est vraiment un bon début...
|
|
|
|
Cachée
|
|
Egérie Révolutionnaire

-= Chaos Legions =-
Inscription le 05-02-03
Messages : 1244
Age : 37 ans
Lieu de résidence : Brest
|
|
|
|
|
Réponse au Sujet 'Exilé' a été posté le : 27/11/05 19:37
|
Un bout de suite.
Zou.
----------------------------------------
Section Une, suite
Je franchis enfin la balustrade du voilier. Nous fûmes accueillis par les regards haineux d’un équipage peu avenant. Ils nous conduisirent sans ménagements vers les cales en beuglant des insanités à touts les femmes qui passaient sous leur nez. Ils nous expliquèrent, avec un accent légèrement agressif, que nos « tâches » nous seraient attribuées bien assez tôt et que nous devrions profiter de ce moment de répit pour prendre toutes les forces dont nous aurons besoin pendant les 5 semaines à venir.
Puis, ils remontèrent vers le pont et nous plongèrent dans le noir le plus total en refermant les trappes derrière eux. Aussitôt, la pièce, jusqu’ici silencieuse comme la mort, se remplit de chuchotements, de gémissements et de pleurs d’enfants. Je me laissai glisser contre un mur et allumai une cigarette. Le bout incandescent de cette dernière devint la seule vague source lumineuse de la cale et tous les regards se tournèrent vers moi.
Je les ignorai royalement. Le tabac était souvent un signe d’aisance. En effet, le seul que l’on pouvait trouver dans les bas fonds avait un arrière goût désagréable de cadavre. J’avais toujours su où aller et à qui rendre service pour m’en procurer un qui soit correct et, de surcroît, à un prix abordable.
Je méprisais ces relents de populace qui n’avaient su que se mettre à genoux devant la domination et qui n’avaient même jamais essayé de vivre dignement.
Certes, la dignité, au sens vertueux du terme, je m’asseyais dessus allègrement, mais au moins, moi, j’avais gardé ma fierté et mon honneur presque intacts. J’avais pris mon destin en mains pour faire de ma vie autre chose qu’une éternelle prosternation honteuse dans la boue.
Les conversations reprenaient plus vivement alors que je fixais avec obstination le bout de mes bottes.
Je laissai le temps filer avec indifférence. Enfant, alors que je subissais les passages à tabac de tout un chacun, j’avais appris à m’isoler ainsi, à laisser glisser les évènements autour de moi sans y prêter attention. Je restai ainsi pendant un temps indéterminé, les yeux dans le vague, perdu dans mes pensées, bataillant avec moi-même. Rien ne me touchait, et c’était bien là les rares moments de tranquillité que je m’accordais. Jusqu’au moment où je me redressais brusquement en pestant à voix haute contre moi-même, crachant au sol à l’idée que je m’étais à nouveau laissé aller à mes faiblesses de faux petit martyr.
Je ne fus pas réveillé comme ça. Pas cette fois. Je ne sais pas combien de temps je suis resté assis, la tête entre les genoux, à réfléchir. Mais le soudain silence qui s’abattit à nouveau dans la cale me fit sursauter aussi violemment que si les canons de la Garde Royale avaient tous tiré de concert.
A défaut de canons, un homme se tenait dans l’encadrement lumineux de la trappe et beuglait des mots que je ne comprenais pas. Je clignai des yeux et secouai la tête pour me sortir de ma torpeur. Je pris alors conscience des regards braqués sur moi et du doigt accusateur que le marin pointait vers ma poitrine :
« Alors ma jolie, on s’assoupit ?
- Qu’est ce que tu veux ? » lui répondis-je du ton le plus détaché possible, il laissa entrevoir des dents dans un état avancé de délabrement lorsqu’il essaya de sourire :
« Moi ? Rien. C’est le capitaine qui veut t’voir, toi et ta tronche de minet. Vous aut’ vous bougez pas d’ici pour le moment. »
Je ne répondis rien. Cela n’avait pas été mentionné dans notre accord mais je ne voulais pas finir du mauvais côté du bastingage.
Je me dressai sur les jambes et tanguai une seconde, réprimant un haut-le-cœur. Je remontai vers la lumière pour m’apercevoir que la côte se situait déjà à une distance honorable derrière nous. Mon estomac exécuta quelques tours sur lui-m^me tout seul dans son antre et je dus verdir à vue d’œil car le marin éclata d’un rire gras et m’envoya valser contre le bastingage d’une tape dans le dos. Le choc me comprima les tripes et je les vomis allègrement par-dessus bord.
Lorsque je redressai la tête, m’essuyant la bouche sur ma manche, le marin hocha la tête :
« Ca fait toujours ça, la première fois… »
Je jetai un œil à la ville qui s’éloignait, nous devions être partis depuis au moins deux heures. Et pourtant, j’étais sûr de ne pas avoir dormi. Quelque chose clochait, ça me compressait la poitrine. Quelque chose ne tournait pas rond. Pourquoi étions nous partis si vite ? Avais-je été drogué ? Que me voulait ce foutu capitaine ?
Je me passai une main sur le visage pour écarter ces questions idiotes de mon esprit, j’étais parfois d’un ridicule qui me terrifiait.
Tout de même mû par une certaine curiosité, et surtout une certaine forme d’obligation, j’emboîtai le pas au marin devant moi.
----------------------------------------------
Bon, là j'ai plus d'avance.... Ca va ptetre être long pour la suite... huhu
Bizous
Nihi
-------------------- Wokety pokety wokety wok ! Abracabracabranack ! Higitus figitus wigitus woum
Prestidigitorium !
Wooow !
-----------
Sucrier vous êtes bien trop brutal ! Madame théière est déjà assez félée !
|
|
|
|
Cachée
|
|
|